Comme ça s'écrit…


Back to the Djeeb

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 5 janvier, 2009
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Il faut le reconnaître, en terme de course à l’édition Djeeb le Chanceur a pris une petite longueur d’avance sur la suite d’Aria des Brumes. Je vais donc continuer à vous en parler, avant que ce « roman d’aventures extraordinaires » trouve son éditeur et sa place sur les rayons des libraires (place dont vous vous empresserez par milliers d’aller le déloger avant de passer à la caisse, merci).

Alors voilà. Un précédent lecteur d’Aria qui a lu le début de Djeeb m’a fait remarquer que Aria était écrit très direct, droit dans l’action (ou la tchatche), alors que Djeeb est plus tortueux, avec un style plus chargé, une action très sinueuse.

C’est vrai.
La réponse « c’est fait exprès ! » n’a rien de satisfaisant, pour personne. Il a donc fallu que je réfléchisse un peu pour trouver pourquoi et comment ça s’est fait exprès. Et je crois que j’ai trouvé.
Sur Aria, ce sont les personnages qui guident l’action. Le texte est au présent, on suit donc pas-à-pas le déroulement de l’intrigue, sans pouvoir faire une pause descriptive en dehors de ce que voit tel ou tel personnage. On colle au temps de l’acteur, sans distance.
Pour Djeeb, j’ai utilisé une narration plus classique, narrateur extérieur/imparfait-passé simple. Ce qui m’a permis de m’installer tranquillement partout où j’entraînais le lecteur. Prendre le temps d’inventer un lieu à la fois crédible et étonnant (au moins pour moi). Avant d’y lancer l’action pour la laisser se développer vers un autre lieu. Et, en y repensant, c’est bien le lieu qui, tout au long du roman, génère l’action.
C’est parce que Ambeliane est isolée, protégée par une forteresse naturelle de falaises et de récifs que, d’une part ses marins ont développé leur commerce hauturier sur des compétences navales supérieures (sinon, ils seraient en train de nourrir les crabes au fond de leur rade sans avoir réussi à en sortir), et que d’autre part Djeeb a conçu le projet d’être le premier étranger à y pénétrer sans être invité (le syndrome du coffre fort, qui attire le voleur par son côté inviolable plus que par ce qu’il renferme).
De même, c’est parce que les palais Herold et Cantoris sont si différents qu’il s’y déroule des traquenards et des combats aussi divers et divergents.
Et la situation du poste de vigie imposa l’utilisation du voilair, et la relégation des ateliers derrière le Mont Lorne dicta le tunnel de lave, et… Vous avez compris. Sinon, il vous faudra tout lire, niark !
On suit donc un Djeeb fanfaron en se demandant « qu’est-ce qui se passe après ? » alors que la bonne question serait plutôt « et après, où on va ? ». Si je me souviens, bien, en cours d’écriture c’était exactement ce qui m’intéressait. Faire surgir un nouvel endroit, autant par curiosité de ce qu’il contiendrait que par envie d’y projeter l’action. Je me suis fait plaisir à imaginer des détails avant de leur donner une fonction dans l’histoire, ou pas de fonction, d’ailleurs. Pour éviter le syndrome de l’économie scénaristique. Celui qui vous fait penser, en croisant un élément incongru (disons, dans « Le monde selon Garp », le levier de vitesse qui perd sa boule) que ça va forcément ressortir plus tard, comme un lapin du chapeau. Le même principe d’économie qui vous fait dire, en voyant dans certains films un personnage apparemment secondaire joué par un acteur connu « celui-là, il va avoir un rôle important », syndrome qu’a d’ailleurs bien évité Fincher dans Seven, en ne nous montrant Kevin Spacey qu’à la fin. Dans le cas de Djeeb, tout n’a pas d’importance directe, pas mal de trucs sont là pour faire exister le décor, ou parce que ça me plaisait.

Alors on va dire « Oui, le Don Lo se fait plaisir à décrire des trucs dont on se fout, à ancrer son histoire dans un décor surchargé pour cacher qu’il n’a rien à raconter… » et à cela je répondrai que :
D’abord je ne m’arrête pas que sur les décors, mais que je m’amuse aussi sur les costumes ou la bouffe (choisir son menu est aussi important que se tirer d’une situation critique).
Que parfois il m’arrive de faire exister un élément sans perdre de temps, avec une remarquable économie de moyens (flattons-nous un peu).
Que lorsque l’action se pare d’une frénésie compréhensible, j’ai veillé à ce que le style suive et cogne.
Qu’on m’avait justement reproché dans Aria un manque d’exotisme et de spatialisation, et donc que si j’en ai mis un peu trop dans Djeeb c’est pour atteindre une honnête moyenne sur les deux romans.
Et qu’enfin personne n’est obligé de tout lire, on peut sauter des passages selon la loi dite de Pennac (Daniel, si tu passes dans le coin, note que je te remercie pour la série Malaussène, mais pas pour avoir donné l’impression qu’on pouvait écrire de bonnes histoires sans se prendre le chou, c’est pas vrai, c’est un vrai boulot).

Tenez, la prochaine fois je vous raconterai comment le lieu où j’écrivais a influé sur les lieux où se passe Djeeb. Pour aujourd’hui ça suffit.

Pour les curieux, je rappelle juste que des extraits de Djeeb sont en lecture libre sur mon Wizzz.

Et pour simplifier les accès sur ce blog-ci, vous pouvez cliquer sur la catégorie « Djeeb » pour trouver les articles s’y rapportant. Bonne année !

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6 Réponses to 'Back to the Djeeb'

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  1. Lucie said,

    La question intéressante est : tu comptes le proposer où ?

  2. Don Lorenjy said,

    Coucou Lucie,
    Concernant l’intéressante question, il a été déposé chez 5 éditeurs (dont trois qui me l’ont gentiment demandé après avoir lu des extraits en ligne), et déjà refusé par l’un d’entre eux : Bragelonne.
    Après, je ne sais pas si ça se fait de citer ceux qui le lisent encore (et hésitent, forcément), qu’en penses-tu ? J’aurais un peu l’impression de les mettre en concurrence, ce qui n’est pas mon souhait, et certainement pas le leur. Selon deux contacts récents, je devrais recevoir des réponses d’ici fin janvier. Je serai sans doute plus précis alors.

  3. Lucie said,

    Je ne trouve pas ton adresse e-mail, tu as la mienne ?

  4. martin said,

    Moi j’aime bien quand tu passes un peu de temps sur les décors, les costumes et tout ça. Comment dire exactement que ça me permet de me « sentir » là, dans le lieu que tu décris ou devant les personnages qui traversent ton histoire. Lorsque je dis sentir, je signifie autre chose qu’une vague sensation d’avoir compris en gros ce qui se passe, je veux dire que tes précisions m’aident à me « trans-porter » dans l’espace du roman, et ce que tu me mets sous les yeux me permet d’inventer ce que je ne vois pas qui est autour et fait aussi partie de l’histoire – ma contribution de lecteur qui aime bien se retrouver dans le casting. Bon j’arrête sinon je vais être encore moins clair.
    Comment ?… je suis très flou !… ben tu vois je fais bien de m’arrêter…


  5. Heureuse année 2009 à vous…

  6. Don Lorenjy said,

    Cher Martin, non seulement tu es très clair, mais en plus très utile. En tout cas pour moi. Si je veux faire plaisir au lecteur, il faut que je lui donne ce dont il a besoin pour prendre son plaisir.
    Poursuivrai-je dans cette voie ? Sûrement, si un éditeur me convainc que c’est la bonne.


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