Happy again !
La nouvelle du jour (enfin… celle d’hier) s’énonce ainsi :
Hélène Ramdani rejoint l’équipe de Mnémos !
Dit comme ça, déjà, ça vous coupe la ficelle du string, non ?
Pourtant, accrochez-vous à ce qui reste :
Hélène, non contente d’être la très méritante dédicataire de Djeeb le Chanceur a aussi piloté le Navire en Pleine Ville tout autour des littératures de genre avec des bollocks. Une sorte de pédigrée, quoi. Mais alors, quand vous saurez qu’Hélène m’a gentiment envoyé un mail en réponse à ma candide interrogation (“Et tu feras quoi là-bas ? Mousse, gabier ou capitaine ?”) elle m’a répondu sans la moindre précaution oratoire “Ton prochain bouquin chez Mnémos“
Voilà.
Prochain.
Bouquin.
Mnémos.
Et avec Hélène au fouet en plus.
Je sens que ça va être bon. Happy again and ever after.

Photo D. Béretzki
Ce que (vous) doit l’auteur
Une fois publié, l’auteur de tout livre entre dans une longue phase de dettes. Dont il ne pourra pas s’acquitter.
Ce que l’auteur doit à l’éditeur, c’est le succès. Il n’y a pas de paradoxe là-dedans. L’éditeur a fait un pari, pris un risque, engagé des sommes, pour que le livre soit publié. Mais ce que contient le livre reste de la responsabilité de l’auteur : seul le succès viendra dire si l’auteur a rempli sa part du contrat. L’échec lui sera imputé, peut-être pas par l’éditeur, mais par tous ceux qui s’autorisent à penser.
Ce que l’auteur doit au lecteur, c’est le plaisir. Si le lecteur n’aime pas ce que l’auteur a écrit, le lecteur n’y est pour rien : l’auteur aurait dû écrire autrement, ou autre chose.
Ce que l’auteur doit à son entourage, c’est d’être connu. Par exemple, si mes copains disent « Moi je connais un écrivain, mais il n’est pas connu » ça ne le fait pas du tout. Pareil pour mes enfants quand ils le disent à leur prof, lequel rigole de ne pas me connaître.
Ce que l’auteur doit au critique, c’est de lui fournir une occasion de briller en ayant raison avant tout le monde dans l’opinion brillante qu’il formulera sur le livre. Il faut qu’un livre soit excellent ou très mauvais, qu’un auteur soit génial ou détestable, pour que le pisse copie puisse accéder à la lumière. Je parle bien sûr de la critique dans les grands médias : je n’ai aucun reproche à l’endroit des chroniqueurs m’ayant fait l’honneur de passer du temps sur mes ouvrages.
Ce que l’auteur doit à la ribambelle d’intervenants gravitant autour du livre, c’est la disponibilité. Si l’auteur est une grande gueule, ou mieux, une jolie fille qui sait bien parler en rougissant de modestie jusqu’au plus profond de son vertigineux décolleté, une partie de la dette est réglée. Sinon, il faudra mouiller la chemise et mériter son statut d’auteur, du salon au forum en passant par la radio, voire la télé pour les plus chanceux (ou belles/grandes gueules). Heureusement, la plupart des auteurs (dont moi) adore ça. Ce qui aide à étaler les coups de mou et les envies de tout envoyer péter, mais ne remet pas la dette.
Ce que l’auteur doit au libraire, c’est de vendre une quarantaine de livres dans l’après-midi, surtout quand le libraire offre à l’auteur une table de dédicaces de façon tout à fait généreuse et désintéressée.
Toutes ces dettes, et quelques autres que j’aurais oubliées mais on me corrigera par commentaire approprié, l’auteur ne s’en acquittera pas, parce que le livre est écrit et qu’il n’y peut plus rien. Parce qu’il n’est pas connu et qu’il n’y peut rien non plus. Parce qu’il a la gueule qu’il a et qu’avant cinquante ans ce n’est pas forcément celle qu’il mérite…
Et qu’est-ce que tout ce monde-là doit à l’auteur ?
Rien, même pas un peu d’attention. Et c’est normal : personne n’a demandé à l’auteur d’écrire, encore moins d’être publié. Tout est de sa faute.
N’y voyez aucune amertume de ma part. Je m’éclate à écrire et autant à jouer l’auteur partout où on m’autorise à le faire. Ce billet, à la limite du Wrath, n’est là que pour l’édification du wannabe qui voudrait ne plus l’être (et donc devenir un auteur, un vrai, avec son nom sur la couv et les dettes qui vont avec).
