Comme ça s'écrit…


La clampougnette est formelle…

Hier il m’a été donné de vivre une expérience troublante et je ne résiste pas au plaisir de vous la narrer (en même temps, vous ne pouvez pas m’en empêcher), d’autant qu’il en sortira peut-être une de ces pensées profondes quoiqu’à longue portée dont j’ai le secret (pouf, pouf !). Mais foin de préambule, l’expérience !

Je me suis enregistré un film. Pas moyen de me souvenir du titre, et en plus ça n’a rien à voir, passons.
Donc, et pour être plus précis, j’ai programmé l’enregistrement d’un film, et malgré mon génie aussi légendaire qu’universel, notamment en ce qui concerne l’usage de toutes ces petites choses modernes qui nous empoisonnent l’existence au lieu de la rendre encore plus belle que nos rêves si l’on en croit la pub, malgré donc mon génie de la communication avec cette pure offusquerie d’enregistreur à disque dur, je me suis planté dans l’horaire. De combien, je ne sais pas, mais en tous cas l’enregistrement commençait après le générique (ce qui n’a rien d’une formulation d’excuses détournées pour avoir oublié le titre, puisqu’on s’en fout, je vous le répète).

C’est là que l’expérience proprement dite débute. Je voyais des personnages d’une profondeur troublante se débattre dans des situations tordues dont les tenants et aboutissants s’éclairaient peu à peu, mais pas tous. Certains se connaissaient, voire s’aimaient, d’autres se découvraient, d’autres se haïssaient cordialement et se présentaient bonne figure. Mais d’où venait donc le trouble et la profondeur nés de ces personnages fictifs ? Du fait qu’ils avaient un passé. Que je ne connaissais pas. Mais j’étais incapable de différencier leur passé connu du spectateur lambda qui aurait vu le début du film, de leur passé caché qui se découvre selon le bon vouloir du scénariste. Vous allez dire que la différence est subtile et que j’entame les mouches par la rondelle, mais quand même, c’était une sacrée expérience, et sacrément troublante. Parce que, chaque fois qu’une part de passé se révélait au détour d’une conversation, je ne savais pas si j’étais censé être au courant, ou pas. Comme si, spectateur d’une pièce de boulevard, vous sortiez pisser et reveniez au moment où le mari découvre l’amant dans le placard. Tout le monde éclate de rire, mais vous-même ne savez pas s’il convient d’être surpris de voir l’amant ici (puisque vous ne l’avez pas vu entrer et ignorez si les autres l’ont vu) ou de s’esbaudire du cocu révélé à lui-même.

Vous commencez à nous connaître, mon nombril et moi : je n’ai pas pu m’empêcher (et vous non plus) de rattacher cette expérience confusante avec le boulot d’écriveur.
Que faut-il dire au lecteur de ce qui précède l’histoire ? Et comment doit-il le découvrir ? Je me rappelle avoir lu un roman qui détaillait les détails (ouais, je sais, répétition !) d’un futur proche à chaque itération de l’expression d’un de ces détails. Comme si un auteur du XIXème nous livrait un précis du système financier international chaque fois qu’un de ses personnages retire des sous au distributeur (qu’il aurait imaginé, puisque c’est un auteur de SF du XIXème particulièrement clairvoyant). Au bout d’un moment, ça lasse.
D’un autre côté, vaut-il mieux laisser le lecteur dans le noir, éclairé uniquement par la chandelle vacillante d’un fait isolé (genre « Il sortit sa clampougnette et consulta l’écran spectral, rassuré de ce qu’il y lisait » sans expliquer ce qu’est une clampougnette, ni le niveau de développement du réseau intergalactique qui a permis l’invention de la clampougnette, et encore moins l’avancée spectaculaire qu’à représenté l’écran spectral pour découvrir l’heure et le lieu de sa propre mort).

Voilà où j’en suis. Faut-il rembobiner le livre jusqu’au générique pour le confort du lecteur, ou le laisser vivre quelques expériences troublantes qui le font s’interroger sur l’éventualité d’un tome 0 préalable à l’ouvrage qu’il a entre les mains ? C’est une question, à laquelle je n’attends pas vraiment de réponse, mais si vous pouviez m’éclairer de vos avis ce serait sympa. Merci.

