Comme ça s'écrit…


Un peu de correction, s’il vous plaît !

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 9 décembre, 2007
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Si on fait un bref retour en arrière, on se rappellera comment s’est passé la fin de l’écriture d’Aria des Brumes : le 25 décembre approchant, le Père Noël se faisait de plus en plus insistant pour que je termine le chapitre 14 et l’épilogue, afin d’en garnir sa hotte. Il y avait une certaine urgence à boucler.
Faites confiance à un éditeur qui connaît son métier pour vous apprendre le vôtre. Je reçois mon manuscrit plein d’annotations (j’y reviendrai), et notamment :

« Bon c’est là que je décroche, Don. La scène de baston entre /spoiler/ et /spoiler/ n’est ni psychologiquement bien amenée, ni très efficace, un peu « too much ». Et ton épilogue mérite plus que largement un vrai développement, sur l’équivalent de trois ou quatre chapitres. Tu nous laisses sur notre faim, c’est affreusement frustrant. »

Le « là » en question se situe en plein milieu du chapitre 13. J’avais prévu un élégant duel au sabre, suivi de la mort d’un des personnages principaux. En le relisant, je découvre une ahurissante guignolade, entre Kill Bill et l’Exorciste.
Pourtant, j’aimais bien mon duel… et puis il s’y disait des choses importantes. Tant pis, il faut refaire.
Et puis alors la fin… même au pas de charge, l’épilogue fait dans les 30 pages ! Hélène m’avait déjà débusqué quelques perles dans le manuscrit, mais là c’est tout le collier qui part en sucette.
Yep, on a du taff… Avant de reprendre le clavier pour entrer dans le lourd, je me contente de quelques lignes de synopsis : il se passerait ça, le héros dirait ça, et puis on apprendrait ça, et patati, et badaboum ! Réflexe pro, toujours s’assurer qu’on est dans la plaque avant d’entamer le gras du boulot.
Et j’attends les Imaginales pour en parler de vive voix (mais vous le savez déjà).
Ensuite, c’est facile : y a qu’à faire comme on a dit. Je déroule le synopsis, au long d’un chapitre 15, puis 16, avant de boucler sur un épilogue qui en est enfin un.
Et la bascule dans tout ça ? Plus de bascule ! Au trou la bascule et tant pis pour Dieu.

Enfin si : l’histoire se paye toujours un revirement à 180 degrés, mais ce n’est plus du tout au milieu. De toute façon, ça n’avait d’importance que pour moi, alors…
J’emballe l’affaire, tout étreint de fierté, et renvoie un fichier bien propre, impatient de recevoir les louanges énamourées de mon éditeur à moi.
Et je reçois ça dans ma boîte mail :

« Bon encore quelques bricoles çà et là et surtout, à mon avis, du boulot sur quelques trois ou quatre des dernières pages. Je veux bien croire qu’il y ait des /spoiler/ à sauver dans le tas, mais le tien a tout du miracle, et son retournement est du coup, presque carrément risible. »

Arghhh… ça fait maaaal.
Je me sens tout petit. La vache, auteur c’est dur !
Mais bon, entre temps j’ai signé le contrat.
Un contrat d’édition ? Ouais ! Avec un chèque d’à valoir tout propre.
Ça ressemble à quoi ? Ha haaaaa, en tant que maître du monde, je vous en parlerai une autre fois.

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13 Réponses to 'Un peu de correction, s’il vous plaît !'

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  1. Chris said,

    Chuis trop jalouse !

    PS :J’parle pas du contrat ou du chèque hein… non pasque des fois on pourrait croire que.

  2. frehelle said,

    Ce qui est vraiment chouette, dans ton récit, Don Lo, c’est de se rendre compte qu’un éditeur et un auteur peuvent bosser en conserve (pardon: de concert. ah ah. Hum). On a toujours plus ou moins l’image qu’il faut arriver devant l’éditeur avec un produit fini parfait. Et ton « aventure » montre que non, pas forcément. Du coup, tout redevient plus humain. On a le droit de s’être un peu trompé, on a du boulot, on échange, on est critiqué, mais soutenu. La vie, quoi. Et perso, j’aime bien quand on me raconte des histoires à échelle humaine qui ressemblent à la vie.

    (philo du jour, bonjour)

  3. Don Lorenjy said,

    @Chris : tu as raison d’être jalouse. J’avais été payé (par Griffe d’Encre par exemple) pour des nouvelles, mais là, c’est cinquante fois plus ! En même temps, ça donne une idée de l’enjeu. Il ne faut pas se louper et s’engager pour de vrai auprès de l’éditeur qui joue ses sous.
    Et donc :
    Frehelle, tu as raison que c’en est miracle !

  4. Marco said,

    Bon travail, alors!
    Mais je ne comprends pas pourquoi il y a tant de questions autour de l’épilogue… tout bon roman de science fiction se conclut sur la désintégration de l’univers, non?
    (ok, je sors)

  5. Don Lorenjy said,

    C’est pour ça que je l’ai fait plus court. Un bouton rouge, et c’est réglé.

  6. Pibole said,

    @frehelle
    Il faut tout de même que le manus soit un produit fini, sinon il ne passera pas l’épreuve de la lecture chez l’éditeur. C’est à dire que l’auteur soit allé au plus loin de ce qu’il pouvait donner tout seul. Quand l’éditeur a un coup de cœur, il y a ensuite souvent tout un travail en commun, plus ou moins douloureux. Pour ma part, j’essaie d’être bien au clair avec mon sujet pour ne pas avoir trop à transformer. Affiner, corriger, oui, mais j’essaie d’avoir « la » bonne structure. Mais il peut y avoir un problème de longueur trop ou pas assez selon le sujet.
    Alors on s’y remet, et c’est délicieux car on ne travaille plus dans le vide.
    Et puis il y a aussi les éditeurs qui tiennent à imposer leur marque, leur empreinte, dans un véritable rapt de l’histoire. et ça, c’est très désagréable.

  7. Don Lorenjy said,

    Tout à fait d’accord avec toi, Pibole (même peut-être pour le dernier paragraphe, encore que le cas ne me soit jamais arrivé). Disons que pour Aria, j’étais allé vraiment au bout du premier jet, corrigeant des détails à n’en plus finir, sans me rendre compte du défaut majeur de la fin. On finit par être enfermé dans sa propre écriture, où tout se justifie (sinon on l’aurait pas écrit comme ça, tiens !), et il faut attendre que quelqu’un vous prenne par la main pour sortir de ce cercle vicieux.

  8. frehelle said,

    Entièrement d’accord aussi, Pibole. Je ne voulais pas sous entendre qu’on pouvait se permettre d’un à peu près quand on présente un manuscrit. Simplement que le regard d’un éditeur peut apporter encore un plus, un angle différent, et qu’avec ce regard là, retravailler est très intéressant.
    ça ne dédouane pas l’auteur d’avoir fait, auparavant, de son mieux.

    Si je prends mon exemple (pardon…), j’ai écrit des nouvelles, retravaillé, fait relire à une ami écrivain et lectrice, retravaillé encore en fonction des sons de cloche de cette amie et d’autres, fait des lectures à haute voix pour peaufiner encore… Et je ne savais pas, seule, faire « plus ».
    Maintenant, mon éditeur me dit qu’il y a des choses à retravailler, et je suis ravie, en fait. D’abord parce que malgré ça, mon manuscrit lui a plu. Ensuite parce que je sais qu’il va m’aider à toucher du doigt des choses que je n’aurais jamais pu attrapper seule.

    Voilà pourquoi je trouve cette collaboration chouette! C’est exactement comme tu dis, « délicieux parce qu’on ne travaille plus dans le vide »…!

  9. Don Lorenjy said,

    Surtout, il faut avoir confiance en l’éditeur (ou plutôt, il faut que l’éditeur gagne ta confiance).
    Faire corriger pour corriger, c’est toujours facile : l’éditeur réécrit le truc à la place de l’auteur, en lui mettant le couteau de la non-publication sous la gorge s’il ne s’exécute pas.
    J’y reviendrai dans un autre billet, mais un éditeur qui sait faire la part entre une certaine expérimentation (en disant « ça c’est osé, mais si tu es sûr on garde ») et l’indigeste (« là coco, on entrave que’d »), c’est précieux !

  10. wiliam said,

    Ouéé !
    C’est toujours aussi gouleyant, ton blog. Riche d’enseignements. Encore !

    (je ferai plus constructif la prochaine fois, promis)

  11. Don Lorenjy said,

    Coucou Wilou, content de te revoir (et ça, c’est pas constructif, ça ?)

  12. Citrouille said,

    Pour continuer dans le constructif, tu lui offres quoi à ta Douce pour Noël cette année ?
    (C’est pour savoir si on doit prévoir un deuxième contrat… ;-))

  13. Don Lorenjy said,

    Ah… ça me laisse quand même 12 jours pour écrire la suite.

    Préparez le contrat.


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