Comme ça s'écrit…


Antici-book

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 11 août, 2009
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En réponse à une initiative d’un éminent cafard qui demandait comme exercice aux lecteurs, éditeurs et auteurs du forum de décrire leurs habitudes de lecture, écriture ou éditure en 2019 sous domination de l’e-book, voici ma projection personnelle.
Note : j’utilise les dénominations actuelles au lieu de me la péter à inventer des mots qui auront l’air has avant même de quitter mon clavier.

Annecy 2019 (ouais, Los Angeles c’est trop loin). J’ouvre mon e-reader. Un fabriquant a enfin compris que c’est en imitant le livre que l’écran à encre électronique serait séduisant au lieu d’être seulement convainquant. J’en ai acheté un au format 10×18, pour la balade (en plus, je peux extraire un écran pour partir encore plus léger avec un simple recto), un autre en 16×25 et il doit traîner un A4 recto seul quelque part chez moi, offert avec un abonnement de magazine.
Quand je dis « j’ouvre mon e-reader », je l’ouvre vraiment. Les deux écrans intérieurs sont toujours aux deux pages que j’avais quittées : un roman étranger dont je lisais la VO à gauche et une traduction à droite. Mais j’aurais aussi pu lire deux pages consécutives (et les tourner juste en faisant le mouvement de fermer/ouvrir), ou avoir une page et une image (une pub, par exemple, chouette !), une page de deux livres (comme un dico et un roman, chacun fait sa vie…), deux versions d’un même texte retravaillé par l’auteur…
OK, ça c’est pour le matos. Et c’est assez simple. Question contenu, ça se complique.
Je commence par ouvrir mon agrégateur de critiques. Voir si un petit nouveau s’est mis à donner ou vendre son opinion sur mes textes. Pas un, en fait : 25 nouvelles signatures, des gratuites, des payantes, certaines sous label d’un magazine pour plus de crédibilité. Si je ne fais que lire les critiques offertes, il me faut trois vies avant d’aborder une nouvelle ou un roman en sachant à quoi m’en tenir. J’ajoute juste un nom à l’agrégateur : il est déjà validé par 5 de mes contacts. Les autres, à la trappe !
Ensuite je vais zoner sur Ultime Version. La SGDL* a enfin décidé de se bouger pour proposer aux auteurs autre chose que la protection de manuscrit et une petite aide juridique. Un service vraiment en phase avec l’évolution technique. Son site permet d’acheter les livres des auteurs membres en ayant toujours la dernière version disponible (c’est vrai, en numérique on n’arrête pas de retravailler nos fichiers, pour un lecteur c’est la plaie de ne jamais savoir quelle version il lit).
Et puis il y a cette sorte de garantie sur le produit : chaque auteur SGDL passe 10 ans tutoré par un ancien avant de signer seul. Son ancien l’aide à améliorer ses textes avant de les mettre à disposition, et peut leur refuser le label SGDL (l’auteur pourra toujours les vendre tout seul ailleurs, mais sa cote de qualité en souffrira si un chroniqueur le descend). Le tuteur, comme un agent, prend 15% des droits. Il ne peut pas tutorer plus de trois jeunes et perd son tutorat s’il ne publie plus de textes lui-même. Ça le motive à bien choisir ses pupilles et à ne pas faire que ça. Les auteurs s’y sont mis en masse.
Les éditeurs classiques contestent la « qualité » du système SGDL, mais après tout ils faisaient un peu pareil. D’ailleurs, ils continuent, en vendant les textes d’écrivains qui n’ont pas besoin de l’imprimatur SGDL, et tous les romans étrangers. Ils se font souvent griller par des sites indiens ou brésiliens qui fourguent des traductions automatiques au lieu d’un boulot propre. Tant que le public achète, il y a de la place pour tous. Heureusement, éditeurs et auteurs n’ont plus peur du piratage. Dès qu’un texte (identifié par quelques phrases clés) est échangé hors site payant, l’échelon Hadopi le trace et incrémente les droits versés par les fournisseurs d’accès. Ils ont râlé, on a un peu crié à l’injustice au début, avant de s’apercevoir que c’est un mode de rémunération assez normal : comme ce n’est plus du piratage, tout le monde s’y est mis pour rentabiliser la taxes création de l’abonnement et les textes circulent, comme les musiques, les films…
De toute façon, on met du texte partout maintenant. Une histoire en deux pages avec des paquets de corn-flakes, une autre imprimée sur les rouleaux de PQ, des audio lecteurs pré-chargés dans tous les appareils dotés de sortie son (même mon frigo)… Il faut vraiment être mauvais du clavier pour ne pas arriver à fourguer sa prose ici ou là. J’y arrive assez souvent, même si ça ne rapporte pas beaucoup. En plus, c’est une bonne école : le client ne prend pas de gants pour te balancer les corrections dans tous les sens. On ravale sa fierté et on applique : business is marketing. Et ça me laisse du temps pour bosser sur mon septième Djeeb. J’ai bien un projet un peu plus trapu, mais j’attends d’être membre plein SGDL. Pour l’instant, mon tuteur trouve que je ne suis pas encore prêt. Plus que deux ans de tutorat. Et puis, les Djeeb se vendent bien.
Je reçois même plus de cinquante mails par semaine d’auteur qui me voudraient comme tuteur, sans capter que je ne suis pas encore agréé. Ils sont des centaines à piaffer pour sortir de la micro-publication, invisibles, sans chronique autre que leurs quelques copains, sans lecteur, mais avec autant de rêves que ceux qui ont réussi. Beaucoup écoutent les chants de sirènes qui leur proposent une visibilité de surface (« J’écris à poil devant les caméras », « voyez comme je baise, lisez ce que j’écris », « s’il n’y a pas 500 lecteurs payant en fin de semaine, je me tranche un doigt devant vous »…). Un jour, il faudra que je choisisse trois pupilles, et donc rejeter tous les autres. Ce n’est pas une guerre, mais la bataille est rude.
Hier, on m’a fait un beau cadeau : un livre papier, imprimé exprès pour moi, avec une dédicace de l’auteur. Merci Chérie, tu sais que je voulais lire un vrai C. Dufour depuis longtemps.

Voilà. Le ridicule ne tue pas mais fera peut-être une exception pour moi. Pour suivre la vision des autres, rendez-vous sur le forum du Cafard Cosmique.

Edit : à cette heure, la direction du CC a verrouillé le sujet eu égard à la médiocrité des réponses générées. Prout !

*Société des Gens de Lettres, mais il y en a d’autres…

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6 Réponses to 'Antici-book'

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  1. Phil said,

    Ouais… et ils ont verrouillé pour médiocrité juste après mon post. J’ai encore manqué une occasion de la fermer, moi. Vais me coucher, tiens…

    • Don Lorenjy said,

      Bah, te martèle pas, t’étais pas plus visé que les autres…

  2. Lucie said,

    j’aime bien ton texte, très sympa. L’ensemble du fil est très sympa, d’ailleurs. C’est pour ça qu’ils l’ont verrouillé, sur le CC ? Ça nuit à leur réputation ? (private joke inexpliquable ici)

    J’aimerais beaucoup avoir les deux pages avec les deux versions différentes d’un même texte !

    • Don Lorenjy said,

      Ah bon ? Un texte et une pub ça ne te tente pas ?
      (merci pour la joke)

  3. Alan Spade said,

    Bravo pour cet effort d’anticipation. Il y a des idées intéressantes.


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