Comme ça s'écrit…


Combien sommes-nous ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 15 mars, 2008
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Personne n’est sûr du dernier décompte, et puis ça augmente tout le temps. Il paraît que de toute façon il sera possible de nourrir jusqu’à douze milliards de nos semblables. Vu qu’il est déjà impossible – là, quelqu’un va m’expliquer que si, bien sûr c’est possible, mais que c’est l’homme qui n’arrive pas à s’organiser pour… alors je répondrai que si l’homme n’y arrive pas, je ne vois pas qui va s’en charger pour nous – déjà impossible donc, de faire manger à leur faim une bonne partie de nos contemporains, on comprendra ma dubitativité©.

En fait, je me posais la question du nombre dans un cadre plus restreint. Combien sommes-nous à partager un peu le même air, la même Terre, et surtout les mêmes idées au sujet de cet air et de cette Terre à partager (ou des idées proches, faut pas charrier) ? Boarf… un certain nombre. En fait, s’agit-il vraiment de quantité, ou devrais-je plutôt aborder le sujet sous l’angle de la qualité ?

Oui, ami lecteur, tu fais preuve d’une certaine qualité en n’inondant pas ce blog de commentaires aussi inconvenants que déplacés, à l’instar de certains qui sévissaient chez Irène alors qu’ils auraient bien assez de monde à qui pourrir la vie dans leur propre foyer – ah, ils n’ont pas de foyer, personne n’accepte de partager leur minable existence ? Alors disons botter le cul de leur chien ou gripper la roue de leur hamster, enfin passer leurs nerfs sur du local à leur mesure, quoi… Mais je m’égare. Vous n’êtes pas de ceux-ci, et je vous en remercie, ce qui vous la fait belle, mais quand même c’est sympa…

Bref, il n’aura échappé à personne qu’Aria des Brumes (tiens ? on parle d’un livre ? bizarre…) se contente d’être une aventure sans haine ni violence. Je me demandais alors combien donc de lecteurs une telle histoire peut bien intéresser, à notre époque de meurtres sordides Expertisés en praïme taïme. Attention, Capitaine, je ne demande pas les chiffres des ventes, c’est une question hypothétique, voire rhétorique (encore que je ne sois pas bien sûr de ce que rhétorique veut dire).

Combien sommes-nous à penser que la vie vaut d’être vécue sans forcément gâcher celle de son voisin ? Combien à dire que «toujours plus !» ne sonnera jamais aussi doux que «un peu mieux» ? Combien à croire que l’on peut toujours croire ce qu’on veut, mais que ça n’implique pas d’obliger les autres à croire ce qu’on croit (enfin, je crois…) ? Combien à lever le pied de temps en temps, pour se dire que untel qui, là tout de suite, commence à me trotter sévère sur le haricot, ne mérite pas forcément que je lui défonce la courge, même métaphoriquement ? Combien à foncer vers la mort sans s’imaginer que le chemin sera plus long ou plus large si l’on raccourcit ou étroitise celui des autres ? Bref, combien à respecter suffisamment ce qui nous est donné pour respecter aussi ce qui est donné aux autres (lesquels autres nous sont donnés aussi : essayez donc de vivre sans eux, vous verrez). Combien, hein ? Eh bien si on me demandais à moi, je répondrais «pas beaucoup, et encore, pas tout le temps.» Ce qui fait finalement assez peu et explique pas mal de choses, vu le soupier dans lequel on est tous, à des titres divers, mais collectivement je vous garantie que ça pue.

Pour revenir à des considérations plus littéraires, ce questionnement assez oiseux et pas nouveau pour deux cents est le thème du livre que j’écris en ce moment. Comme pour Aria, le fond est contenu dans la première phrase du chapitre 1. Je vous rappelle celle d’Aria : «La réalité est ambiguë.» Incontestable, non ? Si ! Ensuite, j’ai mis quelques trois cents pages à le démontrer. L’énoncé du livre en cours sera du même tonneau : «Personne n’est seul.» Vous noterez la similitude de construction (parataxe de rigueur, comme dirait Marco). Pas la peine d’en faire plus dès l’exposition, c’est le développement qui compte. Personne n’est seul…
(les trois petits points, c’est juste pour dire que je n’ai pas encore fini ma démonstration, mais j’en suis au chapitre 13, ça avance, merci)
Autant j’avais dédié Aria à mon épouse (la « pionnière des Brumes », c’est elle), autant je crois que le dédicataire du suivant (oui, nom de code « le suivant » : vous ne croyez quand même pas que je vais vous lâcher le titre dès maintenant) sera mon père. Qui a tout réussi dans sa vie, même son suicide, sans jamais me laisser vraiment seul. Ça sonnera comme « À mon père, et à sa dernière victoire ! »
Papa, au bout du compte, est-ce qu’on est seul, ou finit-on enfin par se rejoindre ?

Voilà. J’ai fait exprès de ne pas prévenir au début que ce billet ne serait pas drôle et qu’en plus il dégoulinerait d’une philosophie de bistrot propre à faire fuir les plus indulgents d’entre vous. Vous êtes au bout de vos peines. Combien êtes-vous ?

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13 Réponses to 'Combien sommes-nous ?'

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  1. Posuto said,

    Quel billet ! Et quel programme…
    Toutes ces questions sont très « durtes » (comme disait mon grand garçon quand il était petit).
    Je me demandais récemment s’il n’y avait pas, mal répartie, dans nos cerveaux, une enzyme un produit kekchose, un machin-bidule qui provoque de l’empathie. ou du décentrement. Genre, ok, je capte qu’il y un autre à côté et qu’il est vraiment vivant pour de vrai comme moi et que le doubler ou lui péter la tête est une option moyenne en termes de convivialité. Tu crois qu’on est pas tout seul donc. Personne. Ben c’est que ça m’intéresse grave, vu qu’au fond je crois bien qu’on est toujours tout seul et que nos tentatives pour ne pas l’être, c’est ça qui est beau.
    Kiki (qui retourne manger de la tarte aux pommes parce que quand même)

  2. Malena said,

    Je ne pense pas que l’on soit si peu que ça ! Tout du moins je ne veux pas le penser ! Voui je suis optimiste (jeune et naïve diront certains…) mais j’assume !

    Faut pas croire, je pense qu’on est plein à en avoir marre de cette Terre qui ne tourne plus si rond que ça… mais au fond, elle continue son chemin, comme nous le faisons tous…
    Moi j’aime bien quand t’es sérieux aussi, ça change ! 😉 (me dit pas que sur tes autres posts t’étais sérieux…! :p )

  3. Citrouille said,

    On est toujours seul. Les efforts désespérés que l’on fournit pour l’oublier ! Mais je veux croire qu’on finit par se rejoindre, au moins pour un temps.

    L’empathie, quel joli mot pour un joli sentiment, bien utile pour se sentir humain. Mais il semblerait que ce soit de plus en plus difficile à trouver dans ce monde. Dommage.

    Bon, je retourne à mon gâteau au yaourt (bien plus réussi que mes piètres considérations sur la nature humaine). On partage ?

  4. Don Lorenjy said,

    Ouais, on partage !
    Merci d’être passé les filles (pardon : Mesdames).
    Vous avez raison, on n’est pas nombreux, on n’est pas seul, ou on l’oublie. Mais on vit… Allez, je retourne à ma raclette (la vache, deux cette semaine, les copains aiment ça !)


  5. Merci pour cet article, je nous découvre un point commun.

  6. ecaterina said,

    Je voulais te laisser un petit encouragement pour l’ecriture de ce nouveau roman et .. paf !… ton papa …du coup, j’ai l’air idiote, je ne sais plus quoi te dire…

  7. Citrouille said,

    Continue à l’encourager pour son nouveau roman.

  8. Tietie007 said,

    J’espère que ça va s’arrêter là …

  9. Marco said,

    Tiens, moi, pour être optimiste, je pars du postulat opposé: l’humain étant un animal qui a beaucoup de capacités mais peu de retenue, est naturellement destructeur, inconscient, égocentrique, etc. Du coup, les quelques gestes de générosité ou de compassion réels me paraissent extraordinaires, miraculeux, même!
    Très belle et pudique évocation de ton père. Avec la direction que tu prends, on voit mal comment tu pourrais ne pas venir à bout de ton deuxième roman.

  10. Don Lorenjy said,

    Ecaterina : je m’aperçois que la formulation dans le billet peut prêter à confusion (qui nous le rend bien), et je précise donc que la dernière victoire de mon père date de plus de 10 ans. Il est vrai cependant qu’à la différence d’autres événements de la vie, la mort de quelqu’un a un début, mais pas de fin.
    Bien d’accord avec toi, Marco. D’ailleurs, vous faites partie de ces miracles (mes préférés, ceux qui n’ont pas besoin d’un quelconque dieu pour faire du bien).

  11. Stéphane Veyret said,

    Tu aurais pu ajouter aussi que, plus les technologies avancent, et plus il est facile de communiquer avec des gens qui habitent l’autre bout de la planète… Alors qu’on ne connait même pas son propre voisin de palier. On invente (sur Internet en particulier) de plus en plus de mondes virtuels pour créer des communautés… Et nous restons seuls dans la vraie vie. Ha, quel étrange animal est l’homme…

  12. Don Lorenjy said,

    C’est vrai, mais je l’ai déjà dit ailleurs
    (là : http://le-navire.livejournal.com/22238.html )
    Et plus ça va, moins c’est faux…


  13. @Stéphane Veyret : ce n’est pas systématiquement vrai et dépend des personnes. Depuis trois ans que je surfe sur la toile, les blogs et les forums, j’ai rencontré des internautes « dans la vrai vie », et une poignée fait maintenant partie de mes amis intimes.


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