Maintenant, j’attends les dédicaces de ce samedi chez Decitre Chambéry, pour vous faire un compte-rendu global de ces moments épiques (et poc !)
Un été chez Léo Scheer
C’était mon expérience de l’été, le voyage insolite, la rencontre exotique : je suis allé faire prendre l’air à quelques textes sur M@nuscrits, la plateforme de mise en ligne des éditions Léo Scheer. Essai de bilan.
Côté m’as-tu-vu, c’est plutôt raté. Un seul commentaire, quelques votes (un ou deux par texte), on ne peut pas dire que ce soit la gloire. Les lecteurs de Publimonde, de Dégradations et de Sale Temps ! ne sont pas encore près à me faire une haie d’honneur au prochain salon du livre (celui de Marcassin-sur-Deule).
Côté chiffres, c’est dérisoire : 57 téléchargements pour mon texte le plus anciennement mis en ligne (le 5 juillet). J’ai pourtant battu le rappel sur tous mes contacts littéraires.
Et c’est un enseignement intéressant. En effet, les promesses de la lecture numérique généralisée qu’on nous chante régulièrement (et qui va peut-être se concrétiser un jour) semblent bien se traduire en une dilution totale de l’offre dans une foire à tout dont personne n’aura les clés.
Là où certains espèrent se libérer des éditeurs pour trouver directement le lien avec un public enthousiaste et surtout nombreux, je ne vois qu’engloutissement dans le bruit de fond. Personne n’émergera spontanément : il y faudra des moyens, ou de la chance.
La qualité des textes n’est pas directement en cause (un peu, quand même, mais pas que). Les chiffres parlent, sur M@nuscrits Léo Scheer :
- près de 200 textes publiés en 5 mois, tous genres confondus, du billet de 2 pages au roman de 300 pages
- une moyenne de 15 à 20 téléchargements par texte, souvent pas plus de 6 ou 7
- un record à 70 téléchargements (sauf erreur de ma part, j’ai parcouru la liste assez vite),
- un texte de Babouk, personnage très polémique (voire la chronique de l’été BabouWrathien) chargé à peine 56 fois malgré la mise en avant estivale de l’auteur,
… ce n’est pas la ruée espérée, loin de là.
Pourtant, la plateforme dispose d’une grande visibilité grâce à l’implantation sur le Net de Léo Scheer et le réseau qui s’est créé autour de son blog (jusqu’à 500 commentaires sur certains posts), visibilité que n’auront pas les inconnus qui se lanceront, plein d’enthousiasme, dans la quête du million de lecteurs. Faut s’attendre à des nervous breakdouns, comme on dit.
Conclusion ?
Bien sûr, il est idiot de tirer la moindre conclusion de cette micro expérience en pleine obscurité. Disons plutôt une intuition qui se confirme pour moi. Un auteur, à peine débutant mais avec quelques contacts, ne peut pas compter sur un quelconque effet boule de neige grâce au numérique, même en utilisant une plateforme bien référencée.
Le livre papier ne va pas bien ? Les auteurs ne vivent pas de leurs écrits ? Eh bien ce n’est pas dans la lecture électronique que se trouve la panacée de la survie éditoriale. Pas encore.
Même facile à trouver. Même gratuite. La lecture reste considérée comme une perte de temps si l’on n’est pas sûr de la légitimité de ce qu’on lit. Et cette légitimité, elle ne sortira pas par enchantement de l’Internet. Il faudra encore la chercher chez les faiseurs d’opinion, y mettre ce qu’il faut de pognon, de cocktails et de cirage de pompes.
Est-ce que c’est grave ? Peut-être pas. Dommage, oui, mais pas bien grave. Encore que…
En attendant, les faiseurs d’opinion parlent de Djeeb le Chanceur. Et en suffisamment bien pour que j’en fasse le prochain billet.
Parce que flute, quoi, faut qu’il se vende ce bouquin si agréable à lire. J’ai déjà perdu un éditeur, pas question que je plombe le deuxième.

Au boulot, tous avec Léo !
Y a pas, quand on peut arriver à nouer des liens, bien qu’improbables, entre deux domaines qui nous sont chers, ça fait plaisir.
Alors voilà : d’un côté, les éditions Léo Scheer, en la personne de Léo lui-même, ex trublion et pourtant grand penseur de la littérature comme de la modernité. Toujours à l’affût de ce qui peut bouger, M. Scheer a lancé voici plus d’un an (si c’est pas deux), un système de publication de textes en ligne. Rien de bien nouveau, sauf que ces M@nuscrits portent sa marque, et sont devenus une nouvelle collection disponible en librairie. Il appelle ça la rétropublication : disponibilité gratuite sur le net, génération de commentaires, amélioration éventuelle du texte et publication papier des auteurs sélectionnés (selon quels critères ? on s’en fout !).
Un coup d’oeil à ce qui s’écrit et se fait lire en ligne chez M@nuscrits donne une idée de ce que le nombrilisme germanopratin peut avoir de plus goulayant. Mais si vous n’aimez pas, n’en dégoûtez pas les autres. Il y a de la recherche formelle, du creusage de cervelle, du nouage de neurone, bref, c’est littéraire.
De l’autre côté, nous avons les littératures de l’ImagInaIre, magnifiquement personnifiées par les Ligues I et deu. Je ne vais pas vous faire un cours, mais ces dites littératures sont menacées d’enterrement, au moins pour leur forme française et novatrice, sous les ruines à venir du combat des titans. Bragelonne, Milady (Ha Ha !), Luna et bientôt Orbit se tirent la bourre sur l’étal des libraires, sans que la presse n’en dise mot, pendant que les auteurs et éditeurs un peu exigeants disparaissent dans l’oubli. C’est normal, la presse s’intéresse plutôt à la littérature type Léo Scheer.
Donc…
Il vous suffirait, vous les Imagineurs, d’utiliser la plateforme fournie par Léo Scheer pour donner plus de visibilité à cette littérature qui nous emmène ailleurs, nous fait rêver plus fort et nous tremble d’émoi à la seule évocation d’un rivet de robot.
Comment faire ? C’est tout simple.
D’abord, vous écrivez un bon texte, façon Catherine Dufour ou Jérôme Noirez (il y en a d’autres, ils se reconnaîtront).
Ensuite vous allez vous inscrire là, chez Léo Scheer. Vous publiez votre texte dans l’interface M@nuscrits, en précisant bien que c’est de l’imaginaire. Et on va tous les lire, les commenter, les buzzer à mort.
Ce n’est pas du piratage d’une bonne idée, c’est juste l’utilisation raisonnée d’un outil qui nous est gentiment offert.
D’ailleurs, j’ai commencé : vous pouvez charger, lire et commenter Publimonde ou la revanche du Capitaine Plume, une nouvelles que j’aurais bien mise en introduction d’un recueil titré Terres d’incertitudes et qui m’a semblé tout à fait en phase avec le sujet (imaginer, écrire, être publié, question de vie ou de mort…).
Voilà, c’est à vous, au boulot et merci Léo !
Et n’oubliez pas, le 9 juillet, dans toutes les librairies :
Mon influence à moi (que j’ai)
La taille des événements n’a rien à voir avec leur retentissement, au moins dans l’intime.
Hier, par exemple, j’ai reçu un livre. Rien de bouleversifiant. Et pourtant, ça m’a tout retourné, sur le thème « J’existe, la vache, j’influe sur le monde ! »
J’arrête tout de suite les esprits galopants qui croient voir venir le sujet du billet : non, je n’ai pas reçu les premiers exemplaires de Djeeb le Chanceur. Il est chez l’imprimeur, qui le bichonne. Et si mon allocution du jour est promotionnelle, ce sera par un chemin bien détourné.
Donc, j’ai reçu un livre. Comme deux gouttes d’eau, de Tana French. Ce n’est pas tellement le livre en lui-même qui m’a tout retourné, c’est la raison de sa réception : Silvana Bergonzi, attachée de presse chez l’éditeur du livre (Michel Lafon), m’a repéré comme blogueur d’obédience littéraire, et me considère comme suffisamment influent pour m’envoyer des livres, comme ça, pour que je m’en fasse une idée et que je la partage. Merci, Silvana, vraiment. Ça fait chaud d’exister.
Si vous voulez mon avis, Silvana fait très bien son travail. Ce livre, je vais le lire, et je vous dirai quoi, le moment venu.
Chez Mnémos, il y a aussi une responsable de la communication. Une grande et jolie Claire, qui fait aussi très bien son travail. Elle se démène pour que plein de gens, des libraires, mais aussi des journalistes, des lecteurs influents, des ratons laveurs, soient intéressés par Djeeb le Chanceur, le lisent, s’en fassent une idée et la partagent.
Mon idée sur Djeeb, vous la connaissez déjà (c’est de la balle, pur bonheur, ce que j’ai écrit de mieux, parole !). J’espère juste que j’aurai assez d’influence pour vous donner envie de vous faire la vôtre. Et quand je lirai votre avis, ici ou là, ça va me résonner très fort dans l’intime.

Addenda à la richesse de l’auteur
Désolé, je ne parle pas de moi en tant qu’auteur dans le titre, mais de tous les auteurs regroupés sur BabelPocket (et dont je ne suis pas, c’est donc de la pub gratuite).
Voilà donc une belle bande de chouettes auteurs qui ont décidé de prendre leur compte en banque par les cornes et vendre leurs œuvres en direct, sous format numérique ou en papier. Ce n’est pas de l’édition à compte d’auteur, c’est… autre chose.
Allez voir, faites-vous une idée, achetez si le cœur vous en dit.
Ce que j’en pense, moi, c’est que la grande foire numérique est en marche et que si personne ne s’occupe d’arpenter et critiquer les initiatives en cours, d’une part elles vont sombrer dans le grand rien (qui ressemble au grand tout mais en plus grand), et d’autres part ceux que ça intéresse vont vite être submergés par le retard pris dans l’exploration de ce nouveau continent.
Votre agent m’intéresse…
Il est de coutume d’affirmer qu’en France, se faire représenter chez un éditeur par un agent est la meilleure façon de ne pas être publié. C’est la coutume, je n’y dérogerai pas (je sais me tenir, que Diable !)
Il y a des exceptions, bien sûr (Marc Levy, Pierre Assouline, Michel qui cherche son bec, Christine Angot (tiens, on va voir venir du monde)… et d’autres), qui comme toutes exceptions confirment la coutume, c’est bien connu.
Pour les autres, les petits, les sans grade ni best-seller, les écrivaillons comme vous et moi (bon, d’accord, surtout moi), faut pas rêver : un agent, c’est la porte dans le nez. D’autant et d’ailleurs que, dans sa grande mansuétude (l’agent est mansuet, c’est bien connu aussi), l’agent vous entraînera à recevoir dans le nez la porte des éditeurs en vous claquant la sienne bien propre. Merci.
Mais pourquoi, me suis-je dit au saut du lit – oui, je saute du lit quand d’autres ne font qu’en tomber – pourquoi donc les éditeurs français se passent-ils des talents et du labeur des agents, alors que partout dans le monde (chez les anglo-saxons, quoi) on n’imagine même pas d’écrire à sa grande tante sans qu’un professionnel n’intermédiarise, hein, pourquoi ?
Parce qu’ils veulent continuer à bien se la fendre en parcourant les manuscrits ineptes de wannabes hargneux qui collent les pages 120 et 121 juste pour voir si leur prose a été lue jusque-là ? Ouais, bof, c’est un peu court comme explication. En plus, passer par les agents ne fermera pas le robinet à manuscrits qui continueront à inonder leurs boîtes, alors…
Non, il faut chercher plus loin, ou plus près…
Et soudain, la lumière se fit ! Notez bien ce qui va suivre :
Les grands éditeurs français ne veulent pas des agents parce que les petits éditeurs font le boulot.
Voilà. C’est la raison même de cette pléthore de maisons talentueuses et fugaces qui mordent dans le wannabe et se renouvellent comme la dentition roulante d’un squale. J’exagère, bien sûr, j’adore les petits éditeurs et ne les prends pas un instant pour des requins, au contraire, c’était juste pour l’impertinence de l’image.
Oui, ça se passe comme ça en France. Les grands éditeurs laissent les petits trier les manuscrits et repérer les bons coups, et puis ils les leur piquent.
Pour survivre, les petits éditeurs n’ont plus qu’à repérer de nouvelles plumes qui n’en veulent, vous, moi, votre voisine (pas la mienne, elle ne veut pas). Ils ne vendent rien ou très peu, l’auteur n’est que rarement payé de sa sueur, et de toute façon, dès qu’il commence à l’être, il fout le camp ailleurs.
Sauf qu’il est alors livré tout nu tout tremblant dans les longs couloirs obscurs de la grande maison, prêt à signer n’importe quoi avec deux ou trois zéros dessus. Parce que le petit éditeur est resté chez lui, alors qu’un agent aurait suivi. Mais c’est le jeu, ma Zézette, l’auteur n’a qu’à apprendre à lire un contrat tout seul, à ne pas s’emballer au premier cri de sirène et, pourquoi pas, rester fidèle le succès venu au petit éditeur qui l’a obligeamment découvert. Mais c’est rare.
On a bien sûr toutes les exceptions nécessaires, qui se pressent pour confirmer cette allégation : Fred Vargas est restée chez Viviane Hamy, Gavalda chez Dilettante, Millenium chez Actes Sud (faut dire, y avait plus personne pour renégocier), Angot chez… non, mauvaise pioche. Bon, vous voyez le topo.
Qui donc a intérêt à ce que cela perdure ? Tout le monde. Oui, même moi, qui suis content ravi d’avoir été publié par un petit éditeur à moteur.
Vous ne pouvez pas savoir le bien que ça fait de mettre, sur une lettre d’accompagnement de manuscrit « mon premier roman est paru chez Le Navire en Pleine Ville ». Ça ne m’empêche pas de rester fidèle au Navire, tout en proposant ailleurs ce qui ne correspond pas à sa ligne éditoriale bien arrêtée, quoique couillue. Et le Navire me le rend bien, qui décroche son mail pour menacer des pires avanies tout éditeur qui ne lirait pas ma prose avec bienveillance.
Voilà, j’ai un agent, qui s’appelle Hélène Ramdani, et je l’embrasse.
Si un éditeur, petit ou grand, voire un agent, se sent vexé par ce que j’énonce, je l’invite à me contredire argumentatairement. Bienvenue à tous.
Et si vous avez l’impression que ce billet défonce des portes béantes, vous n’aviez qu’à les refermer en sortant.
Hé, faut pas croire…
Une lecture rapide du précédent billet pourrait faire croire à l’impétrant littéraire plein d’espoir (le wannabe, quoi) que le monde de l’édition est peuplé de sinistres cerbères dont l’unique tâche est de faire trembler l’auteur en devenir avant de refuser son manuscrit d’un revers méprisant, et si possible sous le prétexte le plus futile, et s’il n’a aucun rapport avec la littérature c’est tant mieux, bande de cuistres.
Dans une telle jungle, la moindre erreur serait sanctionnée par une immédiate et définitive mise au panier.
Alors bien sûr, offrir du « Chère Madame » à un monsieur vous reléguera sur une liste noire aussi verrouillée que la libido d’Angot* et qui ferait passer Fort Knox pour un gruyère souricier.
Hé bien non, faut pas croire.
Les éditeurs sont des gens suffisamment intelligents pour ne pas s’arrêter à de telles vétilles, ou suffisamment pressés pour ne pas s’en apercevoir.
Attendez, avant de me classer parmi les thuriféraires lèche-botte du marigot germanopratin (c’est dingue comme j’aime ce mot). Je voulais juste dire qu’il vaut parfois mieux éveiller un intérêt amusé par une petite maladresse que de verser de l’eau tiède et calibrée à pleines pages.
L’envoi parfait n’existe pas. Alors continuez, n’ayez pas peur, la vie est belle et l’écriture encore plus.
Je vais finir par croire qu’il y a une sorte de complot ourdi par quelques blogueurs influents (Ha, Ha !) et coléreux pour décourager les écrivains en herbe. Comme s’ils comptaient par-là se libérer plus de place sur la table des éditeurs où leur manuscrit se placerait enfin en première position.
Je dis ça, je dis rien. D’autant qu’aucun des éditeurs que j’ai contactés aussi calamiteusement ne s’est manifesté pour me dire combien il avait ri de ma bourderie et que ça l’avait incité à lire mon manuscrit d’un œil reconnaissant pour cette bonne poilade. Aucun.
Donc quand même, ne rêvez pas trop. Écrivez, c’est mieux. Et puis si c’est bon, envoyez. Le reste ne dépend plus de nous.
*je n’ai rien contre Christine Angot, ni tout contre, et je ne sais rien de sa libido, et même si je savais, je n’en dirais rien : c’est juste pour mettre un nom qui fait venir du monde.
Spaghetti carbonara
Ou comment passer pour une nouille et se cramer à vie auprès d’un ou plusieurs éditeurs en deux temps trois mouvements.
Temps 1
Mouvement 1 : prendre contact en posant une question dont la réponse est encadrée en haut de la page «soumission de manuscrit» sur le site de l’éditeur.
Mouvement 2 : envoyer le mail personnel (avec cher(e) + prénom) sur l’adresse d’un collaborateur au lieu de celle du destinataire nommé pour être sûr de passer à la trappe à Spam.
Temps 2
Mouvement 3 : mal se relire et s’apercevoir après envoi qu’un superbe « Chère » a été accolé au prénom d’un joyeux rugbyman portant moustache et tatouages.
A moins que les éditeurs ne soient dotés d’un humour en titane toasté, surtout les lundis sur le coup des 11 heures, je ne vois pas comment Djeeb, qui a pourtant triomphé des pièges d’Ambeliane, pourra s’en sortir avec les honneurs dans la jungle éditoriale. D’une manière générale, on se souviendra que les auteurs sont parfois moins malins (ou moins Chanceur) que leur héros…
Éditeur chéri mon amour, si tu passes par ces lignes, accepte mes plus humbles excuses et dis-toi que ce n’est pas si grave (le Cheyenne dixit).
Bon, qu’est-ce que je fais moi, maintenant, pour décoller les pâtes brûlées du fond de la gamelle et rattraper le coup ? Des idées ? Quelqu’un ?
Sur la pointe des petons
Hier, j’ai fini d’écrire Djeeb le Chanceur.
Ce n’est pas grand chose et je ne comptais pas le crier sur les toits, mais le bien que ça m’a fait, il faut que je le partage un peu.
D’abord, j’ai dansé et hurlé autour de mon PC comme un Apache éthylique. Ça soulage. La tête des enfants en train de finir leur goûter !
Ensuite, j’ai fait des sauvegardes.
Le soir, pour fêter ça, je me suis offert la première du « Café Littéraire » de Daniel Picouly sur France 2.
J’aime bien Daniel Picouly. J’aime bien ses livres, avec une préférence pour l’Enfant Léopard, et j’aime bien sa façon de parler comme s’il jouait sa vie sur chaque syllabe : l’excès, c’est peut-être fatiguant au quotidien, mais à l’écran ça passe bien. Et puis il a une gueule !
Son émission est un peu mode, mais ce n’est pas mal.
Surtout le dispositif de l’auteur face à la critique : un auteur contrôle le défilement d’une vidéo où un critique parle de son livre, en bien ou en mal. L’auteur arrête quand il veut pour réagir. C’est bien de voir un écrivain s’énerver contre un critique sans pouvoir lui péter la gueule.
Bon, l’auteur d’hier soir était une mijaurée pipole qui n’a rien trouvé de mieux que se prendre pour Keith Richards dans le but pourtant louable de nous faire croire que son malheur bobo était universel. Bon… mais le dispositif était bien.
Sinon, l’avantage de ce genre d’émission c’est de vérifier qu’on n’a rien à voir avec le milieu germanopratin, mais alors rien du tout. Et de se trouver des affinités goûtues avec des écrivains dont on n’a pas forcément aimé les livres. Olivier Rolin par exemple, m’a tout l’air d’être un type que j’aimerais bien fréquenter, malgré l’ennui profond qu’a généré en moi son « Tigre en papier ». S’il passe dans le coin, qu’il sache qu’une bouteille l’attendra toujours (mais du Bourgogne, pour le changer du Bordeaux).
Sinon voilà. Djeeb le Chanceur va commencer son périple auprès des éditeurs, sur la pointe des pieds.
Je me demande s’il est de bon ton d’en parler sur un blog. Si cela ne mettrait pas un peu en danger l’avenir publicationnel du bébé.
Parce que je l’aime bien, ce Djeeb, vraiment.
Parti comme un défouloir pour l’été, c’est finalement devenu un de mes textes préférés. J’ai appris à l’aimer, et je l’ai aussi beaucoup ciselé pour qu’il devienne ce que j’aime.
Ce n’est pas de la fierté (ça ne viendra que plus tard, s’il fait plaisir à d’autres), c’est un sentiment plus intime, entre cette histoire et moi.
Pas facile d’aller la mettre en danger chez un éditeur. Comme si vous alliez chez le médecin avec votre enfant en ayant peur que le praticien vous dise « Non, il est trop moche, pas la peine de le soigner, laissez-le crever… » Pas facile, quoi.
Je vais tenter quand même. Un éditeur bien choisi. Je vous tiendrai au courant, juste pour faire mentir Wrath.
Voilà, c’est tout. Fatigué, mais content, oui, très content. Longue vie à toi, mon Djeeb !