Comme ça s'écrit…


Votre agent m’intéresse…

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 19 septembre, 2008
Tags: , , , , , , ,

Il est de coutume d’affirmer qu’en France, se faire représenter chez un éditeur par un agent est la meilleure façon de ne pas être publié. C’est la coutume, je n’y dérogerai pas (je sais me tenir, que Diable !)

Il y a des exceptions, bien sûr (Marc Levy, Pierre Assouline, Michel qui cherche son bec, Christine Angot (tiens, on va voir venir du monde)… et d’autres), qui comme toutes exceptions confirment la coutume, c’est bien connu.
Pour les autres, les petits, les sans grade ni best-seller, les écrivaillons comme vous et moi (bon, d’accord, surtout moi), faut pas rêver : un agent, c’est la porte dans le nez. D’autant et d’ailleurs que, dans sa grande mansuétude (l’agent est mansuet, c’est bien connu aussi), l’agent vous entraînera à recevoir dans le nez la porte des éditeurs en vous claquant la sienne bien propre. Merci.

Mais pourquoi, me suis-je dit au saut du lit – oui, je saute du lit quand d’autres ne font qu’en tomber – pourquoi donc les éditeurs français se passent-ils des talents et du labeur des agents, alors que partout dans le monde (chez les anglo-saxons, quoi) on n’imagine même pas d’écrire à sa grande tante sans qu’un professionnel n’intermédiarise, hein, pourquoi ?
Parce qu’ils veulent continuer à bien se la fendre en parcourant les manuscrits ineptes de wannabes hargneux qui collent les pages 120 et 121 juste pour voir si leur prose a été lue jusque-là ? Ouais, bof, c’est un peu court comme explication. En plus, passer par les agents ne fermera pas le robinet à manuscrits qui continueront à inonder leurs boîtes, alors…
Non, il faut chercher plus loin, ou plus près…

Et soudain, la lumière se fit ! Notez bien ce qui va suivre :

Les grands éditeurs français ne veulent pas des agents parce que les petits éditeurs font le boulot.

Voilà. C’est la raison même de cette pléthore de maisons talentueuses et fugaces qui mordent dans le wannabe et se renouvellent comme la dentition roulante d’un squale. J’exagère, bien sûr, j’adore les petits éditeurs et ne les prends pas un instant pour des requins, au contraire, c’était juste pour l’impertinence de l’image.

Oui, ça se passe comme ça en France. Les grands éditeurs laissent les petits trier les manuscrits et repérer les bons coups, et puis ils les leur piquent.
Pour survivre, les petits éditeurs n’ont plus qu’à repérer de nouvelles plumes qui n’en veulent, vous, moi, votre voisine (pas la mienne, elle ne veut pas). Ils ne vendent rien ou très peu, l’auteur n’est que rarement payé de sa sueur, et de toute façon, dès qu’il commence à l’être, il fout le camp ailleurs.
Sauf qu’il est alors livré tout nu tout tremblant dans les longs couloirs obscurs de la grande maison, prêt à signer n’importe quoi avec deux ou trois zéros dessus. Parce que le petit éditeur est resté chez lui, alors qu’un agent aurait suivi. Mais c’est le jeu, ma Zézette, l’auteur n’a qu’à apprendre à lire un contrat tout seul, à ne pas s’emballer au premier cri de sirène et, pourquoi pas, rester fidèle le succès venu au petit éditeur qui l’a obligeamment découvert. Mais c’est rare.

On a bien sûr toutes les exceptions nécessaires, qui se pressent pour confirmer cette allégation : Fred Vargas est restée chez Viviane Hamy, Gavalda chez Dilettante, Millenium chez Actes Sud (faut dire, y avait plus personne pour renégocier), Angot chez… non, mauvaise pioche. Bon, vous voyez le topo.

Qui donc a intérêt à ce que cela perdure ? Tout le monde. Oui, même moi, qui suis content ravi d’avoir été publié par un petit éditeur à moteur.
Vous ne pouvez pas savoir le bien que ça fait de mettre, sur une lettre d’accompagnement de manuscrit « mon premier roman est paru chez Le Navire en Pleine Ville ». Ça ne m’empêche pas de rester fidèle au Navire, tout en proposant ailleurs ce qui ne correspond pas à sa ligne éditoriale bien arrêtée, quoique couillue. Et le Navire me le rend bien, qui décroche son mail pour menacer des pires avanies tout éditeur qui ne lirait pas ma prose avec bienveillance.
Voilà, j’ai un agent, qui s’appelle Hélène Ramdani, et je l’embrasse.

