Comme ça s'écrit…


L’adieu au steak ?

Publié dans Réflexitude par Laurent Gidon le 8 avril, 2012

Vous avez peut-être raté ce doc quand il est passé sur Arte, je vais donc vous faire un condensé à ma sauce.

Disons que ma voisine s’enorgueillit de mettre chaque jour de la viande dans l’assiette de ses enfants : c’est une question de fierté sociale, surtout depuis qu’elle a perdu son emploi. Elle va donc au supermarché et achète les barquettes les moins chères en promo.
Pour que ce soit moins cher, le supermarché fait pression sur les producteurs, lesquels se tournent vers deux façons de baisser leurs prix : maximiser la production et bouffer de la subvention.
Pour maximiser la production, ils engraissent les bêtes au plus vite, sur le moins de surface possible, en balançant les déchets où ils peuvent – mais ça finit toujours dans les nappes phréatiques, les rivières ou la mer – en leur faisant bouffer un max de soja produit ailleurs parce qu’ici on n’a plus la place, ce qui incite les barons du soja sud-américains à étendre toujours plus leurs surfaces OGM et à y déverser le plus possible de pesticides au détriment des gens qui vivent dans le coin, lesquels gens meurent en silence ou se font cogner par la police locale – on s’en fout, c’est loin – puis en faisant abattre la viande produite (ce n’est même plus des animaux) sans trop regarder sur la souffrance dans des usines à mort.
En bouffant de la subvention nos producteurs de viande réussissent à produire beaucoup et vraiment pas cher de la bidoche qu’on ne mange qu’en partie (ce qu’on appelle les meilleurs morceaux) et revendent donc le reste ailleurs – puisqu’ils n’ont plus le droit de donner de la bête morte à bouffer aux bêtes vivantes -, en Afrique par exemple, en ruinant la production locale et en alimentant les trafics mafieux entre pays qui laissent faire et pays qui tentent de se défendre. En plus, avec toute cette viande subventionnée on ne s’occupe pas trop de savoir si les pets du bétail produisent plus d’effet de serre que toutes nos bagnoles réunies, puisque l’important c’est de sauver la filière.
Bien sûr, personne n’est responsable, comme l’explique un administrateur des instances européennes : notre objectif est de maintenir notre capacité de production pour ne pas devenir dépendants d’autres pays producteurs, qui pourraient fabriquer de la barbaque encore pire que la nôtre et en plus nous la vendre chère. C’est le marché qui décide. S’il y a des abus, c’est la main invisible du marché qui les corrigera. Plus besoin de faire de la politique (pourquoi donc nous enquiquinent-ils avec leur campagne présidentielle ?!), le marché se charge de tout. Il faut juste l’alimenter.
Alors on entretient la demande locale pour du steak à bas prix histoire d’entretenir la production locale de steak à bas prix et toutes les cochonneries qui vont avec (des violences policières au Paraguay jusqu’aux marées vertes sur les côtes bretonnes).
C’est un choix.
On pourrait aussi choisir de se passer de steak à bas prix et les enfants de la voisine n’auraient pas de la viande tous les jours dans l’assiette, ni les miens. La fierté en prendrait un coup, mais on pourrait.
Cela ne voudrait pas dire plus de viande du tout, mais que de la bonne, élevée respectueusement, abattue proprement, et peut-être cuisinée avec un peu plus de talent que chez MacDo. C’est un autre choix.

J’ai de la chance, notre boucher du village choisit ses bêtes chez des producteurs respectueux, les fait abattre en leur tenant la patoune (j’exagère, bien sûr) et cuisine les bas morceaux pas facile à vendre tels quels mais très bons dans des recettes à lui. C’est bête pour les Africains qui ne pourront plus bouffer de déchets de poulet au formol, mais tant pis.
Tout ça pour dire qu’entre l’adieu au steak et saloper toute la planète il y a une marge. On peut devenir végétarien (je l’ai été pendant 10 ans), mais aussi on peut encourager ceux qui bossent correctement au lieu de les jeter avec l’eau sale dans laquelle pataugent les salopiots.

C’est un choix de vie qui nous revient et qui aurait plus d’influence qu’un bulletin dans une urne.

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4 Réponses à 'L’adieu au steak ?'

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  1. Fou a dit,

    Un article très intéressant,

    Pour ma part j’ai fait le choix d’être végétarien pour les même raison, enfin pour les même raison et en plus pour des raisons éthiques puisque le fait de manger de la viande intelligemment produite résout le problème écologique (sauf peut être celui de la consommation d’eau).

    J’aimerais bien savoir la raison qui vous a poussé a ne plus être végétarien puisque ça ne fait que 4 ans que je le suis.

    En tout cas merci beaucoup pour ce blog qui pousse réfléchir.

    • Laurent Gidon a dit,

      … et merci pour ce commentaire. En ce qui concerne la consommation d’eau pour la production de viande, si l’on considère la production globale d’un territoire (ou d’une ferme, d’ailleurs) en limitant les bêtes au nombre que la surface agricole peut nourrir, on en vient à une consommation d’eau identique à celle d’une production purement végétale. En revanche, on aura moins de végétal disponible pour nourrir les hommes.

      Quant à savoir pourquoi je ne suis plus végétarien, il faudrait aussi me demander pourquoi je l’ai été : tradition familiale et conviction que mes performances sportives ne s’accordaient pas avec les toxines de viande. L’objectif podium n’étant plus à l’ordre du jour et n’ayant pas envie que mes enfants ne connaissent pas certains goûts, nous en sommes revenus à une consommation anecdotique d’une ou deux fois par semaine, parfois pas du tout. Mais toujours en choisissant ce qu’on mange… avec l’aide d’un professionnel scrupuleux (Jérôme Lhomme, à la Balme de Sillingy).

  2. Kirawea a dit,

    En même temps, mon appareil à pierrade ferait un très bon presse-livres …
    J’avoue avoir déjà eu beaucoup de mal à choisir ce que j’allais manger pour le dîner en sortant de la projection du "Marché de la faim", mais j’apprécie beaucoup ce type de reportage qui nous donne une vision globale en rapport avec nos choix du quotidien.

    • Laurent Gidon a dit,

      C’est exactement ça : pas des accusations, mais des mises en perspective qui permettent de mieux évaluer ses choix. A chacun ensuite de moduler son comportement.


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