Comme ça s'écrit…


Qu’est-ce qu’on se voeux ?

Publié dans Textes par Laurent Gidon le 31 décembre, 2010
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Ce n’est pas qu’une tradition désuète : il y a je crois un vrai fond à se demander, au moins une fois par an, ce que l’on se souhaite. A soi comme aux autres. Une manière de dire que l’on ne sait pas toujours bien ou l’on va, et que se poser la question n’est pas inutile.

Cette année d’ailleurs, la question faisait pour moi partie de la réponse. Mes vœux tiennent donc dans une petite formule qui peut se prononcer à chaque croisement de doute :

Avançons pas-à-pas, dans 2011 et au-delà.

Pas d’autre justification ni direction, chaque pas se suffit à lui-même. Ne pas savoir où l’on va, c’est déjà avancer.

Une autre tradition (qui m’est plus personnelle, celle-ci) étant d’écrire une histoire pour la nouvelle année, voici celle que j’avais écrite pour l’entrée en 2009.

Résolution 2009

En cette soirée de 31 décembre, le poids de l’année à venir écrasait les épaules de Clémentine, malgré ou à cause de toutes les bonnes résolutions prises. Tant de choses à changer, et toute une année à tenir.

Elle gardait les yeux fixés sur son écran d’ordinateur, comptant les heures, puis les minutes, qu’affichait le calendrier informatique (résolution n°1 : toutes les résolutions entrent en vigueur le 1er dès 00h00). Elle aurait bien allumé une cigarette, mais elle devait arrêter de fumer. C’était sa résolution numéro vingt-quatre. Pas question de vodka-tonic non plus (résolution 142 : « Ne plus boire toute seule ! ») Un petit doigt de Porto… Est-ce qu’elle pouvait s’offrir un Porto ? Il y avait bien cette résolution deux cent dix-sept par laquelle Clémentine s’enjoignait de ne plus se rabattre sur les petits verres en cas de stress. Alors un Porto dans un grand verre ? C’était spécieux, comme approche de la probité intérieure.

Sans même y penser, sa main droite monta à ses lèvres (une main ne pense pas, bien sûr, sinon elle ne viendrait pas donner ses ongles à ronger). Le temps que Clémentine s’en aperçoive, ses dents avaient déjà tiré un lambeau douloureux. Contrevenant ainsi à la quatorzième résolution. L’année allait mal commencer, avec toutes ces tentations d’infraction. Une année qui commence mal paraît vite plus longue que les autres. Et elle a toutes les chances de mal finir aussi.

Les résolutions ! Il fallait s’y tenir, tenter de sauver ce qui pouvait l’être, ces trois cent soixante-cinq jours si pesants. Chacune des journées à venir était par avance alourdie du poids des fautes de Clémentine. Se plier aux résolutions, voilà le seul moyen de les alléger un peu. Pas le bonheur, certes, mais un malheur un peu moins lourd.
Heureusement, l’année finissante entamait sa dernière ligne droite. Avec près de vingt-trois heures cinquante-neuf au compteur, le calendrier de l’écran devenait le meilleur ami de Clémentine. Ailleurs, à côté, au-dessus, dans les étages inférieurs, ses voisins avaient mis leurs festins entre parenthèses le temps de clamer les dernières secondes ensemble. Résolution 42 : ne plus rester seule et reprendre contact avec les gens, le monde, tout ça. Bien qu’elle soit enfermée seule dans son appartement, Clémentine appliquait déjà la consigne et comptait en même temps que tout le monde. 3… 2… 1… Et puis rien.

Partout autour, les cris de joie explosaient, applaudissements, musique, chansons et embrassades. Clémentine fixait son écran, sidérée. Il affichait bien zéro heure, oui, mais le 32 décembre 2008. Ailleurs, le tumulte de l’an nouveau s’estompait sous la reprise des flonflons. Mais chez elle, non. Blocage sur 2008. Pas de passage en année suivante.
Pas de redoublement non plus, nota-t-elle, juste une prolongation intempestive. Clémentine commençait à s’inquiéter, malgré la résolution cinquante-sept (tout vérifier avant de vraiment paniquer).

Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre. La rue, encore illuminée et encombrée de fêtards quelques instants plus tôt, semblait avoir été aspirée par un trou noir. Ou alors, il était vraiment temps de faire les carreaux (ménage en grand deux fois par mois, comme l’injonctionne la résolution n°… elle ne sait plus). Mais la saleté des vitres n’influe pas sur le niveau sonore, non ? Où sont donc partis tous les crieurs ?
Le début d’agacement de Clémentine – réprimé par la résolution dix-huit – céda la place à une angoisse franche et suante. Elle aurait voulu courir à la porte, fuir par l’escalier (troisième résolution : plus d’ascenseur, pense à ton cœur !), gagner la rue, cavaler à en perdre le souffle (et justifier la résolution 3 bis l’enjoignant au footing bihebdomadaire)… mais le coincement temporel lui gelait les articulations.

Non contente de ne pas avoir bougé de 2008, Clémentine ne pouvait plus bouger tout court. Prisonnière. Une armure de rouille. Lorsqu’elle voulut crier, ses cordes vocales refusèrent même de vibrer. Sa grande inspiration retenue dans ce non-cri lui boursouflait les poumons. Plus rien ne voulait sortir. Plus rien n’entrait. Paupières figées dans un écarquillement de panique.

Ah, si Clémentine avait pu obéir à sa dernière résolution !
La dernière résolution… Laquelle, déjà ? Clémentine se creusa la mémoire (ceinturée comme elle était dans le temps et l’espace, qu’aurait-elle pu faire d’autre ?), mais quelle pouvait donc être cette saleté de dernière résolution, la trois cent soixante-cinq ?
Ah oui ! Bien sûr… la 365 : “si l’échec à se plier aux 364 bonnes résolutions précédentes est patent, tout remettre à l’année prochaine et basta !” Voilà, facile, si tu n’y arrives pas, lâche du leste et ça va mieux. Vite, souscrire à la dernière résolution !

Clémentine se fluidifia soudain, retrouvant 2009 et sa capacité à s’y mouvoir dans un grand soulagement de tout son être. On allait vivre, avec pour seule bonne résolution de se faire plaisir en espérant faire un peu plaisir aux autres par la même occasion. Tout le reste attendrait bien 2010.

Voilà. J’espère pour vous que cela a fonctionné et que vous avez apprécié 2009 et 2010 sans blocage résolutionnel. A l’an prochain !

