Comme ça s'écrit…


Puisque Martin le demande…

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 14 octobre, 2008
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Oui, Martin Cadeau le demande : comment arrive-t-on à 300 pages de Djeeb, comme ça, il le demande. Et sans bien le connaître, je me doute qu’il s’attend à une réponse.
Et puis il y a Nicolaï Lo Russo, qui écrit ceci sur le blog de Léo Scheer : « Or comment écrit-on un roman ? Dans quelles conditions est-ce que ça naît ? Serait-ce dans le silence ouaté des chambres sourdes, où pendant des mois et sur des tables en noyer, l’angoisse blanche l’y dispute au viscéral ? » Lui, je le connais peu aussi, et je sens plus le côté rhétorique de sa question. Elle n’appelle pas vraiment de réponse, mais esprit de contradiction aidant, je vais m’y risquer.

Donc Djeeb.
Comment ça commence ? (pour « comment ça finit ? » il faudra attendre qu’il sorte en librairie)
Très simplement. Disons que c’est une question de confiance qui percute une envie. Ou l’inverse. Un peu comme : envie d’écrire un truc pour se faire plaisir, et confiance dans sa capacité d’aller au bout.
En fait, je me souviens très clairement l’état d’esprit du début : l’envie de me lancer à poil, sans savoir où ça va, avec la même curiosité qu’en lisant des livres qui ne se prennent pas trop le chou question message, ou illustration de notre condition, ou que sais-je encore, mais m’embarquent dans une histoire pleine d’aventures. Je cite un nom au hasard : Jack Vance.
Voilà, c’est dit : Djeeb est né dans un total esprit Vancien d’embarquement à l’aveugle. Et je ne me suis peut-être pas complètement planté, parce que plein de lecteurs ont fait le rapprochement, tout en ayant l’élégance de ne pas faire la comparaison (Vance ne s’en relèverait pas, Ha Ha, ironique moi !).

Bien sûr, ne pas savoir où l’on va pose des problèmes. On peut se tromper de chemin. Le héros, par exemple, sacré Djeeb : au départ, c’était un petit magouilleur plein de veulerie qui ne comptait que sur sa chance. D’ailleurs, les premiers pas de l’histoire étaient titrés « Djeeb le chanceux ». Mais bien vite, ce guignol m’a déçu et je l’ai transformé. Cela s’est fait en le cognant dans des situations qui surgissaient, quitte à revenir en arrière pour corriger le tir. Il s’est dessiné peu à peu, renforcé, et m’a finalement paru plus tenable en esthète aventurier, qui laisse parfois son goût pour le beau geste l’emporter sur la raison. Un gars comme ça, c’est tout bonheur de le tremper dans les circonstances les plus crispantes. Si je me souviens bien, le premier truc auquel j’ai eu envie de le confronter, c’était de lui faire signer sa propre condamnation à mort et de voir comment il s’en tire. J’ai gardé l’idée au chaud, mais vous verrez… En tout cas, voilà Djeeb : un type qui cherche à échapper au destin qu’il s’est lui-même forgé, juste parce que sur le coup, il trouvait que ça avait de la gueule !

Hop làààà, j’ai un héros, son nom, pas encore son passé, mais ça viendra, ni son avenir, puisqu’il est en cours. Que me manque-t-il ? Une première phrase bien bateau, qui ouvre toutes les portes que j’ai envie de pousser plus tard. Alors j’ai écrit :
« Il y avait dans cette brume quelque chose d’inquiétant qui venait lécher les flancs du navire. »

De la brume (j’étais en plein brouillard, et puis j’en avait déjà utilisé pas mal sur Aria, mais il en restait), un navire (toute l’aventure concentrée dans une coque de noix) et un peu d’inquiétude pour corser. Ça partait bien. J’ai changé plein de trucs par la suite, corrigé, raboté, mais rien à la première phrase. Nickel, la première phrase, elle me plait, elle bouge plus, et toc !

Ensuite, il me fallait un univers à mettre autour du héros, et un Mc Guffin pour l’occuper un peu dans cet univers. C’est venu, petit à petit, à l’usage. Mais c’est la question du rythme qui allait vraiment emballer l’affaire. Le rythme… Tadadaaa ! Et puis le lieu (merci Nicolaï), aussi, inséparable du moment (oui, on n’est pas tout le temps au même endroit, et le lieu où j’étais au moment où j’écrivais le plus gros de Djeeb a joué beaucoup sur la tonalité du récit). On verra ça une autre fois.

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6 Réponses to 'Puisque Martin le demande…'

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  1. martin said,

    Fais gaffe tout de même, si tu réponds aussi gentiment à la moindre demande tu vas bientôt crouler sous le poids des obligations, je suis pas le seul curieux !
    Merci, vraiment, pour cette réponse qui suscite évidemment d’autres curiosités. Pour ce soir je m’en tiendrai là, bien que mes doigts frétillent de cette impatience d’en savoir plus encore, Tu vois je sais me tenir !

    Merci beaucoup, Don 🙂

  2. polipoterne said,

    Plus d’idées que de courage pour moi…

    Je te souhaite la réussite que mérite ton talent et ta persévérance.

  3. Don Lorenjy said,

    Toute curiosité sera satisfaite… dès que j’aurais autant de courage mais la moitié du talent de M. Poli.

  4. yann said,

    Tiens le retour du chieur (moi). Mais bon quand même:

     » Il y avait dans cette brume quelque chose d’inquiétant qui venait lécher les flancs du navire. »

    Tu veux donc dire qu’il y a un truc inquiétant qui lèche ton bateau c’est ça hein? (dégueulasse avec la langue en plus)

    Tu ne veux pas dire
     » Il y avait quelque chose d’inquiétant dans cette brume qui venait lécher les flancs du navire.  »

    Enfin j’dis ça j’dis rien…

    a+

    yann

  5. Don Lorenjy said,

    Proposition 1. Mais c’est pas mon bateau.

    Dis, Yann, pourquoi je n’arrive pas à laisser des commentaires sur ton blog ?

  6. yann said,

    Ok alors au temps pour moi et va pour le suceur de navire ;)))

    Et tu n’arrives pas parce qu’ils sont bloqués tiens (c’te blague 😉 ). J’en avais trop marre de tous ces cons qui viennent commenter ma première phrase (;) )

    Bon enfin tu peux toujours m’envoyer un mail et puis si tu cherches bien, dans l’arrière cour, il y a un blog bonus où tu peux me commenter…
    ( ta quête voici petit padawan)

    a bientôt (et désolé de me la jouer maitre capello)

    yann


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