Comme ça s'écrit…


L’auteur poli (par son client)

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 1 décembre, 2014
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Voici quelques années j’ai écrit un texte de commande, pour le compte d’une banque. Une nouvelle dont j’étais assez fier parce qu’elle répondait aux attentes du client (se projeter dans un siècle futur) tout en respectant mes règles intimes (pas de violence, pas de tension conflictuelle, pas de référence à la banque elle-même). J’en ai parlé à un ami. Qui l’a très mal pris.

Selon lui, je m’étais vendu. J’avais renié tous mes principes, toutes mes convictions – notamment sur la responsabilité des banques dans l’esclavage monétaire où nous sommes en majorité maintenus – et pour quoi ? Pour de l’argent. Un cercle vicieux dont je n’avais selon lui pas su m’extraire par faiblesse.

Je lui avais répondu que ce n’était pas n’importe quelle banque. Une banque locale, qui travaille à dynamiser l’économie du coin et offre à ceux qui en ont besoin l’aide nécessaire à l’avancée ou au lancement de leurs projets. Une banque propre, en somme, qui ne trempe pas dans les malversations de la haute finance, spéculation, blanchiment, profits indus, tirés de la croissance comme du marasme… Non, mon client était une banque honorable et j’étais tout aussi honorable de lui avoir fourni un peu de mon imagination. De plus, cela donnerait à lire, et gratuitement, à des gens de passage qui n’auraient peut-être pas été sensibilisés à mes écrits autrement, ni même à la SF en général, encore moins à une approche non-conflictuelle du genre. En gros, à défaut d’être un héros je me voyais en héraut (facile).

Ils ont bien travaillé, avec toi, m’a répondu cet ami. Ils t’ont fait croire à leur probité, et tu avais tellement envie d’y croire que tu les as crus. Pour de l’argent.

Sur le coup, j’étais sûr qu’il n’avait rien compris. La banque, « ma » banque, n’était pas aussi vicieuse, pernicieuse… Et moi, pas si faible dans mes positions.

Aujourd’hui, je n’en suis plus aussi sûr.

Non que cette banque m’ait menti : tout était vrai. Mais j’ai bien trahi mes convictions à son contact. Cela s’est fait sur la durée. Je me demande si certains intellectuels occidentaux n’ont pas vécu la même chose au contact intime du stalinisme, lorsqu’ils étaient invités par le régime pour en retranscrire une vérité de commande et en sont rentrés convaincus, aveugles et sourds. Il y faut du temps et de la proximité. On apprend à se connaître. On écoute les arguments de l’autre. Comme on a décidé de travailler ensemble, on cherche en l’autre tout ce qui va conforter cette décision : son honnêteté, sa valeur, son utilité. C’est nécessaire pour avancer, sinon on romprait le contrat. Il faut créer cette confiance qui passe non par un aveuglement flagrant mais par une mise en sommeil du sens critique.

Le récent livre de Moati sur Le Pen me semble en être un bon exemple, même s’il n’y a pas là de lien client-fournisseur : au contact prolongé et intime de l’adversaire, l’auteur commence à lui trouver du charme, de l’humour, des qualités qui effacent l’opposition originelle. Il a envie d’en rendre compte, sans s’apercevoir du décalage entre ce qu’il professe d’ordinaire et ce qu’il livre. Lorsqu’on lui en fait la remarque, il se braque et se drape. On l’aura mal compris, assurément.

Pour une commande, le processus me paraît plus efficace et plus sournois. Ce qui se passe dans l’esprit de l’auteur n’est pas un choix délibéré – le choix a été fait lorsqu’il a décidé d’accepter la commande – mais une sorte de lent polissage, efficace par sa lenteur même. Il ne s’en aperçoit pas. Il ne se rend pas compte que, sur ce sujet précis et dans ces circonstances-là, lentement, il change. Cela vient sans doute de la durée du contact autant que de l’objectif commun. C’est doux, presque agréable. On fait des efforts pour être apprécié, et on en est récompensé. On se sent bien, justifié. Lorsque le client valide le texte, on a un sourire de soulagement intérieur : nous avons eu raison. Nous avons bien travaillé.

Voilà sans doute ce qui s’est produit en moi, à mon insu. Et si jamais je me fais attaquer, non sur la valeur littéraire du texte, mais sur la moralité de ma participation à cette opération promotionnelle, je ferai sortir de mon chapeau ce qu’il faut d’arguments emprunts d’une dignité outragée. En toute sincérité. Car le polissage de l’auteur par le client est furtif pour sa victime. Tous les témoins en sont conscients, sauf le premier intéressé.

Nuançons, toutefois, la portée possible de cette trahison intime. Tout n’est pas si sombre : il faut peut-être espérer que le client ait été lui aussi poli par le compagnonnage avec l’auteur. Ce que j’ai dit lors des réunions de travail, ce que j’ai fait passer dans mon texte, a peut-être laissé de petites graines, prêtes à germer dans la conscience d’un conseiller financier. Il n’y a pas de raison que l’auteur seul en soit transformé. Mais tout de même, il y a là une sorte de décalage de puissance et d’impact.

