Comme ça s'écrit…


Ça Schtroumpf, connard ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 4 octobre, 2008
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Désolé pour la vulgarité du titre, mais je vous assure qu’il s’expliquera plus tard, même s’il ne se justifie pas.
Ayant fêté la naissance de Djeeb le Chanceur voici déjà plus de 15 jours, je me suis dit qu’il était temps de m’offrir une nouvelle émission littéraire à la télé. Ce fut la Grande Librairie, ce midi (oui, je ne reçois pas la TNT, caché derrière les montagnes, donc je dois attendre le samedi midi pour en profiter en rediffusion sur la 5 pas TNT). Et bien m’en a pris, parce qu’il y avait François.

J’aime bien François Bégaudeau. Il a suffisamment de qualités pour être un bon copain, et de défauts pour qu’on puisse lui dire sans crainte « Non, là François, t’es à côté, arrête ! ». Le gars malin, mais pas intimidant. On sent qu’on peut discuter, tout en sachant que c’est lui qui aura raison à la fin.
Bon, il y avait François.

Parmi les choses intéressantes que je l’ai entendu dire, celle-ci : « Comme synonyme de style, je propose Schtroumpf. C’est le mot qui veut tout dire, donc rien. »
J’ai l’impression qu’il a un peu raison. Il suffit de suivre une des sempiternelles et récurrentes discussions style/histoire ou fond/forme sur n’importe quel forum littéraire. C’est poilant de voir le temps qu’on perd à essayer de se mettre d’accord sur de quoi qu’on parle.
Pourtant, le style j’aime bien. Et quand je me dis que je vais travailler un peu le style, je sais très bien ce que j’ai en tête (attention, j’ai dit « le » style, pas « mon » style, nuance). Pour moi, ça relève du domaine de l’épate. Je sais bien que ça a l’air sale, mais c’est un peu ça : je vais essayer de m’épater en écrivant quelque chose d’une façon que je n’ai pas encore lue ou imaginée. Après, que ça épate le lecteur, ça m’est un peu égal : c’est avant tout pour mon plaisir à moi.
C’est vrai, on pourra toujours affirmer, comme François, qu’écrire « Les lueurs du couchant teintaient la colline d’une tristesse mordorée » c’est pareil que « La nuit tombait » en plus boursouflé. Sauf qu’il y a la manière, et que la nuit ne tombe jamais deux fois de la même façon, ni dans la réalité objective, ni dans les yeux de celui qui regarde, et encore moins dans le cœur d’un lecteur. Dans ce cas-là, le style c’est la manière de rendre ce qui se passe intelligible au-delà du factuel. Après, on peut encore tordre un peu les mots pour entrer dans l’épate. Mais on n’est pas obligé, c’est selon le goût de chacun.

Plus tard, François a exprimé son étonnement quant à la proportion de connards qui peuplent le monde littéraire. Il faut le reconnaître, il y va fort. Mais il doit bien avoir, lui qui peuple le monde littéraire, plus d’infos que moi qui ne le peuple pas.
Donc, plus de connards qu’ailleurs, alors que ceux qui aiment les livres se seraient attendus à ce qu’il y en ait plutôt moins. Et François confirme que c’est l’activité même d’écrire qui produit le connard. J’espère y échapper, tout comme lui, mais j’aimerais mieux comprendre ce qu’il veut dire. Pour cela, il faudrait que je lise son antimanuel de littérature, mais je n’ai pas le temps. Donc, je vais essayer d’intuiter.
Peut-être que le monde littéraire est un monde qui a peur. Peur d’être bon mais que ça ne se sache pas. Peur d’être mauvais et que ça se sache. Peur d’être moins bon que le voisin, ou en tout cas perçu comme tel. Peur d’avoir été bon et de ne pas pouvoir y arriver à nouveau. Peur d’être bon et que ça ne se vende pas. Peur que ça se vende et d’être donc considéré comme mauvais. Peur qu’on parle de vous en trop bien et de décevoir. Peur qu’on parle de vous en mal et que ça se justifie. Peur qu’on ne parle même pas de vous. Peur d’être trop gentil. Peur de n’avoir pas été assez méchant. Peur du temps qui passe et de ne pas laisser assez de traces. Peur de ne pas gagner sa croûte. Peur, peur, peur !
Partout où je l’ai croisée, j’ai trouvé que la peur rendait con.

