Comme ça s'écrit…


La malédiction du second roman

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 2 juillet, 2008

Comment font-ils (ou elles), ceux (ou celles) qui écrivent des romans à la chaîne et semblent ne pas se poser de question quant à la pertinence ou la qualité de leur écriture ?

Quelle est-elle, cette différence fondamentale qui creuse l’abîme entre le premier roman et le second (ou le deuxième, si on compte en écrire d’autres, mais ça, c’est pas gagné) ?

Peut-être existe-t-elle, finalement, cette magie des premières fois qui ne surgit… que la première fois.

La première fois, rappelez-vous, on écrit à la hussarde, avec des problèmes de timing (finir avant Noël) mais pas de souci d’enthousiasme. On y va, on se jette, on balance l’histoire comme elle vient, on soigne le détail sans trop regarder l’ensemble, on cavale… « J’ai pris mon clavier pour un cheval et j’ai foncé cheveux au vent dans le soleil couchant »

Et puis crac ! C’est fini, il faut passer au second (plan ? oui, mais roman aussi). Là, il se passe plein de trucs qui ne pouvaient pas se passer la première fois.

On se regarde écrire. On se compare. Faut-il copier la première fois, ou chercher autre chose ? On avance à petits pas, avec toujours un œil dans le rétroviseur. On cherche à s’éloigner du premier chemin, sans le perdre complètement. Et finalement, on joue contre soi-même. Après tout, personne ne vous demande rien. Surtout pas une suite à ce premier roman qui vit sa vie tout seul, déjà loin.

Mais comme on ne se refait pas, on force le passage, on va au bout pour voir le bout. Et ce qu’on voit, pas moyen de l’envisager sans référence au premier voyage. Est-ce au moins aussi bien ? Bof… Les idées, les personnages, les situations, leur résolution, est-ce que cela tient la comparaison ? Allez savoir…

Alors on pinaille, on chicane, on corrige sans fin, sans faim. L’envie n’y est plus.

Un jour, on se dit qu’il faut tout reprendre, alors on reprend tout. Et ce n’est pas mieux. Pas pire, mais certainement pas mieux.

Tiens, c’est juste le moment où les retours sur le premier roman vous frappent de plein fouet. Déjà que de soi-même on se mettait la barre à une certaine hauteur, voilà que ce sont les autres qui vous la surélèvent. Et ça fait peur.

Il faut s’y remettre avec cette nouvelle exigence. On repart de zéro, on change, on juge, on prend du recul. Et comme de juste, on n’avance plus.

Alors que faire ? Venir pleurer sur son blog ? (OK, ça c’est fait)

Ou poser là ce fichu second truc qu’on ne pourra jamais appeler second roman. Peut-être second remords, rien de plus. Et attaquer le troisième. Na !

12 Réponses to 'La malédiction du second roman'

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  1. Pibole said,

    Moi, mon deuxième roman, je l’ai travaillé pendant 3 ans…
    mâché et remâché jusqu’à ce qu’il n’ait plus le moindre goût, petite chose insipide et pompeuse où je ne me reconnaissais pas.
    Mais j’ai appris, j’ai appris l’autonomie des personnages, et leur histoire qui n’est pas la mienne. J’ai appris la technique, j’ai subi sans savoir comment y échapper la lourdeur des dialogues non maîtrisés, des descriptions qui n’intéressent personne, J’ai appris à oser, à servir mon texte.
    mais le roman en question, épuisé, monstrueux, je l’ai laissé tomber pendant dix ans, à la suite de multiples refus.

    C’est ce roman, complètement retravaillé, relu, élagué qui sera publié à la rentrée. Il suffisait de couper… Un très beau texte, maintenant que je me suis oubliée.
    Viendras-tu au salon de Bellecour?

    Allez, courage. comme disait mon moniteur d’auto école: « c’est quand on se rend compte de ses erreurs qu’on sait conduite! »

  2. Don Lorenjy said,

    Merci pour ce témoignage.
    Je me doutais bien n’être pas le seul à ne pas m’appeler Amélie, mais c’est encore mieux de le voir écrit.
    Bravo pour ton « second roman de dans dix ans » !
    Quant au salon de Bellecour, je ne connais pas, donc je me renseigne et on verra.

  3. Irène said,

    « On se regarde écrire. On se compare. Faut-il copier la première fois, ou chercher autre chose ? On avance à petits pas, avec toujours un œil dans le rétroviseur. On cherche à s’éloigner du premier chemin, sans le perdre complètement. Et finalement, on joue contre soi-même. »

    Aïe, très vrai, ça ! Je me retrouve tout à fait.

