Aria des Brumes


Comme un doute

Publié dans Ecriture par Don Lorenjy sur le 16 mai, 2008
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Dieu a tout foiré sa création. Il a donné le libre arbitre aux hommes et ils en ont profité pour se foutre sur la gueule pendant des millénaires et pourrir la planète sur les cinq dernières minutes.

De lui-même, Dieu n’avait pas complètement capté a quel point il s’était gâché. Parce que d’abord sa création ressemblait plutôt bien à ce qu’il avait en tête (ce qui prouve que Dieu, ce dieu-ci en tout cas, a une tête à défaut de cœur). Son idée de départ avait eu toute la place et le temps de se développer. Ça collait pas mal, il l’avait voulu comme ça, avec ces détails mal cadrant pas classiques qui en faisait une création bien à lui et digne de son intérêt. Il regardait son petit univers avec l’œil du papa qui ne verra jamais les défauts de son gamin, ou alors il les trouvera charmants, pleins de personnalité… Presque des qualités, pour un dieu qui n’est pas à une entourloupe près.

Il avait de l’entraînement, Dieu. Il avait déjà posé quelque part une création qui lui avait demandé pas mal de boulot, et ça lui avait appris – croyait-il – les pièges à éviter pour pondre un truc qui lui ressemble et qui plaise un peu autour. Et puis de toute façon, c’était le seul genre de création dont il se sentait capable et il ne savait pas trop s’il pourrait arriver à maquiller autre chose.
Enfin bon, la question ne se pose plus, sa création est comme ça et elle lui convient. Ne parlons pas de fierté, juste de l’honnête satisfaction du travail accompli. Dieu est comme ça : quand il a bien bossé ça lui met le cœur en joie (ah si tiens, il a un cœur), et il ne voit pas que tout est foiré.

Il a fallu qu’un de ses potes, dieu lui aussi mais d’un autre univers par là-bas à l’Ouest du Big Bang, lui mette le nez dedans. Et Dieu vit que cela n’était pas bon.

Allez, je ne vais pas vous filer la métaphore jusqu’au jugement dernier. Ayant pris quelques avis épars, Dieu commence à brasser un certain doute. Ça lui tintinnabule entre les hémisphères. Des questions à la mords-moi le saint esprit… Et s’il avait perdu son temps avec cette création toute bancale ?
Et si le fait qu’elle ressemble bien à ce qu’il voulait y mettre ne justifie pas du tout l’ampleur des dégâts ?
Et si, malgré son immense talent (c’est un peu Dieu, tout de même), son entraînement dans la catégorie 400 pages création libre, sa dextérité technique et toutes les bonnes intentions qui l’animent, il n’était pas plus capable qu’un cloporte de magouiller une création qui tienne la route ? Et si Dieu devait passer à autre chose ?

Moi je vous dis, un dieu qui doute ce n’est pas bon pour le salut du croyant. D’autant que si ça se trouve, un coup de peinture et quelques serrages de boulons vont suffire à remettre l’affaire sur les rails. Il y faudrait un avis constructif. Une sorte de surdieu, compétent et autorisé. Avec du doigté aussi, pour une sombre question de caresse et de sens du poil. Ça va peut-être prendre du temps, mais on en a, non ? Ah, pas tant…

Sinon, je vous conseille d’aller voir comment s’y prend une vraie déesse sur une création qui le vaut bien. Suivez ses rapports d’étape, on y apprends avec bonheur comment ça avance, recule, coupe et ronronne. Vas-y Irène, on te suit !

(à toute personne qui s’indignerait de l’usage que je fais du nom de dieu, je répondrais qu’elle a raison et que pardon, désolé, tout ça, ne m’en veuillez pas ou veuillez m’en tout plein, je ferai mieux la prochaine fois)

Un bout de route ensemble

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 10 mai, 2008
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Tout a déjà été dit sur La Route, de Cormac Mac Carthy. Et son contraire. Ce que j’ai lu de mieux vient sans doute du blog de Marco, il y a déjà quelques semaines, sous le titre « Les histoires les plus simples ».

Alors je ne vais pas en rajouter.

En fait si. Parce que ça me trottine, cette affaire de route, un peu comme m’avait fatigué l’affaire bienveillante l’an dernier. Comment un livre dont tout le monde parle, que tout le monde a lu ou doit lire, que tout le monde a disséqué en public sans se priver, comment un tel livre peut-il encore me faire envie ? Je me connais, je vais résister à la mode et m’enorgueillir discrètement de ne pas avoir cédé.
Et pourtant, dès que la couverture blanche au bandeau rouge s’est affiché dans le rayon nouveautés de ma bibliothèque villageoise, je l’ai pris. Pour voir.
Je m’y suis engagé à reculons. On m’avait tout dit, la rudesse, l’âpreté, cette langue qu’on qualifiait de sèche, ces références bibliques qui me passeraient au-dessus du citron (bonne manière de ne pas me le presser).
On avait tellement glosé que l’on avait oublié l’essentiel, ou alors je n’ai pas su le trouver dans la masse : ce bouquin est une expérience personnelle, tellement intime qu’elle est intraduisible en quelques mots. Même les miens, donc je ne vais pas essayer.

Tout ce que je peut dire, c’est ça : La Route est un livre qui oblige à se positionner. Il m’a confronté au bout de ma route, quand il n’y a plus rien. Que me reste-t-il ? Ça me regarde. Ça vous regarde si vous le parcourez.

Il vient un moment où il faut s’arrêter, regarder et se taire ; et là, c’est le moment.

Vous pouvez répéter la question ?

