Comme ça s'écrit…


De soleil et de lune

Posted in Admiration,Réflexitude par Laurent Gidon le 14 mai, 2012

Voici quelques années, nous étions à Turin pour notre anniversaire de mariage et nous dînions dans un restaurant un peu gastronomique dont la carte nous restait totalement incompréhensible. Mon épouse ne parle pas un mot d’italien et je me limite pour ma part à « buon-giorno-ciao ». Nous avions bien essayé de suivre les explications du serveur, mais elles n’étaient à nos oreilles qu’une musique exotique et charmante. Le jeu était alors de commander n’importe quoi en se référant uniquement à la sonorité des plats. Il n’y a pas grand danger, à moins d’être perclus d’allergies alimentaires. Les assiettes offraient des surprises étonnantes, artistement cuisinées et disposées de façon à n’être pas reconnaissables. Il fallait goûter. Et y revenir, parce qu’en l’absence d’indice les plats étaient difficiles à décrypter. Était-ce bon ? Excellent, ou juste bizarre ? Pas facile d’en décider avant d’avoir fini, et même après.
Ce souvenir m’est revenu après un week-end d’expériences en apparence contradictoires. Un superbe spectacle* circassien (j’aime ce mot, allez savoir pourquoi) et une tarte divine à la fraise pour fêter l’anniversaire de ma mère, un différend violent avec notre voisin, une longue balade avec enfants dans une forêt peuplée de légendes celtes et de lieux aux énergies puissantes, l’agression verbale d’un parent de joueur qui me reprochait de ne pas avoir assez fait jouer son fils dans un match de handball, un super film des Jaoui-Bacri**, une opération probable pour hernie chez un de mes fils… Difficile d’en tirer un bilan clair.
Difficile et inutile. Cela ne s’évalue pas avec une règle à calculs en espérant un chiffre positif au final. Tout là-dedans a du sens et m’invite à me positionner, à choisir qui je suis, à apprécier l’expérience pour ce qu’elle est comme pour ce qu’elle dit, et surtout à la vivre jusqu’au bout au lieu d’essayer de la jauger.
Le restaurant turinois s’appelait Sol é Luna. Tout était écrit dès l’enseigne. Nous allions entrer dans un lieu de soleil et de lune, de jour et de nuit, où tout aurait de l’intérêt quel que soit l’astre qui l’éclaire (je sais, la lune n’est pas un astre, tant pis). J’ai vécu de la même façon mon week-end de soleil et de lune : chaque moment, agréable ou non sur le coup, brillait de sa propre lumière qu’il me suffit de chercher et de recevoir. Fermer les yeux laisse trop d’éléments dans l’ombre. Ce que l’on ne veut pas voir ne s’efface pas : cela œuvre en cachette, souvent comme une sape, jusqu’à ce qu’une barrière ou un édifice personnel s’effondre.

*Pour ceux qui croiseraient la Compagnie XY, ne ratez pas « Le grand C« , son spectacle virtuose de porter-lancer qui fait à la fois sentir le poids du corps et la légèreté de l’être.
**Parlez-moi de la pluie
Le grand C - Compagnie XY

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