Comme ça s'écrit…


Le début de l’éternité

Publié dans Promo,Textes par Laurent Gidon le 30 mai, 2012

L’automne dernier, j’ai bien travaillé. En octobre, au moment même où une idée de nouvelle me cravachait l’esprit, une connaissance Internet me demandait s’il m’était possible de lui écrire un texte pour sa revue annuelle. Il me laissait totalement libre, il fallait juste que ce soit de la SF. Et ça tombait bien, c’en était.
J’avais déjà le titre, prémonitoire : Une Éternité personnelle. Y avait plus qu’à… Je crois que je n’ai jamais mis aussi longtemps pour écrire 31 000 caractères. L’idée n’était qu’un principe, un début et une fin, qu’il fallait remplir au gré des carambolages d’inspiration. Jusqu’à ce que, autour de la fin février, soit une éternité plus tard pour une nouvelle, l’éditeur siffle la fin de la partie.
Le texte lui a plu (ouf), nous avons corrigé deux ou trois bricoles, et le voilà paru.
Pas tout seul, heureusement. Le casting de ce Géante Rouge n°20 réunit Patrice Lajoye (à l’édito), Hélène Ramdani, Élodie Boivin, Martin Lessard, Sybille Marchetto, Frédéric Chaubet, Marc Oreggia, Denis Roditi, Hugo Van Gaert, Jérémy Bouquin, Prune Matéo, Norbert Merjagnan, Guillaume Calu, Guillaume Mézin, Gulzar Joby, Christophe Lesieur et Guillaume Parodi, ce qui fait déjà trois Guillaumes, ainsi que les Pépin 2011.
Je sais que tous ces noms d’auteurs vous font envie. C’est donc par pur narcissisme que je vous propose les premières pages de Une Éternité personnelle. Vous lirez la suite quand vous aurez reçu votre Géante Rouge en le commandant ici : http://www.galaxies-sf.com/geante_rouge/achat_numero.php

Une Éternité personnelle

John Meynard Smith se réveilla avec l’impression d’avoir trop dormi. Quelle était l’idée sur laquelle il s’était concentré avant de plonger en hibernation ? Il ne savait plus. Il allait se rendormir lorsqu’une voix vibra au creux de son oreille.
― Bienvenue, Monsieur. Vous rappelez-vous qui vous êtes ?
La question froissa John. Il négligea de répondre.
― Voulez-vous que je vous aide à rassembler vos souvenirs ?
― Qui me parle ? Taisez-vous !
― Je suis votre interface d’autonomisation globale, Monsieur. En l’occurrence, je m’adresse à vous par un implant crânien. Préférez-vous une émission externe ?
― Je n’ai jamais eu d’implant. Tais-toi.
La même voix s’éleva, quelque part devant John.
― Cet implant fait parti des mises à niveau opérées lors de votre réactivation. Vous avez passé trois cent vingt-deux mille six cent trente-sept années en caisson de cryogénisation.
John se recroquevilla sur la couchette. Quelque chose n’avait pas fonctionné.
― Monsieur ? J’ai le plaisir de vous annoncer que votre corps est parfaitement opérationnel.
― Pourquoi… pourquoi si longtemps ?
― Il m’a fallu attendre votre tour, Monsieur. Mais il est venu aujourd’hui. Vous pouvez commencer le reste de votre vie.
John respira profondément. Plus de gêne aux poumons, plus de douleur. On l’avait bien réparé. Mais des millénaires avaient passé. Il se demanda ce qu’étaient devenues ses affaires florissantes, où en était son compte outrageusement créditeur, comment il allait retrouver sa position sociale.
― Qu’est-ce que je peux… que dois-je faire ?
― Rien, Monsieur. Ou tout. Tout ce que vous voulez. Tout est à votre disposition, Monsieur. Tout.
Tout pour lui ? John ne comprit pas, ou ne voulut pas comprendre. Dans la pièce, il reconnut une table et des chaises basses de bois rond posé sur un tapis végétalisé, un écran mural et un plafond luminescent, tous éléments standards. Rien n’avait changé. Était-ce une prison à sa mesure ?
― Je ne comprends pas… J’ai trois cent mille ans de retard, à quoi puis-je être utile ?
― Effectivement, Monsieur, vous ne comprenez pas. Vous ne devez pas être utile. Je le serai pour vous. Par mon intermédiaire, vous avez accès à l’ensemble du système d’interaction avec la planète.
John se figurait assez mal ce que représentait ce système d’interaction. Des sortes de machines, peut-être. Qu’il pouvait commander.
― J’en fais ce que je veux ? Sans compte à rendre à personne ?
― Tant que vous ne détruisez pas durablement l’écosystème, je pense que oui, Monsieur.
― Je prends tout ? Partout ? Et que diront les autres ?
― Il n’y a pas… d’autres, Monsieur.

*

Toutes les pièces étaient vides. John Meynard Smith avait fait le tour du bâtiment entouré de forêt. Il avait reconnu un espace repas, une salle d’exercice physique, plusieurs points d’interconnexion avec écrans ou stéréogrammes, un patio planté, et chacune de ses questions avait reçu la même réponse.
― Alors tout ça est pour moi ?
― Tout cela et le reste, Monsieur.
― Pour moi tout seul ?
― En effet.
― C’est ridicule…
― C’est la solution qui a été retenue, Monsieur.
― La solution ? La solution à quoi ?
― Aux difficultés qu’éprouvait l’humanité dans ses rapports internes et avec son environnement.
― Et cette solution, c’est…
― Oui, Monsieur : un seul être humain à la fois, avec la planète entière à disposition, doté par mon entremise de tous les pouvoirs. Vous êtes l’Héritier.
― Mais… c’est fou !
― Je ne puis juger, Monsieur. Je ne suis que l’exécuteur testamentaire.
― Attendez, je suis bien sur Terre ? J’hérite de la Terre ?
― Oui, Monsieur. La surface est en parfait état. Vos prédécesseurs l’ont globalement respectée et j’ai fait remédier aux rares dysfonctionnements.
― C’est incroyable, c’est fou ! Vraiment n’importe quoi.
― Monsieur aura le temps d’apprécier.

*

La suite… par là.

2 Réponses à 'Le début de l’éternité'

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  1. Guillaume44 a dit,

    J’ai hâte de recevoir mon exemplaire !

    • Laurent Gidon a dit,

      La Poste est d’un lent, dans nos contrées !


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