Aria, Djeeb… what else ?


Y a des jours…

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 6 octobre, 2009

Si vous croyez que c’est parce que je n’ai rien à dire que je vais me retenir de l’écrire, vous êtes dans l’erreur comme les pieds sont dans le plat. Je ne vais même pas tenter de vous convaincre que tout va mal, il suffit d’ouvrir un journal pour ça… ou simplement d’ouvrir une fenêtre, tenez : sentez comme ça pue !

Et alors ? demanderez-vous ?

Et alors MERDE ! (vous voyez bien que ça pue)

Bon, plutôt que vous infliger la liste non exhaustive de tout ce qui fout le camp ou métastase le quotidien (l’avenir aussi est touché, notez bien), je me contenterai d’une photo qui illustre assez bien l’idée que je me fais du monde comme il va.

C'est beau une plage sous une mer d'huile

C'est beau une plage sous une mer d'huile

La honte !

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 14 août, 2009
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Qu’est-ce que je vais dire à mes enfants, plus tard ?
Qu’est-ce que je vais leur dire quand ils me demanderont : « Papa, vous avez fait quoi quand la crisounette de 2008 vous avait donné l’opportunité de remettre à plat 2 ou 3 trucs et repartir d’un meilleur pied ? »
Rien.

Je ne leur répondrai rien, parce qu’on n’a rien fait.
La honte.
Pire que ça : on se réjouit que ça reparte, comme avant.
Un élu de Normandie se prépare à saisir officiellement le gouvernement pour échapper à la taxe transport, vu que sa région « serait pénalisée, parce que très dépendante du trafic routier. »
Timide relance sur le marché automobile, mais on s’inquiète encore un peu (rassurez-vous, les prochains bouchons des vacances ne sont pas vraiment en danger).
Le prix du porc baisse sur le marché des producteurs bretons (rappel : un marché n’est pas un appareil automatique qui décrète le prix du porc comme on tire un numéro de loterie, mais un groupe de gens – oui, des humains – qui se mettent d’accord au mieux de leurs intérêts, lesquels sont en l’occurrence de mal payer des produits dont ni la nature ni mon ventre ni ma morale ne veulent, vu comment c’est produit).
Les vaches de concours produisent toujours plus de lait (8200 litres par vache et par an, en moyenne), alors les producteurs, tellement fiers, le donnent sur les marchés (ah non, c’est parce que le prix payé par les distributeurs n’est pas bon, paraît qu’il y en a trop, mais l’an prochain chaque vache devrait réussir à en produire un peu plus, ça ira mieux).
On achète à l’Iran la remise en liberté d’une gentille française parce qu’on ne peut pas faire autrement (ça n’a rien à voir, mais comme goutte d’eau, ça va droit dans le vase).
Un connard a protégé ses plantations de cannabis par des systèmes de tir automatique (identiques dans leur principe à ceux utilisés par la DDR pour couvrir le no man’s land entourant le mur de Berlin) et blessé une promeneuse qui s’était pris les pieds dans le fil déclencheur. En Normandie, hein ? Pas à Medelin. Pour du cannabis… le jour des 40 ans de Woodstock. Peace, man.
On n’a toujours rien fait contre les paradis fiscaux, mais en les pointant du doigt on a donné de nouvelles idées de placements à ceux qui profitent déjà de la reprise.
À chaque mort en Afghanistan, on rejoue le débat sur « qu’est-ce qu’on va faire là-bas ? » (au lieu de simplement laisser les barbus couper tranquillement les doigts des petites filles qui ont bêtement mis du verni à ongles comme sur la photo du magazine). C’est pareil que l’Iran, je sais, rien à voir, mais ça déborde tout pareil.
Un directeur de banque se réjouit dans Ouest France de voir que ses clients font à nouveau confiance au crédit pour acheter, acheter, acheter.
Obama et Sarkozy promettent de faire les gros yeux aux banques qui ont déjà provisionné de quoi à nouveau surpayer leurs traders, ceux-là même qui nous avaient mis dans la Prout ! l’an dernier (oui, 1 an seulement).