D’autre part, si vous aviez l’ambition d’utiliser correctement les quelques minutes qui viennent (et qui ne sont pas celle qui précèdent votre mort, je vous rassure, ma clampougnette est formelle), n’hésitez pas à en gaspiller quelques-unes sur le site des Histoires Sans Fin où vous pourrez lire des tas de trucs intéressants sur des tas d’éditeurs, des tas d’auteurs, des tas de bouquins, et pas une ligne sur Aria des Brumes, ce qui reposera tout le monde. Enfin, pour le moment…

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13 Réponses to 'La clampougnette est formelle…'

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  1. Citrouille said,

    Je ne vais pas faire avancer le débat, mais juste dire que j’adore l’expression "entamer les mouches par la rondelle". Merci, merci, c’est le rayon de soleil de ma semaine !

  2. Don Lorenjy said,

    Ouiiille… elle est venus comme ça. Mais bon, faut bien prendre la mouche par un bout, non ?

  3. Posuto said,

    ça me fait penser à ce que j’ai ressenti en regardant un épisode de Twin Peaks (et pas le premier bien sûr)…
    Kiki


  4. Excellent article, un de mes préférés. Même remarque que Citrouille, et je ne peux te répondre que ceci : Il vaut mieux ne pas trop expliquer quand on écrit c’est toujours maladroit à lire. Je ne sais pas ce qu’est une champougnette, ;o)
    mais si tu la mets discrètement en action avec un de tes personnages, je vais bien en déduire son utilité et donc tu n’as pas besoin de me dire :"salut lectrice, je fais une parenthèse dans mon récit pour t’expliquer ce mot que tu es en train de lire" (je caricature exprès bien sûr). Par contre, si vraiment tu as des tonnes de néologismes, pourquoi ne pas faire un lexique à la fin du bouquin, ou des notes en bas de page ?

  5. Citrouille said,

    Loïs, c’est une "clampougnette" et non une "champougnette". Si tu commence comme ça, sûr que tu vas moins bien comprendre…;-)

  6. Don Lorenjy said,

    Mercitrouille !
    Et merci Loïs… C’est exactement le type de réponse sensée que j’attendais. Mais il est vrai que le moyen terme entre "j’arrête l’histoire pour laisser passer l’explication intégrale de ce génial univers que je viens d’inventer sous vos yeux ébahis" et "lecteur, tu n’as qu’à imaginer ce que tu ne comprends pas" n’est pas facile à trouver. D’ailleurs, une lecture attentive te montrera (comme tu l’as vu, bien entendu) que je mettais déjà ton conseil en pratique au dernier paragraphe. Ce qui me permet de réserver tout mon stock de parenthèses aux digressions oiseuses (ou canardeuses, ma foie).

  7. Posuto said,

    Une question neuneu (de ma part, hein, je fais une annonce là). Est-ce que quelqu’un se souvient du livre "XP15 en feu" de Jenesaisplusqui ? Je l’ai dévoré adolescente, littéralement, adoré, compulsé, relu et tout et tout. Il était rempli de termes techniques (comme le caiialtus du retors de pet, enfin, je ne sais plus). Je me souviens aussi très clairement d’un adulte, ami de mes parents, me le prenant des mains, lisant quelques phrases et me disant "Mais tu ne dois rien comprendre à ce charabia ?!?" et moi, à la fois vexée (des doutes sur mes capacités ??) et scandalisée qu’un homme mûr ne puisse pas saisir toute la beauté de ce non-dit non-explicable compréhensible imaginaire merveilleux… Ah, les adultes… Quelle pitié, parfois.
    Kiki :-)

  8. Don Lorenjy said,

    C’était de Pierre Deveaux et c’est paru en 1945 (dis-moi Kiki, tu nous aurais menti sur ton âge ? ;-))
    Sinon, en matière de termes techniques, je me limite en général à Clampougnette… mais un site de conseil de lecture estimait Aria ardu parce qu’on y trouvait entre autres le terme exoplanète… bof.


  9. Morte de rire Citrouille ! En effet, si en plus je lis de travers, je vais en baver des anneaux de Saturne !

  10. Batô said,

    Je ne trouve rien de plus poétique qu’une discussion de cafards cosmiques sur la physique quantique.
    Je n’y pige que couic, mais c’est bôôôô…

  11. Don Lorenjy said,

    Ah, les CafCos… le forum où je n’ai pas le droit d’aller. Tapis !

  12. Posuto said,

    Gasp. Tout le monde va savoir que je suis née sous Jules Ferry, non, je veux dire à bord d’un ferry…
    Kiki :-)

  13. Tietie007 said,

    Bon dimanche !


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