Comme ça s'écrit…


Au paquet, droit dedans !

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 19 février, 2008
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Un jour je vais crever. Ce n’est pas une bonne nouvelle, surtout pour moi, mais il faut s’y faire. Et ce jour-là, je saurai au moins un truc : il y a deux ou trois choses dont je n’aurai pas à rougir. Mes enfants, par exemple. Très réussis, mes enfants. Mon épouse confirmera. Et puis quelques rencontres. Par exemple et pour aller au plus court, celles que j’ai faites dans un certain hypermarché où d’ordinaire je viens puiser ce que je ne trouve pas dans le magasin bio d’à côté (ils ne font pas encore de PQ bio, en tout cas pas près de chez moi).

Voilà, quitte à froisser les libraires qui intransigent sur les limites qu’un auteur ne doit pas franchir, j’ai répondu à l’invitation d’un hypermarché pour dédicacer Aria des Brumes. Oui, une invitation, et de la part d’un hypermarché en plus. Parce qu’il faut vous dire que certains libraires intransigent sur tout un tas de trucs. Vous venez leur parler d’un livre que vous avez écrit et qui va sortir bientôt, vous l’auteur piteusement local qui comptait à ce titre pouvoir se rendre utile auprès des libraires, finalement assez locaux eux aussi. L’auteur local se voit alors répondre qu’on (le libraire) ne connaît pas son éditeur, ce qui vous classe d’emblée parmi les minables « compte d’auteur », ou qu’on n’a pas le temps vu qu’il y a toutes les caisses de vrais livres de vrais auteurs chez de vrais éditeurs à décharger, ou qu’on n’a pas de clientèle pour de la science-fiction (la science-fiction ça tache, c’est sale dans les rayons), mais vous aurez compris que je ne parle pas là des libraires enthousiastes qui font heureusement la majorité.

Alors que le responsable du rayon livre de l’hypermarché (qui n’a rien d’autre à foutre, c’est bien connu), prend lui le temps de vous recevoir, de regarder votre ouvrage, de se renseigner auprès du distributeur puis de l’éditeur sur la meilleure façon de faire venir à temps une belle caisse d’Aria des Brumes, puis enfin vous installe une jolie table en plein dans le passage et vous reçoit comme un prince ! Regardez la photo… vous voyez l’énorme panneau au-dessus de la table, mais vous ne voyez pas le café qu’on m’apporte, les viennoiseries croustillantes, et toutes les petites attentions qui font que vous êtes content d’être là. Joli tableau, non ?
Nuançons un chouïa…

Il est vrai que la réception par l’organisateur était sarkozyenne (pour ne pas dire royale). En revanche, le public venu faire ses courses… disons qu’en toute légitimité et dans sa grande majorité il n’en avait rien à talquer. Et je le comprends. En face de moi, quatre jolies animatrices se décarcassent pour que le saucisson, la tomme et le vin de Savoie aient l’air aussi aguichants qu’une Loanna d’eau douce. En période de raclette, de tartiflette et de sports d’hiver, la concurrence est rude. Alors, du livre, hein ? Et de la SF en plus… Pfff !
Passons sur les passants qui passent, lèvent le nez sur moi comme un chien lèverait la patte et répondent à mon « Bonjour ! » aussi engageant que souriant par un regard de poisson mort. Ils ont des vies difficiles et ne comptent pas sur moi pour l’améliorer. Passons aussi sur les voisins, les connaissances, ces gens que je croise chaque jour à l’école de nos enfants, et qui détournent la tête dès qu’ils m’ont reconnus par peur d’avoir à sourire. Passons sur le refus le plus con (« je n’achète que des livres à couverture cartonnée, sinon ça ne va pas dans ma bibliothèque ») et arrêtons-nous sur le plus justifié (« Je pas parler la langue » d’un Écossais de passage, qui est quand même resté discuter un bon moment quand il s’est aperçu que moi je parlais sa langue, et a même incité sa fillette à serrer la main d’un « french writer »). Passons donc, pour parler des autres, les vrais bonheurs, les partagés.

Il y a eu ce jeune homme timide qui aime la SF et se trouve tout ému de voir un auteur en vrai, prend le livre avec dévotion, revient deux jours après juste pour me dire qu’il en est au chapitre 4 et que vraiment c’est super. Et cet ancien bibliothécaire qui passe vers 21 heures le vendredi soir dans le grand magasin vide et m’apporte un peu de sa chaleur. Et cet auteur qui n’ose même pas me dire son nom de manière intelligible (mais il dit avoir quand même publié Vitrail chez Acte Sud), caresse la couverture d’une paume révérencieuse, ouvre avec délectation pour commencer sa lecture dans sa bulle de bonheur au milieu des annonces commerciales et des chocs de caddies. Il y a eu Marie, bien sûr, qui préfère Ayerdhal mais tente Don Lo quand même (coucou Marie, et merci). Il y a eu les trois Sylvie d’affilée, la dernière refusant de croire que si, je viens bien de dédicacer Aria à deux autres Sylvie, juste avant. Il y a eu ces dames d’âge mûr qui me prennent en pitié et vienne m’acheter un livre pour leur fils, leur neveu, leur voisin, juste parce que j’ai l’air si seul à ma table. Incroyable, d’ailleurs, le nombre de dames d’âge mûr à qui j’ai vendu mon Aria, alors qu’à priori je les aurais bêtement classées hors cible. Les idées qu’on se fait… Comme ce couple dont la mise un peu négligée aurait rebuté de moins sagaces, et qui passe une demi-heure a discuter avec moi de Jack Vance, de John Irving, de Pierre Bordage et de tous les bonheurs qu’ils glanent au fil des pages. Eux et tous les autres qui m’ont surpris à s’intéresser au pauvre auteur jeté au milieu des Offres Spéciales, ils rattrapent haut la main ces quelques grandes bourgeoises bien mises qui ont eu l’élégance de m’utiliser comme paillasson de leur morgue.

Donc, merci. Merci à tous ceux qui se sont arrêtés, pour un mot ou un quart d’heure, à ceux qui ont tenté l’aventure d’Aria sur ma bonne mine ou sur la foi du résumé, à ceux qui ont refusé l’obstacle au dernier moment et je les comprends – les 17 euros d’Aria comptant parfois pour plus du quart de leur caddie, à ceux qui m’ont prévenu dès le début qu’ils n’achèteraient pas (et s’y sont tenus) mais qui ont bien voulu parler de tout et de rien parce qu’on était là, ensemble, c’est tout (hum). Et merci à l’hypermarché de m’avoir donné cette chance.

Voilà. Si maintenant un libraire me propose aussi de venir dédicacer dans sa boutique, croyez bien que j’accepterais tout pareil. Mais il ne faudra pas me reprocher d’être allé au paquet avant : j’ai aimé ça !

20 Réponses to 'Au paquet, droit dedans !'

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  1. Citrouille said,

    J’aime pas bien qu’ils t’aient mis en promo à 16€15, tu vaux plus ! 😉

    Tu vois, moi aussi, ce sont les moments que j’aime sur les salons, petits ou grands, ceux du partage avec les gens, quels qu’ils soient. Les ados qui viennent discuter de ce qu’ils aiment, et les dames d’un certain âge qui cherchent pour leur petits-enfants et demandent conseil. Bien sûr, on est là pour se faire connaître et si possible vendre nos « bébés », mais même s’ils repartent sans rien, moi j’ai le sentiment d’avoir gagné beaucoup, du plaisir surtout.

  2. Don Lorenjy said,

    C’est vrai que je vaux bien mes 17 euros… mais pas plus, ou pas encore 😉
    Viens donc avec moi pour les prochaines dédicaces, on s’amusera encore plus !

  3. Stéphane Veyret said,

    Bonjour,

    Tu (pardonnes-moi pour ces familiarités, j’ai l’habitude de considérer les internautes comme des membres d’une même famille, et je ne vouvoie pas les membres de ma famille) as oublié de parler de ces deux femmes qui se sont arrêtées, l’une d’entre elle te demandant de dédicacer le livre pour l’offrir comme cadeau de St Valentin à son mari.
    Son mari, c’est moi. Et j’ai dévoré ton livre. Malgré le peu de temps dont je dispose actuellement, je l’ai fini en quelques jours, me faisant violence pour le lâcher et passer un peu de temps avec ma famille. J’en ai même raté mon arrêt de bus hier ! J’ai trouvé l’histoire originale, et vraiment bien racontée… Il s’agit de ton premier livre, m’a dit mon épouse, mais certainement pas le dernier ! Toutes mes félicitations…

  4. Don Lorenjy said,

    Oui, j’ai oublié d’en parler… mais je ne les ai pas oubliées elles (et donc toi). Il y avait aussi ce couple qui se l’entre-offrait, avec donc une double dédicace très touchante. On dirait que c’était convenable, comme cadeau de Saint-Valentin – je me flatte à vil prix, mais je suis rose avec la fierté. Merci d’être passé, Stéphane et reviens quand tu veux.


  5. N’en avoir rien à talquer… Je ne connaissais pas cette expression mais je l’adore déjà et l’adopte. Vite, que je trouve une occasion de m’en servir…

  6. Don Lorenjy said,

    Genre « qu’est-ce que tu penses de la position présidentielle sur les élections municipales à Neuilly ? »


  7. Je n’en ai rien à talquer !!!!!! Merci, Don :o))

  8. Marie said,

    les connaissances qui détournent les yeux, terrible…
    Félicitations pour cette séance de dédicaces !

  9. Don Lorenjy said,

    Félicitations surtout à ceux qui ont accepté de me voir !

  10. Citrouille said,

    Oh ! Faut pas exagérer ! Ce n’est pas un pensum de te voir, c’est un plaisir ! (si tu n’obliges personne à visionner tes pubs…;-))

  11. Don Lorenjy said,

    Toi, tu me feras deux stages peluches en pénitences !

  12. Posuto said,

    J’aime bien ce billet. Ma Kiki, qui vient de publier son « Charlémoi », adorerait être aussi bien reçue par l’hyper du coin.
    Entre parenthèses, ça pourrait être un jeu ça, devinez l’enseigne, C*arr*f**r, **ch*n, L*cl*rc ??? Ouais je sais, rien à talquer (zavez vu m’sieur hein je lis les comm’ hein msieu hého ! 😉 )
    Bon sinon, vu que Noël approche (mais je sais Kiki qu’on est loin de Noël, c’est de l’humour, ohlala quels boulets ces auteurs…heu pardon…:-) ) , votre Aria est sur la liste des achats livresques prochains.
    Bien amicalement,
    RV

  13. Don Lorenjy said,

    Ce qui m’oblige à placer Charlémoi sur la liste de mon épouse (et ça me fait envie, là).

  14. Posuto said,

    Ah ben non, je n’écrivais pas ce comm’ pour vous obliger à ça, pas du tout ! Le don-contre don (sans jeu de mot foireux vu votre pseudo…) médiéval c’est pas mon truc !!! 😉
    RV

  15. Magda said,

    Héhé! J’aime beaucoup cet article, cher Don. J’ai bien ri. C’est tout à ton honneur d’avoir accepté cette invitation. Et tu as l’air fort digne derrière ta petite table… Contente que ça se soit vendu. Et quand tu seras une star, le con qui n’achète que des couvertures cartonnées se mettra peut-être aux livres souples!

  16. Posuto said,

    Cher Don, à ton exemple, j’ai prospecté pour ma pomme à l’hypermarché du coin pour ma promo. C’est 150 euros le stand pour les dédicaces m’a-t-on dit.
    Ben, je vais attendre d’être rupine, ai-je répondu (ce qui ne manquera pas d’arriver vers 2039).
    Kiki 🙂

  17. Don Lorenjy said,

    Comme quoi, la grand distrib’, c’est coup de cœur ou coup de boule, pas de milieu !
    Vivement 2039 : on fêtera ça 🙂

  18. Lune said,

    Il va peut-être falloir que je te lise un jour 😉 En tous cas un billet très agréable, comme quoi on rencontre des personnes intéressantes dans tous les endroits imaginables. (Ben oui tout le monde fait ses courses.) J’apprécie ton ouverture d’esprit !

    • Don Lorenjy said,

      Et moi ta réactivité (le lien n’est en place que depuis 10 minutes !)

      • Lune said,

        C’est comme ça avec moi ! Faut que ça aille vite !


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