Comme ça s'écrit…


Déception Mann

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 8 août, 2009
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J’attendais beaucoup de Public Ennemies, de Michael Mann.
D’abord parce que l’affiche me plaît, et me faisait espérer un film hiératique et profond.
Ensuite parce que j’avais été emballé par Collateral, sa force, sa retenue, son harmonie aussi bien visuelle que scénaristique.
Mais en même temps, j’avais peur, ayant détesté Heat, du même, pour ses canardages hystériques et le jeu outré des acteurs (qui faisaient ce qu’ils pouvaient à partir de personnage caricaturaux). En plus, l’histoire m’avait paru très bof.
Eh bien je n’ai pas aimé Public ennemies.

Et ça m’a mis en colère. Tout ce pognon claqué dans une reconstitution zéro défaut, tous ces acteurs à trogne ou à talent, transformés en légumes par… le hold up d’un cameraman et d’un monteur qu’il faudrait juger pour ça.
Il y a cinquante ans, Godard faisait bien rire en affirmant que « les travellings sont affaires de morale ». Il rigolerait plus encore en cherchant la morale d’une caméra Parkinson et d’un montage qui confond machette et bistouri. Dès la première séquence (évasion massacrante), on ne voit rien. Une caméra faussement subjective (puisqu’elle ne représente personne) est censée nous immerger dans l’action, alors qu’elle nous empêche tout simplement d’y participer. Impossible de repérer un visage, un geste. Qui a un flingue ? Qui est mort ? On ne le saura pas : les personnages sont du consommable qui ne prendront jamais d’épaisseur, la technique frappée nous laissant en surface. Le moindre échange de dialogue inclut trois gros plans zoomés, trois plans larges (si possible en panoramique) et quatre changements d’axe. Sans raison.
Exemple type : les deux héros sortent d’un immeuble. La caméra (à l’épaule, tressautante) les suit en travelling arrière. Non content de l’effet pète les yeux, le monteur coupe après deux pas, et reprend un pas plus tard pour deux nouveaux pas. Quel est le sens de ce hachis ? S’il voulait quatre pas, il coupait au quatrième. Si le cinquième pas avait tant d’importance, il gardait les cinq pas. Mais non. Deux pas. Cut. Deux pas. Cut.
Et tout ce fatras formel pour quoi ? Pour des images vues et revues (la main du héros qui lâche son ami mourant, le braqueur armes en croix juché sur le comptoir, la contre plongée au ras de la moquette d’un couloir, l’action en reflet dans une carrosserie rutilante…)
J’en étais d’autant plus écœuré que trois scènes, calmées, disent ce que Mann aurait pu réussir au lieu de donner ces consignes stylistiques de clipeur fou frimeur. Une séduction en quelques phrases murmurées dans un resto chic. Une brève poursuite dans une forêt nocturne. La préparation du héros pour sa dernière soirée.
Trois scènes sans originalité, mais qui apportaient un peu de repos dans cette cacophonie visuelle. Et puis, au milieu de ce fatras épileptique, Dillinger visite dans un poste de police la section spécialement dédiée à son arrestation. Coup de bluff filmé comme dans un rêve, tellement énorme que la plupart des spectateurs n’y croit pas, cette séquence parfaite fait d’autant plus regretter le film que Mann aurait pu réaliser en s’intéressant à son sujet plutôt qu’à l’effet qu’il laissait sur les rétines. Double colère !
Avant et après, j’avais vu l’Âge de glace 3 et Là-Haut. Fraîcheur, humour et délire bon enfant. J’aime mieux ce que le cinéma fait pour mes kids que celui qu’encense Télérama pour moi. Prout !

7 Réponses to 'Déception Mann'

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  1. Boral said,

    pareil, mais j’avais aimé Heat.
    Le coté « actu » des couleurs HD est également discutable.
    Et le son? j’ai cru que la salle avait un problème de haut-parleurs, jusqu’à ce que des amis l’ayant vu dans d’autres salles ne fassent le même constat : le son est pourri. As tu remarqué ça?
    b.

    • Don Lorenjy said,

      Ah non, tiens : le son ne m’a pas choqué. Mais il m’a paru « lointain », comme voilé.

      • Boral said,

        Exactement. Manque de puissance, faiblard, pas brouillé ou grésillant. C’est dingue, ça. Parti pris ou pb lié aux copies françaises?
        Les scènes de hold up avec une petite musique blues lointaine c’est déprimant.

      • Don Lorenjy said,

        J’avais cru que c’était mes oreilles (trop d’eau de mer, trop de sable), mais apparemment non. C’est voulu. Dur.

  2. Blue Jam said,

    Depuis Heat, j’attends Mann…

    • Don Lorenjy said,

      Oh yeah ! un point pour la confiture bleue 😉


  3. Je me suis endormie à la moitié… ce qui n’est pas dans mes habitudes… j’y suis allée sur le conseil d’un pote et me suis tout simplement lamentablement emmerdée… Les acteurs sont vides, les images pourries, le rythme haché façon steack macdo…. bref…


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