Comme ça s'écrit…


Un rêve de Sans Façon

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 21 janvier, 2009
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Je vais vous raconter une histoire. Celle de ce vieux naturaliste un peu toqué qui part à la recherche des mythiques oiseaux blancs d’Amerzone.

La légende veut que ces oiseaux sans patte mais aux ailes géantes passent leur vie en l’air sans jamais toucher terre. Ils volent sans trêve, s’aiment à tire d’aile – les parents se passant l’œuf pour le couver sans jamais le déposer dans aucun nid – et meurent même en plein azur. Après chaque décès, le corps est alors conduit du bout des ailes au-dessus d’un volcan où des générations de dépouilles de leurs semblables profitent des courants chauds nés de la lave et tournent pour l’éternité.

Plus personne en Amerzone ne croit à cette légende. Le pays est livré à la guerre civile, chaque coup d’état remplaçant une dictature sanglante par une autre. Seulement voilà, le naturaliste sent sa fin prochaine et veut finir sur un coup d’éclat : être le premier à ramener des images des oiseaux blancs. Il monte une expédition de bric et de broc et part dans la jungle, poursuivi par quelques sbires du pouvoir en place comptant bien lui voler sa découverte, si découverte il y a.

Je vous passe les péripéties, trahisons et chausse-trappes. Juste avant de mourir et presque par hasard, le vieil homme trouve enfin le repère des oiseaux blancs. Encore plus beaux que dans la légende, ils planent sans fin et ouvrent sur le monde de grands yeux désolés.

Le vieux savant mort, l’expédition se débande. Mais avant de quitter le sanctuaires, une jeune fille perdue et un détective étranger rendent un dernier hommage au naturaliste dont ils fixent le cadavre à un delta-plane de fortune avant de l’envoyer planer vers les oiseaux blancs. Ceux-ci le reconnaissent peut-être comme l’un des leurs et le guident jusqu’au cimetière volant où il tourne peut-être encore.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il faut encore que les survivants redescendent vers la civilisation.
La jeune Carmen, fille d’un opposant notoire, est recherchée par la junte militaire. Le détective étranger propose de l’emmener avec lui vers la démocratie. «La démocratie ? Qu’est-ce que c’est ?» lui demande-t-elle. «C’est… pour plus tard» répond le disciple de Mike Hammer dans une des fulgurances que ces hommes de l’art ont parfois. Mais à la frontière, de patibulaires soldats veillent. Il laissent passer le détective, et retiennent l’appétissante jeunette. Alors que la pluie noie ses larmes et que les hommes en armes lui détaillent les plaisirs qu’ils vont lui faire subir, elle rêve encore un peu aux oiseaux blancs. «Les oiseaux blancs, c’est rien que des histoires pour faire rêver les enfants d’Amerzone.»

Pourquoi je vous raconte tout ça, sans façon ? Parce que cette histoire reste une des plus belles qu’il m’ait été donné de lire (dans «L’Amerzone», un enquête de l’inspecteur Canardo, par Sokal).

Mais aussi parce qu’elle me semble représenter l’idée que je me fais de la Science-Fiction. On peut y mettre tout ce qu’il y a de plus noir en l’homme. Mais à une condition : ne pas tuer l’espoir. La SF demeure pour moi le dernier endroit où rêver d’oiseaux blancs, même si l’on sait que l’homme trouve chaque jour de nouvelles façons de leur briser les ailes. Plus le pire paraît certain, plus ils faut se donner de mal à inventer le meilleur.
Comme l’écrivait Joë Bousquet, le poète immobile : «L’écrivain qui cherche à faire désespérer l’homme de lui-même est un médiocre et un salaud.»

Tout ça pour dire qu’un nouvel appel à textes de SF est paru, sous l’égide de La Volte et de la Ligue des Droits de l’Homme.
Le thème : « Nouvelles technologies et atteintes à l’humain. »
Je cite une partie du libellé : « L’objectif de ce recueil est donc de montrer, au travers d’histoires courtes et imaginaires, l’évolution actuelle de notre société vers un contrôle accru sous la pression de ces technologies diffuses. »
Allons-y, sortons notre plume, terrassons le dragon, mais n’oublions pas de faire rêver les enfants d’Amerzone.

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2 Réponses to 'Un rêve de Sans Façon'

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  1. Lunatik said,

    L’Amerzone est une petite merveille.
    Une des histoires, tous genres confondus, qui m’ont le plus marqué.

    Un Sokal cher à mon coeur, suivi de près par La Mort Douce et La Marque de Raspoutine.

    Dommage qu’au fil des albums la poésie se perde.

    • Don Lorenjy said,

      L’Amerzone est son sommet. Il ne pouvait que redescendre un peu…


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