Ceux pour qui on a voté (enfin, pas moi, mais vous peut-être) et qui, s’ils ne méritaient pas notre confiance avant, se devaient au moins de la mériter un peu une fois élus, n’ont rien (RIEN) fait. Rien d’autre que creuser le déficit public et chialer contre les excès du capitalisme.
Pourtant, la crisounette, ça me semble être un putain de problème à leur mesure, révélateur de dysfonctionnements que seuls des gouvernements peuvent redresser. Mais non. Ils ne peuvent pas. Ils ont déjà fait le maximum pour protéger les avoirs de leurs copains. Et ça suffit. La preuve, ça repart comme avant. Gloire !

La démocratie. La honte de l’élu et du votant, tous d’accord pour que rien ne change. Tant que le supermarché est ouvert (le dimanche aussi, bien sûr).
Désolé, mes enfants. On n’a rien fait. Mais le calme règne, rassurez-vous.

Je serais fabriquant de chaussures, j’en ferais à la pointure de nos têtes : on a prévu de marcher dessus encore un moment.

Déception Mann

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 8 août, 2009
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J’attendais beaucoup de Public Ennemies, de Michael Mann.
D’abord parce que l’affiche me plaît, et me faisait espérer un film hiératique et profond.
Ensuite parce que j’avais été emballé par Collateral, sa force, sa retenue, son harmonie aussi bien visuelle que scénaristique.
Mais en même temps, j’avais peur, ayant détesté Heat, du même, pour ses canardages hystériques et le jeu outré des acteurs (qui faisaient ce qu’ils pouvaient à partir de personnage caricaturaux). En plus, l’histoire m’avait paru très bof.
Eh bien je n’ai pas aimé Public ennemies.

Et ça m’a mis en colère. Tout ce pognon claqué dans une reconstitution zéro défaut, tous ces acteurs à trogne ou à talent, transformés en légumes par… le hold up d’un cameraman et d’un monteur qu’il faudrait juger pour ça.
Il y a cinquante ans, Godard faisait bien rire en affirmant que « les travellings sont affaires de morale ». Il rigolerait plus encore en cherchant la morale d’une caméra Parkinson et d’un montage qui confond machette et bistouri. Dès la première séquence (évasion massacrante), on ne voit rien. Une caméra faussement subjective (puisqu’elle ne représente personne) est censée nous immerger dans l’action, alors qu’elle nous empêche tout simplement d’y participer. Impossible de repérer un visage, un geste. Qui a un flingue ? Qui est mort ? On ne le saura pas : les personnages sont du consommable qui ne prendront jamais d’épaisseur, la technique frappée nous laissant en surface. Le moindre échange de dialogue inclut trois gros plans zoomés, trois plans larges (si possible en panoramique) et quatre changements d’axe. Sans raison.
Exemple type : les deux héros sortent d’un immeuble. La caméra (à l’épaule, tressautante) les suit en travelling arrière. Non content de l’effet pète les yeux, le monteur coupe après deux pas, et reprend un pas plus tard pour deux nouveaux pas. Quel est le sens de ce hachis ? S’il voulait quatre pas, il coupait au quatrième. Si le cinquième pas avait tant d’importance, il gardait les cinq pas. Mais non. Deux pas. Cut. Deux pas. Cut.
Et tout ce fatras formel pour quoi ? Pour des images vues et revues (la main du héros qui lâche son ami mourant, le braqueur armes en croix juché sur le comptoir, la contre plongée au ras de la moquette d’un couloir, l’action en reflet dans une carrosserie rutilante…)
J’en étais d’autant plus écœuré que trois scènes, calmées, disent ce que Mann aurait pu réussir au lieu de donner ces consignes stylistiques de clipeur fou frimeur. Une séduction en quelques phrases murmurées dans un resto chic. Une brève poursuite dans une forêt nocturne. La préparation du héros pour sa dernière soirée.
Trois scènes sans originalité, mais qui apportaient un peu de repos dans cette cacophonie visuelle. Et puis, au milieu de ce fatras épileptique, Dillinger visite dans un poste de police la section spécialement dédiée à son arrestation. Coup de bluff filmé comme dans un rêve, tellement énorme que la plupart des spectateurs n’y croit pas, cette séquence parfaite fait d’autant plus regretter le film que Mann aurait pu réaliser en s’intéressant à son sujet plutôt qu’à l’effet qu’il laissait sur les rétines. Double colère !
Avant et après, j’avais vu l’Âge de glace 3 et Là-Haut. Fraîcheur, humour et délire bon enfant. J’aime mieux ce que le cinéma fait pour mes kids que celui qu’encense Télérama pour moi. Prout !

L’ImagInaIre, situation critique

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 26 juillet, 2009

Il n’y a pas que la Ligue Deu pour s’intéresser à la situation de l’ImagInaIre en France et jusque dans vos têtes. Ma voisine aussi s’en inquiète. Elle a raison, ma voisine. Rendez-vous compte : personne ne parle plus de l’imaginaire. Ou alors, j’imagine…

D’ailleurs, dès que quelqu’un essaie d’en parler, quelqu’un d’autre débarque pour vous expliquer que ça n’existe pas, que ce mot est vide de sens pour qualifier un genre littéraire, qu’à part peut-être un rapport de la Cour des Comptes, toute littérature est imaginaire, et tati, et tata, disent les uns, non, pas tati, pas tata s’insurgent les autres.

Pourtant, il y a un truc assez intuitif chez ma voisine. Quand on lui parle d’une histoire de fantômes, de vampires, d’hommes chiens qui courent les nuits de pleine lune, de temps qui se détraque et revient en arrière ou bifurque exagérément, de nains qui taillent en pointe les oreilles des elfes, de singularité, de dieux lavés comme neufs ou de post-apocalypse, elle se dit, ma voisine, qu’il s’agit de littérature imaginaire. Les étiquettes de dessous, elle s’en tape. Le problème, c’est que personne ne lui en parle, de ces histoires, à ma voisine (à part moi, pour lui en faire lire).

Le problème ? Kénanahafout, de parler d’imaginaire ?

Ben… rien. Sauf si on trouve que ça vaut le coup, parce que l’imaginaire c’est large, qu’on y trouve tout et n’importe quoi, que plein de gens en lisent sans trop savoir.

En même temps, ils s’en foutent de savoir. Puisqu’ils ne savent pas. Ils lisent ce qui leur plaît, foutez-leur la paix.

Oui, mais peut-être que s’ils savaient, ils varieraient leurs plaisirs, ils tenteraient autre chose, ils iraient voir plus loin. Au lieu de penser que le goût sucré est le seul qui leur convient puisque le goût salé, voire l’acide, l’amer ou le piquant n’existent même pas. Au lieu de répéter qu’il n’y a pas d’intérêt à aller voir derrière la Terre puisqu’elle est plate. Vous voyez l’idée.

Donc, je me suis dit (puisque parfois je pense aux gens, et pas qu’à ma voisine), que ceux dont c’est le boulot n’avaient qu’à en parler, eux, des littératures de l’imaginaire. Même si ça n’existe pas, gna gna gna (ouais, Roland, je sais, je simplifie, mais comme disait mon père : “Ce qui est simple est souvent faux, mais ce qui est trop compliqué est inutilisable”). Et j’ai écrit une lettre. A ceux dont c’est le boulot.

Alors ça disait comme ça :

Chère Nathalie (oui, la lettre était adressée à différents journalistes de la presse littéraire, je vous reproduis juste celle de Nathalie Crom, responsable de la rubrique livre de Télérama, vous pouvez lui écrire aussi à crom.n@telerama.fr)

Donc, Chère Nathalie,

Début juillet paraîtra mon deuxième roman – Djeeb le Chanceur – et je ne doute pas que l’éditeur (Mnémos) vous en enverra un exemplaire, puisque je vous l’ai dédicacé. Vous-même ou quelqu’un de votre équipe y jetterez peut-être un coup d’œil, voire le feuilletterez et y prendrez un peu de plaisir.
Si je vous écris aujourd’hui, ce n’est pas pour quémander un article dans vos colonnes, mais pour vous alerter sur une situation plus générale, dont Djeeb le Chanceur aura hélas probablement à souffrir. Depuis que la rubrique Rayon SF a disparu, les littératures de l’imaginaire ne sont plus traitées dans Télérama. Plus en tant que telles, du moins. Certes Ronald Wright ou Cormac McCarthy ont eu les honneurs d’un article mérité, mais sans que les mots de science-fiction ou d’imaginaire aient été cités. Et il en va ainsi dans l’ensemble de la presse française. Pourtant, ce domaine littéraire est en ébullition : en ne le traitant pas, vous privez vos lecteurs de l’appareil critique qui leur permettrait de l’arpenter et de s’y retrouver.
Le constat n’est pas neuf. L’article Le procès en dissolution de la SF intenté par les agents de la culture dominante signé de Gérard Klein (responsable de la collection SF de référence Ailleurs et Demain, chez Robert Laffont) date de 1977. Je ne saurais vous infliger une nouvelle analyse bourdieusienne du champ des littératures de l’imaginaire. Plutôt vous signaler ce qui est à l’œuvre, ici et maintenant.
Ce qui a changé, c’est l’éclosion d’un marché nouveau : celui de la Fantasy grand public. Des éditeurs comme Bragelonne ont eu l’intelligence de croire au potentiel de cette littérature en France. Ils ont osé multiplier les sorties, occuper l’espace, trouver et entretenir un lectorat. Hélas, pour en arriver là et tabler sur des valeurs sûres, Bragelonne a dû se détourner des jeunes auteurs français. Son succès, regardé de haut par les professionnels installés, a conduit cet éditeur à créer son propre concurrent avec le label Milady. Ce n’est pas un feu de paille, les succès sont là, mais la critique les ignore.
Des auteurs français, à succès  eux aussi (dont Werber, Chattam, Loevenbruck…), ont créé la Ligue de l’imaginaire, avec pour ambition de toucher le public des Marc Lévy ou Guillaume Musso. Ce sont des stars, leur coup de communication aura des retombées. Dans l’esprit d’un lectorat peu informé, ils seront l’imaginaire en France, et ne craindront pas la critique qui de toute façon les néglige.
En octobre prochain arrive en France le label Orbit (Calmann Lévy, donc Hachette), déjà leader sur les marchés anglo-saxons. Orbit, c’est le marketing dans toute sa puissance : sept parutions dès cet automne, livres conçus comme des produits déclinables, uniquement des traductions ayant connu le succès à l’étranger, publicité tous azimuts, force de diffusion et PLV lourde en librairie… Orbit, même s’il ne rafle pas la mise, représentera très fortement l’imaginaire auprès du grand public, et n’aura aucune crainte de la critique.
Il n’y aurait rien à redire à cette situation, qui va conduire de plus en plus de lecteurs à découvrir et apprécier au moins une facette de l’imaginaire, si elle ne présentait un sérieux défaut à mes yeux : les auteurs français qui écrivent de la SF, de la Fantasy ou du Fantastique avec une certaine ambition littéraire, seront complètement marginalisés par ce formatage. Leurs éditeurs n’ont pas la force de frappe que vont déployer ensemble Bragelonne, Milady et Orbit dans la guerre d’espace qui s’annonce sur les étales des libraires. Pourtant, ils existent.
Une génération montante est en train de créer un nouvel imaginaire : Catherine Dufour, Jérôme Noirez, Jean-Philippe Jaworsky, Stéphane Beauverger… Les anciens sont toujours là, inventent, écrivent, publient et font avancer le genre. Leurs œuvres alimentent des débats acharnés, jusqu’à l’Assemblée Nationale où l’appel « Qui contrôlera le futur ? La SF contre Hadopi » a été cité plusieurs fois. Cet imaginaire-là, engagé envers la société toute entière, a besoin de vous pour la toucher.
Je comprends les journalistes : vous ne nous devez rien si nous n’arrivons pas à vous séduire, ou à vous intéresser. Pourtant, en tournant le dos à la littérature de l’imaginaire, vous la livrez aux seules forces du marché, qui soumettent les auteurs aux recettes censées assurer le succès reproductible. Alors qu’avec votre attention soutenue, comme vous l’avez fait pour le policier, la qualité et l’humain pourraient s’y épanouir plus largement, toucher et élargir leur public, le faire rêver plus haut.
Dans l’espoir d’avoir su éveiller votre intérêt, je vous prie de croire, Chère Nathalie, en l’expression de mes sentiments les plus hautement Fantastiques, Fantasystes, Science-Fictionnels…

Signé : moi-même

Voilà. C’est une prise de position, et je conçois que nombre des points soient contestables. D’ailleurs, ils ont été abondamment contestés lorsque j’ai tenté de les développer ici ou là. Pendant qu’on se conteste entre nous, le monde tourne.

Inutile de vous dire que ma petite lettre n’a eu aucun effet. Peut-être que si on s’y mettait à plusieurs… Non ?

Bon, vous avez le texte, vous pouvez le reprendre à votre sauce, le raccourcir, le rallonger, l’envoyer à vos copains journalistes en Suisse, en Belgique et au Québec (Vive… libre !), et on verra celui qui décrochera le plus d’articles.

Moi, je suis en vacances, je vais à la plage, voir s’il y a du vent, des vagues et l’envie de sauter dedans.

A bientôt, et dormez bien.

Djeeb Couv low

Lettre à ceux qui lisent et en parlent (bien)

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 14 juin, 2009
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A lire avec l’air du Déserteur dans la tête :

Monsieur le journaliste

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Car elle n’est pas trop triste

Oui, une lettre ouverte à Nathalie Crom de Télérama, François Busnel de Lire, Michel Picouly, Hubert Artus et quelques autres.

Pas pour me plaindre, mais pour les réveiller. Eux, les journalistes, chroniqueurs, garçons de café littéraire… Parce que, entre les succès de Bragelonne/Milady, la floraison des Ligues et l’arrivée prochaine du label Orbit, la Fantasy, la SF, le Fantastique, toutes les littératures de l’imaginaire se bougent. Sans eux.

Si ceux qui lisent et en parlent tournent le dos aux genres de l’imaginaire alors qu’ils deviennent l’un des marchés les plus juteux, qui va aider le grand public à voir plus loin que la masse des succès reproductibles ? Pas moi (n’en déplaise à Silvana Bergonzi), je n’ai pas assez d’influence. Mais je ne déserte pas : il y a de l’espoir !

La liront-ils, ma lettre ? Y répondront-ils ? Je vous dirai ce qu’il en est.

De la parole comme d’une molécule

Publié dans Djeeb, Enervitude par Don Lorenjy sur le 25 mai, 2009
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J’emprunte ce titre à Boris Cyrulnik, bien que cet emprunt soit abusif (lisez Cyrulnik, vous saisirez), parce qu’il me convient parfaitement aujourd’hui.

Dans Le Monde, Julien Coupat parle. Et cette parole, comme une molécule d’endorphine, me fait du bien.

Ce qui me fait du bien, ce n’est pas son style, ses formulations parfois fumeuses, voire poseuses (en la matière, je ne suis d’ailleurs pas en reste).
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas son analyse de la situation politique – il parle de régime – ou de l’affaire qui porte son nom.
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas sa vision depuis l’intérieur de nos prisons, et le parallèle qu’il fait avec l’extérieur, et même avec l’école.
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas sa vision d’une révolution par la rue, en marche, attendue, nécessaire et imparable, toujours plus inéluctable à mesure que le régime croit resserrer son emprise.
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas l’acuité de sa remarque sur la catégorisation de la menace, qui permet de réprimer non pour ce que l’on fait (les casseurs cassent), mais pour ce que l’on est (les anarcho-autonomes n’ont pas besoin de passer à l’acte).
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas  sa façon de stigmatiser notre société pour ses dysfonctionnements, d’attendre qu’elle meurt toute entière sans tenter de sauver ce qui le mérite, et comme il le dit lui-même : « On nous suspecte …/… de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. »

Non, ce qui me fait du bien, c’est tout simplement que cette parole ait pu s’exprimer et venir jusqu’à moi. Même avec ses provocations, ses outrances. Tout n’est pas encore bloqué.

Bien sûr, un artiste de la dialectique dirait que c’est un piège. Que ce discours de Coupat n’a été transmis que pour me faire croire qu’il reste un espoir de liberté, pour m’endormir.
Mais c’est le problème des bonnes molécules : elles font du bien, d’où qu’elles viennent.

Si j’osais, je ferais un parallèle avec un personnage que j’aime bien : Djeeb Scoriolis.
Ceux qui liront Djeeb le Chanceur jusqu’au bout verront ce que je veux dire. Il y a peut-être du Coupat en lui, à côté d’une bonne dose de John Lennon mâtiné de Groucho Marx. Pas dans ce qu’il fait, mais dans ce qu’il est, comment les autres le voient, la dissonance dangereuse et les vilains résultats que cela peut donner. Un gars capable de se faire foutre en taule comme de pousser à tout casser, certes, mais avec l’amour de l’art, une certaine idée de la vie, un bon gros sens moral… et le regret de ses excès.

La repentance n’a jamais fait relever un mort. Djeeb le Chanceur n’est qu’un livre.

La morale, un gros mot ?

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 17 mai, 2009
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Selon un procédé bien éprouvé, je vais parler d’un sujet que je ne maîtrise pas, et sur lequel je n’ai pas grand chose à dire, ce qui se justifie par le fait de n’y avoir aucune légitimité. Vous êtes prévenus, ça va être n’importe quoi.

C’est venu de l’interdiction de l’exposition Our Body. Le truc fait polémique, on en parlait encore sur France Culture ce vendredi, et comme j’étais pour une fois en bagnole, j’ai entendu un peu.
Le meneur de débat posait que l’expo (et son interdiction) devait être analysée selon trois thèmes : le juridique (y a-t-il eu trafic de corps ?), l’art (en est-ce ?), le voyeurisme (ce qui émoustille le spectateur, est-ce condamnable ?). Sans questionner le fait majeur pour moi : le rapport à la mort.

Our Body, ce n’est pas seulement de l’art qui représente le corps, ce SONT des corps.
Qui ont été vivants.
Qui ont été des personnes.
Qui ne représentent rien mais qui sont, ou ont été.
Qui font partie de nous, si l’on se considère un tant soit peu humain.

Vous allez me traiter de sainte nitouche, mais voir mon semblable ainsi exposé, ça me gêne. Comme m’avait gêné la scène de dissection dans Providence d’Alain Resnais. Le corps, non pas utilisé (= rendu utile), mais montré, juste pour provoquer une réaction. Le fait qu’il soit mort n’arrange rien, au contraire. On a beau dire, la mort reste le dernier continent mystère (désolé Bernard). Chacun s’en accommode à sa sauce, avec beaucoup de foi, d’inconscience ou de peur, mais il demeure pour moi que la façon dont une civilisation traite la mort est un bon indicateur de l’état de sa société. Désolé, c’est une position morale.

Peut-on faire de l’art avec la mort ? Pour moi, non. C’est une position morale. Avec la vie, oui. On peut se mettre en spectacle, se faire souffrir s’il le faut. Mais la mort de mon semblable constitue pour moi la barrière. Au-delà, il n’y a plus d’art. C’est ma position morale.

Alors, l’interdiction… Pendant qu’ici et là on débat et polémique sur des données théoriques (esthétisation du mal, champ d’expérimentation, tartuferie…), une institution a tranché. Une interdiction est venue nous rappeler la limite morale que tolère notre civilisation. Là, il n’y a pas de débat : l’autorité siffle la fin de la récré. La morale. Ce que l’on fait avec la mort. La morale. Ce que l’on accepte de spectacularisation à partir de la mort de son prochain. La morale. Ce que l’on respecte, pas forcément naturellement, mais parce que le fait de vivre ensemble nous y oblige. La morale.

Dans cette société où tout peut s’autoriser, à partir du moment où ça rapporte, ce coup de morale m’a fait du bien. Je me suis senti moins seul à souffrir du mal de l’autre. Morale : un gros mot ? N’importe quoi !

Ravalement de burqa

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 21 avril, 2009
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Il y a des gens qui ont du talent, quand même ! Et l’énergie de s’en servir.
Prenez Philippe Caza : incroyable ! Avec la carrière qu’il a déjà derrière lui, il pourrait se retraiter heureux et regarder le monde s’enfoncer en se disant qu’il a déjà bien assez œuvré au renflouage pour se reposer un peu. Eh bien non. Il continue. Je ne suis pas chez lui, mais j’ai l’impression que tous les jours, il y a quelque chose qui l’énerve suffisamment pour qu’il retrousse les manches et balance sa colère dans un dessin. Un dessin avec du talent. Un dessin qui en dit plus que mille mots, et mieux, avec des couleurs.
Et comme ce n’est pas le dessinateur égoïste dans sa tour d’y voir, il partage. D’ailleurs, si vous ne connaissez pas ses lettre ouvertes (LO pour les intimes), numérotées déjà à hauteur du 299, ne perdez pas plus de temps : lisez-les anciennes ici, et abonnez-vous aux prochaines. C’est gratuit, mais pas sans effet sur la santé (mentale).

Pour revenir aux dessins (oui, dans les LO il n’y a pas que des lettres : quelques chiffres aussi, et des dessins), en illustration d’un texte de Taslima Nasreen, il y avait cette femme prise dans une burqa de briques.

© Philippe Caza

burka

Saisissant ! En quelques traits et presque une seule couleur, Caza a réussi à résumer tout ce que des siècles de conneries paroles répétées et déformées à l’envie ont pu faire de l’image de la femme pour certains hommes. Une menace, qu’il vaut mieux enfermer sous le plus solide des voiles pour éviter qu’elle ne répande le bonheur autour d’elle. Parce que le bonheur c’est sale, ça pue, ça donne envie de vivre au lieu de mourir. Conneries !
D’ailleurs, et c’est la force du dessin, on pourrait presque croire que c’est la femme qui, pour se protéger de tant de connerie, s’est blindée derrière ses briques.
Ça ne change rien : que ce niveau de séparation homme-femme soit exigé par les hommes ou vital pour les femmes qui vivent avec de tels hommes, ils ne sont pas près de se retrouver.

Et si vous regardez bien, aux USA c’est en train de devenir culturellement la même chose. Dès l’adolescence, filles d’un côté (Pom-pom girls et chick lit), mecs de l’autre (vestiaire suant et American Pie), en interdisant tout contact jusqu’au mariage, lequel mariage ne devient plus qu’un contrat entre deux parties qui s’ignorent et se sépareront dès non-respect d’une des clauses (voir quelques scènes de Burn after reading). Deux espèces séparées, réunies par un hasard génétique qui leur permet de procréer (donc ce ne sont pas deux espèces différentes, je sais, mais c’est une image). Bref, ça pue.

Mais le pire, c’est que ce dessin peut tout à fait représenter l’idéal féminin pour ceux qui y croient. Ceux qui ont tellement de problèmes avec la femme en général, qu’ils s’appuient sur une quelconque parole (tous les monothéismes se valent en la matière, dirait Michel Onfray) pour s’en protéger, l’enfermer dans leurs angoisses de peur d’avoir à l’écouter, la soustraire au regard des autres de peur de ne pas savoir la garder, la soustraire à elle-même de peur de la voir fleurir.

Oui, pour ces gens-là, une femme vêtue de brique est sans doute une image du bonheur parfait, sans souci, sans effort.

Ça me fait peur.

Ça menace un max (putain, 20 ans !)

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 15 avril, 2009
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Il y a des domaines où je n’ai aucune légitimité à causer. Plein, en fait. Et d’ailleurs, en général, je l’ouvre rarement sur ces sujets-là. Parce que je ne suis pas fin, mais je me soigne.
Par exemple, le sujet des jeunes filles jolies qui se comparent les frusques et les mecs en se posant des questions sur leur avenir ou sur leur prochaine sortie parce qu’elles ont 20 ans, je n’y connais rien et je la boucle. Parce que je suis un mec et que depuis que j’ai 17 ans je redouble.

C’est pour cette raison que je vais juste reprendre l’info suivante, sans donner mon avis : le magazine 20 ans menace de poursuivre ceux qui ont divulgué une information chiffrée sur les montants alloués par le magazine pour des contributions de rédaction ponctuelles. Autrement dit des piges, payées à la page. Des clopinettes, apparemment. Sauf si l’histoire est un hoax malveillant. Tout de suite, ça fait polémique.

Pas facile de vérifier, pour savoir qui a tort qui a raison. Je vous laisse vous faire votre opinion en suivant la liste d’articles connexes proposée par Irène Delse, qui s’y connaît (elle a tout juste 20 ans). Mais d’autres ne sont pas d’accord (ils n’ont peut-être plus 20 ans).

À titre perso, je m’en cogne. Sauf que menacer les blogs de poursuites pour les faire taire, ce n’est pas fin. Et ça ne marche pas. La preuve.

Mais que recherche monsieur Sarkozy ?

Publié dans Enervitude par Don Lorenjy sur le 5 février, 2009
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J’ai des amis chercheurs. Je dis ça au cas où les yeux et les oreilles de l’État passeraient dans le coin voir si je dis du mal de notre président : mes amis sont faciles à trouver, ils signent leurs actes et ne demandent qu’à être entendus, pas besoin de menacer quiconque ici.

Donc, j’ai des amis dans la recherche qui, à force de chercher, ont fini par trouver… le dernier discours de M. Sarkozy assez décevant, voire médiocre.

Voici où vous pouvez vous faire une opinion, en regardant le film du discours agrémenté de commentaires chiffrés.

Sur le fond, à chacun de se faire son idée, en pour ou en contre, je ne cherche pas à me faire des amis. Même sur la forme, on peu voir un problème, ou pas. Passons donc sur la gestuelle Parkinson et l’incessant besoin de s’agripper au comptoir. Passons sur le ton, toujours ironique, surtout lorsqu’il prend des accents de maître d’école pour tancer la médiocrité ou le mauvais usage de tel cadeau mirobolant du budget (mensonger d’ailleurs). Passons…

Et arrêtons-nous sur les raisons. Que recherche monsieur Sarkozy, à part énerver ouvertement les chercheurs et universitaires ? Car ce n’est pas une erreur diplomatique, mais bien une volonté délibérée, il est trop malin pour se planter à ce point.

Il peut chercher à détourner les chercheurs de leurs recherches (quand il manifestent, ils ne recherchent que des coups de matraques), pour prouver à échéance d’un an que tout ce qu’il avait dit aujourd’hui était juste.

Mais en fait, il s’en fout probablement. Il va dévaloriser la recherche française, pour mieux la découper avant de la vendre, pas cher, à ceux qui sont de toute façon prêts à l’acheter.

Mais qui ? Les entreprises, bien sûr, pour lesquelles il y a beaucoup plus à gagner en France avec des cerveaux dociles qu’avec des usines à délocaliser. Non, ce serait trop gros quand même ! Hein ?

Voilà, c’est tout : il va le faire, parce qu’il peut. Des voix vont s’opposer, il va les ignorer ou les tourner en dérision. Il peut. 53 % des Français l’ont élu pour ça. Il peut mentir, moquer, menacer, mépriser, ridiculiser, se contredire, se foutre de ce qu’on pense de lui. Il peut.  Alors il le fait, et en plus il rit.

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