Publié dans Promo par Don Lorenjy sur le 6 mai, 2008
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On pourrait commencer par « Il y a une chose à laquelle un tout petit tout jeune tout nouvel auteur (vous me reconnaissez ?) n’est pas préparé… » Mais en fait, il y a plein de choses auxquelles on n’est pas préparé, dès qu’on se lance dans un domaine inconnu, ou qu’on change de chaussures.
Donc, parmi tous les trucs qui m’ont cueilli sans préparation, s’il y en a un qui m’a bien fait pousser les cheveux dernièrement, c’est de construire un chalet de madriers à toit plat au fond du jardin. Mais c’est assez loin du sujet de ce blog, revenons à nos questions.

Donc ouais, voilà, on y arrive… votre humble serviteur, tout rose avec la fierté, s’est vu proposer des questions par des gens très bien qui avaient la ferme et légitime intention d’obtenir des réponses pas trop tartes.

J’en entends dans le fond qui leur auraient conseillé de s’adresser ailleurs… C’est vrai. Enfin, c’était un peu vrai, au moins au début. Parce que, répondre sereinement à « dans le roman tout est écrit au présent, ce n’était pas un peu casse-gueule ? » ou à « D’où vous vient l’acuité socio-communautaire qui caractérise Aria des Brumes ? » sans bafouiller des « ben… chais pô, ça m’est v’nu comme ça », je trouve que ça mérite un peu d’entraînement. Ou de temps. Ou de réflexion. Ou de talent. Ou de faire appel à un ami tout en sortant un joker à 50%. Bref, sur le coup, ça m’a cueilli sévère.

Mais…
D’abord, le temps de la réflexion, je l’ai pris. Et ce n’était pas du temps perdu, croyez-moi (oui, croyez en moi, le sens de la vie c’est par là). Je ne suis pas un théoricien du truc journalo-médiatique, mais j’ai un peu l’impression maintenant qu’une interview bien menée aide autant l’auteur que le lecteur à en savoir plus sur ce qu’il a prosé. Ça l’oblige à réfléchir, l’auteur, sur des questions qu’il ne se serait peut-être pas posées lui-même. Sur le coup, il se prend au jeu, oublie la promo et s’allonge sur le divan pour sortir des trucs du profond de chez lui en bas.
Par exemple, on lui demande « Le personnage de Shepher fait preuve d’une passion et de blessures morales qui le distinguent des autres personnages. Est-ce le point de vue et le questionnement personnels de l’auteur qui s’expriment et se libèrent à travers lui ? » Pour répondre avec un rien d’honnêteté, il faut creuser. Lâcher le voile, tomber la carapace, écorner le masque, dites-le comme vous voulez, se foutre un rien à poil, quoi. Ou alors on raconte des vernes et c’est tant pis pour tout le monde (bon, peut-être pas le monde entier… disons l’auteur, l’interviewer et les lecteurs).

Alors on saute de question en question comme dans un poker déshabilleur. Les premières, c’est facile, elles reviennent souvent, c’est le parcours imposé nécessaire pour faire connaissance, on voit trois cartes, pas de souci, mise minimale. En général, ces questions tournent autour du thème du livre, de sa genèse, et pour un primo-publiant, sur la rencontre avec l’éditeur. Pas de quoi mettre la liquette en danger, même s’il y a déjà moyen de livrer un peu de croustillant, surtout dans la façon de répondre la même chose à une même question, mais différemment. Je n’ai pas de conseil à donner, mais j’en ai déjà donné dans un illustre billet titré “ça parle de quoi donc”, où j’expliquais combien il est futé de se préparer à répondre aux questions de base. Alors on y va cool, on répond sans stress, l’interview quel bonheur !
Et puis toc ! l’interviewer abat ses cartes maîtresses. Rendez-vous compte, il a peut-être une couleur ! Je veux dire : une tonalité, une idée à lui sur ce qu’il veut savoir, une lecture personnelle du livre qu’il traduit en questions bien précises. Sur Actu-SF, la tonalité est nettement socio-politique. Chez Les Histoires Sans Fin on est plus dans la technique d’écriture et la relation avec le lecteur. Pour Ado-Livre, les questions tournent autour du travail d’auteur et de l’orientation jeunesse.
Pas question de bluffer. Il faut se positionner, chercher les pourquoi et les comment de ce truc, ce livre, là, qui jusqu’ici tenait tout seul sans avoir à se justifier. Alors, quelle est ma vision du monde qui transparaît dans Aria des Brumes ? Quel est le personnage auquel je m’identifie, ou celui qui pourrait me représenter en société quand je ne veux pas sortir sans costume ? Et quel message pensais-je délivrer à la jeunesse avide de repères en écrivant cette petite histoire ? Et pourquoi avoir choisi la SF pour délivrer ce message ? Et pourquoi ai-je évité le thème de la religion ? Et quelles conclusions tirer de cette expérience ?

Que puis-je répondre, moi qui croyais encore il y a peu avoir pondu une petite histoire juste pour faire plaisir à mon épouse ? Alors j’ai réfléchi. Ce sont de bonnes questions et je vous remercie de me les avoir posées.

Maintenant, j’ai vu dans le programme des Imaginales que j’allais participer à des cafés littéraires, avec des pointures comme Pierre Bottero (mon fils dévore ses bouquins) ou Monsieur Werber himself. Et là, pas de temps de réflexion, le saut dans le vide, élastique distendu et trouillomètre à zéro. A ne pas manquer si vous voulez me voir bafouiller « ben… chais pô, ça m’est v’nu comme ça ».