Si un éditeur, petit ou grand, voire un agent, se sent vexé par ce que j’énonce, je l’invite à me contredire argumentatairement. Bienvenue à tous.

Et si vous avez l’impression que ce billet défonce des portes béantes, vous n’aviez qu’à les refermer en sortant.

Publicités

11 Réponses to 'Votre agent m’intéresse…'

Subscribe to comments with RSS ou TrackBack to 'Votre agent m’intéresse…'.

  1. yann said,

    Tout d’abord coucou don lo, ça fait longtemps que j’étais pas venu chez toi! Rassure toi je ne faisais pas la gueule, je faisais juste autre chose enfin bref.

    Je réagis à ton com parce qu’il me fait tomber les bras, pof.

    Sincèrement as tu vraiment compris à quoi sert un agent? Un agent est là pour gérer tes droits, point barre, pas pour les créer!
    Pour moi un agent c’est comme un notaire pour un mariage : d’abord tu rencontres la file, puis tu décides te t’unir à elle puis tu vois le notaire juste avant la nuit de noce.
    Crois tu vraiment que le notaire est là pour draguer à ta place?
    Imagines tu la tronche de la fille assise tranquille au macumba night (20euros l’entrée avec conso, gratuit pour les filles avant minuit) si elle voit débarquer un monsieur en costume : bonjour je suis le notaire de don Lo, il ne se déplace pas pour draguer la radasse donc avant que vous le rencontrer j’aimerai qu’on discute finance?
    As ton avis vas tu conclure comme ça un jour?

    Bref a mon avis tu te trompes quand tu parles d’agent, tu parles d’impresario peut être, d’attaché de presse et encore…

    Et encore même pour les acteurs qui ont la chance d’avoir un agent celui ci ne fait que leur indiquer les lieux et place des castings, il n’y va pas à leur place!!
    Or dans le milieu littéraire les règles sont simples : le casting est permanent dans des maisons qui ont pignon sur rue…

    donc…

    Enfin bref ça m’a fait tout de même plaisir de passer ici!

    A très bientôt

    yann

  2. Don Lorenjy said,

    Voilà, il était temps que quelqu’un vienne me mettre le nez dedans. Merci Yann, et désolé pour tes bras.
    Sauf que… sauf que… Je me demande qui se trompe le plus, entre le notaire et l’imprésario. Tenez, je rajoute un petit lien dans le texte du billet, histoire de citer mes sources.
    Pof.

  3. Marco said,

    euh… oui, j’ai du mal à suivre la critique de Yann sur ce coup… avant de voir ton lien sur Rue 89, Don Lo, j’avais également en tête « l’affaire Littell », où l’agent fut plus que décisif…
    Tout à fait d’accord avec ton analyse sur les Petits Editeurs porte d’entrée vers les Grands malgré eux… Juste une nuance peut être: Gavalda est restée fidèle au Dillettante d’autant plus facilement que le Dillettante, certes structure modeste à l’origine, est quand même capable d’assurer une diffusion massive de ses écrits… ce qui n’est pas le cas de toutes les petites structures…

  4. polipoterne said,

    Bonjour,

    Bien écrit ce texe, mais ça, j’avais remarqué ton talent d’écrivain sur ce blog.

    Quand au contenu, il met en évidence un monde inconnu pour moi, qui m’attire encore moins qu’avant votre lecture (difficile à imaginer quand on sait qu’il ne m’attirait pas du tout déjà)
    L’écriture est pour soi, un don du cerveau qui permet d’exfolier les mots à fleur de peau.
    Bon, je dis pas, j’aime savoir être lu, commenté…
    Mais je veux rester conscient que cela doit perdurer en défouloir anarchique adapté aux moments et aux émotions de ces moments.
    La sensation que cette écriture puisse devenir obligatoire et dirigée m’en ferait perdre le sens.
    Le blog a ceci de particulier, c’est qu’il reste un simple survol de soi et des autres, ne donne pas de pression et laisse libre cours à ses méandres… sans contrôles qui nuisent aux particularités.

    Bon, c’est confus, je sais, mais le cabernet est trop sucré et les grappes s’accumulent.

