Comme ça s'écrit…


Quel confort !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 18 novembre, 2011

Pas facile d’être ce qu’on est. Si je me dis écologiste, sensible à l’état de la planète comme à l’avenir de l’humanité, et même si je le suis vraiment, au fond de moi… le suis-je dans mes actes ?
La surface de la vie est agaçante. Comme la peau, elle cache et révèle à la fois.
Je sais ce que je suis, et ce que nous sommes tous, parcelles issues de la séparation illusoire d’un grand tout, jetées individuellement dans l’expérience de la vie pour faire exister chaque possible et son contraire (en v’là, de la métaphysique !). Mais ce savoir s’efface devant le confort de la vie. Au lieu de tout lâcher pour partir nu sur la route à la recherche de vous autres, parcelles à réunifier, je reste au chaud près du poêle. Au lieu de tourner le dos aux modes de vie, de production et de consommation qui ruinent la planète et les hommes, je m’achète une conscience avec du bio, de l’équitable, du co-voiturage… autant de rustines qui ne tiendront pas longtemps. Je sais, et je ne fais pas.
Pourquoi ?
Hier, en revoyant Volem rien foutre al païs, j’ai compris pourquoi.
La vraie vie sans confort, c’est dur. Les gens qui la pratiquent ne sont pas drôles. Même si j’envie leur radicalité et leur empreinte zéro, je n’aimerais pas vivre avec eux. Et encore moins y être obligé par un changement brutal des conditions.
Je ne veux pas perdre l’insouciance et la gaieté. Je ne veux pas être obligé à une solidarité quotidienne avec des râleurs qui m’ennuient. Je ne veux pas remâcher à chaque repas les causes du combat contre l’institution sclérosante (ou autres thèmes). Je ne veux pas devoir à la collectivité ma part de travail pour seulement survivre. Je ne veux pas que chaque geste soit utile, pesé, ausculté et validé par sa seule efficacité. Je ne veux pas connaître pour principale satisfaction d’avoir raison alors que tous les autres ont tort. J’exagère un peu, certes, mais…
Oui, je suis habitué à tirer la chasse et que quelqu’un d’autre s’occupe d’épurer mon « offrande à la nature ». Oui, j’ai pris goût à ne pas faire ma part du sale travail (ah non, il faut dire activité, le mot travail est banni) pour bâiller devant mon écran et y tapoter ces mots inutiles. Oui, j’aime l’idée qu’un dentiste, un ingénieur, un pompier, un chirurgien ou même un policier – toutes personnes plus utiles et qualifiées que moi – soient là, quelque part, prêts à intervenir en cas de dysfonctionnement majeur auquel je ne saurais pas faire face. Oui, j’aime passer du temps avec des amis choisis et qui m’ont choisi, sans devoir composer avec tout le voisinage simplement parce qu’on partage un bout de territoire et rien d’autre. Oui, je rêve encore d’aller faire du ski en hiver, du surf en été et de l’escalade en inter-saison, de lire de bons livres et voir de bons films, d’écouter et jouer des musiques dépourvues de valeur militante, toutes pratiques dérivatives qu’une occupation saine de mon temps rendraient inutiles. Oui, j’apprécie qu’aucun lieu de la planète ne me soit inaccessible, même si je quitte rarement mon village. Oui, ce confort que j’aime est le fils naturel de tous les dérèglements : il ne survivra pas à la profonde remise en cause qui nous attend.
Bref, j’ai le fessier entre deux chaises, aspirant à plus de justice dans le traitement du monde et des êtres, mais incapable de me sortir du confort et dubitatif quant aux solutions qui se créent ici et là.
On me demandait ailleurs si j’avais envie d’écrire un roman post-apocalyptique. La réponse est non, mais je me demande s’il n’est pas en train de s’écrire sous nos yeux.
Nous faudra-t-il un coup de pied au cul planétaire pour nous jeter nu à la recherche des uns et des autres ? J’en tremble déjà.

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6 Réponses to 'Quel confort !'

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  1. Pierre said,

    Même constat désabusé face à mes propres incohérences dans un monde qui semble fort peu se soucier de l’impasse vers lequel il persévère à foncer tête baissée.

    Mais que faire, si ce n’est se préparer à ce que tout cela finisse assez brutalement… pour nous contraindre collectivement à inventer comment vivre autrement ensemble ? De préférence sans retourner vers l’austérité ascétique de l’avant-progrès…


    • Yep, mais ça ne va pas être drôle.
      J’ai pour habitude de penser qu’en toute époque, même loin du progrès et du confort tels que nous l’entendons aujourd’hui, l’homme s’est débrouillé pour vivre heureux. Mais demain ?

      • camille said,

        demain? ah, laurent, demain sera peut-être plus beau qu’aujourd’hui! on ‘pense’ les choses à l’aulne de nos croyances et on ‘croit’ ce qu’on ‘voit’ sans *imaginer* que la Vie se charge de nous faire quelques tours à sa façon ;-) pour ma part, ‘voir’ pierre commenter sur ton blog est un joli pied de nez que la Vie me fait et je me réjouis intérieurement de cette ‘heureuse’ coïncidence dont tout le monde se fout, sauf moi ;-)

  2. Kirawea said,

    Il m’est venu l’idée idiote d’établir une espèce d’échelle de modes de vie et d’essayer de m’y positionner. Quelque chose comme ça :
    – luxe
    – opulence
    – confort
    – sobriété
    – rigueur
    – privation
    J’ai vérifié les définitions de ces notions et elles me semblent établir une bonne répartition graduelle.

    Je pense que je gravite autour de « confort » alors qu’il me semblerait plus opportun, selon une espèce de conscience globale et des critères fixés par moi-même, de me positionner sur « sobriété ».


    • Oui, honnête et bien vu : cette « sobriété heureuse » chère à Pierre Rabhi. Un bel objectif, si on arrive à l’atteindre sans se gâcher le (les) plaisir.

      • Kirawea said,

        Ça m’a l’air d’être un sacré bonhomme ce Pierre Rabhi ! Je n’en avais encore jamais entendu parler alors qu’après un rapide coup d’oeil sur son parcours j’ai déjà envie de le rapprocher de noms aussi respectables que Monod, Lévi-Strauss, Reeves …


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