Comme ça s'écrit…


Un oeil sur Djeeb

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 3 novembre, 2009

I – Où les jouissances partagées le sont par trop de monde

Djeeb Scoriolis se laissa aller, bercé par le sentiment légitime d’avoir accompli ce qu’il réussissait avec une régularité des plus encourageantes : satisfaire une jolie femme. Bonheur de la jeunesse, pensait-il. Vigueur du corps et légèreté de l’esprit. Avoir bientôt vingt ans lui paraissait le plus merveilleux des âges. Libéré des faiblesses enfantines, empesé d’aucun vrai souci, et riche de promesses qui auraient pu passer pour d’éventuelles amarres si elles ne se dénouaient pas dans les plaisirs d’un présent enchanté. Oui, la vie lui convenait. Sa vie, dont il s’ingéniait à jouir sans entrave. Il était Djeeb, heureux de l’être, insouciant du reste.
Autour de lui, la chambre rendue au calme baignait encore dans la chaleur de leurs feux partagés. Une délicate résille de filaments luminescents, tissés dans le baldaquin du lit, jetait une clarté orangée sur le théâtre des ébats. Le désordre des oreillers et des draps s’étendait jusqu’à deux fauteuils dont les garnitures de fourrures fauves disparaissaient sous des vêtements défaits puis abandonnés. On reconnaissait la longue robe de l’amante à ces traits de mousseline torsadés par l’urgence. Le pourpoint brodé de Djeeb – sa seule coquetterie – avait volé avant de retomber au hasard, chevauchant un dossier. Ses bottes avaient suivi, l’une enjambant un accoudoir et l’autre éraflant l’ébène poli d’un pied. Au-delà régnait le lustre de meubles à la simplicité trompeuse et de boiseries murales marquetées. L’hostellerie avait de la classe. On ne s’y livrait pas à la frénésie et Djeeb avait su retenir sa fougue pour se hausser au niveau des lieux et de la dame qui l’y avait invité.
Dehors, la nuit était douce. Elle serait brève, certes, et Djeeb regrettait déjà de consacrer sa courte fin au seul sommeil. Ah, cette jeunesse insatiable qui bouillonnait en lui ! Saurait-il raviver pareille flamme chez sa douce endormie ? Le jeune homme flattait du regard le somptueux corps appesanti dans les coussins à ses côtés, lorsqu’il eut la surprise de voir une paire de malotrus surgir par la porte du placard, ouverte à la volée.
Les deux hommes étaient vêtus de tenues de voyage ou de combat – Djeeb ne sut en décider – taillées dans un cuir bourrelé qui leur dessinaient d’inquiétantes musculatures. Avaient-ils assisté à toute la scène ? Représentaient-ils un mari jaloux ou un amant trompé pour arborer cet air farouche qui creusait leur visage et affûtait leurs yeux ? Venaient-ils réparer un affront après l’avoir dûment constaté ? Leur attitude énergique et brutale l’attestait sans doute. En de rapides pas glissés, ils investirent la chambre qui parut soudain bien petite. On aurait dit deux prédateurs en chasse prêts à refermer griffes et crocs sur une proie après l’avoir attirée et laissée se débattre dans de bien jolis draps. Mais qui donc visaient-ils, se demanda Djeeb, lui ou sa belle qui venait de se redresser ?
― Alors, Madame ? souffla l’un des sbires d’une voix étonnamment calme. Devons-nous en finir tout de suite, ou bien surseoir ?
Voilà qui valait réponse. Encore tout bouillant de sa remontée de sève, Djeeb chercha autour de lui de quoi faire face. Avant qu’il ait pu réagir avec la folle témérité que la situation requérait de lui, sa partenaire de plaisir le calma d’une main douce mais ferme, posée sur l’outil même de son récent succès.
― Laissez, mon brave. Je crois que nous pouvons attendre un peu.
Et Djeeb ne sut pas tout de suite si elle s’adressait à lui ou au colosse doucereux qui venait, avec son comparse, d’interrompre sa séance d’autosatisfaction.

Dans cet épisode en cours de rédaction, le jeune Djeeb en connaîtra plus sur les confins tout en perdant son père.

4 Réponses to 'Un oeil sur Djeeb'

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  1. Phil Becker said,

    C’est du Djeeb 2 ou du Djeeb 3 ? Ca sort bientôt en poche ? Je veux savoir la suite…

    • Don Lorenjy said,

      C’est du « Djeeb le jeune », et ça sortira quand je l’aurai fini et quand un éditeur aura le temps de s’en occuper.
      Donc ça peut être très court ou très long.

  2. Azarian said,

    c’est fort alléchant et cela se lit vraiment tout seul 😉

    • Don Lorenjy said,

      Merci. Je suis sûr que ça peut s’améliorer.


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