Comme ça s'écrit…


Marc Vassart sait écrire des livres

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 2 avril, 2009

Le Serval noir, de Marc Vassart

D’abord les précautions : je connais Marc, je l’aime bien, j’aime bien ce qu’il écrit en général et en particulier sa démarche de surdocumenter la fiction. J’aime aussi ses positions et sa lucidité sur le monde. Un gars capable d’affirmer en public que la disparition des abeilles ne signera pas la disparition de l’homme puisqu’on trouvera probablement des Marocains pour polliniser à leur place, et moins cher encore ; un gars qui conclut que l’homme va survivre et que ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les survivants, un gars comme ça peut m’emmener en Afrique, je vais suivre.
Ces précautions posées, je peux dire que j’ai aimé Le Serval noir sans qu’on m’accuse de partialité. Enfin, pas trop.

Le pitch : un ethnolinguiste tente de sauver son département au musée de l’homme en allant chercher au Kenya une poterie sur laquelle il espère « lire » un enregistrement d’une langue perdue, probablement proche de la langue mère de l’humanité.

Que le Kenya d’alors (autour de 2030) attende les bombes américaines, que le scientifique s’y prenne comme un manche, que la poterie raconte autre chose que ce qu’elle aurait dû, et que l’auteur s’y connaisse un peu dans les domaines qu’il traite, voilà ce qui transforme ce pitch en presque 500 pages d’ethno-SF bien drôle.

C’est un sacré voyage. Tout sonne assez vrai. Connaissant un peu le parcours de Vassart, j’aurais tendance à le créditer d’une bonne précision dans ses descriptions d’une Afrique et d’Africains, peut-être pas toujours inattendues, mais en tout cas réjouissantes et « vécues ». Ce qui frappe, c’est la liberté qu’il prend pour tailler son histoire sans s’occuper de ce qui se fait en littérature. Ce n’est pas du prêt-à-porter. On vagabonde, on piétine un peu, on diverge et digresse, on se rencontre, on se croise pour rien parfois, on vire à 90° sans raison valable, parce que dans la vie c’est comme ça. Et puis soudain on saute dans le temps et dans l’espace, on plonge dans une Afrique vue de l’intérieur par ceux qui y sont chez eux. Et c’est bon.

Parler de thriller comme voudrait le vendre l’éditeur est un peu à côté de la plaque. C’est une balade, avec les bruits et les odeurs, dont le thème me semble être le contact des civilisations, sans qu’il y ait forcément choc. Comment on peut s’approcher, se frôler, se caresser ou se cogner parfois, sans se comprendre la plupart du temps, mais sans forcément se détruire. Et en cela, c’est de la SF comme je l’aime, ouverte.

Ce que j’ai trouvé drôle aussi, en lisant des critiques, c’est que thuriféraires et détracteurs me paraissent avoir raison les uns comme les autres. Les arguments portés contre ce livre sont justes, mais en font à mes yeux une partie de l’intérêt. On sent bien par exemple la liberté que l’éditeur a laissé à l’auteur pour trousser son récit à sa guise, et que Bifrost qualifie de manque de travail éditorial. On sent bien aussi la volonté de Vassart de nous en donner la maximum, côté documentation géographique, zoologique ou linguistique. Mais on aurait envie de le remercier plutôt que de crier à la surcharge wikipediesque. Dans Le Serval noir, c’est vrai, il ose beaucoup, au risque de perdre le lecteur. J’ai pris ça comme une marque de confiance.

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