Je vais donc tenter de n’avoir peur que de tomber, en falaise, à ski ou dans les skate parks, ce qui au risque de me rendre passagèrement con me sauvera au moins la vie.

Et vous, ça schtroumpf ?

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21 Réponses to 'Ça Schtroumpf, connard ?'

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  1. martin said,

    Ben ça allait plutôt bien jusqu’à ce que je te lise, maintenant je ne sais si j’allais si bien que ça finalement, ça devait être du flanc pour me faire croire que oui, en fait je crois que j’avais les jetons mais que je voulais pas me l’avouer.
    Au départ j’avais l’intention de discuter un peu de cette histoire de style :
    « … la manière de rendre ce qui se passe intelligible au-delà du factuel. »
    Bien que j’y ajouterais quelque chose – mais quoi exactement ? -, ça me convient assez.
    Bon dimanche 🙂

  2. EmmaBovary said,

    En ce qui me concerne, je vais tenter de n’avoir peur que de l’arsenic!
    (et d’être enfermée dans un endroit exigu aussi… chui un peu claustro!)

  3. polipoterne said,

    Ouais Don Lo, ça schtroumpf !
    Merde, t’as gagné, j’ai peur de laisser un commentaire maintenant…

    Merci Gargamel 😉

  4. Don Lorenjy said,

    D’accord vous trois. A nous 4, nous allons repeupler le monde littéraire avec des peurs normales qui n’ont rien à voir avec l’écriture. Je pense que ça va être chouette.
    Ceci dit, si quelqu’un a lu le livre de Bégaudeau, peut-il m’expliquer pourquoi écrire fabrique le connard ?

  5. yann said,

    Bon ok promis je ne fais pas 12 pages, je te livre juste une bribe de mon combat personnel: ça me gonfle qu’on confonde style et champ lexical:
    ex:
    « Les lueurs du couchant teintaient la colline d’une tristesse mordorée »
    A un champ lexical soutenu mais un style de merde.
    A l’inverse Céline emploi l’argot et a un style de dingue.

    Tu vois ce que je veux dire?

    Quant à écrire qui fabrique un connard ben (j’ai pas lu begaudeau) mais oui, ça me semble logique : tu te sers des autres pour pomper leurs vies puis tu dois avoir un égo suffisamment énorme pour croire que ce que tu écris dans ta chambre va toucher les autres… Bonnes pistes non?

    a+

    yann

  6. Don Lorenjy said,

    Ah oui, bonne explication pour la connardise.
    Pour le champ lexical, je n’ai pas fini de te gonfler, parce que je vois pas ce que c’est. Tu peux expliquer ? (style de merde en revanche, je vois assez bien)

  7. martin said,

    Sinon j’ai pas lu Bégaudeau donc je sais rien de rien.
    Je suis d’accord avec Yann pour le style.
    Mais « écrire dans sa chambre » n’implique pas automatiquement qu’on croie que ça va toucher les autres. Quand on n’est pas écrivain on peut écrire pour soi, tout simplement, juste une histoire de fun. Quand on est écrivain, je sais pas, je ne le suis pas.
    Schtoumpf et connard, mouais, bof, c’est facile, non ? Il le pense vraiment ?…m’étonnerait, j’aime bien les gens qui assument, moi. Veut-il dire que toute création, finalement, ne serait que dérision ? Si oui, il peut toujours faire autre chose, chais pas moi… acteur par exemple, c’est moins dérisoire, hein !
    Je vais me coucher, tiens…

  8. Marco said,

    Eh bien, un billet très dense, qui m’intéresse drôlement!
    1) sur Bégaudeau: oui, M’sieur! moi, M’sieur! je l’ai bientôt fini, son bien nommé Antimanuel, et je le « chronique » sur mon blog d’ici la fin de la semaine. Bon, sur le style, il joue sur les mots (comme souvent): il veut parler en fait du « beau style », figé, ornemental. Pas le style, en fait. (c’est lui le schtroumph qui utilise un seul mot pour désigner plein de choses différentes:) . Bon, « connard », je ne sais pas trop, faut voir le contexte; disons juste qu’il a un goût prononcé pour la provocation, la lutte anti-réac, mais aussi la démagogie: les 3 rèunies, ça lui fait dire assez facilement « connard ».
    2) sur la peur du monde des « écrivains »… ah! tant de choses à dire (mais je dois aller en cours, là, snif, je repasse dès que possible).

  9. Don Lorenjy said,

    Merci les deux Mar (tin & co) pour cet éclairage. Oui, Bégaudeau parle souvent bien, mais sans dire grand chose. Aurait-il du schtroumpf sans avoir de schtroumpf ? Allez savoir…
    D’où la prochaine question du jour : faut-il aller en cours ou se coucher ?

  10. yann said,

    @ Martin, puisqu’on évoque les gens de saint germain je ne pensais évidemment qu’à ceux qui veulent en vivre, qui essayent de rentrer dans le jeu…

    Pour le style et le champ lexical, je veux dire que ce n’est pas parce qu’on emploie systématiquement des mots de 9 syllabes, des mots rares qu’on a un style. D’où l’exemple que je te cite :
    « Les lueurs du couchant teintaient la colline d’une tristesse mordorée”
    Phrase ronflante+ accumulation de préciosité+ autisme= chiant à lire.
    Alors que
    « A la fin de la journée, devant moi, la colline se couvre d’or quand le soleil oblique enflamme les feuilles des châtaigniers centenaires ».
    est + lisible, moins chiant, moins prétentieux donc me semble d’un meilleur style.
    Comprends tu mieux?
    Dis autrement
    « je dois maintenant t’occir pour tes péchés répandus, pauvre pécheresse » sera toujours moins fort que « crève salope »

    Allez je ne vais pas plus loin.

    a+

    yann

  11. martin said,

    Yann, j’vais pas faire mon fier, j’ai bien compris le dernier exemple. Je regrette que tu t’arrêtes là dans ta démonstration, pasque franchement ça venait bien, là. Ca c’est de la pédagogie !
    T’inquiète, j’avais compris pour avant…
    Oui, j’ai bien dormi, merci 🙂

  12. Don Lorenjy said,

    Oui, très belle démonstration. On y voit très clairement que le style, c’est l’affaire du lecteur, pas de l’auteur.
    Et pour ça Yann, sois grandement remercié.
    (j’adore ce genre de message qui ne dit pas si je suis pour ou contre, bien au contraire)

  13. yann said,

    Reste à savoir si je ponds des com pour recevoir ce genre de réponses.
    Mais bien sur rien ne m’oblige a venir ici…

  14. Don Lorenjy said,

    Oh, ne te vexe pas.
    On te demande plus de précision sur un aspect intéressant de ton commentaire, et tu reprends des exemples un peu vanneurs au lieu de développer l’approche plus « théorique ». Après, que les réponses soient sur le ton de la vanne, c’est un peu normal.
    On va finir par devoir t’obliger à venir ici et finir tes démonstrations. Pour l’instant, j’ai retenu que quand c’est descriptif (surtout si c’est court et gras) c’est du bon style, et quand c’est plus expressif d’un état d’esprit, c’est ronflant, précieux, voire « autiste » (???). J’ai bon ?
    A titre personnel, je prends ton avis tel qu’il est sans jugement sur les exemples cités, puisqu’ils ne sont pas de moi. Et ce qui m’intéresse dans ton point de vue, c’est justement le fait que l’appréciation du style est affaire de lecteur plus que d’auteur. J’ai encore bon ?
    Allez, bonne ponte !

  15. yann said,

    Ok bon on ne s’est pas compris, au temps/autant pour moi et balle au centre.

    Ceci dit mon com plus haut n’était pas une vanne mais je crains par contre que tu y cherche plus de lumière qu’il ne voulait en contenir.

    Ainsi pour résumer : je ne sais pas exactement ce qu’est le « style » (et je n’ai pas vraiment envie de chercher) MAIS je sais juste que souvent on confond à tord la richesse du champs lexical et le style.

    En clair ce n’est pas parce qu’on n’utilise que des mots de 5 syllabes qu’on a immédiatement un bon style.
    A l’inverse on peut avoir un style trés fort en utilisant l’argot (Céline)

    Voilà c’est tout ce que j’avais à dire.
    Ben non ça casse pas trois pattes à un canard, on va pas se fâcher pour si peu.

    Et pour autisme le jour ou tu m’expliqueras clairement ce qu’est une tristesse marron doré déclenchée par le soleil couchant sur la colline je te paye un cornet de frite.

    😉

    yann

  16. Don Lorenjy said,

    Merci d’être revenu 😉
    Bon… l’auteur de l’exemple, pour ne pas être un autiste qui mélange description et émotion, aurait peut-être du écrire « Les lueurs du couchant teintaient la colline d’un marron doré. C’était triste. »
    A titre personnel, la concentration des deux données en une seule phrase ne me fait pas fuir. Alors que « Crève salope ! » si.
    Avec une pointe de vinaigre, les frites.

  17. yann said,

    Bon ne confondons pas le sens (que j’ai compris) de la phrase et le style.
    En clair ta phrase, pour moi ne veut rien dire mais comme elle est pleine de mots compliqués ça fait la blague, ce n’est pas du style c’est du camouflage.

    “Les lueurs du couchant teintaient la colline d’une tristesse mordorée”
    traduction littérale:
     » les lumières de fin de journée colorent la colline d’une tristesse marron dorée »

    Dans le style pompier je vois pas mieux. Mais c’est un style tu me diras.
    Soit. Ca n’a pas vraiment de sens (colorer un lieu avec un sentiment? genre je repeins ma chambre d’une joie vert bleu? ) mais ça sonne bien , ok soit. Je ne vais pas me battre.

    Après « creve salope » était juste un exemple pour comparer les forces respectives de deux propositions:
    “je dois maintenant t’occir pour tes péchés répandus, pauvre pécheresse” “crève salope”
    Celle au champ lexical ne plus fort n’est pas forcement celle qui a le plus de force, d’impact. Voila c’est dit.

    pfiou je suis crevé moi.

  18. Don Lorenjy said,

    Tout étant une question d’objectif de l’auteur (l’impact d’un “Crève Salope” contre l’humour distancié de “Gna gna gna pêcheresse”), je ne parlerais alors pas de bon ou de mauvais style dans les exemples que tu cites, mais de style adapté ou non à l’objectif.
    Quant à la tristesse mordorée, arrête de me l’attribuer : je l’ai piqué à Bégaudeau sur le plateau de la Grande Librairie.

  19. yann said,

    Oui, nous sommes d’accord (youpi!!)
    Et « ta » phrase ne voulait pas dire « la tienne » mais celle que tu cites …

    ;))

    a+

    yann

  20. Don Lorenjy said,

    Je ne laisse jamais un contentieux s’installer sans tout tenter pour le dénouer, c’est ce qui a fait mon succès à l’ONU. Donc Youpi aussi.

  21. yann said,

    C’est vrai que moi je suis plus SDN.
    (mouarf culture etc… tes lecteurs habituels vont être déroutés)

    Et CA c’est une vanne ;))

    a+

    yann


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