Comme ça s'écrit…


Au gai l’an mille !

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 17 février, 2008
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Voici quelques semaines, voire un mois ou deux, la blogosphère littéraire s’était émue d’un échange entre un auteur et son éditeur. L’auteur, désespéré de ne plus avoir de contact avec l’éditeur qui présida à la naissance de son roman, lui avait écrit une belle lettre courriel chargée d’émotions et d’une pointe de déception. L’éditeur, en forme de réponse, s’était empressé de publier la lettre sur son blog. Puis la relance outrée de l’auteur, na ! Pas besoin de les citer, ceux qui ont suivi reconnaîtront. A part le côté cavalier du procédé de mise en ligne d’une correspondance privée, un détail de l’affaire m’avait titillé les rétines. L’auteur, au détour de sa déclaration d’amour déçu, se plaignait d’apprendre que son livre ne s’était vendu qu’à mille exemplaires.

Je ne sais pas. Mille, c’est peut-être beaucoup pour un premier roman. Une collection d’Arléa a même choisi le nom de « 1er Mille » pour bien caractériser ce type de coup d’essai. Donc, faut-il être déçu de « seulement mille » ? À titre personnel, j’aurais tendance à pousser quelques bouchons de Champagne hors de leur goulot lorsque Aria passera la barre des mille. Même si je ne l’apprends que longtemps après, parce que j’aurai eu la décence de ne pas harceler le Capitaine pour recevoir des chiffres de vente bi-hebdomadaires (pour les semaines à deux bosses). Le Champagne est patient, et le goulot efficacement rétenseur.

En revanche, ce que je sais, c’est que je ne vais pas laisser l’éditeur faire tout le boulot pour les atteindre, ces fatidiques mille ventes. Qu’on soit bien clair entre nous : écriveur et vendeur, ce n’est pas le même boulot. Déjà que écriveur n’est pas vraiment mon boulot, je ne vais pas en plus me ridiculiser en camelot du bouquin, arpentant les rayons au son du « Il est bon mon roman, il est frais et pas cher ! »

Encore que…
C’est dingue le nombre de francophones qui ne savent pas encore que Aria des Brumes c’est bon, mangez-en ! Alors, peut-être que je peux chatouiller le ridicule et faire un pas vers tous ces gens qui ne demandent qu’à lire cette histoire ariane et brumeuse, pour peu qu’on leur en donne envie. Peut-être…
Disons que rédiger ce blog fait une partie du job, mais qu’après, il faut aller au contact. Direct. Droit dans le lecteur, mano a mano.
J’ai essayé. Il y a encore un type à Annecy qui n’en revient pas. Il baguenaudait dans les travées de la librairie Decitre, rayon SF, Fantasy, fantastique. Il prend un bouquin SF, le repose. Un bouquin Fantasy… et le repose. J’étais en embuscade : je lui saute dessus et demande s’il « est plutôt SF ou Fantasy ? » Il s’interloque, comme de juste, de cette intrusion dans sa rêverie, et me répond que « ça dépend… pourquoi ? » Je lui fourre un Aria dans les mains et lui affirmant que « il doit lire ça, alors ! » Il me réitère son pourquoi et son interloquation. Je précise donc que c’est de la SF et de la bonne, que j’en sais quelque chose puisque je l’ai écrit, et que je peux même lui dédicacer, là, tout de suite, sur le champ !
Bon, je vous passe les ah ouais, les ça parle de quoi donc et les faut voir. Je ne l’ai pas lâché, et il est reparti vers la caisse avec son Aria dédicacé, et toc ! Plus que 999…
S’il passe ici et se reconnaît, qu’il sache deux choses :
– D’abord, je ne me savais pas capable d’un tel culot et je suis désolé que cette poussée de témérité lui soit tombée droit dessus,
– Ensuite, je le remercie de ne pas m’avoir giflé et d’être reparti gentiment avec mon livre. Donc merci.

Voilà. Je suis sûr que Le Navire en Pleine Ville a des méthodes plus rationnelles pour vendre des livres. Plus rationnelles et plus élégantes… Mais moi, je vais au contact.

Depuis, j’ai fait mieux (ou pire) : on m’a proposé une table de dédicace au rayon livre de mon hypermarché. Oui, oui, au milieu des saucissons et des opérations Savoie en fête, deux reblochons achetés le troisième offert ! Je suis fou, j’ai accepté. Inutile de vous dire que les libraires (ceux qui se considèrent comme de vrais libraires, respectables et pas en concurrence avec la charcutaille) me font la gueule. Sauf que je ne regrette pas : je suis allé au devant de gens qui ne lisent pas, ou en tout cas pas de SF, et qui pour la plupart n’iraient jamais pousser les portes d’une librairie (donc les libraires n’ont pas perdu une seule vente). Je n’ai pas vendu beaucoup, mais j’ai parlé, avec tout le monde, et surtout avec ceux qui n’en avaient rien à secouer de ce que j’écris. Et j’ai bien fait.
La prochaine fois, je vous raconte. Ça le vaut bien !

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11 Réponses to 'Au gai l’an mille !'

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  1. marie said,

    Moi,j’étais au supermarché vendredi et j’ai acheté votre bouquin .
    Ce dimanche , je l’ai lu et je l’ai bien aimé . j’achèterais probablement le suivant( même si je préfère quand Ayerdahl )
    Je pense que vous avez raison d’aller au devant des gens.
    Bonne continuation

  2. Don Lorenjy said,

    Merci Marie, je me souviens bien ! C’est vrai, j’ai rencontré aussi des gens qui lisent et qui aiment la SF (même s’ils préfèrent quand même Ayerdahl, ce qui me va bien comme niveau de comparaison).
    A bientôt (rayon poisson ?)


  3. Tu m’éclates ! Bien sûr que 1000 pour un premier bouquin c’est énorme ! Combien de grands écrivains ont démarré à 700 ? Moult, sachons-le ! Pour la retape par contre je préfère les méthodes de la bande à Gracq, mais c’est une question de personnalité.
    La semaine à deux bosses c’est énorme, merci :o))
    (j’ai pas encore lu ton bouquin j’ai une énorme PAL prioritaire mais promis je vais le faire)

  4. Don Lorenjy said,

    Pas lu Aria ? Pas grave… tant que tu l’achètes… hum. Pas vendeur, moi, écriveur seulement.
    Et les Gracq, comment ils font (culture Gruyère…) ?


  5. Les comme Julien Gracq refusent de commenter leurs bouquins, restent tranquillement chez eux et refusent le Goncourt (sur ce dernier point j’admire mais si j’étais écrivaine et qu’on me le donnait, je le prendrais !). Des introvertis, quoi :o)

  6. Don Lorenjy said,

    Julien Gracq, c’est tout moi (en moins mort) !
    Hum… Introverti ?

  7. pibole said,

    Bon, normal, tu as la pêche… 1000 c’est bien de vendre 1000 en adultes. En jeunesse, on table sur un peu plus en général.
    Mais ton livre est un grand format, un peu plus cher.
    Moi, je fais plus les supermarchés. ça épuise, ça humilie parfois, et il y a tant d’autres façons d’aller vers son public… Les rencontres dans les écoles, les salons, les bibliothèques… Et surtout, il ne faut pas s’épuiser, parce qu’après, on ne peut plus écrire.
    Je préfère penser à mon lecteur, en lui concotant de jolies chtites histoires, qu’en lui fourgant un bouquin dans une grande surface.
    J’aime les libraires qui font leur boulot, les éditeurs qui soutiennent leurs bouquins, moi je fais ce que je peux pour vendre, mais je ne suis pas commerciale. Je délègue.
    La véritable vente, se fait quand il y a une bonne mise en place et quand les prescripteurs sont séduits. Donc: qualité du livre avant tout.

  8. Don Lorenjy said,

    Hé… je n’ai pas dit que j’en avais vendu mille, juste que je serai content le jour où !
    Et jamais je ne me suis senti humilié dans mon hypermarché. Ceux qui me regardaient de haut, oui ceux-là n’ont pas monté bien haut d’en mon estime. Au lieu d’être épuisé, je me sens plutôt regonflé. Là-bas, le plus important ce n’était pas le roman, c’était de voir venir des gens autour du roman. Même ceux qui n’achetaient pas, mais acceptaient de perdre un peu de leur temps avec moi, dans l’idée que ce n’était pas totalement perdu.

  9. Marco said,

    Moi j’aime beaucoup l’idée de l’écrivain qui patrouille à Decitre pour partir à l’abordage du lecteur potentiel. (et si l’idée se répandait, encore mieux: dans chaque rayon, une quinzaine d’écrivains qui nous attendent dans l’ombre, en embuscade, affutant leurs arguments… voilà qui apporterait de l’imprévu et suffirait à renouveller le plaisir d’explorer une librairie!)
    Bonne chasse, Don Lo, prédateur d’Annecy!! 🙂

  10. zordar said,

    Quel VRP de choc ! C’est un métier .

  11. Don Lorenjy said,

    Ouais… mais ce n’est pas le mien !
    Un volontaire, pour placer mon prochain opus magnifico ?


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