Comme ça s'écrit…


Un été chez Léo Scheer

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 25 août, 2009
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C’était mon expérience de l’été, le voyage insolite, la rencontre exotique : je suis allé faire prendre l’air à quelques textes sur M@nuscrits, la plateforme de mise en ligne des éditions Léo Scheer. Essai de bilan.

Côté m’as-tu-vu, c’est plutôt raté. Un seul commentaire, quelques votes (un ou deux par texte), on ne peut pas dire que ce soit la gloire. Les lecteurs de Publimonde, de Dégradations et de Sale Temps ! ne sont pas encore près à me faire une haie d’honneur au prochain salon du livre (celui de Marcassin-sur-Deule).

Côté chiffres, c’est dérisoire : 57 téléchargements pour mon texte le plus anciennement mis en ligne (le 5 juillet). J’ai pourtant battu le rappel sur tous mes contacts littéraires.
Et c’est un enseignement intéressant. En effet, les promesses de la lecture numérique généralisée qu’on nous chante régulièrement (et qui va peut-être se concrétiser un jour) semblent bien se traduire en une dilution totale de l’offre dans une foire à tout dont personne n’aura les clés.
Là où certains espèrent se libérer des éditeurs pour trouver directement le lien avec un public enthousiaste et surtout nombreux, je ne vois qu’engloutissement dans le bruit de fond. Personne n’émergera spontanément : il y faudra des moyens, ou de la chance.
La qualité des textes n’est pas directement en cause (un peu, quand même, mais pas que). Les chiffres parlent, sur M@nuscrits  Léo Scheer :
– près de 200 textes publiés en 5 mois, tous genres confondus, du billet de 2 pages au roman de 300 pages
– une moyenne de 15 à 20 téléchargements par texte, souvent pas plus de 6 ou 7
– un record à 70 téléchargements (sauf erreur de ma part, j’ai parcouru la liste assez vite),
– un texte de Babouk, personnage très polémique (voire la chronique de l’été BabouWrathien) chargé à peine 56 fois malgré la mise en avant estivale de l’auteur,
… ce n’est pas la ruée espérée, loin de là.
Pourtant, la plateforme dispose d’une grande visibilité grâce à l’implantation sur le Net de Léo Scheer et le réseau qui s’est créé autour de son blog (jusqu’à 500 commentaires sur certains posts), visibilité que n’auront pas les inconnus qui se lanceront, plein d’enthousiasme, dans la quête du million de lecteurs. Faut s’attendre à des nervous breakdouns, comme on dit.

Conclusion ?
Bien sûr, il est idiot de tirer la moindre conclusion de cette micro expérience en pleine obscurité. Disons plutôt une intuition qui se confirme pour moi. Un auteur, à peine débutant mais avec quelques contacts, ne peut pas compter sur un quelconque effet boule de neige grâce au numérique, même en utilisant une plateforme bien référencée.

Le livre papier ne va pas bien ? Les auteurs ne vivent pas de leurs écrits ? Eh bien ce n’est pas dans la lecture électronique que se trouve la panacée de la survie éditoriale. Pas encore.

Même facile à trouver. Même gratuite. La lecture reste considérée comme une perte de temps si l’on n’est pas sûr de la légitimité de ce qu’on lit. Et cette légitimité, elle ne sortira pas par enchantement de l’Internet. Il faudra encore la chercher chez les faiseurs d’opinion, y mettre ce qu’il faut de pognon, de cocktails et de cirage de pompes.
Est-ce que c’est grave ? Peut-être pas. Dommage, oui, mais pas bien grave. Encore que…

En attendant, les faiseurs d’opinion parlent de Djeeb le Chanceur. Et en suffisamment bien pour que j’en fasse le prochain billet.

Parce que flute, quoi, faut qu’il se vende ce bouquin si agréable à lire. J’ai déjà perdu un éditeur, pas question que je plombe le deuxième.

Djeeb Couv low

17 Réponses to 'Un été chez Léo Scheer'

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  1. Azarian said,

    Cet été suis allé faire un tour chez Leo lire du Don Lo et j’en ai profité pour faire un tour des lieux au passage. Comme tu l’as dit, on se sent vite noyé dans la masse. Un début d’explication : la façon Ponce Pilate des ELS de dire balancer vos œuvres dans l’arène on s’en lave les mains n’y est pas pour rien L’interface est four tout et le lecteur se s’en vite découragé.

  2. Don Lorenjy said,

    C’est exactement ça.
    Et l’avenir numérique me paraît se dessiner sur ce mode : d’un côté le fourre tout où chacun viendra poser sa prose sans aucune chance d’être lu par plus que les copains, et des espaces sélectifs où les lecteurs viendront trouver ce qui leur convient en faisant confiance au sélectionneur (= l’équivalent du pack actuel éditeur+critique+libraire).
    Bref, on n’est pas près de se passer d’intermédiaires faisant (bien ou mal) leur boulot de filtre… et de les payer pour ça.

  3. LVE said,

    J’ai tenté l’expérience du dépôt d’un manuscrit sur le site. Avec 78 téléchargements du texte, je n’ai pas eu le moindre retour, critique et/ou commentaire. Or, c’est ce qui m’intéressait en participant à cette innovation de la part d’un éditeur, c’était bien d’avoir des avis extérieurs et objectifs, hors de mon cadre amical et professionnel. Du coup, j’ai retiré le manuscrit. Mais je crois tout de même que Leo Scheer ouvre une porte et qu’elle n’est pas près de se refermer.

    • Don Lorenjy said,

      Oui, une porte ouverte. Et il y en aura bientôt tant d’autres qu’il faudra un sacré plan pour retrouver sa chambre.
      Désolé pour l’absence de commentaires, mais c’est une constante : même sur les forums et ateliers dit « littéraires », il y a toujours plus de gens pour faire lire leurs textes que pour donner des avis. Comme en plus il faut être inscrit sur M@nuscrits pour commenter…

  4. Knight said,

    Pour être retropublié dans la collection M@nuscrit, il faut (fallait) connaître quelqu’un quelqu’une de près de loin dans la maison. Pas la peine de donner exemple ou noms, pour ceux qui ont suivi l’expérience – c’était du tout cousu de fil blanc. Beaucoup ont compris, un peu tard.
    Dans la version première de M@nuscrit, il y avait des critiques des commentaires – chaque semaine une présentation un billet qui annonçait 8 ou 10 nouveaux textes – et du téléchargement à la pelle (en moins de 4 mois j’en ai totalisé 400) avec des comm’ laissés par des lecteurs (ni potes ni familles je le jure). Bref sur mon petit espace une vingtaine de super hourra formid’. ça ne changeait bien sûr strictement rien dans les faits, pas la peine de parler de « retombées ». Beaucoup ont cru que des éditeurs viendraient faire leur marché, c’est qu’on laissait croire. On peut croire à tant de conneries, pourquoi pas celle-là.
    j’en ai eu ma claque, j’ai fait virer mon texte du blog LS, tout simplement
    Mais c’était l’année dernière, c’était encore le « bon temps ».
    Depuis embouteillage monstre, la version Béta M@nuscrit c’est devenu nawak puissance 10, une façon de dire « on continue, mais pour laisser en friche… C’est vrai après tout, c’est joli les friches »
    Tu sais pourquoi bien sûr, le taulier et ses potes s’en cognent. LS aime surtout jouer à nanani nananère avec ses copines et créer des petits scandales, du pipi de chat.
    Beaucoup d’écrivants peu de lecteurs, sûr. Le toujours fameux quart d’heure de célébrité. Don Lo, t’aimes pas Secret Story ?

    • Don Lorenjy said,

      On est bien d’accord. L’expérience était juste de mettre en ligne des textes sur une plateforme ouverte (= pas sur un mon blog), perdus dans la masse, et de voir ce qu’il en advenait.
      J’ai vu. Ceci sans acrimonie ou déception : juste un argument pour l’édification de ceux qui croient en l’avènement du livre numérique pour connaître le succès en se débarrassant enfin des intermédiaires.

  5. Knight said,

    Non non je te suis, pas d’acrimonie – la vie est trop courte, mais comme toi, constat.
    Dacc’ aussi, intermédiaire c’est un vrai boulot, éditeur à la rigueur, attaché de presse aussi, imprimeur, fabricant d’ordinateurs ou de Reader’s tout autant, c’est normal. Et d’ailleurs tout le monde te le dira « Ouais mais attend les mecs bossent, font rentrer de la thune….  »
    En revanche bouffer un jour de tes textes (aussi excellents soient-ils) c’est juste un délire super – ou selon – un super délire, et pourtant… quel boulot !

    Allez, hauts les coeurs.

    • Don Lorenjy said,

      C’est sûr que « bouffer de mes textes » ça vaut tous les régimes minceurs.
      Mesdames, pour préparer votre silhouette plage de l’été prochain, soyez écrivaines (beurk, ce mot !) dès décembre !

  6. knight said,

    Un artiste de la faim; : ) voir Kafka, bien sûr.
    Tu vois pour ne prendre que cet exemple, même si je ne suis pas forcément fan de Philippe Djian pour ce qu’il écrit (j’ai essayé j’essaye encore parfois) – lui, pose le problème la question de façon simple. Et ça, moi j’aime bien. Simple et sans détour, concret, tu vois ? Tu fais un boulot, si tu le fais bien tu dois pouvoir en vivre, avoir ta place dans le monde. C’est pas question de dire untel est un génie, juste reconnaître que cette personne existe, elle propose quelque chose. Je laisse de côté, sciemment, l’excellence – elle ne concerne pas grand monde, soyons lucides. De même je rejette le posthume et l’éther associée trop systématiquement à la vie d’artiste… il n’y a pas de grandeur là-dedans, rien d’enviable, pas de valeur ajoutée. Si ?
    Je crois en mon talent, en ma valeur (marchande tout autant, pourquoi non ?) et veux simplement pouvoir trouver des solutions (je cherche encore) à un problème posé. Le mécano les mains dans le moteur et au diable la noblesse désespérée, le beau geste, la gratuité…. toutes ces « arnaques », au fond, ces poncifs et images éculées.
    Tu dis ?

    • Don Lorenjy said,

      J’en dis que tu as raison quant à l’arnaque née du mythe entourant « l’écrivain » à la française.
      Mais j’en dis aussi que vouloir vivre d’un boulot bien fait n’a de sens que si ce boulot répond à un besoin. Or, une écriture, même de qualité, qui ne trouve pas son public ne répond à aucun besoin. Faut-il alors arrêter d’écrire ?
      Peut-être… ou continuer, mais en s’adaptant au marché.
      Pour vivre en tant qu’artiste, il faut émerger, faire partie de la crête. Mais il y a une demande pour de simples artisans de l’écrit (traducteurs, publicitaires, rédacteurs de discours élyséens…). Ce qui n’empêche pas de faire l’auteur du dimanche, à ses moments perdus. Non ?

  7. knight said,

    Pour créer, tu le sais, il faut une nécessité profonde (j’inclus l’aspect ludique, également, pourquoi pas ? Le paquet de Kleenex ne faisant pas, à mon sens, partie du kit de survie de l’écrivain).
    Concernant la demande pour les simples artisans de l’écrit, comme tu l’évoques, je laisse de côté, si tu m’y autorises. J’ai, juste pour l’anecdote, « failli » devenir scénariste série TV, avec production derrière et tout et tout. Mais ça suit 1 fois sur 10 000, dans mon cas les TV française ont dit : non, génial mais trop ambitieux et puis surtout trop cher. Pas assez français. Point.
    Il y a cette question que tu soulèves, s’adapter à un genre, trouver une ouverture jouable.
    Perso, je ne suis pas dans le psy chose ( très français justement) pas plus que je ne suis dans la littérature savante blindée de références culturelles, la panthéon des zartzélettres et tout le bordel, ni non plus dans la destructuration de la langue pour jouer l’avant garde – l’anti naturelle recherche, quitte à foutre mal au crâne aux lecteurs.
    À partir de ce constat, dans notre cher pays, tu as peu de chance d’intéresser un éditeur germanopratin. Et c’est l’éditeur qui édite pas le public.
    Apparemment tu bosses dans le genre fantastique, par goût sûrement, par choix stratège ? Dis-moi tout.
    Moi, un exemple, je suis une vraie petite terreur dans la forme courte, la nouvelle… ici pour éditer de la nouvelle tu peux toujours t’asseoir dessus.
    Mon premier texte vraiment littéraire c’était un putain de carnet de voyage, une bête de truc, n’empêche… Ludivine Cissé her/himself en est restée baba comme deux ronds de flan…
    Claro, si t’es pas journaliste… ton carnet de voyage tu peux toujours feuille après feuille en faire des avions en papier. Et à voir de mon balcon, ça fait joli.

    • Don Lorenjy said,

      Comme réponse, plutôt que Djian je droperais le name de Pierre Pelot.
      Voilà un gars qui vit de sa plume, multiplie les projets que d’autres s’autorisent à trouver alternativement exigeants ou alimentaires (je ne sais pas si lui fait cette différence), se pose autant la question de ce qu’il a envie d’écrire que de ce que le lecteur veut lire, saute d’un genre à l’autre sans changer de nom mais en changeant d’éditeur, a publié plus de 200 titres – et va en publier encore – sans pour autant être une star des lettres, et ne fait même pas la nique à St Germain des Prés dont il n’a sans doute rien à talquer.
      Un bon artisan, dont le travail (le Pelot, c’est du boulot !) trouve régulièrement demande à satisfaire.
      Quant à sa nécessité profonde, il faudrait lui demander (mais ça ne m’étonnerait pas que la réponse tienne autant dans « avoir de quoi vivre » que dans « avoir la paix »).

  8. knight said,

    “avoir de quoi vivre”… “avoir la paix”.
    Pour qui peut comprendre, c’est très simple et très beau ce que tu dis là.
    Moi j’y entends – sens et honnêteté.

  9. Jean-Christophe Heckers said,

    Ouais, bon. En 2007 j’ai laissé filer deux trucs du côté de M@nuscrits, d’où une pincée de votes et pas le moindre commentaire. J’suis pas prêt à renouveler l’expérience avec la nouvelle formule. Il va même falloir penser à demander le retrait des deux premiers « livres » (avant que j’oublie qu’ils traînent par là-bas). Toute l’opération M@nuscrits semble tourner à vide, mais ça attire l’attention sur Léo. Pas grand chose de plus. Mais en vérité je ne m’attendais pas trop à mieux. Et en fait, je m’en fous.

    • Don Lorenjy said,

      Je crois que les « déçus » de M@nuscrits (version 1 ou 2) sont ceux qui en attendaient quelque chose (c’est à dire déjà trop). Non ?

      • Jean-Christophe Heckers said,

        Même pas déçu. J’ai voulu voir, c’était expérimental, impossible au départ de savoir ce que ça donnerait (j’estimais quand même que ce serait une sorte de flop). Bon, j’ai vu, j’ai même eu confirmation de ce à quoi je m’attendais. Et je ne me suis même plus préoccupé de tout ça. Sauf que ça ne vaut pas la peine de laisser traîner chez Léo des textes qui ont été ou seront retravaillés. Même en tant que copies de secours.

  10. knight said,

    « Je crois que les “déçus” de M@nuscrits (version 1 ou 2) sont ceux qui en attendaient quelque chose (c’est à dire déjà trop). Non ? »

    Avec une phrase comme celle-ci, tu risques de te faire allumer par les LS & co, Laurent. ; )
    Mettons, jouons cool, l’initiative M@nuscrit disait à mots couverts : Vos M@nuscrits ne sont pas lus par les maisons d’édition « à l’ancienne », les pratiques doivent changer, les LS vous offrent la possibilité de …

    Alors qu’en réalité, ça ne changeait pas la donne. Les textes déposés n’étaient ni pire ni meilleurs qu’ailleurs et le dialogue faussement ouvert.

    Aujourd’hui l’expérience m@nuscrit est morte de sa belle mort. Qui aurait l’idée désormais d’aller se planter dans un embouteillage aussi gigantesque ?


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