Et s’il fallait conclure ? Les souvenirs évoqués plus haut ont été ravivés par une récente polémique (petite, la polémique) autour de la publication gratuite d’une anthologie de science-fiction commanditée par un organisme promoteur du luxe français. Que ce soit pour une banque ou pour l’industrie du luxe, le travail d’un auteur au service d’un client l’engage personnellement. Il y perd sans doute une part de sa liberté, parfois sans le savoir. Il peut assumer, se blinder, se voiler la face ou se remettre en cause. Ou au moins se regarder avec un peu de recul, pour se recentrer sur ce qui compte : qu’est-ce que je crois important, qu’est-ce que je m’autorise dans les limites mouvantes de ces convictions, et enfin, jusqu’à quel point suis-je prêt à transiger parfois sans même m’en rendre compte. À chacun d’évaluer de ce qu’il fait ou ferait. Pour soi, et non pour les autres, en se rappelant bien que, dans les mêmes circonstances, partageant la même proximité avec quelque client que ce soit, on peut finir par pencher tout en comptant rester droit.

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Hors de toute polémique, je me régale à lire Le Règne du vivant d’Alice Ferney et Terminus radieux d’Antoine Volodine tout en écrivant modestement une nouvelle pour l’anthologie Avenirs Radieux (hasard ou nécessité ?) dirigée par Patrice Lajoye et qui sera publiée par les éditions Rivière Blanche.

Suivez l’argent

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 16 octobre, 2014

Dans le désert du Sinaï, des migrants érythréens sont détenus dans des maisons de torture après avoir été revendus plusieurs fois jusqu’à atteindre une « valeur » de quelque 10 000 dollars. Là, ils sont supplicié devant un téléphone pour que leur famille à l’autre bout de la ligne entende bien leurs appels à l’aide et leurs hurlements. On leur demande jusqu’à 30 000 dollars de rançon : plus l’otage crie fort, plus aussi les photos de son corps meurtri seront abjectes, et plus l’argent arrivera vite. C’est horrible, c’est loin, mais cela nous touche : nous sommes tous liés par l’argent.
Plusieurs médias (une série sur Le Monde, Swiss Info, un documentaire samedi sur Public Sénat) se font cette semaine l’écho de ces pratiques. Souvent sous un titre évoquant la barbarie. De tout temps on a essayé de justifier la torture. On la pratiquait pour obéir aux dieux, pour punir, pour se venger, pour soutirer des informations. Aujourd’hui on torture pour gagner de l’argent, parce que c’est rentable. Est-ce barbare ? Je ne sais pas. Je ne veux pas faire de rapprochement hasardeux avec nos propres pratiques économiques, bien que nous soyons tous liés par l’argent.
L’argent des rançons payées dans la douleur, d’où vient-il ? Sur quels marchés des familles de migrants venus d’Érythrée – l’un des pays les plus pauvres du monde – trouvent-elles de quoi payer le prix ? Vente de bijoux, endettement, collecte dans la communauté, intervention d’associations humanitaires, elles trouvent. L’argent vient rarement d’Érythrée même – il y en a si peu là-bas – mais parfois d’Europe. De commerces en trafics, les circuits se croisent, se chevauchent, se ramifient, peut-être jusqu’à nous. Sûrement jusqu’à nous, puisque nous sommes tous liés par l’argent. De même que se baigner dans l’Atlantique nous met en contact avec tous les autres océans, nous pouvons ressentir la douleur liée à la rançon chaque fois que nous sortons un billet. L’argent est un fluide qui baigne la planète entière, indifférent au meilleur comme au pire.
Suivre les dollars de la rançon nous rattache aussi forcément, de près ou de loin, à cette activité d’extorsion. Que feront les tortionnaires du Sinaï des quelques 600 millions captés depuis des années dans leur pratique sordide, sinon acheter ce que nous produisons et vendons. Dans ce marché globalisé, payer et être payé implique de participer à une mécanique planétaire qui produit aussi bien les conditions du bonheur que l’horreur. Nous sommes tous liés par l’argent.
En conséquence, je ne crois pas qu’il nous faille renoncer à l’argent pour nous draper de vertu, nous ne pouvons pas briser ce lien. Cependant, nous pouvons mettre plus de conscience dans l’usage que nous faisons de nos capacités monétaires. Reconnaître la violence de l’argent, son pouvoir de domination, dans la prostitution comme sur le marché du travail. Le fait de pouvoir payer ne justifie pas tout, ou alors il justifie aussi les maisons de torture du Sinaï.

 

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Bien que pétrifié par le reflet du monde, j’ai pu lire Globalia, de Jean-Christophe Ruffin sans y retrouver la verve et la finesse qui m’avaient séduit dans l’Abyssin.

Le syndrome des Açores

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 19 septembre, 2014
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Pico, aux Açores : les moulins, c’est pour la déco.

Lorsqu’on vit sur une île volcanique arrosée par des pluies fréquentes sinon permanentes, tout pousse tellement vite et bien que le travail nécessaire à la survie ne prend pas trente-cinq heures par semaine, ni même peut-être par mois ; on dispose donc d’assez de temps pour faire autre chose que l’indispensable, comme décorer le paysage (au lieu de se limiter à refaire son intérieur).
C’est ainsi qu’une açorienne nous a expliqué la propension des autochtones à planter des haies d’hortensias partout, en bord de route ou dans les campagnes les plus reculées. Les gens du coin ont aussi passé un certain temps à lever des murets de pierres sèches pour dessiner sur des hectares un labyrinthe de parcelles où planter deux, voire trois pieds de vigne, histoire de faire joli et d’agrémenter les caves locales.
Dommage que nous ne soyons pas atteints de ce syndrome pour nous consacrer un peu plus à l’inutile utile, ou au moins à l’inutile agréable. À la place, nous avons dû inventer les bullshit jobs chers à David Graeber (et à nos économies en roue libre) pour occuper bêtement le temps dégagé par nos gains de productivité. C’est que tout le monde n’a pas la chance de vivre les fesses sur un volcan.
À moins que…

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En attendant, j’ai eu le temps de lire deux ou trois trucs, certains m’ayant tenu en l’air, d’autre moins (La Fêtes de l’insignifiance, bon titre pour ces 140 pages de Kundera), mais j’ai surtout apprécié Automobile Club d’Égypte, ne serait-ce que pour l’illustration sans concession de la servitude volontaire liée à ce que nous persistons à appeler travail. Et puis, quel roman !

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 9 août, 2014

C’est en Irak, en Palestine, au Soudan, en Syrie, ailleurs encore, ailleurs certainement, forcément. C’est la tentation de la terreur : la vie comme un affrontement permanent. Identifier son ennemi, le chasser, l’exterminer, montrer au monde sa dépouille martyrisée, voilà qui donne du sens et justifie l’existence. Nous pouvons toujours crier, gémir, menacer, cela ne sert à rien, sinon à encourager et justifier encore. Ceux qui chassent se repaissent de nos plaintes. Ils attendent notre courroux, ils l’espèrent.
Alors, que faire ?
La première idée qui me vient est de soustraire les victimes, quelles qu’elles soient, aux tenants de la terreur. Ils en trouveront d’autres, je sais, mais déjà celles-ci, leurs cibles immédiates : les sortir de la nasse. Je vois là un emploi utile et proportionné de nos forces. Ne pas les envoyer combattre, mais protéger la fuite, défendre la vie qui reste, l’aider à s’échapper pour survivre ailleurs. Et assécher les chasseurs.
Les fuyards auront le sentiment d’abandonner leur patrie, leur terre, leur maison. Mais celles-ci sont devenues invivables : on ne peut pas vivre gibier, chassé pour donner sens à la vie d’autres qui nous paraissent fous. Alors autant partir.
Ce sera à nous de les accueillir, ces réfugiés, de façon à ne pas laisser prise aux regrets. Accueillir plus que dignement : confortablement. Loger, nourrir, soigner, former, donner de l’avenir. Nos surplus en tout genre – denrées, matériels, compétences – y retrouveront enfin une utilité. Tout ce qu’on jette ou qu’on met au chômage, l’employer à remettre debout ceux qui nous arriveront à genoux.
J’entends déjà nos nécessiteux râler : « Pourquoi dépenser autant pour des va-nu-pieds du bout du monde alors que la misère, ma misère, est à vos portes ? » C’est légitime.
Je ne vois qu’une solution : donner autant ici que là-bas. Loger, nourrir, soigner, former, sans émettre de dette, sans attendre de paiement ou de compensation. Le faire parce qu’on le peut.
Mais j’entends déjà nos nantis râler : « C’est que je travaille, moi, monsieur, je mérite ! Et vous aller donner autant à ceux qui ne méritent rien ? C’est injuste ! »
Que faire d’autre alors que de proposer à celui qui travaille ainsi, contraint et forcé par sa notion intime du mérite, que faire d’autre que lui proposer de s’arrêter ? Lui rendre justice, le laisser se reposer, et permettre ainsi à ceux qui sont prêts à œuvrer par utilité de faire le nécessaire.
Mais j’entends déjà râler ceux qui s’enrichissent du travail des autres : « Vous allez jeter toute notre belle et séculaire civilisation à terre, il n’y aura plus d’intérêt, plus de profit, c’est la fin de tout. Pire, c’est la fin de l’économie ! »
Je ne vois alors qu’une solution. Mettre à bas l’économie. Ne s’occuper plus que de l’indispensable. Il me paraît indispensable de pallier les souffrances, celles de là-bas comme celles d’ici.
Il me paraît indispensable de le faire, non parce que nous y avons intérêt ou parce que c’est moral, mais parce que ce sont des humains. Et que sinon, si nous nous dispensons d’êtres humains, si nous les laissons à terre pour protéger nos intérêts et nos profits, la barbarie intérieure nous guette autant que celle que nous condamnons – et avec quelle vigueur ! – chez ceux qui chassent pour donner sens à leur vie.
Toutes ces violences, toutes ces souffrances, n’auront servi à rien si nous n’en profitons pas pour changer, nous.

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Pendant ce temps, j’ai lu Une Terre d’Ombre, de Ron Rash, et je ne regrette pas. Il me semble rare qu’un livre réussisse à conjuguer la beauté de la terre et des cœurs à une certaine violence qui y couve, sans en faire son fond de commerce. Merci Ron ! J’ai tenté Transatlantic, de Colum McCann, et j’ai butté sur son style sec qui me ramenait à terre chaque fois que le texte voulait m’envoler.

