Comme ça s'écrit…


ça, c’est du bon !

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 20 octobre, 2008
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Il y a dans Le Monde un article où un certain Frédéric-Yves Jeannet voit dans l’attribution du Nobel à Le Clézio une sorte d’insulte à la littérature française.

Bon. c’est son droit et, comme il le dit lui-même, il s’exprime en tant que professeur de littérature et non en tant qu’écrivain, ce qui nous la fait belle mais surtout martelle d’entrée son point de vue de mandarin auto-autorisé. Il s’y connaît, lui, en littérature française, puisqu’il la professe, alors que le jury Nobel ne fait que jurer et se tromper.

Ensuite,  Frédéric-Yves entreprend, par la comparaison de quelques phrases débutant un roman de Le Clézio avec d’autres tirées de « grands écrivains » (Duras, Genet, Faulkner, Kansum), de démontrer combien Le Clézio lui n’est pas un grand écrivain universel et ne mérite que notre mépris (et donc pas le Nobel).

Déjà, je trouve le procédé minable. Réduire le talent (ou non-talent) de quiconque à quelques phrases… c’est nul. Mais Frédéric-Yves est un professeur. Il sait très bien que sa façon de démontrer ne repose sur rien. Alors pourquoi le fait-il ? Peut-être parce qu’il a écrit trop vite, sous le coup de l’énervement. Peut-être parce qu’il a toute une cartouchière d’exemples du même type et qu’il attend qu’on critique ce premier tir pour mitrailler plus large. Peut-être parce qu’il n’a rien trouvé de mieux, et dire une ânerie c’est toujours mieux que rien dans le concert ambiant.

N’ayant jamais lu Le Clézio, je ne vais certainement pas le défendre sur le fond. D’autant que la thèse de Jeannet se défend (le Nobel de JMG va figer la perception internationale de la littérature française actuelle et en occulter tout un pan peut-être plus progressiste). Mais sur la forme, ça me rappelle toutes les âneries qu’on a pu dire ici ou là sur ce qu’est le bon ou le mauvais style, exemples à l’appui, et notamment un petit critique qui s’était fait un nom (d’oiseau) en flinguant tout un recueil par la seule lecture commentée de la première phrase de chaque nouvelle. Je ne connaissais pas M. Jeannet, mais je crois que les présentations faites par le biais de son article vont m’inciter à en rester là.

Dès qu’on dégaine son dictionnaire de citations pour dire « ça c’est bien, ça ça pue ! », je crois qu’on creuse pour se planter profond. Qu’on s’appelle Bégaudeau ou Jeannet, dans le Monde ou ailleurs.

Ceci dit, pour vous faire une idée de savoir si Djeeb c’est du bon ou du mauvais sans vous arrêter à la première phrase, tapez-vous donc un nouvel extrait sur mon Wizzz (vas-y Yann, tire le premier).

14 Réponses to 'ça, c’est du bon !'

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  1. Yap said,

    En lisant le début de ton article, j’ai également pensé à certain monsieur P.
    N’empêche que j’aime bien chiader mes premières phrases, maintenant. Mais c’est un plus, c’est tout.


  2. M’enfin ? Il a le droit de ne pas être d’accord et de le dire quand même ? Par contre sa méthode de démonstration n’a pas l’air au point je te l’accorde…

  3. polipoterne said,

    déjà qu’il a un prénom à la con, si en plus il a l’obséquiosité de se placer au’dessus de ceux qui écrivent pour critiquer celui qui écrit, alors qu’il n’a vraisemblablement rien écrit…
    Imaginons que l’on condense un livre à sa première phrase, et que le résumé du livre, au verso de la jaquette, se compose, du coup, d’un mot de cette phrase…
    ce serait ce mot qui donnerait envie d’acheter le livre.
    « La chambre se parlait doucement à elle-même » Tyrann d’I. Asimov, au verso de la couverture, le mot « chambre » en résumé
    Wouaow, super, j’achète !
    Mais que fait Djeeb ?!

