Télécabine
On entre à six dans une cabine pour vingt. Il reste de la place. Mais la cabine ça concentre.
Deux gars, la trentaine cirrhosée et un reste de coquard à un œil, qui se partagent trois gosses sous casques de loc. Ils jacassent avec un accent et des émerveillements de Plat-Pays. Des première-fois. Venus à la montagne comme on va voir la mer, peut-être pour épuiser un bon tiercé ou un grattage gagnant. Quelque chose d’exceptionnel, sinon on n’aurait pas pu. Alors faut profiter.
Ils mettent fieu toutes les deux phrases et ça rythme. Ils ont des sourires avec les dents qui pendent. Des yeux rougis parce que mauvaises lunettes. Leurs combinaisons couleurs pissées bouchonnent sur des chaussures qui baillent des crochets. C’est l’heure d’après midi, ils ont bouffé et bu. Ils sentent la bière de trop et la douche qu’il faudrait. Où sont leurs femmes ?
Ils regardent dehors et demandent si des fous passent là en-dessous. Au moins une noire, c’est pô pôssib’ ! Les petits gloussent de peur, contents de leurs pères pas si fous, non.
Ils regardent la neige et rêvent tout haut de la descente qui vient. En goûtant leur plaisir maintenant, à l’évocation, parce que en vrai dedans ce sera dur et pas drôle, et froid, et les skis impossibles à dompter. La pente ils connaissent pas, ou alors pour la dalle.
Ils sonnent mal, pas à leur place, ils sont trop près, trop plats, ils gâchent. Et aussi ils disent ma chérie, mon ange, ben fieu t’as vu comme c’est beau, et leurs gosses les aiment de les aimer, et je les aime pour ça. La cabine, ça rapproche.

le 7 mars, 2011 le 6:35
La télécabine, c’est un peu le bus des hauteurs finalement…
le 7 mars, 2011 le 7:00
Juste.
Mais, comme tu dis, au lieu d’être pressé d’aller au turbin on vise les hauteurs. Les décalages et rapprochements n’en sont que plus grands.
le 7 mars, 2011 le 8:20
J’entendais bien sûr par là la possibilité d’observer des contemporains très variés dans un même contexte particulier. Avec pour toi ici, un arrière-plan bien plus sain et spectaculaire que les immeubles grisés par la pollution que la majorité des bus proposent…
le 7 mars, 2011 le 11:40
Une petite bouffée de réalisme et d humanisme
le 8 mars, 2011 le 10:59
Tout juste, merci.