L’art par intermittence, ou le coût de la vie

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon le 23 juin, 2014

Dans Télérama, Joël Pommerat dit quand on l’interroge sur la révolte des intermittents du spectacle : « Ce qui est en train de se passer est déplorable. Pour autant, devoir justifier l’intérêt de la création artistique parce que c’est bon pour la croissance économique me déplaît. »
Cela m’agace aussi. Le débat sur à quoi sert l’art est une vieille scie édentée. On nous le reboot chaque fois que quelqu’un estime judicieux d’affirmer que l’art coûte trop cher. Mais c’est la vie qui coûte cher, mon bon monsieur, elle n’a pas de prix, rien ne vaut la vie et tutti quanti. L’art, c’est la vie ! Tout le reste n’est que commerce et artisanat, choses utiles mais sans fondement autre que la vie. Manger, s’habiller, se déplacer, échanger des trucs, se battre… ce n’est pas vivre, cela sert juste à ne pas mourir. La vie commence dans le jeu, le plaisir, la fantaisie, la manière d’être, et ça, c’est de l’art. C’est clair ? Sinon, je développe.
Dans un billet titré C’est beau mais ça ne se mange pas, j’avais déjà écrit (entre autres choses géniales et méconnues) que « Nous devrions avoir une attitude plus révérencieuse vis-à-vis de l’art. Montrer plus de respect à l’artiste – même s’il faut parfois le débusquer sous l’artisan ou le commerçant – ou au moins à son œuvre. Nous pourrions trouver ainsi un allié utile dans celui qui tente de dire quelque chose de l’être. »
Mais être n’est pas un verbe d’état, ni même un verbe d’action. Être est un verbe de transition, de projection, de tension relâchée. Être n’est pas, il devient. Être est un luxe à la portée de tous, et on voudrait nous faire croire que l’art est un luxe inaccessible. Que nous n’avons plus les moyens de vivre. C’est criminel. Heureusement, personne ne le croit vraiment.
On peut aussi se tromper sur l’art. En faire un paravent derrière lequel cacher sa vacuité. La vie ne s’y trompe pas. « L’art, c’est ce qui m’aide à vivre », ainsi que l’affirme une certaine catégorie de cuistres cultivés, comme s’il y avait une classe inférieure et populeuse qui pouvait, l’imbécile utile, se contenter de vivre sans art. Non, l’art n’aide pas à vivre, ce n’est pas une béquille pour soutenir l’insupportable. L’art, c’est un cadeau, une inestimable occasion de dire merci. Dans un autre billet, j’avais émis l’idée que l’art était un défibrillateur, qu’il mettait donc un coup au cœur pour l’aider à ressentir, avec l’artiste comme secouriste. Chaque émotion, chaque interrogation peut s’accompagner de gratitude pour celui qui l’a suscitée. Et pour soi-même aussi, pour s’être autorisé à l’éprouver, pour avoir tendu l’oreille, posé les yeux, ouvert son cœur. Merci !
L’art, c’est la vie, c’est ce qui vit en nous lorsque nous prenons de l’intérêt pour ce qui se passe hors de nous, ou même à l’intérieur, mais inattendu. L’artiste est celui qui nous révèle à ce possible jusqu’ici inconnu, cette émotion qui sommeillait, cette vie qui demandait à naître. L’artiste nous ouvre les yeux sur ce Ah oui, c’est donc possible d’être humain et d’accomplir cela, de réussir ceci, je ne savais pas, ou alors j’avais oublié, je n’y croyais plus. Il était d’ailleurs écrit dans le même billet : « L’art peut prendre par surprise, mais avec un esprit assez affûté il est plus facile de s’y préparer et de se sensibiliser aux chocs qui tapotent parfois notre quotidien en toute discrétion. Car, pour étouffer les cris de l’art, nous avons inventé le vacarme de la distraction. L’océan de la vie est agité de tempêtes factices, toujours prêtes à nous rejeter au rivage. Alors que le vent vrai va bien plus loin. » J’avais peut-être été un peu loin, mais il est vrai que nous refusons parfois la vie, et donc l’art, par peur de quitter le port et nous laisser porter par le vent.
L’art, c’est la vie, c’est donc multiple, ton art n’est pas le même que le mien, cela n’entre pas dans des cases, cela cherche, cela se trompe parfois, mais au moins ça essaye, cela peut rester confidentiel ou connaître des succès planétaires, c’est la vie, je vous dis, ne cherchons pas à le limiter. Dire « ce n’est pas de l’art » revient à dire d’un enfant sautant dans les vagues « ce n’est pas de la vie ». Ce qui implique que le commerce, l’artisanat, peuvent être interprétés comme de l’art, mais oui ! Tout est peut-être question d’intention, tant que la vie y gagne. L’art, c’est ce qui me pousse à faire mieux pour que ma vie ait un sens. L’art c’est ce qu’on ne comprend pas encore, ce qu’on ne pensait pas possible, parce qu’on n’a pas encore tout vu, et c’est tant mieux, c’est la vie.
L’art peut distraire, pourquoi pas ? Après une sublime représentation de La Flûte enchantée, ma tantine m’a dit d’un air pénétré que ça lui avait fait oublier ses soucis. Merci Mozart, et merci Jean-Marc (Brouze, co-initiateur de ce projet hérétique et magnifique mêlant artistes professionnels – donc payés – amateurs bénévoles et lycéens en formation professionnelle) ! Oublier des soucis, c’est ramener la vie sur le devant de la scène, lui donner toute sa place au lieu de la laisser réduire par des contingences. Nous parlons bien de la distraction qui tire vers autre chose, qui ouvre, pas celle qui endort. L’art n’est pas un anesthésique, puisqu’il nous pousse à penser « Moi aussi, je voudrais, mois aussi, je pourrais… » L’art est participatif, on ne peut pas le laisser dehors, il s’impose jusque dans les camps, au goulag, jusque là où la vie s’éteint. Les barbus et les boutiquiers l’ont bien compris, eux qui sont les rares ennemis déclarés de la vie. Et partout, ils se battent pour convaincre que Dieu hait l’art, ou que l’art et les artistes sont hors de nos moyens. Les pauvres ! Ces gens-là ne sont pas méchants. Ils se sont juste trompé de vie. Et ils voudraient masquer cette petite erreur personnelle sous une bien plus grosse qui nous touche tous.
Est-ce qu’on peut vivre par intermittence ? Oui. Il le faut. Ce n’est pas une question de coût. En matière de vie, la comptabilité ne compte pas, elle n’est qu’un artifice pour se désintéresser du vrai et céder à ses peurs. L’art n’a pas peur pour sa vie.

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Pendant ce temps, j’ai lu Ingrédients pour une vie de passions formidables, de Luis Sepulveda, ainsi que Désaccords Imparfaits, de Jonathan Coe. Et j’ai eu le temps d’achever le premier jet de Quelque chose d’autre, roman de SF divergente dont le point d’inflexion est le 3 septembre 2012, date à laquelle les extraterrestres ont atterri en masse sur Terre, comme chacun sait…

Faire société

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 10 mai, 2014

En milieu naturel je n’aurais pas survécu.
Déjà, je suis né mort et il a fallu me ranimer. À la suite de quoi j’ai un peu cumulé : asthme, coliques, diarrhées, dents pourrissant jusqu’à la racine, appendicite dégénérant en péritonite, dépression, accidents divers.
Si je m’en suis tiré, ce n’est pas grâce à ma volonté, ni même seulement une question de chance : je le dois à notre société. Elle m’a ranimé, soigné, protégé, entretenu autant que je m’entretenais moi-même.
Notre société ne m’a peut-être pas toujours encouragé, mais elle m’a permis de continuer jusqu’à aujourd’hui et encore plein de demains. Je lui en suis reconnaissant.
Cette gratitude n’est pas un vain mot. Chaque fois que j’ai envie de critiquer les dysfonctionnements de notre civilisation, je me rappelle ce que je lui dois aussi. Certes, dans de nombreux domaines et depuis très longtemps nous nous y prenons mal, nous souffrons et faisons souffrir, parfois aussi nous allons dans le mur. Mais sans la société de mes frères humains, je n’irais nulle part. Je ne serais même pas là.
Voilà ce qui me soutient quand je pense que nous exagérons. Quand le nombre me pèse. Quand la masse des exactions semble vouloir cacher l’espoir. Gratitude et compassion. Sans cela, toute analyse critique tourne à l’amertume revancharde dont ne sont jamais loin l’affliction, le dégoût et la haine de soi à travers celle de l’autre.
Je crois qu’il ne s’agit pas là de morale ou de bien-pensance, mais plutôt d’une juste économie des sentiments. Cette gestion émotionnelle n’empêche pas les colères, les peurs et les hontes, mais elle les calme pour les remettre à leur place : de simples signaux attirant notre attention là où une prise de conscience pourra être utile. Une fois le signal pris en compte, on décide et agit mieux s’il cesse de nous corner aux oreilles.
Merci donc à vous tous qui faites société avec moi. Je veille à vous le rendre. Et nous allons continuer ensemble.

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Profitant d’un surf trip, j’ai lu le tome 1 de Perdido Street Station, de China Miéville. L’auteur ayant tenté de transformer le décor de son histoire en cloaque d’immondices, une moue de dégoût ne m’a pas quitté malgré une histoire et surtout une approche des différentes races que j’ai trouvées intéressantes. Le second tome attendra, 1 – que je me sois rétamé les boyaux ; 2 – que j’en aie fini avec Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey, Le Chardonneret de Donna Tart et Wonderful de David Calvo (c’est les vacances, j’ai droit à autant de livres que je veux).

Un livre sans humain

Posted in Lecture,Réflexitude par Laurent Gidon le 23 avril, 2014

C’est l’histoire d’une tour HLM dont les habitants se réveillent, un matin de fin d’été, entourés de brume et hors du temps commun.
Que va-t-il s’y passer ? Après une lente description du quotidien sordide de quelques locataires, la plupart d’entre eux va disparaître dans les pires souffrances.
La cause ? Multiple, issue d’un environnement parallèle ou des œuvres de leurs colocataires.
La raison de tout cela n’étant qu’une blague, comme on l’apprendra à la fin. Avant d’en arriver là, le sang va gicler, les viscères se répandre, les hurlements résonner à n’en plus finir. Cinq cents pages d’horreurs, de noirceur crasse ou de simple glauque morbide.
Que peuvent faire les survivants en nombre toujours décroissant ? Rien. Toute tentative semble vouée par l’auteur à un échec sanglant.
Se rapprocher, se réchauffer les uns les autres ? Vous rêvez, très Cher ! Même faire l’amour n’est plus qu’un étalage de pratiques bestiales baignant dans la frustration et les humeurs corporelles les plus glaireuses. Non, ce livre semble faire profession de tuer l’espoir et salir tout ce qui peut s’en approcher. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti à sa lecture.
L’auteur y met-il du style ? Disons que son écriture est descriptive. On voit ce qui se passe, pas plus. Ce n’est pas fait pour sonner, ou alors pour sonner le lecteur.
Comme les situations se répètent, l’écriture se fait répétitive. Au troisième personnage qui se réveille en chassant les phosphènes de ses yeux, on aura compris que l’auteur ne cherche pas à nous épater avec son dictionnaire des synonymes. Quand on lit des phrases comme « La bête, dont les traces des coups de feu se perdaient dans l’efflorescence de ses plumes, devait bien peser dans les cent cinquante kilos » on comprend que l’éditeur n’a pas osé remettre en cause le talent de l’auteur.
Car l’auteur a du talent, une carrière, un légende presque, c’est prouvé : plus de quatre-vingt romans au compteur, ainsi que l’annonce la quatrième de couverture.
Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire de tour dans la brume ? Un message, sans doute : ne cherchez pas l’humanité dans les livres, elle est ailleurs. En tout cas, pas dans ce livre.
D’ordinaire, je ne donne pas mon avis détaillé sur mes lectures, sachant qu’on reprochera toujours à un écriveur ses enthousiasmes (s’il dit du bien c’est pour qu’on lui renvoie l’ascenseur) ou ses critiques (il est juste jaloux et n’aurait pas pu faire aussi bien). En l’occurrence, je me suis rappelé cette phrase d’une lettre de Joé Bousquet : « L’écrivain qui cherche à faire désespérer l’homme de lui-même est un médiocre et un salaud ». Et je me suis dit que le lecteur révulsé qui n’exprime pas son aversion est un planqué ou un complice.
Alors voici : j’ai eu le sentiment profond d’être sali par cette lecture, durablement. Ce n’est que mon avis. Je ne fait pas là de critique littéraire, même pas de critique morale, encore que… Il s’agit plutôt d’une nécessaire expression émotionnelle, et tant pis si on me prend encore pour un père la pudeur ou un Bisounours.
Ce livre m’a heurté, blessé, autant par ce qu’il décrit que par le fait que cela soit écrit et publié. Je ne conteste pas la liberté d’écrire et publier. On ne me contestera pas le droit d’exprimer ce que j’en ressens. D’autres lecteurs y ont sans doute trouvé le même plaisir que dans les nombreux romans d’horreurs à succès, comme peut en publier Stephen King. L’auteur d’ailleurs s’en réclame, admettant que son livre est inspiré de The Mist. Son œuvre, aussi importante soit-elle en terme de quantité que de qualité, n’est donc qu’une goutte d’eau dans cet océan fictionnel morbide qui nous baigne. Ce livre n’est pas si grave, mais l’ensemble peut l’être.
Je pense que les horreurs fictives dont on nous gave, et qui, à l’inverse des actualités sanglantes, n’existeraient pas si personne ne les avait imaginées, écrites et publiées, ces horreurs nous colonisent l’esprit aussi durement qu’un fait divers réel dont nous aurions été témoin. Pire, dans la plupart des fictions l’horreur a son explication, la violence est justifiée, toute autre approche est masquée au point d’en paraître inconcevable. La fiction nous dit « prépare-toi à te battre, c’est la seule façon de triompher ». On frissonne et on cherche une arme, pour s’engager aux côtés du héros dans une violence juste. J’ai l’impression que les lynchages ne commencent pas autrement.
Le fait de raconter une histoire semble autoriser, voire exiger, ce frisson empathique pour entretenir l’intérêt, faire tourner les pages. Ce n’est pas neutre. La répétition du coup finit par creuser l’impact. Mais aussi le cadre dans lequel le coup est reçu. Des livres, des films, des jeux vidéo, ce sont des moments de détente où l’on cherche à se ressourcer, à s’évader. Je pense que leur impact se produit au moment où nous sommes les plus réceptifs, avec certes une prise de recul consciente – ce ne sont que des histoires – mais aussi un perméabilité inconsciente aux ressorts narratifs auxquels nous sommes soumis. Le fameux talent de l’auteur à tricoter son intrigue.
Ce ne sont pas que des histoires qu’on lit et oublie. Il me semble que l’image que chacun se fait du monde est façonnée par ces lectures, ces justifications au combat, ces flots de sang et de colère qui appellent la vengeance, cette justice féroce qui justifie tout, jusqu’à l’anéantissement de la menace perçue. Se méfier, se craindre les uns les autres et se combattre devient la solution unique à toute situation : cela ne se passe jamais autrement dans les histoires. Alors cela se passe ainsi dans le monde.
Nombre d’auteurs se défendent en affirmant qu’ils écrivent des trucs moches parce que le monde est comme ça. Il ont raison, je crois, mais se trompent de sens dans la relation de cause à d’effet. Le monde est tel qu’on nous l’écrit, parce que la fiction conflictuelle répétée nous pousse à le voir ainsi au détriment de toute autre vision. À force d’histoires dégueulasses, ont nous restreint le regard. Même quand nous croyons choisir nos indignations, nos combats, nos dégoûts, ce sont souvent les auteurs qui tiennent le crayon et orientent nos jugements ou nos actes.
Ce qui devrait inciter à ne pas écrire n’importe quoi. L’humain ne se limite pas à une blague posée en page 504.

