Comme ça s'écrit…


Ce que (vous) doit l’auteur

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 24 septembre, 2009
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Une fois publié, l’auteur de tout livre entre dans une longue phase de dettes. Dont il ne pourra pas s’acquitter.

Ce que l’auteur doit à l’éditeur, c’est le succès. Il n’y a pas de paradoxe là-dedans. L’éditeur a fait un pari, pris un risque, engagé des sommes, pour que le livre soit publié. Mais ce que contient le livre reste de la responsabilité de l’auteur : seul le succès viendra dire si l’auteur a rempli sa part du contrat. L’échec lui sera imputé, peut-être pas par l’éditeur, mais par tous ceux qui s’autorisent à penser.

Ce que l’auteur doit au lecteur, c’est le plaisir. Si le lecteur n’aime pas ce que l’auteur a écrit, le lecteur n’y est pour rien : l’auteur aurait dû écrire autrement, ou autre chose.

Ce que l’auteur doit à son entourage, c’est d’être connu. Par exemple, si mes copains disent « Moi je connais un écrivain, mais il n’est pas connu » ça ne le fait pas du tout. Pareil pour mes enfants quand ils le disent à leur prof, lequel rigole de ne pas me connaître.

Ce que l’auteur doit au critique, c’est de lui fournir une occasion de briller en ayant raison avant tout le monde dans l’opinion brillante qu’il formulera sur le livre. Il faut qu’un livre soit excellent ou très mauvais, qu’un auteur soit génial ou détestable, pour que le pisse copie puisse accéder à la lumière. Je parle bien sûr de la critique dans les grands médias : je n’ai aucun reproche à l’endroit des chroniqueurs m’ayant fait l’honneur de passer du temps sur mes ouvrages.

Ce que l’auteur doit à la ribambelle d’intervenants gravitant autour du livre, c’est la disponibilité. Si l’auteur est une grande gueule, ou mieux, une jolie fille qui sait bien parler en rougissant de modestie jusqu’au plus profond de son vertigineux décolleté, une partie de la dette est réglée. Sinon, il faudra mouiller la chemise et mériter son statut d’auteur, du salon au forum en passant par la radio, voire la télé pour les plus chanceux (ou belles/grandes gueules). Heureusement, la plupart des auteurs (dont moi) adore ça. Ce qui aide à étaler les coups de mou et les envies de tout envoyer péter, mais ne remet pas la dette.

Ce que l’auteur doit au libraire, c’est de vendre une quarantaine de livres dans l’après-midi, surtout quand le libraire offre à l’auteur une table de dédicaces de façon tout à fait généreuse et désintéressée.

Toutes ces dettes, et quelques autres que j’aurais oubliées mais on me corrigera par commentaire approprié, l’auteur ne s’en acquittera pas, parce que le livre est écrit et qu’il n’y peut plus rien. Parce qu’il n’est pas connu et qu’il n’y peut rien non plus. Parce qu’il a la gueule qu’il a et qu’avant cinquante ans ce n’est pas forcément celle qu’il mérite…

Et qu’est-ce que tout ce monde-là doit à l’auteur ?
Rien, même pas un peu d’attention. Et c’est normal : personne n’a demandé à l’auteur d’écrire, encore moins d’être publié. Tout est de sa faute.

N’y voyez aucune amertume de ma part. Je m’éclate à écrire et autant à jouer l’auteur partout où on m’autorise à le faire. Ce billet, à la limite du Wrath, n’est là que pour l’édification du wannabe qui voudrait ne plus l’être (et donc devenir un auteur, un vrai, avec son nom sur la couv et les dettes qui vont avec).

Maintenant, j’attends les dédicaces de ce samedi chez Decitre Chambéry, pour vous faire un compte-rendu global de ces moments épiques (et poc !)

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4 Réponses to 'Ce que (vous) doit l’auteur'

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  1. le koala said,

    « Ce que l’auteur doit au lecteur, c’est le plaisir. Si le lecteur n’aime pas ce que l’auteur a écrit, le lecteur n’y est pour rien : l’auteur aurait dû écrire autrement, ou autre chose. »

    C’est vrai, mais dans cet échec éventuel le lecteur a une bonne part de responsabilité, puisqu’on peut également dire qu’il a mal choisi. Lecteur, c’est aussi un métier.
    Et par ailleurs, le lecteur (heureux) doit beaucoup aux auteurs qu’il apprécie. Ils sont ordinairement rares – alors disons qu’il doit beaucoup à la lecture.

    Oui, Don, racontes un de ces jours la séquence de dédicaces ! a doit être un grand moment.

    • Don Lorenjy said,

      Non, non : tout est de la faute de l’auteur. Ne commence pas à essayer d’effacer la dette. C’est en cela que l’auteur se différencie du tiers-monde.

  2. Blue Jam said,

    Ouf, je ne dois encore rien à personne 😉

    • Don Lorenjy said,

      Ah, le temps béni où l’on dispose encore de tout son crédit. Profite donc !


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