Comme ça s'écrit…


Demain sera toujours demain

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 20 octobre, 2007

Pas de doute, ce blog part en vrille autour de mon nombril.
En même temps, on écrit souvent seul. Rendre compte du processus… c’est vite la foire à l’ego.
Sauf s’il nous prenait l’idée d’écrire en équipe. Peut-être pas toute une équipe de rugby, ni l’équipe de rédaction de Libé, mais une petite équipe à nous, à deux. Vous voyez ? Non, pas comme des pianistes à quatre mains, le clavier est trop petit. Faites un effort…
Là, désolé, retour à l’ego : il va falloir que je parle de ma vie privée.
Vous ne connaissez pas mon épouse. Moi-même, je suis sûr de ne pas avoir épuisé le sujet. Mais croyez-moi : par sa seule présence, elle incite quiconque à tenir ses engagements. Peut-être quelque chose dans son regard… C’est un truc à elle, je n’analyse pas, je subis.
Bon, autant dire que si je lui promets « la suite demain », ce sera demain et rien d’autre. Pas question d’essayer d’y couper. L’avantage indéniable, c’est qu’un raconteur tantinet cossard se cravache au boulot pour mériter les honneurs quotidiens de sa belle.
Nous sommes début décembre 2005. Le rythme est vite pris. Chaque soir, je lui remets un petit paquet de feuillets imprimés. Elle s’arme d’un crayon, signale les fautes, souligne les répétitions, interroge les imprécisions. Et à chaque coup de crayon, je me retrouve tout gamin, sur l’estrade de la classe, ces jours où je n’avais pas appris ma poésie. Pourtant, j’ai relu, j’ai fait tourner le correcteur d’orthographe. Pourquoi faut-il qu’elle use sa mine sur mon chapitre ? Parce que je suis aussi étourdi qu’un moineau et que Microsoft n’a pas encore son siège à l’Académie Française !
Bon, on ne va pas y passer l’hiver, d’autant que, un soir de largesse irréfléchie, je lâche à ma douce qu’elle aura « la fin pour Noël ». Bonjour le cadeau !
Alors je fonce. Et ça marche. Slalomant entre les jours sans, les déplacements, les week-ends interdits de clavier, j’arrive à pondre dans les quatorze chapitres en trois semaines. Heureusement que la météo est pourrie, et que mon agenda pro vous ferait prendre le désert de Gobi pour la place de la Concorde un soir de manif d’Act-up. Le temps est généreux avec moi, quoi. Alors j’en use, Aria s’étoffe. Ma belle et moi, on fait une bonne équipe. Je n’y pense pas alors, mais si plus tard on me demande pourquoi j’ai écrit ce livre, je pourrai toujours répondre : « pour épater ma femme ! » Comme motivation, on a vu pire.
Bien sûr, l’organisation du récit s’en ressent. Pour mériter le « Il se passe quoi après ? » tombé de ses douces lèvres, il faut que je colle un effet de suspens en fin de tous les chapitres (le cliffhanger, on y revient). Ça donne un premier jet alternant vitesse de croisière et gros coups d’accélérateur. Un père de famille qui jouerait les Fangio par intermittence, c’est l’accident assuré sur l’autoroute des vacances. Dans un roman, c’est juste une sorte de genre…
Et voilà. Grâce à mon équipière, de demain en demain, chevauchant mes promesses, je passe la fatidique centième page, puis la deux centième sans me relever, j’entrevois la rivière des tribunes dans le virage final des trois cents. Vive demain, puisque je pourrais y taper la suite !
Sauf que je ne suis pas Simenon (déjà que je ne suis pas Jack Vance, c’est confirmé), et quand Noël 2005 arrive, il me reste tout le nœud de l’histoire à dénouer. Et pas de cadeau de rechange…
Ah là, là, làààà ! Mais comment donc vais-je m’en sortir ?
Peut-être pas demain, mais bientôt…

8 Réponses to 'Demain sera toujours demain'

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  1. wiliam said,

    Admiration sans bornes pour ta détermination, ton abnégation, et tout un tas d’autres mots de trois syllabes traduisant les « wow », « pfff », « hé béh » qui me traversent l’esprit à lire la genèse de ton roman. La suite, plize !

  2. Don Lorenjy said,

    🙂
    Arrête, les gens vont finir par savoir combien je t’ai payé pour tes commentaires élogieux.
    (ils voudront leur part aussi)

    Juste un truc pour « abnégation » : c’était surtout du plaisir, d’écrire ce livre. Avec quelques efforts, bien sûr, mais aujourd’hui on veut tellement le plaisir sans effort que je me sens un peu anachronique de préciser ça.

  3. Guylou said,

    Moi aussi j’admire ta détermination ! Mais j’admire aussi ta femme… Franchement se passer de cadeau de Noel pour te donner l’occasion d’écrire : voilà une grande femme d’écrivain…
    Bravo pour la chronique : je persiste.

  4. Citrouille said,

    J’ai l’impression (fausse, je le sais bien….) que tu as fais cette chronique un peu pour moi. Enfin, je comprends « comment ça marche » ! Merci. 🙂

  5. Don Lorenjy said,

    Allons, Citrouille, la première impression peut aussi être la bonne 😉

  6. frehelle said,

    Bon, jusque là, j’ai lu sans commenter. Mais je me mets au clavier juste pour dire que c’est vraiment chouette, cette pitite chronique. Et le premier truc que j’ai pensé, quand tu as parlé d’Aria, y’a déjà longtemps, sur AVP, c’est que ce titre faisait « opéra ». Tu vois, ça marche!

  7. wiliam said,

    (Don Lo… juste pour te dire que ton dernier chèque a été rejeté par ma banque) 😀


  8. […] du début deviennent des Brumes sans beaucoup s’éclaircir, et qu’à force de promettre la suite pour demain j’ai fini par me prendre pour le Père Noël. Bref, rien de bien […]


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