Après les municipales, votons aux mondiales !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 9 avril, 2014

Je reçois un appel à signer une pétition pour que des marques françaises payent leur part des dégâts dans la catastrophe criminelle du Rana Plaza, cet immeuble usine qui s’est effondré l’an dernier sur plusieurs milliers d’ouvrières et d’ouvriers du textile au Bangladesh.
Une pétition, c’est super ! Signons, pétitionnons, soyons au moins 100 000. Mais, qui signera ? Ceux qui ont déjà conscience de ce que coûte vraiment les produits low cost ? Ou les autres, les si nombreux autres qui estiment ne pas avoir les moyens d’éviter les bonnes affaires proposées par ces distributeurs au moindre prix ?
Que pèsent 100 000 prises de conscience au regard des millions de clients qui continuent d’acheter les chemises, les t-shirts et les jeans les moins chers possible ? D’un côté, quelques protestataires qui peuvent – au mieux – faire un peu de tort à l’image de marque. De l’autre, des milliards d’euros qui entrent en caisse et incitent les marques et les intermédiaires à faire toujours plus pression sur les fournisseurs pour baisser les prix tout en préservant la marge du distributeur. Benetton, Carrefour ou Auchan auront vite fait leurs comptes. Et le Bangladesh s’en tirera avec quelques roupies et des promesses qui ne valent pas plus. Rien ne changera tant que le pognon – notre pognon – rentrera en caisse.

En même temps, je lis cet article qui annonce un changement de politique agricole aux USA, parce que « La demande pour le bio a crû de façon exponentielle pendant la décennie écoulée. Avec des ventes au détail estimées à 35 milliards de dollars l’an dernier, l’industrie du bio représente une opportunité économique exceptionnelle pour les fermiers, les éleveurs et les communautés rurales. »
C’est Tom Vilsack qui le dit, secrétaire d’État US à l’Agriculture et promoteur de la nouvelle Farm Bill. Cette loi quinquennale définissant la politique agricole et alimentaire du gouvernement fédéral, accorde enfin aux petits et moyens producteurs les mêmes droits qu’aux exploitants céréaliers géants. Mieux : les fermiers voulant se convertir au bio vont être solidement soutenus. Cette loi a été votée avec le soutien des républicains, qui ont pourtant pour règle de saboter systématiquement la politique d’Obama. Pourquoi l’ont-ils votée ? Parce qu’il y a des sous à gagner, plus que ce qu’ils se sont déjà mis dans les poches avec l’agrobusiness destructeur.

Encore une fois, c’est bien le pognon qui fait changer les choses. Et encore une fois, pas forcément celui des plus riches qui arrosent la politique, se font trousser des lois ad hoc, voire déclenchent des guerres pour maintenir leur chiffre d’affaires. Ce qui fait aussi changer les choses, c’est ce que dépensent les plus nombreux, les gens comme vous et moi. Ceux qui choisissent un produit plutôt qu’un autre, un magasin plutôt qu’un autre. Ceux qui expriment la demande, laquelle structure l’offre.
C’est de cette sacro-sainte loi de l’offre et de la demande que découle le monde tel qu’il est. On nous offre le monde que nous demandons.
Alors arrêtons de nous plaindre (ce qui ne veut pas dire cesser d’aider ceux qui en ont besoin, ne plus protester, ne pas signer de pétition), et agissons vraiment, là où nous le pouvons, avec une certaine efficacité. Avec le nombre et les sous.
Pas besoin d’attendre les votations européennes. Votons aux élections mondiales, celles de l’économie réelle : elles sont quotidiennes. Ce sont les seules élections dont les promesses sont immédiatement suivies d’effets.
Faisons entendre nos voix chaque fois que nous faisons nos courses et achetons-nous le monde que nous voulons. Peut-être un peu plus cher, c’est vrai. Et donc en nous posant la seule question qui vaille : qu’est-ce que nous voulons vraiment ?

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Il n’aura échappé à personne que, écœuré par l’enchainement vitrine Poutine de Sotchi / Invasion de la Crimée, je suis resté assez silencieux depuis deux mois. J’en ai profité pour bouquiner. Notamment le très médiatique En finir avec Eddy Bellegueule, qui mérite sans doute autant son succès que sa controverse, et dont j’ai déploré une certaine complaisance dans le détail révulsant (pas le détail sociologique, non, plutôt la très pesante et répétée mention du goût d’un crachat en pleine gueule). J’ai beaucoup aimé Canada de Richard Ford et Autobiographie de Neil Young, j’ai passé un certain avec le Sulak de Philippe Jaenada, dont je veux saluer ici la capacité à faire évoluer certaines de mes conceptions morales, et j’ai à peine haussé un sourcil intrigué devant L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, de Romain Puertolas.

En ce moment, je lis Et quelquefois j’ai comme une grande idée, de Ken Kesey (oui, l’auteur de…). Tout un programme.

J’ai aussi pas mal écrit, toujours dans le projet Persistance qui a d’ailleurs trouvé un écho étonnant avec le projet de Fabrice Colin, Vers chez les morts, dont vous pouvez trouver une recension ici, quitte à vous donner envie d’y participer.

 

Contre Sotchi ? Fermez les yeux !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon le 6 février, 2014
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Il ne sert à rien de crier dans son jardin contre les J.O., leur idéal trahi ou l’idéologie d’extrême libéralisme qui les irrigue, de leur attribution à leur diffusion. Même en criant très fort, on ne sera pas entendu là où il le faudrait.
Les J.O. sont une affaire d’argent et d’image, c’est donc dans cette cour qu’il convient intervenir.

Sans sponsors, les jeux n’existent plus. Voici d’ailleurs les partenaires principaux des jeux de Sotchi : Atos, Coca Cola, Dow Chemical, General Electric, McDonald’s, Omega, Panasonic, Procter & Gamble, Samsung et Visa.
Ils ont payé pour que leur image soit associée à l’événement.
Si je ferme les yeux et ne voit rien de ces jeux, leur argent aura été dépensé en vain en ce qui me concerne. C’est déjà bien.
Si de plus je décide de me passer de leurs produits ou services (pour McDo et Coca ça va être facile) pendant la durée des jeux, voire au-delà, c’est encore plus efficace.
Mais ce qui compte, c’est de leur faire savoir.
Qu’ils sachent que leur argent a été mal dépensé et que leur image n’en sortira pas grandie.

Une citation classique attribuée à Henri Ford énonce « Une moitié de ce que je dépense en publicité ne sert à rien, mais je ne sais pas laquelle ». Pour les sponsors des J.O., c’est tout ce qu’ils auront dépensé pour Sotchi qui n’aura servi à rien… si nous ne les regardons pas.

J’invite donc tous ceux qui ne sont pas d’accord avec les multiples dérives – financières, politiques, sociales, morales… choisissez – à faire savoir aux partenaires principaux des J.O. que non seulement leur argent est gaspillé sur place (ils le savent déjà), mais aussi partout ailleurs : nous fermons les yeux et ne verrons pas leur précieux logo indûment associé aux performances des athlètes.
Dites-le, partout et par tous les moyens, grâce notamment aux liens vers les différents partenaires de Sotchi ci-dessous.
Pas d’accusation, de morale ou de menace, mais un message simple que toute entreprise peut comprendre :
Dear Sotchi Games partner, I won’t watch you there :
all your money is wasted on me !

Sur les réseaux sociaux, un selfie les yeux fermés serait un bon signe de reconnaissance.
Atos : http://atos.net/en-us/home/contact-us.html
Coca Cola : http://www.coca-cola-france.fr/contact.html#contact
Dow Chemical : http://www.dow.com/company/contact/
General Electric : http://www.ge.com/fr/contact/index.html
McDonald’s : http://www.mcdonalds.fr/contacts
Oméga : https://ccm.omegawatches.com/fr/
Panasonic : http://www.panasonic.com/fr/contact-us.html
Procter & Gamble : http://www.pg.com/fr_FR/contact-us.shtml
Samsung : http://www.samsung.com/fr/info/contactus.html
Visa : https://www.visa.fr/rubriques-annexes/contact.aspx

Je ne regarde pas Sotchi et je le dis

Chère entreprise partenaire de Sotchi, tu as gaspillé ton argent : je ne te verrai pas.

Tèk ze paoueur !

Posted in Admiration,Lecture,Réflexitude par Laurent Gidon le 13 décembre, 2013

En tant que consommateurs, nous avons un pouvoir énorme. Nous dépendons de la nourriture pour survivre et nous rachetons une multitude de produits toutes les semaines (parfois même tous les jours) : les décisions que nous prenons peuvent encourager ou desservir les fabricants et les revendeurs par rapport à l’emballage et à la qualité des produits qu’ils proposent. Nous travaillons dur pour gagner de l’argent, et ce que nous achetons ne devrait pas seulement répondre à nos besoins élémentaires (remplir notre garde-manger) mais refléter nos valeurs. Car, en fin de compte, être client revient implicitement à dire « votre magasin répond à toutes mes attentes, et je tiens à ce que vous prospériez. » Nous pouvons voter contre le gaspillage avec notre portefeuille…

En parallèle avec Les Renards pâles de Yannick Haenel, je lis ce petit livre d’une française qui s’est marié et a fait – deux fois – sa vie aux Etats-Unis : Zéro déchet. Pourquoi « deux fois » ? Parce qu’elle a d’abord vécu le rêve américain de la grande maison, des deux voitures, des virées shopping au mall pour des wagons de bouffe préemballée, des week-end entiers passer à chiner l’objet déco qui ira si bien avec sa nouvelle écharpe, du front botoxé et des lèvres aux collagènes. Et puis basta ! elle a tout envoyé promené.
Avec le même mari et les mêmes enfants 100% américains, elle a pourtant réussi à changer l’essentiel : sa vie.
C’est à dire le temps qu’elle passe à faire ceci plus que cela, l’attention qu’elle porte à ce qu’elle fait, la valeur que prend chaque acte.
Et surtout, elle a remplacé le « je suis bien obligé de… » par « je choisis de… ». Dans ce petit glissement sémantique s’engouffre une toute autre vision du monde et de notre place dans ce monde.
« Choisir de… » c’est affirmer qu’il y a toujours une alternative, que rien n’est verrouillé.
« Choisir de… » c’est admettre sa responsabilité personnelle dans tout ce qu’on vit.
« Choisir de… » c’est se donner le pouvoir, le vrai, au lieu de l’abandonner à des hommes politiques ou des décideurs que – souvent – nous méprisons.
Et vous savez quoi ? À travers le mépris que nous choisissons d’éprouver pour les gens de pouvoir, c’est probablement nous-mêmes et notre abdication quotidienne que nous méprisons.

Tèke ze paoueur, doude !

À l’heure où le monde salue la grandeur de Mandela, il est temps de se rappeler que cette grandeur dort en chacun de nous.

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