En cette soirée de 31 décembre, le poids de l’année à
venir écrasait les épaules de Clémentine, malgré ou
à cause de toutes les bonnes résolutions prises.
Tant de choses à changer, et toute une année à tenir.
Elle gardait les yeux fixés sur son écran d’ordinateur,
comptant les heures, puis les minutes, qu’affichait le
calendrier informatique (résolution n°1 : toutes les résolutions
entrent en vigueur le 1er dès 00h00). Elle aurait bien
allumé une cigarette, mais elle devait arrêter de fumer.
C’était sa résolution numéro vingt-quatre. Pas question de
vodka-tonic non plus (résolution 142 : “ Ne plus boire
toute seule ! ”). Un petit doigt de Porto… Est-ce qu’elle
pouvait s’offrir un Porto ? Il y avait bien cette résolution
deux cent dix-sept par laquelle Clémentine s’enjoignait de
ne plus se rabattre sur les petits verres en cas de stress.
Alors un Porto dans un grand verre ? C’était spécieux,
comme approche de la probité intérieure…
Sans même y penser, sa main droite monta à ses
lèvres. Une main ne pense pas, bien sûr, sinon elle ne
viendrait pas donner ses ongles à ronger. Le temps que
Clémentine s’en aperçoive, ses dents avaient déjà tiré un
lambeau douloureux. Contrevenant ainsi à la quatorzième
résolution. L’année allait mal commencer, avec toutes ces
tentations d’infraction. Une année qui commence mal
paraît vite plus longue que les autres. Et elle a toutes les
chances de mal finir aussi.
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ce qui pouvait l’être, ces trois cent soixante-cinq jours si
pesants. Chacune des journées à venir était par avance
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alourdie du poids des fautes de Clémentine. Se plier aux
résolutions, voilà le seul moyen de les alléger un peu. Pas
le bonheur, certes, mais un malheur un peu moins lourd.
Heureusement, l’année finissante entamait sa dernière
ligne droite. Avec près de vingt-trois heures
cinquante-neuf au compteur, le calendrier de l’écran devenait
le meilleur ami de Clémentine. Elle n’aurait plus
longtemps à attendre… Ailleurs, à côté, au-dessus, dans
les étages inférieurs, ses voisins avaient mis leurs festins
entre parenthèses le temps de clamer les dernières secondes
ensemble. Résolution 42 : ne plus rester seule et
reprendre contact avec les gens, le monde, tout ça.
Quoique enfermée seule dans son appartement, Clémentine
appliquait déjà la consigne et comptait en même
temps que tout le monde. 3… 2… 1… Et puis rien.
Partout autour, les cris de joie explosaient, applaudissements,
musique, chansons et embrassades. Clémentine
fixait son écran, sidérée. Il affichait bien
zéro heure, oui, mais le 32 décembre 2008.
Dehors, le tumulte de l’an nouveau s’estompait déjà
sous la reprise des flonflons. Mais chez elle, non. Blocage
sur 2008. Pas de passage en année supérieure. Pas de
redoublement non plus, nota-t-elle, juste une prolongation
intempestive. Clémentine commençait à s’inquiéter, malgré
la résolution cinquante-sept (tout vérifier avant de
vraiment paniquer).
Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre. La rue,
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la résolution n°… elle ne sait plus, et ce n’est pas la
question). Mais la saleté des vitres n’influe pas sur le
niveau sonore, non ? Où sont donc partis tous les crieurs ?
Le début d’agacement de Clémentine – réprimé par
la résolution dix-huit – céda bientôt la place à une angoisse
franche et suante. Elle aurait voulu courir à la porte,
fuir par l’escalier (troisième résolution : chasse aux kilos,
plus d’ascenseur), gagner la rue, cavaler à en perdre le
souffle (et justifier la résolution 3 bis l’enjoignant au
footing bihebdomadaire)… mais le coincement temporel
lui gelait les articulations.
Non contente de ne pas avoir bougé de 2008,
Clémentine ne pouvait plus bouger tout court. Prisonnière.
Une armure de rouille. Lorsqu’elle voulut crier, ses cordes
vocales refusèrent même de vibrer. Sa grande inspiration
retenue dans ce non-cri lui boursouflait les poumons. Plus
rien ne voulait sortir. Plus rien n’entrait. Paupières figées
dans un écarquillement de panique. Ah, si Clémentine
avait pu obéir à sa dernière résolution !
La dernière résolution… Laquelle, déjà ? Clémentine
se creusa la mémoire (ceinturée
comme elle était dans le temps et l’espace,
qu’aurait-elle pu faire d’autre ?). Quelle pouvait être l’intitulé
de cette saleté de dernière résolution, la trois cent
soixante-cinq ?
Ah oui ! Bien sûr… la 365 : “si l’échec à se plier
aux 364 bonnes résolutions précédentes est patent, tout
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6 Réponses à 'Qu’est-ce qu’on se voeux ?'

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  1. Travis a dit,

    Le 31 m’en tape, c’est l’anniversaire de mon fils donc le réveillon il attendra.
    Pas de résolution, on avance et on verra.
    2011, point positif plus que un an avant 2012 et espérons un changement politique (même si je n’y crois pas plus que ça)
    2011 un an avant la fin du monde, haha pourquoi pas?

    HS: j’ai pensé à toi mon Don, j’ai regardé il y a quelques jours "L’espion qui venait du froid" avec Richard Burton, le début se passe en Allemagne aux postes frontières, et je me disais, c’est marrant c’est là qu’un certain Laurent à sabré du champagne devant des russes médusés.

    Bon allez, très bonne soirée à toi et ta famille.

    • Don Lorenjy a dit,

      Bon anniversaire à ton p’tit gars (tu me rappelles son prénom ?).
      Et effectivement, on avance. Tous.

      • Travis a dit,

        Merci, c’est Niels.

      • Don Lorenjy a dit,

        Oui, Niels ! Tu me l’avais dit (et peut-être pas qu’une fois)


  2. De toute manière, le choix est assez limité… Toutes les meilleures choses à toutes et à tous pour ce soir !

    Antoine (A.C. de Haenne)


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