Comme ça s'écrit…


Cantonnons l’irresponsable

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 7 décembre, 2010
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Jeu de mot foireux en titre de billet, uniquement pour évacuer la surface du sujet : la question n’est pas de savoir s’il faut retirer son argent de sa banque ou si Éric Cantona est un sale riche qui se permet de donner des ordres irrecevables aux pauvres.

La question est plutôt : peut-on, quand on est aux commande, traiter par le mépris une réaction insurrectionnelle sans se demander s’il n’y a pas une base de réflexion ? Qui est irresponsable (épithète régulièrement utilisé pour qualifier aussi bien Canto que ceux qui suivraient son appel) ?
Irresponsables ceux qui ont laissé le système financier poursuivre sans perdre un dollar après avoir détruit des maisons, des entreprises, des vies.
Irresponsables ceux qui continuent de spéculer sur les matières premières, les pertes à venir (oui, certaines banques parient sur les pertes des produits vendus à leurs clients pour gagner alors qu’ils perdent), les monnaies et maintenant des pays entiers. La Grèce, l’Irlande, le Portugal, nouveaux pays esclaves de la finance, mais qui ne font que rejoindre les masses du "tiers-monde" dont toute sueur coule pour engraisser la dette.
Irresponsables ceux qui dirigent et comptent replâtrer pour nous le présenter comme une jeune vierge désirable (on a le paradis qu’on peut) le visage défunt d’une compétition où tout le monde perdra.

Quel est mon problème ?
En déposant de l’argent dans une banque, je ne donne pas à cette institution respectable le droit de me le garder au chaud. Non, je lui cède gratuitement le pouvoir exorbitant de l’utiliser pour modeler le monde. Mon droit de vote n’a aucune force face au pouvoir que la banque tire de MON argent. Chaque dépôt est une voix dans l’urne en faveur de la barbarie économique. Une façon de leur dire : voici ce dont je dispose, faites-en ce que vous voulez, continuez de jouer à la roulette (russe ?).

Nos dépôts sont leur matelas à spéculation.
Retirons le matelas, et nous verrons si les vrais irresponsables continueront de se lancer dans leurs gracieuses voltes financières sous les vivats des abrutis à Rolex.

Cantonnons les irresponsables dans leurs quartiers : la banque, la finance, l’anarcho-capitalisme.
Regagnons nos libertés et rendons à la finance sa finalité de service : rendre l’argent disponible et non confisquer le monde.
Faut-il pour cela retirer tout son liquide ? Peut-être pas. Il suffirait peut-être que les irresponsables au pouvoir entendent le cri, prennent enfin leurs responsabilités et régulent ce qui doit l’être.

Ce qu’en disent les sérieux, les irresponsables, et les pires.

 

Extension de la couverture du sujet :

Qu’elle le dise de travers n’empêche pourtant pas la sortie de Cantona d’avoir son fond de justesse : les tyrannies ont rarement le bon goût de quitter d’elles-mêmes la scène de l’histoire et seuls des rassemblements de force adéquats peuvent les en expulser. La finance a régné 25 ans, c’est plus qu’il n’en faut pour dresser un bilan, et le bilan dit : c’est assez. La particularité de l’époque réside en ceci que la tyrannie impersonnelle de la finance collabore activement à son propre renversement puisque, par une sorte de nécessité interne qui confirme, en la poussant à son comble, sa vocation à la destruction sociale, elle est sur le point de tout engloutir et paradoxalement jusqu’à elle-même.

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2 Réponses to 'Cantonnons l’irresponsable'

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  1. Oph said,

    Le problème de ce mécanisme, c’est que si une banque tombe, ne serait-ce qu’une seule, ça va avant tout faire perdre leur boulot à ses salariés (de quelques centaines à quelques dizaines de milliers suivant la taille de la boîte), mais aussi et surtout, avaler les économies de tous ceux de ses clients qui n’auront pas retiré leurs billes avant que ça ne tombe. Vu qu’en général, un salarié d’une banque a son compte domicilié chez son employeur, ça lui fait perdre à la fois son taf et ses sous.
    Les cadres dirigeants, pas fous, ont à mon avis des comptes dans plein d’établissements différents et pourront se retourner. Bref, comme d’hab’, ce sont les "petits" qui pâtiront de cette remarquable initiative populaire.

    Quant à espérer que la chute de quelques-uns fera réfléchir les autres, c’est de l’optimisme forcené. Après tout, les différentes crises ont toujours emporté une poignée de banques dans leur tourmente et ça n’a jamais fait changer les autres de comportement. Les banquiers, comme tous les dirigeants, comme tous ceux qui ont les rênes, sont de gros cyniques, ne l’oublions pas.

    Venons-en maintenant à la portée du mouvement.
    La banque de détail occupe une part variable de l’activité de chaque banque. Dans la plupart des cas, c’est considéré comme un matelas, une sécurité, mais ça n’est pas tellement là-dessus que les établissements comptent pour gagner de l’argent. Les grands nombres, ce sont les comptes des entreprises et leurs opérations financières.
    Mathématiquement, même si 20% des particuliers viennent vider leur compte, l’effet sur les activités des banques ne devrait pas être suffisant pour les faire tomber. Surtout en sachant que les probabilités sociales étant ce qu’elles sont, ce ne sont pas les 20% les plus riches qu’on retrouvera au guichet. Encore moins les grosses fortunes, les clients de cette filière à part qu’on appelle la banque privée (nos voisins de bureau, affectueusement surnommés les "Bordeaux-Chesnel").

    Mon avis, c’est que le seul moyen de repenser le système est de le faire en partant d’en haut : il doit y avoir un changement d’attitude de la part des dirigeants. Malheureusement, on n’en prend pas le chemin, et les connaissant, le coup de Cantona ne leur fera ni chaud ni froid, puisque ce n’est pas eux qui en subiront les conséquences.
    Il faut trouver autre chose. Le problème, c’est que je sèche.

    Pendant qu’on y est…
    La méthode Fight Club a peu de chances de fonctionner : à l’heure des plans de continuité d’activité, tous les serveurs sont doublés, triplés, dans des lieux éloignés les uns des autres et pas communiqués au public. Il y a du boulot avant de tout faire sauter.

    • Don Lorenjy said,

      Tout ce que tu dis est vrai, à un détail près : tu peux retirer ton argent d’une banque simplement pour qu’elle cesse d’agir en ton nom… si tu ne veux plus cautionner l’esclavagisme financier du monde, bien sûr.


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