Comme ça s'écrit…


Éditeur chéri mon amour, que me vends-tu ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 1 septembre, 2008
Tags: , , , , , , ,

L’auteur est un consommateur comme les autres. Il m’arrive par exemple d’être sensible à des marques, non pour leur logo ou le chic (on dit encore chic de nos jours ? Bon, alors chic) qui leur est collectivement attribué, mais pour ce que je perçois de beauté ou de qualité récurrente dans leur production. Tenez, j’entre rarement dans une boutique Cinna/Ligne Roset ou chez un revendeur Neil Pryde sans ressentir une certaine émotion du côté du portefeuille. Si, même moi.

Pourtant, à quelques exceptions près (j’y reviendrai), cet effet de marque m’est peu sensible chez les éditeurs. Ou alors, a contrario (genre, une jaquette de chez XO ou Arlequin m’aura toujours un effet repoussoir). Pourquoi donc ? Parce que c’est le talent de l’auteur qui prime sur la marque éditeur ? Peut-être, mais pas que. Chez Cinna, je suis sensible au design d’un canapé Mourgue ou d’une suspension de Swann Bourotte, mais c’est la marque, et ce qui s’y rattache, qui a ouvert la porte d’entrée pour me les faire découvrir.
Alors que je n’ai jamais ouvert un livre, à de rares exceptions près (y suis-je revenu ? pas encore), sur la seule signature de l’éditeur. Pourquoi ? Peut-être parce que l’éditeur n’est alors que le robinet (voire l’entonnoir, ou le goulot d’étranglement), alors que je m’intéresse au liquide, chaleureux, glacial ou désespérément tiède, que ce robinet me délivre. Une sorte d’outil, de mécanique sans âme, dont j’utilise les fonctions techniques un peu sans y penser.
Et c’est dommage.

Parce que, pour parler marketing, l’éditeur a une sacré position en tant que marque, position dont il n’use apparemment que pour bombarder de fiente ses collègues éditeurs dans le marigot qui leur tient lieu de champ de bataille pour des combats sans gloire dont le grand public lecteur se fout un peu.
Il y a bien sûr des exceptions (vous voyez, on y revient). Des éditeurs couillus qui ne se sont pas limités à soigner leur ligne graphique mais se forgent une vraie ligne éditoriale, quitte à ratisser moins large, laquelle ligne m’intéressera ou non, là n’est pas la question, mais garantira une sorte d’honnêteté commerciale sur la marchandise. On pense bien sûr aux collections identifiées (série noire, polar, fantasy…) chez des éditeurs plus généralistes, mais elles n’ont pas, pour moi, cette valeur de marque qui distinguerait d’emblée une maison d’édition, indépendamment de ses « produits ». Alors que d’autres… Pour faire des plaisirs et des jaloux, je citerai Léo Scheer, Sabine Wespieser, peut-être Le Diable Vauvert et l’Atalante… parmi ceux que j’ai identifiés, mais il doit y en avoir d’autres, les commentateurs compléteront. Et bien sûr Le Navire en Pleine Ville, qui revendique à la fois une qualité, des genres et des lectorats bien définis.

Vous allez encore dire que je me laisse encore berner par les sirènes du marketing, mais j’ai l’impression qu’il y a derrière ces marques fortes (et pas forcément successfull), avant tout des personnalités fortes qui balisent leur territoire et s’y tiennent. Pas des grosses machines qui brassent du papier et du chiffre avant de faire vibrer la lettre.
Après, je suis en phase ou non avec ces personnalités, mais je pense pouvoir ouvrir un de leurs livres sans crainte d’être déçu, en mal ou en bien.

Tout cela pour dire quoi ? Rien de neuf, sans doute. Si, tenez, une envie : celle de gagner au loto pour fédérer les éditeurs, petits et moyens, qui manquent de moyens justement pour affirmer publiquement leur identité et faire connaître leur personnalité, à égalité avec les gros qui n’en ont plus. Parce que c’est parfois le défaut de ces fortes personnalités que de préférer se replier sur leur honneur et appliquer leurs recettes plutôt que de jouer le jeu commerciale à hauteur des mammouths. Ensemble, ils auraient une telle force… Une sorte de collective des francs-tireurs, organisée en commando de communication, dont la visibilité dépasserait le prêchage de convaincus et irait jusque chez la ménagère de moins de cinquante ans lui donner envie de voir si elle ne serait pas un peu la lectrice du vingt-et-unième siècle au lieu de s’abîmer les yeux sur du Carla Loanna de supermarché.

Je rêve, hein ? Et vous, jamais ?
(si cette collective existe déjà, faites-le moi savoir et veuillez m’excuser de vous avoir fait perdre votre temps)

Advertisements

8 Réponses to 'Éditeur chéri mon amour, que me vends-tu ?'

Subscribe to comments with RSS ou TrackBack to 'Éditeur chéri mon amour, que me vends-tu ?'.

  1. Yap said,

    Tout ce laïus pour faire, mine de rien, cette petite pub ? Ben franchement 🙂

    Pour les exemples que tu cites (enfin, ceux que je connais), ils ont certes une identité qui leur est accolée. Une image de marque, même. Mais (et ma question est en grande partie innocente vu que je n’ai pas assez lu de leur bouquins pour me prononcer) n’est-ce pas juste… illusoire ? N’y a-t-il pas, au-delà de cette identité apparente, de fortes disparités dans leurs productions.

    Bon, je joue volontairement les trouble-fêtes. En fait, je songe surtout au Diable Vauvert qui a une certaine image de marque (un côté hype/branché) mais qui sévit dans un large spectre de genre. Et là, je ne critique pas.
    De toute manière, c’est cette identité, réelle ou juste apparente, qui fait qu’on identifie (justement) la marque et qu’on peut en devenir « client ».

  2. Don Lorenjy said,

    Voilà, tu as très bien saisi leur démarche : construire une image de marque qui dépasse, ou au moins englobe, les différents produits dont le genre ou le niveau de gamme (pour ne pas dire qualité) peut varier. Mais la marque (on parle de marque ombrelle en marketing, je crois) demeure la porte d’entrée unique. Que peu d’éditeurs tiennent ouverte à leurs « clients ».

  3. Stéphanie said,

    quitte à paraitre futile, à défaut de choisir un titre / un éditeur, je dois avouer qu’il m’arrive de me décider entre deux livres (malheureusement je ne peux pas tout acheter même si ma PAL prouve que j’achète déjà 10 fois trop), pour son éditeur ou plutôt pour la qualité de la typographie et du papier utilisé.
    Et à l’inverse, de ne pas acheter et ne pas lire certains livres, à cause de leur éditeur, ou plutôt encore une fois à cause de la typographie et du papier utilisé.

  4. Don Lorenjy said,

    Non non, pas futile du tout.
    Mais t’arrive-t-il d’acheter un livre les yeux fermés parce que tu sais que l’éditeur ne publie que ce qui te convient ?

  5. Stéphanie said,

    je n’ai jamais acheté un livre uniquement pour la recommandation qu’est son éditeur mais j’ai des a priori positifs pour certaines maisons.
    le mieux que je puisse faire est acheter un livre pour son titre, sans lire le quatrième de couverture, cela donne de bonnes et mauvaises surprises 🙂

  6. Don Lorenjy said,

    Oui, peut-être qu’en matière littéraire, la marque c’est l’auteur, et non l’éditeur.
    Mais c’est dommage que les maisons qui ont du caractère n’arrivent pas à le faire savoir plus efficacement (en même temps, le budget de lancement d’une marque, c’est plusieurs millions d’euros, alors…).

  7. Stéphanie said,

    mais derrière la « marque éditeur », il y a un homme ou une femme avec des goûts multiples. C’est humain. Donc même si un éditeur est reconnu pour ses choix, tous les livres qu’il éditera ne seront pas forcément du goût d’un même lecteur.
    Il y a logiquement plus de cohérence dans la bibliographie d’un écrivain que d’un éditeur et donc si beaucoup achètent « les yeux fermés », je doute que l’inverse soit le cas.
    Bon je reconnais quand même aimer plus certaines lignes éditoriales que d’autres.

  8. Lucie said,

    Il y a des maisons d’édition qui laissent une trace particulière, dont on achète toute la production les yeux fermés ou presque. Je pense à l’Oxymore, en particulier, mais il y en a d’autres,


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :