Comme ça s'écrit…


Suis-je fait pour devenir riche ?

Posted in Non classé,Promo par Laurent Gidon sur 1 octobre, 2008
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Je ne joue pas assez au loto. Je ne vends pas des crédits pourris à des banques étrangères ou à des fonds de pension pour vieux. Je ne présente pas le 20 heures (mais je vous présente mes respects, amis lecteurs). Je ne deale ni drogues ni armes. Je ne refais pas les seins et les fesses. Je n’exploite pas un bataillon de salariés en faisant croire que, sans mon génie entrepreneurial, ils ne seraient rien. Je ne fais pas (encore) de politique. Je ne braque pas des banques, ni des stations services, ni des vieilles. Je n’attends pas d’héritage. Je n’ai pas de puits de pétrole ni de mine de diamants dans mon jardin. Je ne produis pas d’émission télé où des jeunes viennent s’ébattre dans des piscines dotées de caméras. Je n’ai pas la gueule de Paul Newman (et pourtant, elle vient de se libérer… à plus tard, Paul). Je n’ai pas inventé une ligne de code dont plus personne ne peut se passer. Alors…

Alors, ai-je une chance de devenir riche en faisant ce que je sais faire ?

Si j’en crois John Scalzi, c’est possible mais ce n’est pas gagné, et en plus ce sera du boulot. Et in fine, ça vous concerne aussi.

Dans son blog déjà célèbre, John explique en 10 points comment un jeune auteur (ce n’est pas une question d’âge) peut gagner sa vie en faisant comme lui (sa vie vaut apparemment 100 000 dollars par an depuis 10 ans, un peu moins avant).

J’ai tout lu. Dans ma grande bonté, je vous traduis et résume.

Point 1 : vous êtes écrivain ? Préparez-vous à être fauché.
Bon… Passons au point 2.

Points 2 : n’abandonnez pas votre boulot actuel.
Je cite John : « Beaucoup d’apprentis écrivains se la cire en chantant combien il serait chouette de balancer leur boulot et passer tout leur temps à tap-taper du texte. Ces gars sont stupides. »
Il a des arguments qui tiennent, comme quoi faire semblant de bosser pour un patron et être payé pour permet de s’amuser à écrire ce qui deviendra un investissement rentable dès qu’on l’aura vendu.
Bon. Moralement, j’aime pas. J’ai été élevé par un père qui ne se crevait pas à mort le dimanche car il aurait eu l’impression de voler son patron le lundi (il était à l’alpinisme ce qu’un Tabarly était à la voile :  un papi respectable et respecté, sauf qu’en plus il était ingénieur).

Point 3 : marriez-vous (ou mettez-vous à la colle) avec quelqu’un qui a le sens de l’argent, et qui a un vrai boulot.
Bon, ça c’est fait. Pas pour ces raisons induites et immorales, mais c’est fait.
D’ailleurs John précise : « votre conjoint vous fait un cadeau en vous offrant sécurité et souplesse. Soyez sûr que ça le vaut. »
Sous-entendu, ne gaspillez pas ce cadeau et écrivez des trucs qui le valent. Je prends.

Les points 4 à 8 détaillent des considérations sur l’économie et comment bien dépenser tout en payant ses impôts : on saute.

Point 9 : renseignez-vous sur le marché total de l’écriture et valorisez votre propre production.
Là, c’est à mon avis le point clé. Quels sont les écrits qui se vendent, et comment vendre ce que j’écris. Rassurez-vous, John n’a pas de recette miracle. Comme dans : « Il n’y a rien de mal à écrire comme un à-côté et ne pas se préoccuper de paiments. Mais si vous voulez écrire à plein temps, il faut que vous puissiez écrire à plein temps ; ce qui veut dire trouver des moyens de rendre l’activité rentable pour le temps et l’énergie que vous lui consacrez. » Une vraie tautologie, dommage. Mais c’est intéressant quand même.

Point 10 : Écrire est un business. Comportez-vous en businessman.
Oui encore. J’aime bien l’idée. D’autant que John précise son propos : « Bien des écrivains pensent ou veulent croire que la seule chose qu’ils ont à faire, c’est écrire, et que le reste se fera de lui-même. C’est faux. C’est pourquoi tant d’écrivains ont des difficultés financières. Si vous voulez faire de l’écriture votre profession, commencez par vous en occuper sérieusement. »

Je suis bien d’accord, John. Surtout qu’on n’est pas écrivain tout seul : éditeurs, distributeurs, diffuseurs, libraires, organisateurs de salons et d’événements, journalistes et critiques comptent sur le professionnalisme du producteur initial (l’écriveur, quoi) dont découle toute leur activité. Il suffira de savoir leur rappeler (dans les formes) que la source se tarit faute de flouze…

Donc, je m’en occupe sérieusement depuis qu’un éditeur m’a fait confiance. Je compte maintenant passer à la vitesse supérieure. Commencer par écrire plus (c’est en cours), mais aussi écrire mieux, des trucs que les éditeurs qui font bien leur boulot arriveront à vendre. Je sais, ça fait sale de parler d’argent et de ventes. Nous sommes des artistes. Alors traitez-moi de sale artiste, et le compte y sera.

Et autre chose : si certains d’entre vous aiment ce que j’écris (nouvelles, romans… brochures industrielles), n’hésitez pas à en parler, aux gens qui pourraient aimer en lire aussi, mais surtout à ceux qui pourraient en vendre (libraire mon ami…).
Ce ne sera pas le meilleur moyen de continuer à lire ce que j’écris : ce sera le seul.
Sinon, quand j’aurai épuisé mes réserves et la patience de ma Douce, je retournerai à l’usine.

Soyez égoïstes, faites-le pour vous : vendez-moi !

D’avance merci. Et merci à Irène Delse de m’avoir fait connaître le blog de John. Cliquez ci-contre, allez voir son blog, achetez son livre, ça vous donnera envie du prochain qu’elle prépare avec le Navire.

11 Réponses to 'Suis-je fait pour devenir riche ?'

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  1. Yap said,

    Je vais lire sa note plus en détail, ça a l’air intéressant.

    Je crois pas qu’il dit qu’il faut faire semblant de travailler, mais se contenter de faire son boulot et faire semblant qu’on s’y intéresse. Mais je peux me tromper.

  2. Marco said,

    Excuse moi, Don Lo, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris sur ta situation actuelle (j’ai chopé un grrrros rhume qui rend mon cerveau encore moins réactif que d’habitude): sur la fin de ton article, j’ai cru comprendre que tu avais momentanément arrêté de travailler pour écrire « à plein temps », c’est bien ça?? Si oui, là je dis respect, quel que soit le résultat.

  3. Don Lorenjy said,

    Oui, Yap, c’est vrai, j’ai un peu exagéré, mais l’idée du « faisons le minimum au boulot » m’a un peu heurté. J’ai une âme sociale sensible.
    Oui, Marco, j’ai lâché le boulot. Je réponds aux demandes de mes clients actuels, mais je ne vais plus rien chercher d’autre. Et ça ne paye même pas les charges sociales. Bref, mon boulot me coûte des sous.

  4. Polipoterne said,

    Don Lo, je ne sais pas si tu as le profil pour devenir riche, mais ce qui est évident, c’est que tu as celui de l’écrivain.
    Et ce talent, enrichi au moins sprituellement (ce n’est pas la moindre des richesses)
    Courage Lo.

  5. Don Lorenjy said,

    Merci Poli (je peux vous appeler Poli ?).
    Il va juste falloir que je trouve la recette de la soupe au courage, quand le moment sera venu d’en nourrir mes enfants.

  6. polipoterne said,

    Commence par la soupe aux courges, plus facile et on n’est pas à un « A » prés.
    Et oui, Poli ira très bien… ou Poterne ou terne…

  7. Don Lorenjy said,

    Non, pas terne, surtout le blog où tous nos potes iront (suis-je courge !)

  8. martin said,

    Cette question-là a toujours une réponse de nature rétroactive, et forcément négative. Ceux qui se la posent ne font qu’exprimer à travers elle le regret d’avoir loupé quelque chose – une toute petite chose : la fortune – mais réussi tellement plus : la sensation qu’elle est trop trop bonne d’avoir cultivé son désir et son plaisir; non ?
    Et pour pas un rond ! En pur esthète quoi, la classe !
    J’dis ça, j’dis rien hein…
    Bonne journée 🙂

  9. Don Lorenjy said,

    Martin, à force de rien dire tu vas finir par faire avancer les choses. Genre « cultiver le désir et le plaisir », deux notions tellement absentes de l’article de M. Scalzi, pauvre John.

  10. Irène said,

    Un topo très utile. Autre chose : les point 2 et 3 sont complémentaires, puisque ça revient à rappeler aux auteurs l’importance d’avoir autre chose dans la vie que l’écriture. Non seulement pour des raisons économiques (avoir un boulot régulier et/ou être marié à quelqu’un dans ce cas amène une autre source de revenus, plus des avantages sociaux inaccessibles aux purs écrivains), mais aussi parce que cela aide à avoir une vie sociale et familiale plus équilibrée. En plus, les expériences vécues au boulot et en famille viendront nourrir l’imagination de l’auteur… C’est toujours bon à prendre ! 😉

  11. Don Lorenjy said,

    Oui Irène, mais si je veux finir ruiné, aigri, vieux et solitaire pour faire de la littérature à partir des sentiments qui m’agiteront alors, hein ?


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