  4. emma said,

    Cette démonstration n’a de démonstration que le nom…S’il suffisait de soigner sa première phrase pour écrire un bon livre, ca se saurait. En plus je ne vois pas bien à qui ce prix nobel va faire de l’ombre, les auteurs français, à part Houellebecq, étant de toute manière très peu lus à l’étranger…

  5. Don Lorenjy said,

    Voilà, vous avez tous compris : la méthode pue. Après, son opinion… chacun en a une, pourquoi pas lui.
    Tenez, je vais envoyer la mienne au Monde, pour que tout le monde la connaisse…

  6. Marco said,

    Ah bien d’accord, le Jeannet Lapin il va un peu vite en besogne, quelques phrases et hop la tombe est creusée, y a plus qu’à balancer le corps… Dommage, parce que j’aime bien quand on cite précisément les textes d’un écrivain et qu’on s’y attarde un peu, plutôt que de rester dans les généralités qui ne parlent à personne. Mais là, avec son tribunnal expéditif, ouille.
    En plus, l’argument du « ses premières oeuvres étaient innovantes mais pas ses dernières » ne tient pas; beaucoup de Nobel ont reçu leur prix sur une oeuvre ou deux particulièrement marquantes (Golding par exemple, avec son « Lord of the flies », après il s’est beaucoup répété). Que la « production » de Le Clézio soit inégale (sur près de 30 titres, c’est un peu normal!) n’enlève rien à la force de ses oeuvres « réussies ». Et puis alors l’opposition simpliste best seller/ oeuvre exigeante est affreusement naïve; Le Clézio a eu la « chance » que l’évolution de son imaginaire corresponde de plus en plus avec les goûts d’un large public, et le prof (argh! un collègue?!) voudrait le lyncher pour cela… Re-ouille.

  7. Lucie said,

    Ah tiens, moi aussi j’ai pensé à un certain M. P. est-ce le même que toi, Yap ? (au fait, on se connaît, Yap ? Non, parce que moi, les pseudos, je suis perdue…)

    Et du coup, ce genre d’article me donne envie de lire Le Clezio 😉 En fait, ça faisait longtemps que j’avais envie de le lire sans en trouver le temps, mais là, je vais peut-être concrétiser. Pas à cause du Nobel mais à cause de M. Jeannet

  8. Don Lorenjy said,

    Oui, Lucie, tu connais Yap (je ne vais pas cramer son pseudo ici, d’autant qu’il a gardé ses lunettes sur sa photo) et vous parlez bien du même M. P. que moi.
    Quant aux âneries de Jeannet, ton envie de lire Le Clézio me suggère une quatrième explication : c’est de la pure promo, connaissant l’esprit de contradiction des Français (en fait, Jeannet c’est l’anagramme de JMG L C).

  9. martin said,

    « Il aura fallu sept lignes d’une énumération interminable, banale, prévisible, pour qu’on lève le sourcil avant de le laisser retomber. »
    Il aura fallu que j’aille au bout de l’article de Jeannet pour vérifier que dès ses premières lignes mon impression était bonne : j’allais m’ennuyer ferme.
    Je ne vois pas bien à quoi ni à qui peut être utile ce genre d’article.
    Je ne suis pas fan de JMLG bien qu’il me soit arrivé d’en lire de beaux passages, ici et là dans son oeuvre, que j’ai plutôt survolée que vraiment lue. Je l’ai picorée, on va dire. Je fais ça avec ces écrivains qui m’assomment mais à qui je concède une certaine forme de talent.


  10. Tout à fait Marco. C’est le cas pour Toni Morrison notamment.

  11. Yap said,

    @Lucie : Yap ou yaponchik, sur plusieurs forums. Dans la vie réelle, on s’est un peu croisé (salons) mais on a pas dû trop se parler.

  12. Don Lorenjy said,

    Loïs (et Marco), tu pense que Morrison a eu le Nobel sur quelle oeuvre en particulier ?

  13. deef said,

    Le Clézio est un très, très grand écrivain.
    Si vous aimez les voyages — toutes les formes de voyage —, je vous le recommande. Notamment Onitsha.

  14. Don Lorenjy said,

    Merci du conseil. Ce n’est pas une coquetterie que dire que je n’ai pas lu Le Clézio : il faut bien commencer, donc Onitsha.


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