Comme ça s'écrit…


Peut-on écrire n’importe quoi ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 29 septembre, 2008
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Peut-on écrire n’importe quoi ?
Oui, il y a cette question qui, pour moi, assure la même fonction dans les milieux journalistico-littéraires que celle tenue par « Peut-on rire de tout ? » dans les dîners en ville ou dominicaux (donc à la campagne et en famille, ou alors, changez de famille pour une qui vit à la campagne). D’ailleurs, pour « Peut-on rire de tout ? », ma réponse perso étant très proche de celle de Desproges, je ne vais pas vous encombrer avec.

Mais pour « Peut-on écrire n’importe quoi ? » mon avis est moins tranché.
J’aurais d’abord tendance à dire, oui, on peut écrire n’importe quoi, tout en se tenant prêt à en assumer les conséquences. Là, je fais le gars bien responsable, mais quand même, de quoi parle-je en termes de conséquences, hein ? Je parle de conséquences du même ordre, c’est à dire de l’écrit, voire de la parole, même les bonnes grosses insultes qui tachent. Mais que des mots, rien d’autre.
Genre, si j’écris de manière bien provoc « L’église catholique est la première secte à avoir institutionnalisé la pédophilie grâce au célibat des prêtres combiné au service de la messe par des enfants de chœur », je m’attends à être contredit à l’écrit comme à l’oral, voire vilipendé (« tu vas voir, espèce d’hérétique apoplectique, pas la peine de crever avec une petite laine, ça va chauffer pour toi de l’autre côté ! »), mais pas à me faire tomber dessus à crucifix raccourcis par les hordes croyantes qui viendraient crever les pneus de mon scooter, conchier mon jardin, ou pire, taguer mes volets pour que je ne sois pas oublié lors de la prochaine colère du souffle divin.
Vous voyez le truc ? J’écris une connerie (oui, c’était une connerie, tout le monde le sait, mais c’était un exemple) donc on m’écrit en retour et en colère, si besoin. Ça, c’est la tendance 1.

Mais, dans notre monde, si vous écrivez n’importe quoi, les conséquences peuvent dépasser de loin l’ordre de l’écrit. Ça commence par une fatwa ou un lynchage villageois (me rappelle plus le nom de ce romancier qui avait dû quitter sa maison sous les jets de pierre de ses voisins trop bien décrits dans son roman), ça va jusqu’à la bombe chez l’éditeur. Donc, il vaut mieux faire gaffe à ce que l’on écrit, ne pas froisser, rester dans le lisse et consensuel. Tout le monde ne peut pas se prendre pour un Nabe. Et ça, c’est la tendance 2 : pas un pli qui dépasse, sinon, c’est trop dangereux.

Ouais, d’accord, mais quand même… Ce ne serait pas un peu donner raison à ceux qui sortent des clous et vous répondent par le bourre-pif à une simple émission de mots écrits, même si très cons (les mots) ? C’est comme de débattre de la présence française en Afghanistan dès qu’on s’aperçoit que la guerre peut faire des morts des deux côtés. Je vois là une hypocrisie sans nom qui commence par « Hou là là, on savait pas que c’était dangereux d’aller faire les gendarmes là-bas » et qui finit surtout par donner un blanc-seing au Talibans qui sauront que, plus ils y vont fort, moins on les en empêchera.
Pareil pour écrire n’importe quoi. Si on pense que c’est important d’en avoir le droit et que ceux qui nous menacent de conséquences, moins bien écrites peut-être, mais beaucoup mieux tapées, ont tort, hé bien on écrit n’importe quoi… et surtout on surveille ses arrières. C’est triste, mais céder à la force renforce la force, et on finit par ne plus rien avoir à céder. Donc bravo à tous ceux qui y vont, jusqu’au bout, et je vous promets que, dès que j’aurai une idée qui dérange un peu, je l’écrirai bien fort, na !

Et peut-être qu’on arrivera à généraliser ce qui s’est passé dans l’affaire Siné Val de cet été : il a été dit et écrit n’importe quoi de tous les côtés, mais personne n’a menacé de casser la gueule à quiconque. Aussi con que cela ait pu paraître, l’ensemble a été pour moi emblématique de ce qu’un débat, vif et passionné, doit rester, avec des conséquences de l’ordre de l’écrit (voire de l’interdiction d’écrire, pauvre Nabe !) mais sans coups ni bombes échangés. Civilisé, quoi… Humpf, bon… un peu.

Parfois Desproges me manque… C’est Coluche qui doit bien rigoler avec lui, là-haut, enfin… ailleurs.

12 Réponses to 'Peut-on écrire n’importe quoi ?'

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  1. C’est sûr que si vous écrivez  » L’église catholique est la première secte à avoir institutionnalisé la pédophilie grâce au célibat des prêtres combiné au service de la messe par des enfants de chœur » on va dire, en souriant, tiens MEN a encore frappé.
    Peut-on tout écrire? Oui sans doute, mais en ne perdant JAMAIS de vue que quelques mots peuvent dévaster comme une grenade qui explose dans une crèche. Et si on n’est peu à l’aise avec les armes, qu’on aime se balader au milieux des chairs roses et tendres, il vaut mieux laisser tomber ; (pour tout le monde.)

    Le romancier « lynché » que vous évoquez est Pierre Jourde — pour « Pays perdu » ; (auteur par ailleurs d’un succulent « Littérature sans estomac »)

  2. Don Lorenjy said,

    Merci, je savais que le premier commentateur viendrait pallier ma mémoire défaillante. Pierre Jourde, donc.
    Quant aux conséquences à assumer, j’ai oublié de développer les dégâts à envisager chez l’autre. Vous avez raison de le rappeler (mais on se rapproche du « rire de tout, pas avec n’importe qui » : écrire n’importe quoi, mais pas pour n’importe qui).

  3. Sophie said,

    Ecrire n’importe quoi, oui, mais avec talent comme vous, qui apparemment n’écrivez d’ailleurs pas du tout du n’importe quoi…
    Aria des Brumes, c’est drôlement joli, ce titre, ça donne envie.

  4. Don Lorenjy said,

    Oui, c’est d’ailleurs le titre qui m’a donné envie d’écrire tout le livre (enfin, presque). J’espère effectivement qu’il vous donnera envie de le lire, vous qui savez si bien partager vos envies et plaisirs.
    (j’ai découvert le blog de Sophie grâce à un article sur Nancy Huston : allez voir, c’est très bien dit)

  5. polipoterne said,

    Tant que l’on peut écrire « Peut-on écrire n’importe quoi ? » C’est que tout ne va pas si mal.
    Quand on ne pourra plus écrire n’importe quoi, cele voudra dire que l’on ne pourra plus lire à son choix.

    Restrictions, puis censures, puis autodafés et enfin pensée unique…

    Oui, écrivons n’importe quoi et essayons de préserver cette liberté d’écrire à sa guise en toute liberté de pensées.

  6. Don Lorenjy said,

    Oui, mais gare à la liberté de pensée : la florentpagnite nous guette (et là, j’écris vraiment n’importe quoi) !

  7. polipoterne said,

    Là, c’est un autre problème;
    Doit-on tout écouter ?

    Sweet amanite phalloïde queen quoi !

  8. Don Lorenjy said,

    Bon, ça va, je ne suis pas le seul, merci.

  9. helenablue said,

    on peut écrire n’importe quoi, pourquoi pas !!
    mais pas à n’importe qui
    n’importe quand
    et n’importe comment !!

    oui ils doivent bien rigoler les deux compéres , en tout cas l’écrire comme ça , c’est bon pour le moral !!
    (personne n’est dupe…quoique … comme disait Raymond Devos …quoique !!)

  10. yann said,

    Trés bonne question, qui me taraude en plus, moi qui écris hors des clous… Je me doute que si mon livre sort j’aurais quelques ennemis en plus. Mais bon…
    Ceci dit personnellement je suis un ayatollah de la liberté de penser et de dire. On doit pouvoir dire et écrire ce qu’on veut, déjà parce qu’un danger visible s’émousse à 50%. Je suis trés choqué ensuite qu’on considère des actes comme réponse normale à des pensées car la pensée du plus fort est toujours trop facile (et notamment lors d’une finale de coupe de monde… A moins d’être un crétin on ne casse pas la gueule à quelqu’un quel que soit ses mots).
    Bon enfin bref, je nageouille.
    Ceci dit ça me fait toujours rire (jaune) quand le musulmans menacent de morts ceux qui les disent dangereux : Si tu dis qu’on est des terroristes je fais péter ta baraque, logique non?

    Je me pose aussi la question de l’islam de France dans cette histoire, pourquoi ne condamne t il jamais les fatwahs? Comment peuvent ils ensuite s’élever contre les généralisation qui mettent dans le même sac tous les musulmans…

    Bref que de terribles incertitudes pour moi qui n’ai pas fait d’études…

    a+

    yann

  11. Don Lorenjy said,

    Voilà, c’est dit, c’est de notre faute : on écrit n’importe quoi parce qu’on n’a pas fait d’études.
    Mais comme pas mal de ceux qui ont fait des études écrivent n’importe quoi aussi (dès qu’ils sortent du champ de leurs études, et souvent aussi à l’intérieur), ça n’incite pas à en faire, des études…
    Pourtant, se former un peu évite quand même d’écrire « n’importe comment », comme le dit si bien helenablue.
    Après, pour éviter d’écrire à n’importe qui, il faut s’entraîner à la roulette russe.

  12. Le Hibou said,

    Je pense qu’il faut lire, lire, lire et puis essayer d’écrire.


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