Aria des Brumes


Un bout de route ensemble

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 10 mai, 2008
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Tout a déjà été dit sur La Route, de Cormac Mac Carthy. Et son contraire. Ce que j’ai lu de mieux vient sans doute du blog de Marco, il y a déjà quelques semaines, sous le titre « Les histoires les plus simples ».

Alors je ne vais pas en rajouter.

En fait si. Parce que ça me trottine, cette affaire de route, un peu comme m’avait fatigué l’affaire bienveillante l’an dernier. Comment un livre dont tout le monde parle, que tout le monde a lu ou doit lire, que tout le monde a disséqué en public sans se priver, comment un tel livre peut-il encore me faire envie ? Je me connais, je vais résister à la mode et m’enorgueillir discrètement de ne pas avoir cédé.
Et pourtant, dès que la couverture blanche au bandeau rouge s’est affiché dans le rayon nouveautés de ma bibliothèque villageoise, je l’ai pris. Pour voir.
Je m’y suis engagé à reculons. On m’avait tout dit, la rudesse, l’âpreté, cette langue qu’on qualifiait de sèche, ces références bibliques qui me passeraient au-dessus du citron (bonne manière de ne pas me le presser).
On avait tellement glosé que l’on avait oublié l’essentiel, ou alors je n’ai pas su le trouver dans la masse : ce bouquin est une expérience personnelle, tellement intime qu’elle est intraduisible en quelques mots. Même les miens, donc je ne vais pas essayer.

Tout ce que je peut dire, c’est ça : La Route est un livre qui oblige à se positionner. Il m’a confronté au bout de ma route, quand il n’y a plus rien. Que me reste-t-il ? Ça me regarde. Ça vous regarde si vous le parcourez.

Il vient un moment où il faut s’arrêter, regarder et se taire ; et là, c’est le moment.

Vos avis sur Aria (deuxième clap)

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 25 mars, 2008
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Il y a quelqu’un, à qui le Navire avait adressé un exemplaire d’Aria des Brumes personnellement dédicacé par mes soins attentifs, quelqu’un qui avait publiquement mis le livre dans ses lectures à venir, quelqu’un dont je redoutais le jugement parce que, ma foi, c’est une personne dont je respecte aussi bien les engagements que la précision dans la critique. Ce quelqu’un c’est Blandine Longre qui nous fait l’honneur de passer de temps en temps sur ce blog.

Je vous la fais courte : fini la redoutation, l’article de Blandine sur Aria des Brumes est paru dans Sitartmag, le tout bon tout beau magazine culturel en ligne. Sous le titre Philo-fiction en plus. Un nouveau genre, ou alors je n’étais pas au courant, mais qui me va bien parce que le label Science-Fiction colle à ce livre comme un badge peace and love au blindage de Dobelyou.

C’est vrai, je l’avoue, question science je n’ai pas dépassé le stade primaire, pour ne pas dire primate. Question philo aussi, d’ailleurs, ce qui ne m’empêche pas de me poser des questions (même si les réponses font rigoler mes potes, mais ce sont mes potes, ils peuvent). Après, que j’ai pris ces questions pour en faire tout un roman, et que Blandine Longre l’ai lu et commenté, c’est une autre histoire qu’elle est belle.

Sachant que vous allez courir tout bavant lire la critique là où elle se trouve, je ne résiste pas au plaisir de vous en glisser les bonnes lignes dans une vaine tentative doublonnatoire (parler deux fois de moi, est-ce en parler deux fois mieux ?). Donc, après avoir magistralement résumé l’histoire sans rien dévoiler de dommageable au plaisir futur d’un éventuel lecteur - il faudra d’ailleurs que je m’arrête un jour sur ce talent qu’ont certains critiques de ne pas reprendre texto la quatrième de couverture pour présenter une vision personnelle du livre qui ne crame rien de l’intrigue - Blandine se lance :

Carl est un « héros » déstabilisant auquel on ne s’attache pas vraiment, malgré son rôle important dans l’intrigue – car qu’est-il véritablement ? Homme ou machine ? Un hybride, assurément, que l’on a du mal à voir comme un être humain…

Donc je note pour une prochaine fois : rendre le héros plus attachant. Blague à part, c’est utile. J’avais tellement voulu éviter le “premier roman qui ne parvient pas à se défaire de l’autobiographie” que j’ai peut-être trop désincarné le héros, pour être sûr que ce ne soit pas moi. Le trop étant l’ennemi du pas mal, j’aurais pu mieux faire. D’autant que…

… son évolution est certes au cœur du récit – qui se fait alors roman d’apprentissage), mais c’est d’autres qu’on apprécie davantage, les habitants de cette planète presque harmonieuse (ou qui tend à l’être) : Shepher, Loubiane (la fermière télépathe) ou encore Ston’Faro, fidèle en amitié.

Voilà. Si je peux rendre les sidekicks sympas ou au moins intéressants, pourquoi ne pas mieux bosser sur le héros, hein ? C’est noté.

Autre point faible, né d’une recherche de cohérence, certains passages sur des personnages mornes et chiants sont… mornes et chiants. La preuve, tel que dit gentiment pas Blandine :

On s’amuse aussi de l’indécision et de la passivité de ceux qui sont accoutumés à tempérer leurs émotions (furets obligent !), ce qui donne lieu à quelques scènes de débats démocratiques (où chacun a droit à la parole) qui virent parfois au ressassement et aux tergiversations de toutes sortes…

OK… Il ne fallait pas les inventer comme ça (après tout, rien ne m’y obligeait), ou alors ne pas rendre compte de tous leurs atermoiements. Enfin… si je veux tenir intégralement compte de l’avis de Blandine, parce que je me souviens m’être bien amusé sur ces scènes proches du ridicule, où des êtres aux pouvoirs étonnants sont bloqués par leur incapacité à se penser en “acteurs”. Nuancer, peut-être, ou au moins élaguer… Merci Blandine.

Et pour finir, ce qui m’a fait encore plus plaisir :

Un premier roman réussi, inventif, qui nous en dit long sur les pulsions humaines et la résilience de la psyché.

Yep ! C’est agréable, non ?

Si d’autres que Blandine ont des avis, n’hésitez pas. On prend tout, même les lynchages. J’ai lu sur un forum qu’Aria n’avait aucune originalité et qu’on s’ennuyait ferme en le lisant. Je le répète ici juste pour rappeler que je ne prétends pas au chef-d’œuvre planétaire. Juste de la Philo-Fiction (copyright Blandine Longre), honnêtement troussée, avec une certaine marge de progression pour le suivant (qui progresse lui aussi). A bientôt.

J’ai un voisin qui a un Oscar !

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 11 mars, 2008
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Bon, ce n’est pas vraiment un voisin, juste un gars du coin qui a son nom sur des enseignes de magasins à la Clusaz, là où je vais faire des traces dangereuses quand la neige est tombée.

Mais quand même, il fait de la pub, écrit des livres… et a gagné un Oscar (donc ce n’est pas moi, c’est Philippe Pollet-Villard)… ça rapproche.
Dans l’interview qu’offre de lui Culture Café, il dit des trucs intéressants sur la supposée « souffrance de l’écrivain ».

Culture Café : Est-ce difficile d’écrire ?
Philippe Pollet-Villard : Si cela l’était, je ne le ferais pas ! Je suis venu tardivement à l’écriture, personne ne m’y obligeait, même pas moi-même ! Et puis, en outre, je n’y crois pas à cette idée de souffrance dans l’écriture. Je pense que si les gens souffraient vraiment, ils n’écriraient pas. On aime peut-être l’idée de souffrir, mais la véritable souffrance empêche de réitérer l’expérience.

Vous savez quoi ? Je trouve qu’il a raison. Mais pour avoir l’air sérieux, il veut mieux ne pas dire qu’on écrit pour le plaisir. Alors qu’exprimer une souffrance, écrire parce que ça fait mal, dire qu’on est obligé sinon c’est trop dur, ça c’est classe. Et ça passe bien à la télé.

Sauf que, comme dit Pollet, si c’était dur comme certains le racontent, je leur laisserais tout le boulot au lieu de me faire du mal à encombrer avec ma propre production.
Vous le savez déjà, perso, je m’éclate à scribouiller. De tout, nouvelles, pages de blog, plaquette institutionnelle de grande enseigne du store (ouais, ça aussi, correctement torché ça peut être plaisant) et second roman bien sûr. Sauf que là, je bloque sur le chapitre 12… et c’est pas avec onze chapitres et demi que je vais ramener un Oscar. Pourtant, j’ai planté un vache de décor, monté une grosse arnaque avec plein de ficelles pas si grosses, délicatement posé mes personnages dans une mouise planétaire… et puis non, j’arrive plus.
C’est pas une question d’imagination (je sais comment les sortir de là, c’est moi qui les y ai mis, quand même !), même pas un coup de flemme (qui frappe toujours deux fois), plutôt l’angoisse de la page pleine. En gros, je sais ce qui va se passer dans les quatre ou cinq derniers chapitres, et c’est gluant à écrire. Tout est déjà résolu dans ma tête, pas besoin d’en faire 150 pages. J’ai les pattes qui collent au clavier, je tergiverse, je détourne, je blogue aussi un peu… Vous feriez quoi, vous ?

Vos avis sur Aria (première)

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 1 février, 2008
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Il vient toujours un moment où on se demande «mais pourquoi donc est-ce que j’écris, moi ?» Ne niez pas, vous vous posez la question aussi.

Si je suis totalement honnête avec vous, je réponds « pour gagner ma vie ». Mais je sous-entends par-là que j’écris de la publicité et que je me fais payer pour, ce qui nous éloigne du sujet.
Si je suis encore plus que totalement honnête, je dis avec le rouge de la honte « pour faire le malin ». Mais là, je ne parle que de ce que j’écrivais au début, juste pour faire genre, histoire de montrer que écrire, je savais faire.

Et maintenant ?
Une seule réponse : j’écris pour faire plaisir à ceux qui liront. Et pas seulement mon épouse.
Pour un coming out, ça pose un peu, non ? Le gars, il écrit pour faire plaisir (se faire plaisir un peu aussi, mais surtout faire plaisir, oui). J’ai entendu à la radio un autre gars qui exprimait que « personne ne devrait avoir le droit d’écrire sans en ressentir le besoin absolu, vital (ou quelque chose du genre) ! » De son point de vue, il a raison : ça limite la concurrence.

Mais pour revenir au plaisir du lecteur, c’est ça, mon besoin vital à moi.
Et il n’est pleinement assouvi que lorsque le lecteur s’exprime. D’où le sujet du jour (on y arrive enfin) : les avis, les premiers avis, exprimés (et avec quel talent !) sur ce « roman de science-fiction que tout le monde peut lire, même ceux qui n’aiment pas la science-fiction »©, le bien nommé Aria des Brumes. En même temps, si je vous parlais d’un bouquin sur M. et Mme Sarkozy, vous auriez les sourcils soulevés par un doute tenace, pas vrai ?

Donc, le légendaire Marco qui hante régulièrement ce blog et y dépose des commentaires tous frappés au coin du bon sens, nourrit également un blog littéraire de haute tenue. Je vous le dis comme ça, parce que je suis très flatté qu’il ait pris le clavier pour nous entretenir de sa dernière lecture (Aria, vous suivez ?).
Je vous laisse voir, mais il y dit entre autres, que :

… l’auteur a décidé que son lecteur est intelligent - et ça, c’est une décision que le lecteur approuve volontiers. Pas de manichéisme, pas d’angélisme.

Et aussi que :

Le revers de la médaille: plusieurs chapitres sont consacrés à de longues conversations, où chacun expose ses vues. Certes ces bavardages sont assumés (”ainsi parle Shepher, sans rechigner au plaisir des phrases”)…

Ce qui prouve bien que, non content de savoir lire, il sait aussi exprimer une opinion impartiale. Merci Marco, te lire m’a fait du bien.

Vous connaissez aussi Frehelle, une bien belle auteure aussi ma foi, qui passe de temps en temps faire coucou. Elle a fait plus que cela en lisant Aria, et en postant son avis sur le forum A vos plumes. On y apprend que :

« Aria des brumes » est une jolie histoire. Ce qui n’a dans ma bouche rien de péjoratif, j’aime ce qui est joli. Je n’ai pas dit « gentillet ». Je ne suis pas sûre que ça soit une histoire universelle, un truc incontournable, ou je ne sais quoi dans ce genre là. Et là encore, c’est plutôt un compliment, chez moi. C’est une épopée à échelle humaine.

Voilà, c’est bien dit, non ? Et le petit blâme sans lequel il n’est de liberté de louer :

… je vous avoue que j’ai un regret, malgré tout. Si si, un. Un petit, et un seul, mais si je suis objective, je le dis : j’ai trouvé qu’il y avait à certains moments des décrochages étonnants de « rythme » dans l’évolution de Carl. Il lui faut du temps, et on le comprend, pour choisir. Pour décider d’accepter de redevenir un homme. Ensuite, tout va beaucoup plus vite.

Je le note : prendre plus de soin dans l’évolution psychologique des personnages. C’est précieux, merci Frehelle.

Sur le site de Khimaira, la superbe revue de l’imaginaire, on trouve également la critique de Sophie Dabat, que je cite :

Ce premier roman du jeune auteur Don Lorenjy est un très beau texte dont les nombreux thèmes de réflexion, centrés sur l’humanité, l’évolution, le développement personnel et le regard des autres, font écho à la critique de l’auteur sur une société inhumaine qui traite les hommes comme des machines, envisage le destin d’une planète en termes de rentabilité et détruit pour mieux posséder.

Ouf ! Que dire ? Rien… si : bravo pour avoir su trouver le sous-texte !

Bon, j’arrête dans la gloriole, ça va finir par dégouliner et tacher. Mais ce dont je suis le plus content, c’est que ces lecteurs n’ont pas caché leur plaisir, chacun différent, à la lecture de mon gentil roman. Et ça, c’est la vie comme je la veux. Yep !

(si j’osais, je demanderais à Dahlia ou Franswa P. de “Strictement Confidentiel” s’il leur faut un SP pour critiquer un jour Aria. Mais j’ose pas)

Venez pas me gratter sous le genre !

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 11 janvier, 2008
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Il faudra vous y faire, à partir de dorénaguère je m’en vais vous coller la couverture dans chaque billet. À vous d’aller en librairie pour voir ce qui se cache derrière, et toc ! (au moins, on ne me reprochera pas d’être biaiseux dans mes incitations à l’achat ; le second degré et moi ça fait un drôle d’angle).

Et si on parlait d’autre chose qu’Aria des Brumes. Allez, topons-là !

Attention, scoop, accrochez-vous à vos œillères : non content d’être un écriveur qui écrit, il m’arrive aussi de lire. Ouais. Des vrais livres, hein ? avec pas d’image et autant de pages que dans le Bottin (un petit Bottin, disons celui de la Creuse). Et même parfois des livres de grande littérature, pas des trucs imaginaires à faire rêver les moins de douze ans. Pourquoi vous raconter ça ? Que vous vous en doutiez ou vous en foutiez, mon statut de lecteur n’a rien d’émoustibloguant. Et pourtant…

Par exemple, le dernier Bottin que je viens de me taper et que je m’apprête à vous commenter vient fort à propos en illustration d’une idée qui m’est chère : les genres, je m’en fous ! Mais d’autres ne s’en foutent pas, les coquins, qui n’osent nous vendre de la SF pur sucre et nous la maquille en Aspartam littéraire (je sais, je suis le king du procès d’intention, et ce n’est pas fini).

Donc, “Chronique des Jours à venir”, de Ronald Wright, chez Actes Sud. Je l’ai lu, et j’ai à moitié bien fait.
D’accord, ce n’est pas d’aujourd’hui, ni même d’hier, puisque la traduction d’Actes Sud date de l’an dernier et la sortie originale au Canada de 1997. D’accord. Mais j’ai envie de parler de ce livre dans un contexte où les littératures dites “blanches” me paraissent de plus en plus chiantes (je généralise, bien sûr, j’ai le droit je suis chez moi) et les littératures “de genre” de plus en plus oubliées ou dénigrées (pareil, c’est trop général).

Alors, sur les Chroniques…
Donc voilà un gars qui se réclame d’HG Wells et de l’appellation originale de ce type de « romans scientifiques » (scientific romance, nom du genre à la fin du XIXème siècle et titre du bouquin en VO) pour nous servir de la SF sous couvert de littérature.
Et il fait bien, parce que de la SF, il y en a dans son (gros) bouquin, mais hélas de la littérature aussi, beaucoup. Tactiquement, c’est imparable, vous verrez pourquoi.

Le pitch : à l’aube de l’an 2000, un type croise un canular concernant la machine à remonter le temps de Wells, puis la machine elle-même, s’en sert pour aller voir cinq cents ans dans le futur, lequel futur n’est qu’une vaste jungle mangrove où serpente la Tamise sans le moindre petit d’homme dedans. Pourquoi ? Comment ? C’est tout le sujet SF du book, et il tient sacrément la route.

La où le bât blesserait si je n’étais d’un naturel accommodant, c’est que cette histoire âpre et forte se noie dans des croisements sans fin avec les souvenirs amoureux et les questionnements sentimentaux du bonhomme, seul en scène pendant les 3/4 des pages. C’est érudit, bien écrit, bourré de références et de citations propres à faire classer le tout en “littérature”, mais d’un chiant…
Voilà pourquoi je voulais en parler. Le gars Wright sait écrire, et très bien. Son personnage est archéologue, ce qui lui permet de nous exhumer les traces de notre futur de façon tout à fait convaincante. Mais je le soupçonne, pour éviter d’être classé en rayon SF et donc ne pas dépasser les 1500 ex vendus, d’avoir fait un deuxième bouquin “littéraire” entrelardé avec le premier, épuisant toutes les lourdeurs de la “non histoire” (on dirait du Angot). Si c’est fait exprès, c’est réussi !

Vous inciterai-je à le lire ? Oui, parce que toutes les histoires de fin du monde qui ont un peu de répondant valent leur pesant de bésicles. Mais alors, si les atermoiements du héros vous gonflent, sautez, sautez allègrement, l’intrigue n’y perd rien.

Pourquoi vous raconter ça ici ? Parce que, de nos jours, on ne peut plus écrire tranquillement de la SF sans être casé dans un reléguoire sans lumière d’où ne viennent nous dépoussiérer que quelques rares lecteurs de Bragelonne qui veulent se faire des émotions en sortant de la Fantasy balisée (je caricature, comme toujours).
Parce que les grands auteurs de littérature blanche qui se fourvoient (je carixagère, comme d’hab’) à écrire de la SF (« La Possibilité d’une île », « le complot contre l’Amérique », le tout récent « La route » de Cormac McCarthy) nous sont toujours vendus comme des romans « forts, visionnaires… » mais jamais comme ce qu’ils sont : de la bien grosse SF qui tache, souvent bien écrite et même parfois intéressante. Mais pas un mot, faut pas le dire, c’est dans le rayon coup de cœur. Comme si les lettres S et F devaient être bannies, non seulement du discours des éditeurs, mais aussi des médias qui continuent d’ignorer le genre même lorsqu’ils en ont un pavé sous les yeux (la preuve ? lisez l’article en lien sur le titre des Chroniques, plus haut : ils vont jusqu’à dire que “Ronald Wright embrasse de multiples genres” sans avoir les lucioles de préciser SF, ce qui me brises les miennes menu).
Mais surtout parce que, pour Aria, déjà que je vais me tirer les commentaires sur « les auteurs pour la jeunesse ne sont pas de vrais auteurs », je sens, je sais, que vont s’y ajouter les a priori sur « la SF c’est pas de la vraie littérature ». Alors Prout ! Aria des Brumes, c’est de la SF, mais désolé, j’ai essayé de l’écrire aussi bien que si cela n’en était pas. Et j’espère que les faiseurs d’opinion à qui je viens de le dédicacer par douzaines le liront ainsi, avant de le rentrer au chausse-pied dans une case sans pointure. Re-Prout !

Je ne vous demande pas ce que vous en pensez, je sais que vous allez me le dire.

A l’assaut du vrai monde !

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 15 novembre, 2007
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Bon, tous mes potes et quelques voisins ont lu cet incontournable opus littéraire qu’est Aria des Brumes : ça, c’est fait.
Et maintenant ? Si on tentait d’élargir un peu le cercle ?

Depuis le temps que j’entends parler de trucs et de forums sur Internet, il faudrait peut-être que je me penche sur la question. Intuitivement, je me dis que le gisement d’infos et de lecteurs se cache sous la toile.
Alors un jour, au lieu de taper « météo + neige + dernières chutes » dans Google, je me risque à entrer « forum sf ». Et là, c’est l’avalanche (je n’avais qu’à prendre la météo des neiges avant).

D’accord, sur le million huit cent dix mille pages trouvées, quelques-unes traitent de voyages à San Fransisco. Mais toutes les autres ? Un Éden virtuel où rencontrer enfin ces passionnés qui lisent ou écrivent de la SF, et qui surtout en parlent. Joie !
Je m’y lance tout faraud, balayant d’un sourcil négligeant (essayez donc, ce n’est pas facile) les conseils de prudence que persiste à m’adresser la part rationnelle de mon Moi que j’ai. Ne venez pas me casser mon rêve avec des arguments inconsistants genre « les forums tu n’y connais rien, tu vas passer pour un naze » ou bien « tu crois peut-être que le monde entier est impatient d’entendre parler de toi ? ». Après tout, ça doit être comme dans la vraie vie : des gens bien qui s’aiment et veulent partager leurs enthousiasmes. Faites tourner la gamelle à bonheur, j’ai sorti ma cuillère ! (Niark niark ! se réjouit le connaisseur, ça va rigoler)

Premier tour de piste sur neophyction.org, joyeuse bande de chouettes copains animée par un non moins joyeux Seby que je salue bien bas. Il ne me faut guère que trois messages avant de passer pour un boulet.
Même chose sur citronmeringue.com, l’excellentissime espace de discussion des non moins excellentes éditions Parchemins & Traverses : mes premières opinions exprimées me taillent un costume de malotru qui, non content d’être un newbe sans manières, ne s’est même pas essuyé le clavier en entrant.
Heureusement, petit à petit je me rode. J’apprends le sens des mots, l’usage des smileys, les limites à respecter et les quelques règles simples qui régissent une discussion. Ouf… Bon, je commets quelques erreurs encore, notamment sur le forum des jolies éditions CeZaMe bientôt devenues Griffe d’Encre, on me traite d’impatient sur outremonde.fr, mais on me cède le trône sur les Songes du Crépuscule, et on va même jusqu’à me nommer administrateur sur “A vos plumes“. Et devinez quoi ? J’en oublie complètement Aria des Brumes.

Cependant, j’apprends des tas de choses, dont :

- Le monde de l’imaginaire littéraire, sans être clos, est une sorte de grande famille où tout le monde se connaît, se parle beaucoup et se surveille un peu.
- Ce monde virtuel tourne autour d’un foisonnement incroyable d’appels à textes alimentant un nombre tout aussi incroyable de fanzines, webzines et éditeurs.
- Il y a plus de gens qui écrivent de la SF que de gens qui en lisent.
Corollaire 1 : tout le monde se fout de mon roman.
Corollaire 2 : si je veux être lu il faut que j’écrive encore plus que les autres.

Et surtout, un élément capital m’est concédé au détour d’une conversation : une certaine maison d’édition, jeune mais bien vue, publierait « sans problème de la science-fiction ».
Sans problème ? Pas de doute, il faut que j’aille y voir !

(je suis bien conscient que ce billet est un peu mou du genou, mais ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il ne faut pas l’écrire)

Deux lecteurs, c’est le succès !

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 8 novembre, 2007
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Les esprits chagrins et tous les grands soupçonneux qui peuplent la France (voire la francophonie, voyons large) ne se priveront pas d’une remarque acerbe : faire lire son œuvre à un bon pote, c’est partir à la pêche aux compliments. Pour les avis éclairés et débarrassés de toute servile flatterie, il faut chercher plus loin, et surtout moins proche (ce qui n’a rien d’une redondance superfétatoire).

Sacrés chagrins soupçonneux, je vous reconnais bien là ! Et vous avez raison, et puis vous avez tort.
Tort parce que le grand Jacques est au-dessus de ces mesquineries de pensées qui vous font croire qu’il me flatterait par copinage (en plus il fait une fois et demie mon poids en muscles ce qui lui permet de me dire sans précaution ce que vous pensez tout bas).
Mais raison aussi parce qu’un avis ne suffit pas, qu’il ne faut pas s’arrêter au premier Jacques qui frappe, que s’enquérir de l’opinion d’une plus lointaine connaissance vous ouvrira des océans de perspectives où tremper la plume de votre sagacité. Bon.
Mais tort encore car il n’est pas besoin d’aller trop loin.
Genre faire quelques dizaines de mètres et sonner chez le voisin, ça peut suffir. Pour peu que ledit voisin soit plus que fan de la collection Anticipation du Fleuve Noir, collection dont la quasi intégrale des dix premières années fait ployer les rayonnages de sa bibliothèque. Ce lecteur-là (on va l’appeler Robert, d’accord ?), ce Robert donc, a de quoi dire sur la SF, et pas qu’un peu ! Peut-être pas autant que Sylvie Denis, Claude Ecken, Roland C. Wagner et Ugo Bellagamba réunis (là : http://generationscience-fiction.hautetfort.com/) mais il a de la conversation. Chaque fois que je le croise, il décorne les pages d’une de ces vieilles éditions aux couvertures à mourir (de rire ? OK, de rire).
Donc Robert.

Il me reçoit élégamment comme chaque matin (c’est aussi l’époux de la nounou des enfants), et s’interloque à peine de me voir lui déposer dans les mains un tas de feuilles mal reliées. Je marmonne « J’ai écrit ça, c’est de la SF, si ça vous intéresse de jeter un œil » et je m’enfuis en oubliant de laisser le sac de couches. Ouf. Pendant les quinze prochain jours, j’envoie ma femme déposer et reprendre les enfants.
Mais vient enfin le matin où il arrive à me coincer.
Je ne l’interroge pas, on a sa fierté (Alors, alors, vous l’avez lu ? Hein ? Vous en pensez quoi ? Vous l’avez lu ? C’est vrai, vous l’avez lu ? Alors ? ? ? ?)
Robert est superbe. Et du haut de cette superbe, il me lâche : « J’ai lu bien pire. »
Voilà. Authentique. Et laconique. Je n’en tirerai rien de plus.
En même temps, vu son pedigree de lecteur, ça vaut adoubement par King Robert the Next.
Il me rend un manuscrit sans annotation et un bébé sans couche.
M’en fous. J’ai doublé mon nombre de lecteurs. Si je continue à ce rythme, Agatha Christie et Dan Brown peuvent aller se rhabiller dans le même vestiaire. Le succès est à mouah ha ha haa ! ! !
Allez, à la prochaine.

J’ai un lecteur ! (Alléluia)

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 4 novembre, 2007
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Ha Ha Ha Haaaaa ! (expression légitime d’autosatisfaction)
Ça y est, j’ai posé le point final en bas de la dernière page du manuscrit, j’ai dansé en poussant des cris d’indien éthylique, mon épouse a usé une pleine boîte de crayons pour redresser les fautes, la vie est belle.

J’avoue, confit dans ma fierté, j’ai failli en rester là.
Mais une envie me chatouille. Demander un avis extérieur. Après tout, les copains servent aussi à ça, non ? Ou alors, changez de copains…
Un lecteur, ça se respecte, surtout s’il doit rester un copain. D’abord donc, je me relis. Je corrige les erreurs les plus flagrantes, les faux raccords échappés dans la fougue du premier jet, et même certaines incohérences criantes (genre : le personnage qui entre d’un pas ferme et assuré alors que le vaisseau est en apesanteur). J’accepte de faire rire à mes dépends, mais j’aime choisir la manière.
Et puis vient un jour où je sens que de toute façon, au lieu d’améliorer je n’arrive plus qu’à saloper. C’est un signe : je suis prêt.

Justement, retour des vacances de Noël, un premier lecteur potentiel vient sonner à la porte : le grand Jacques.
Il faut que je le présente rapidement : doctorat en mathématique, maîtrise de philo et autres diplômes dans d’autres matières, skieur, grimpeur et parapentiste de classe A, actuellement professeur de logique à l’Université de Lausane (les curieux y trouveront sa fiche, et rien que sa liste de publications fait mal aux yeux). Heureusement que le grand Jacques est un copain, sinon je n’aurais jamais osé lui faire lire ne serait-ce que le titre d’Aria des Brumes. Mais il accepte sans rechigner, ou à peine.

Il part avec le manuscrit et un gros feutre rouge. Moi, je me sens tout petit.
Au bout de trois semaines, j’appelle pour prendre des nouvelles. De mémoire, ça donne ceci :
Moi : « La neige, c’est pas encore ça. Y en a à peine rien mis sur Balme. T’as lu Aria ? »
Big Jack : « C’est sûr, ça vaut pas le coup de se corner les planches sur la caillasse. J’en suis à la page 20. »
Moi : « Ouais, de la peuf juste de quoi planquer les pierres. C’est si dur à lire ? »
Big Jack : « Il paraît que ça va poser un max, mais chais pas quand. Nan, c’est pas mal, mais je passe du temps à te rédiger les propositions. »
Voilà, c’est tout Jacques : sur vingt pages de manuscrit, il avait déjà vingt pages de commentaires, de références (il m’a même cité Musil et « l’Homme sans qualités ») et d’idées pour explorer les diverticules de l’histoire. J’en suis tout ému. Merci Jacques.
Des lecteurs comme ça, c’est précieux.

Je précise alors à mon précieux que j’attends surtout un avis général, sur la lisibilité, la structure, l’histoire, qu’il me dise en gros si le truc vaut le coup de retravailler. Il comprend et se bouffe la suite en une semaine. Verdict : ça boite un peu par endroit, il y a encore des détails qui godaillent, mais l’ensemble reste plaisant. Ouf !
Si vous avez quelque chose à faire lire, contactez Jacques de ma part, il est précieux.
À bientôt…

Ça parle de quoi donc ?

Publié dans Lecture par Don Lorenjy sur le 30 octobre, 2007
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Mettez-vous à ma place (et vous êtes nombreux, pas vrai ?) : vous avez écrit un roman (ou autre chose), et malgré votre timidité maquillée en modestie, vous aimeriez bien le faire lire à des vrais gens.
Donc vous vous bottez les fesses et vous en parlez autour de vous, genre :
« … Bonjour aussi. Tu vas bien ? La météo, ça s’arrange pas, hein ? Saleté de réchauffement climatique. Tu sais que j’ai écrit un roman ?
— Ah ouais, ça parle de quoi ?
— Heu… »
Le piège.
Depuis des semaines si vous êtes rapide ou des années si pas, vous trempez dans cette histoire qui… que… Et voilà qu’un impatient de lecteur potentiel veut savoir de quoi ça parle avant même d’avoir lu. Impensable !
Et pourtant, la moindre des politesses avant de piéger quelqu’un à lire trois cents pages qu’il n’a pas choisies, c’est de lui faire la quatrième de couverture. Sauf que, c’est un métier, et ce n’est pas le vôtre.
Alors vous faites pitié.
« Ben, tu vois, c’est sur une planète, Aria la planète, comme le titre, Aria des Brumes, alors y a ce mec incroyable qui est tellement fort que quand il vient sauver la planète tous ses copains meurent… Non attends, c’est plutôt une sorte de réflexion sur le libre arbitre, ce qu’on fait et qu’on ne fait pas quand on est obligé à rien. Ou plutôt ce qu’on est quand on n’est plus rien. Mais surtout c’est une aventure, ça bouge, on ne sait jamais ce qui va se passer après. En fait, on peut dire que ça raconte l’accouchement d’un être humain par lui-même, mais tu comprends, pas tout seul parce qu’on ne peut pas être humain tout seul, il faut que… tu vois ? »
C’est confirmé, vous faites pitié.

Il n’est pas dans mes habitudes de donner des conseils à deux balles, pourtant : quand vous avez écrit un livre et que vous comptez en parler aux vrais gens, préparez à l’avance les deux ou trois phrases qui vont vous tirer de l’embarras dès que vous aurez suscité une légitime curiosité.
Exemple :
« Aria des Brumes, ça parle d’une planète où les hommes ne peuvent plus avoir recours à la violence. Une sorte de Super Rambo qui a perdu tous ses pouvoirs se retrouve piégé dans cette société vraiment très bizarre pour lui. Il doit apprendre de nouveaux comportements, de nouvelles relations avec les autres, et quand la violence finira par arriver de l’extérieur, il va devoir choisir son camp. »
C’est sûr, c’est un peu poseur et ça ne dit pas tout. C’est normal, il faut choisir un angle. Ou un autre :
« Aria des Brumes, c’est l’histoire d’un soldat envoyé sur une mission qui foire total. Il s’aperçoit alors que ses chefs lui ont menti sur toute la ligne pour l’envoyer au casse-pipe. Il aimerait bien se venger, ou au moins retourner chez lui, mais il est trop occupé à essayer de survivre. »
Et il y en a plein d’autres. À préparer et à choisir selon le public cible. Le but, c’est d’amorcer la discussion. Après, laissez l’interlocuteur poser des questions. S’il n’en pose pas, foutez-lui la paix et parlez du temps qu’il fait ou du nucléaire iranien.
Si j’avais suivi mon propre conseil, ça m’aurait évité de faire pitié en bafouillant des âneries sans queue ni tête quand on m’a demandé « et ça parle de quoi donc ? »
Mais bon, après tout vous faites comme vous voulez.