    Bon courage. Si cela peut t’aider, je conseille de se fixer un rythme régulier de compte-rendus sur le blogue, c’est une incitation très puissante 😉

  4. Don Lorenjy said,

    Bien sûr, Irène, mais je ne vais quand même pas copier mes petits camarades du Navire et du ouèbe 😉
    Disons que ce billet est un compte rendu final, point.
    And now, for something completely different…

  5. Stéphanie said,

    j’aime beaucoup la conclusion… de toutes façons, pour la lectrice que je suis, deuxième, troisième n’a plus d’importance. Par contre, je note toujours si c’est un premier roman.
    j’avais entendu dire un autre auteur que les premiers romans étaient toujours très personnels alors qu’avec les suivants, les auteurs réussissaient plus à se détacher de « leur vécu »… est ce le cas? 🙂

  6. Don Lorenjy said,

    Il m’est arrivé d’affirmer en y croyant « avoir choisi la SF pour être sûr de ne pas céder à la tentation de l’autofiction, si courante pour les premiers romans ».
    Bon, il a suffi que quelques personnes me connaissant me montre tout ce qu’il y a de personnel dans Aria pour que je la mette en veilleuse sur ce plan. Oui, aujourd’hui je l’admets, j’ai bien été un professeur Automax bûcheron, amateur de peinture et de danse quand je ne suis pas trop occupé à graisser mon bras artificiel, sonder l’esprit de mes contemporains et hurler des insanités en place publique.

  7. Marco said,

    ah! ah! tu avoues enfin, Aria n’était donc pas de la fiction échevelée, mais une autobiographie très exacte. Je m’en doutais 🙂
    Blague à part, j’aime beaucoup ton billet, et je ne doute pas que ton deuxième (oui, parfaitement, Monsieur, deuxième), même s’il ne sort pas en l’état, nourrira le troisième (qui sera donc en fait le deuxième officiel) à moins que, comme Pibole, tu le laisses fructifier, ce qui permettra à ton deuxième d’être donc le troisième ou le quatrième, puisqu’entre temps… mmmm, je ne sais pas si je suis très clair…
    Quoiqu’il en soit, exigeant chicaneur, bonne suite à toi!!

  8. Don Lorenjy said,

    Merci Marco. En chialant ce billet, je comptais bien recevoir le maximum d’encouragements et de soutiens. Le tien me va droit au cœur.
    Tant que j’y pense : comment va ton premier roman ? Les éditeurs rencontrés t’ont-ils déjà demandé la suite ? La leur as-tu refusée ? Bien ! Passe directement au troisième alors, et amuse-toi bien !

  9. Blandine L. said,

    Le titre du billet est donc erroné:-) puisqu’il faut maintenant passer au troisième… !
    Sinon, « premier » roman ne veut pas dire grand chose dans de nombreux cas, vu que certains auteurs en ont d’autres dans leurs tiroirs (refusés ou jamais envoyés à des éditeurs) et que le premier publié n’est pas forcément le premier écrit.
    J’ajoute donc mes encouragements aux précédents.
    (et surtout, oublier le premier pour écrire les autres !)

  10. Don Lorenjy said,

    En fait, il semble y avoir plus de difficulté à « finir » le second qu’à l’écrire. Finir, être satisfait, pouvoir passer à autre chose, ça c’est dur.
    Parce que des seconds romans « pas finis », je commence à en avoir quelques uns !

  11. martin said,

    Bonsoir,

    Voilà le genre de billet qui m’intéresse plus que tout : le comment ça fonctionne, y’a quoi là-dessous, les tuyaux de la machine. Tout ce que personne ne peut saisir dans son exacte dimension, souvent vertigineuse, s’il ne s’y est pas collé lui-même !
    Pour tout c’est pareil, la musique, l’écriture, la peinture, etc. On se demande comment on a pu faire ce truc, là, qui n’est pas si mal finalement, et surtout si on sera encore capable d’en aligner encore un qu’on aimerait bien au moins à peu près autant réussi, rhaaa l’angoisseuuu…
    Et ce Djeeb, il sera bientôt terminé ? Tu m’excuseras si la réponse est déjà fournie ailleurs mais j’ai pas encore tout lu dans ton blog 🙂
    Merci, et bonsoir

  12. Don Lorenjy said,

    Ah, la musique surtout : comment peut-on avoir écrit Yesterday, Gimme Shelter ou Pom Pom Pom Pooom, sans se sentir pétrifié à l’idée de pondre autre chose de moins bien. Et pourtant, ils y arrivent !
    Djeeb est fini, relu, corrigé, parti chez les éditeurs. Et il sera au moins aussi bien qu’Aria 1 et 2 !
    En punition pour n’avoir pas encore parcouru tout ce blog, tu me liras deux Angot et trois Nothombe. Va, et ne pêche plus…


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