Comme ça s'écrit…


Cinquante fois deux

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 17 juillet, 2009

Vu que je patine dans mes boulots d’écriture et que vous êtes tous en vacances, un petit texte pondu pour le jeu n°50  du forum A Vos Plumes. Les contraintes : 50 ans, une pelle, un flingue, un cimetière, de l’or et le Mexique, le tout à placer en moins de 3000 caractères bien sûr.

Cinquante fois deux

Hier, j’ai eu cent ans. Tellement que j’en suis mort. Plus rien ne me retenait.
Pour tout dire, je me sentais soulagé. En mourant, j’avais déposé un grand poids, enfin.
J’ai passé la moitié de ma vie à regretter une mauvaise action. Une vie de palace et de plages dans les Bahamas, mais une vie de regrets.
Cela remontait au Mexique, à ce cimetière où nous avions pisté ce trésor. Des années de recherches. Des centaines de lettres de soldats, certaines remontant à la guerre de Sécession. L’or du mexicain ! Ou le trésor de Maximilien, selon les sources. Une histoire incroyable de coffre baladeur, de frères irlandais, de montres d’argent et de traversée du Rio Grande. Clara et moi, nous avions remonté sa trace jusqu’au point de départ, ce moment fatidique où un agent double à la solde des Français et des Autrichiens avait scellé le coffre. Depuis, en près de deux siècles, on aurait cru que le monde entier avait couru après. Certains l’ont vu, d’autres l’ont touché. Et puis, plus rien.
Quand j’ai rencontré Clara, j’avais le nom d’un prêtre, et elle le nom d’un mort. Tous nous conduisait au Mexique. Nous avons décidé de partager nos informations… et un peu plus que cela. Elle était belle, je n’étais pas si vieux, nous allions bien ensemble, avec nos vies tournées en obsession de l’or. J’ai aimé cela. Ai-je aimé Clara ? L’ai-je aimé plus que l’or ? Sans doute, sinon, le poids du remords aurait été moins lourd.
C’est ce que j’ai dit à celui qui m’attendait de l’autre côté, le jour de ma mort. Ce n’était pas un homme, bien sûr, et d’ailleurs je n’en étais plus un non plus. Plutôt une sorte de présence qui me baignait. Il voulait savoir ce que je pensais de ma vie. Que je me juge moi-même. Je lui ai tout raconté. Jusqu’au milieu.
Ce jour froid dans un cimetière d’hiver. Le vieux curé nous avait ouvert la porte de bois sous le porche en plein cintre. Nous avions tourné autour des tombes en courant, cherchant la bonne. Nous l’avons trouvée ensemble, en nous tombant dans les bras, un baiser au goût de trésor.
J’avais la pelle, j’ai creusé. Mon dernier coup a traversé le bois pourri. L’or a résonné sous le soleil glacial.
En relevant les yeux du bonheur vers Clara, je n’ai vu que le canon du revolver.
Clara était petite, des bras menus. Le temps de m’apercevoir que son pouce armait le chien, mes bras à moi ont balancé la pelle. En pleine tempe.
Elle n’a eu qu’un hoquet et son regard a blanchi.
Le temps de reboucher la tombe avec son corps en place de l’or, et je commençais déjà à creuser dans mes remords. J’aurais pu m’y prendre autrement. C’est ce que j’ai dit à la présence, de l’autre côté.
Je lui ai dit que, si elle trouvait un moyen de me retirer ne serait-ce que la moitié de ma culpabilité, j’étais près à tenter.
On ne devrait jamais rien demander. On risque toujours de l’obtenir.
Hier, j’ai eu cinquante ans à nouveau. Je me suis retrouvé dans ce cimetière au Mexique, les pieds dans l’or, avec une pelle, un flingue et un choix à refaire.

Advertisements

4 Réponses to 'Cinquante fois deux'

Subscribe to comments with RSS ou TrackBack to 'Cinquante fois deux'.

  1. Travis said,

    Sympathique ce texte court. les images qui me viennent c’est le final du Bon, la brute et le truand.

    « le monde se divise en 2 catégories ceux qui ont un revolver et ceux qui creusent. Toi, tu creuses! »

  2. boral said,

    mais non! « Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia » de Sam Peckinpah…
    très chouette ton texte, très « bandidos »… et bien écrit.

  3. Travis said,

    Mais si.

    Peckinpah aussi, pour moi c’est Leone qui me vient à l’esprit en premier.

    Et « Bring me the head… » n’est pas mon Peckinpah préféré. Par contre l’interprétation de Warren Oates est excellente.

  4. Don Lorenjy said,

    Bien vu, Boral, Mais c’est Travis qui gagne. The good, the bad & the ugly, avec la course tournoyante se Volonte à la recherche de la tombe.
    Merci pour vos vos appréciations, ça fait plaisir.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :