Comme ça s'écrit…


Subjectif Gaza

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 16 janvier, 2009
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Je me suis réveillé en plein rêve, et c’était un cauchemar. Je vais essayer de vous raconter ce que j’ai ressenti : ce rêve n’a aucune portée morale, il ne symbolise rien, n’accuse pas. Mais il m’habite encore.

Je courais dans un dédale de couloirs bien propres. Je courais parce que j’avais peur. Mais courir ne servait à rien : ce dont j’avais peur était partout. Je courais quand même, peut-être pour résister à la panique qui m’aurait cloué au sol. Je n’étais pas seul, d’autres couraient derrière moi.
Et soudain il y a eu un éclair blanc, dilaté comme peuvent l’être les éclairs dans les rêves. Pendant cette boursouflure du temps, j’ai pu éprouver toutes les émotions générées par cet éclair, superposées.
L’angoisse finale qui m’a étouffé en réalisant que tout allait s’arrêter, ma vie, le monde, tout.
L’injustice d’être le premier face à l’éclair, alors que les autres, derrière, seraient peut-être protégés (c’est moche d’avoir pensé ça, mais je dis tout, alors…).
La douleur d’une lame de feu qui m’a entamé la chair.
Les hurlements des autres, atteints eux aussi, tronçonnés, explosés, éparpillés.
L’impression que l’air devenu brûlant se ruait dans ma gorge, mes poumons, cramait tout dedans.
La tristesse de sentir que tout cela ne serait pas réparable, que mon corps était fichu, un sentiment de perte définitive.
Et la douleur, la douleur, la douleur, non plus comme une information physique, mais comme un embrasement qui s’installe et occupe tout.

Quand je me suis réveillé, j’ai immédiatement relié la présence de ce rêve à un article lu hier sur la guerre à Gaza. D’après des chirurgiens européens en poste humanitaire dans un hôpital de la ville, un nouveau type de blessure est apparu. Ils n’avaient jamais vu des corps ainsi coupés en deux, de membres, surtout des jambes, amputés et brûlés en même temps. Ils évoquent la possibilité d’armes nouvelles, d’origine américaine, testées pendant ces attaques.

Je ne sais pas quoi en penser. Je me demande s’il faut penser, ou seulement supplier que cela s’arrête.

On ne peut pas regarder ce qui se passe à gaza de manière objective. Cela ne servirait à rien. Compter des morts et des blessés ? Pourquoi ? Chercher des responsabilités, exiger plus de justice ? C’est n’importe quoi.
Je demande que tout ceux qui y réfléchissent commencent par un peu de subjectivité. Sentez-vous sujet de ces actes en cours. Sujet palestinien, terroriste ou non, qui vit dans la peur et sent le piège se refermer avant d’exploser en douleur. Sujet israélien qui court à côté de son char, craint pour sa vie, tire sur tout ce qui bouge, espère pouvoir vivre encore un peu après ça. Tentez d’éprouver toutes ces peurs, toutes ces douleurs, et puis essayez de justifier ça, d’un bord comme de l’autre.

On va me dire que c’est un peu facile de faire vibrer la corde sensible. Qu’il faut penser autrement pour pouvoir penser juste.
Non, ce qui est facile, c’est de ne rien ressentir pour compter en paix.

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4 Réponses to 'Subjectif Gaza'

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  1. Denis said,

    Déjà d’habitude tu écris dans le ridicule, mais là c’est ponpon.

  2. Lucie said,

    Il faut ressentir. Il faut s’imaginer à la place des autres, de tous les autres. Je suis tout à fait d’accord avec toi.

    Je passe souvent des mauvaises nuits, mais je ne t’envie pas ce rêve, je te l’avoue !

  3. Don Lorenjy said,

    Merci Lucie. Et Denis… toujours très Denis, hein ?


  4. C’est vrai que c’est ridicule de ressentir cette forme d’insondable souffrance. 🙂
    Ridicule aussi de se dire que rien n’a changé depuis le temps des dinosaures, oeil pour oeil, etc. Compter, comment compter…
    Ou alors, c’est que cette peur de la souffrance fait trop peur ? Alors pour ne pas être aspiré par elle, on la trouve ridicule ?
    Bah, j’arrête le troisième degré. C’est pas ridicule, Don Lo, c’est effrayant. Vraiment. (et plus effrayant encore, que quelqu’un trouve ton billet ridicule, deux frissons pour le prix d’un – la deuxième lame coupe le poil…).


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