    Au plaisir de te lire, encore

  5. yann said,

    Ben … euh… je suis peut être obtus (turlututu chapeau pointu ;)) mais à mon tour je ne comprends pas en quoi ce lien dément ce que j’ai dit. Je dirais même au contraire…

    Prenons le cas de littl, l’agent a été décisif parce que 4 (oh mon dieu 4!!) maisons d’éditions voulaient le livre. Si ils n’avaient eu que des refus et que vaguement à peine une seule maison avait dit « oui peut être, enfin faut voir… » l’agent n’aurait servi à rien.

    Dis autrement évidemment l’agent est utile… des qu’il y a quelque chose à négocier, pas avant.
    Donc -cqfd !- même si vous prenez un agent tant que vous n’avez pas fait tout seul les démarches nécessaires pour que les éditeurs dorment devant votre porte, ben il vous servira à rien…

    En fait je suis renseigné par mes amis scénaristes. Ils ont tous un agent qui négocie les droits lorsqu’ils ont un contrat avec des société de prod mais en aucun cas l’agent n’appelle pour leur conseiller d’écrire telle ou telle chose, ou d’envoyer à telle ou telle chaine, ni ne les place sur telle ou telle série… En aucun cas l’agent ne les dirige, ou regarde ce qu’il produisent mais l’agent négocie leur droit quand il y a lieu, c’est tout.

    Est ce plus clair?

    Donc en clair, nous autre pauvres wanabbes n’avons pas fini de lécher des timbres et de coller des enveloppes mais effectivement le jour ou 4 éditeurs nous feront un pont d’or, nous prendrons un agent pour faire monter les enchère et nous aider à choisir ce qui est le mieux pour nous…

    amicalement

    yann

  6. Don Lorenjy said,

    Non, Yann, tu n’es obtu, bien que tu essayes très fort.
    Un agent lit les manuscrits proposés par ses auteurs, aide à les améliorer, puis les présente à des éditeurs sélectionnés pour être susceptible d’être intéressés. Ensuite, il négocie les droits.
    Et je te garantie qu’un agent d’artiste (peintre, acteur…) fait de même (sauf peut-être améliorer les peintures, et encore, peut-être) pour que les artistes en question décrochent des expos, soient retenus pour des castings (qui ne sont pas open la plupart du temps, c’est pas la Nouvelle Star)… et ensuite négocient.

  7. Marco said,

    En fait, on est tous d’accord, je crois. Simplement on ne parle pas de la même situation: aujourd’hui, Yann a raison, les « wanabes » n’ont que faire d’un agent littéraire « à la française »; mais cela va sans doute changer à plus ou moins long terme, où on trouvera de plus en plus d’agents « à la Littell » qui vont bel et bien CHERCHER les éditeurs à la place de l’auteur (et pas seulement au moment de choisir entre 4 possibles).

  8. yann said,

    Vi ok enfin bref.
    En tous cas je ne vois pas trop où est le changement, au lieu de faire des pieds et des mains devant les maisons d’éditions, on va faire des pieds et des mains devant les agence d’agents… Et ça change quoi?

    oui, bof…

    Et don lo franchement (oui je suis têtu) ça m’étonnerait qu’un agent retouche un texte avant un éditeur… Mais ok allez je peux me tromper.

    Bises quand même a tous les deux!

    yann

  9. Don Lorenjy said,

    Ouf, merci.
    Oui, en effet, ça ne change pas grand chose, d’autant qu’en France il n’y a, pour l’instant, que 4 agents. Comme je disois, les petits éditeurs font le boulot (et très bien, merci).

  10. yann said,

    Bon tu vas croire que je le fais exprès et pourtant non…
    Mais j’ai un expérience totalement contraire à la tienne!

    Pour ma part, pour l’instant, toutes les petites maisons qui ont eu mon livre (et qui m’ont répondu) m’ont dit que oui mon texte est intéressant mais… qu’elles n’avaient pas les épaules suffisante pour supporter un texte dont le risque était commercialement trop grand.

    Ainsi d’après ce que j’ai compris, finalement quand on fait un texte qui sort (un peu) des clous seules les grandes maison peuvent prendre le risque de le publier. Les petites maisons cultivant au contraire une ligne assez précise et pointue pour un public «  »captif » », pour une niche.

    Alors bien sur peut être que je n’ai peut être pas trouvé tout simplement la petite maison qui correspond à mon texte, cela est tout à fait possible…

    Et sinon promis je ne dis pas ça pour te contredire, juste pour le plaisir de bal bla ter hein … ;))

    a+

    yann

  11. Don Lorenjy said,

    Pas de souci, Yann, au contraire.
    Comment dire… Trouve-toi un agent qui ira placer ton texte chez les grands 😉


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :