Comme ça s'écrit…


Merci Madame Vargas

Posted in Admiration,Lecture par Laurent Gidon le 29 juillet, 2011
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Pour nous, les vacances ouvrent un lieu et un temps de rencontres.
Ne nous cherchez pas dans l’annuaire des couples échangistes, il ne s’agit que de lectures. Où que nous partions, au lieu d’emmener des livres je me livre entièrement aux goût et au conseil de l’hôte.

La phrase « qu’est-ce que vous avez vu de bien à me faire lire, récemment ? » est devenue rituelle. C’est avec elle que j’ai rencontré Fred Vargas, il y a une dizaine d’années. Pars vite et reviens tard, premier d’une série de plaisirs en désordre, parfois mitigés mais toujours agréables au final. Ma belle-mère me l’avait donné en me disant que c’était détendant et bien fichu. Et j’ai trouvé que ça l’était, même si l’auteur ramait un peu à mon goût, dans les premiers chapitres, pour donner un caractère extraordinaire à ses personnages. Ça sentait un peu l’effort, si je puis me permettre. Mais la petite musique Vargas s’était bien installée entre mes oreilles et j’étais content de la retrouver, chaque été, sous sa couverture sombre. Certains m’ont plu plus que d’autres, comme L’Homme aux cercles bleus, ou L’Homme à l’envers… des histoire d’hommes, quoi.

J’ai l’air de courir au secours du succès, mais je trouvais qu’il y avait quelque chose de plus que du polar bien troussé chez madame Fred. Pas toujours enthousiaste, mais toujours sous le charme. Bref, le sentiment d’une vraie œuvre en cours.

Cet été, j’ai rencontré L’Armée furieuse. Et jusqu’aux derniers chapitres, j’ai eu l’impression que Fred Vargas avait atteint le sommet de son œuvre. Qu’elle me pardonne ce jugement à l’emporte-pièce.
L’histoire ? On s’en fout. Ce sont les personnages qui comptent. Et là, ils vivent, tous, avec naturel, ils se développent sous nos yeux, sans effort apparent. Ils ne portent pas l’intrigue, c’est au contraire l’intrigue qui les révèle. On tisse un lien avec eux, même avec les méchants, parce qu’ils sont humains aussi. Aucun ne prend le pas sur les autres, aucun n’est sacrifié – à part peut-être le Vicomte, mais il a pourtant sa place. Jusqu’à un pigeon entravé avec lequel on se prend l’envie de tailler une bavette.

Donc merci Madame Vargas, vraiment. Je comprends que vous ayez dû sacrifier à la règle de l’explication finale, désamorçant toutes les critiques de lecteurs tatillons à la recherche d’incohérences. C’est parfait, l’histoire tient debout, et tant pis pour ces deux chapitres où l’intrigue reprend le pas sur les êtres. Tout le reste m’a ravi.

Je sens que je vais offrir un peu de silence à mes yeux avant de tenter une nouvelle rencontre : le silence qui suit la lecture d’un Vargas n’est-il pas encore un peu de Vargas ?

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10 Réponses to 'Merci Madame Vargas'

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  1. Kirawea said,

    Ben moi j’ai fini Djeeb le Chanceur avant-hier, et je dois dire que j’y ai trouvé suffisamment de plaisir pour avoir envie de lire la suite. Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer Djeeb avec une tête de Laurent Gidon … :o)

    Ma moitié à une certaine culture de Fred Vargas et elle m’a l’air d’avoir approximativement la même estime que toi pour L’Armée Furieuse, si ce n’est qu’elle a quand même préféré Sous les vents de Neptune.


    • Djeeb a effectivement la gueule de Laurent Gidon, ce qui explique que je n’aie plus toute ma tête…
      Pour Sous les vents de Neptune, je suis resté dubitatif : le dépaysement de l’enquête au Québec avait un petit côté catalogue d’expressions vernaculaires qui – c’est ma hantise – sentait l’effort.

  2. Irène said,

    Zut, et moi qui vient de poster sur FB que L’Homme aux cercles bleus (je crois me souvenir que c’était celui-là), premier que j’avais lu, m’avait justement fait abandonner Vargas ? Ce qui prouve que des gens différents ont des réactions différentes au même texte.


    • J’ai failli aussi lâcher Pars vite et reviens tard sur les premières situations. Et puis…

  3. Oph said,

    "Ne nous cherchez pas dans l’annuaire des couples échangistes"
    Rhô, zut alors. Moi qui espérais… ;-)

    L’an dernier, c’est sur le même principe que j’ai (enfin) attaqué, sur les conseils de ma môman, La première gorgée de bière de Philippe Delerm. En échange, je lui avais collé entre les mains Des nouvelles du Tibbar.
    Grande satisfaction des deux côtés de la barrière générationnelle.

  4. danielle said,

    Bien que passionnée de polars, je n’arrive pas à entrer dans ceux de Vargas. Allez savoir pourquoi, son écriture m’agace, ses personnages m’agacent et les adaptations filméesl me font à peu près le même effet.
    Par contre, un ami m’a conseillé Henning Mankell: j’ai lu toute sa collection et je me suis régalée.


    • C’est ce qu’il y a de beau dans ce monde : la place pour tous les goûts et la possibilité de les exprimer.
      Pour ma part, je n’ai lu que Profondeurs de Mankell, et j’ai trouvé bien, même si ça n’a rien à voir avec sa série de polars.

  5. dasola said,

    Bonsoir, c’était mon premier F. Vargas, et j’ai été conquise : par l’histoire et les personnages. J’attends la suite. Bonne soirée.


    • La suite ? C’est vrai que l’épaisseur des personnages et l’irruption fréquente de leur passé décrit dans d’autres romans donnent un effet de série. Mais pour lire du Vargas sans attendre la suite, on peut lire les romans déjà parus, qui tous ne reprennent pas les personnages de l’Armée furieuse.


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