Comme ça s'écrit…


Avatar, passage au noir

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 8 janvier, 2010
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Tout a déjà été dit sur ce film. Du pour, du contre, des chiffres, des impressions, voire des attentes de révolution (namého, la révolution 3D, comme vous y allez… vos yeux font ça depuis tout le temps).

Je voudrais juste ajouter une note dans ce concert. Ou plutôt une lecture (oui, je lis les films, j’ai le droit, vous aussi).
Je vous fais le pitch, pour les retardataires : sur une planète lointaine, une entreprise humaine avide utilise le projet avatar (transfert d’un esprit humain dans un corps autochtone) pour percer les défenses des gentils Na’vi locaux qui ne veulent pas lui laisser exploiter tranquillement le gisement de minerai qui assure sa puissance sur Terre. Si vous n’y êtes pas encore allés, vous venez d’économiser 2h40 de vie en trois lignes. Mais ce n’est pas la question. Comment peut-on lire ce film ?

Avatar, comme figure de proue d’une narration faussement positive et définitivement noire.
Je sais, ça sonne creux. Mais accordez-moi deux minutes, je vais creuser encore.

Avatar n’est pas la fable écolo gentillette que tout le monde s’est plu à fustiger.
C’est un film qui cache, derrière une violence acceptable, une autre violence insidieuse, un film de l’impossibilité de vivre avec l’autre, un film du combat justifié par la victoire, un film du repli sur ses peurs et son territoire.
Au lieu de se frotter les uns aux autres et de s’apprivoiser, humains et Na’vi se refusent. Pas de dialogue. L’apprentissage de la langue de l’autre n’est justifié que par l’intérêt tactique ou économique. L’incorporation à l’autre n’est qu’une tactique, soit scientifique soit militaire, pour percer l’autre. Chaque situation est un conflit qui ne se dénoue que par la lutte.
La donne de départ n’envisage pas que les Na’vi puissent s’intéresser aux besoins de leurs visiteurs, qu’ils puissent répondre à ce besoin en partageant une ressource, même inutile pour eux, qu’ils puissent gagner à cet échange l’opportunité de partager leurs valeurs à égalité avec les humains, au lieu d’être immédiatement présentés comme inférieurs et colonisés.
La solution finale (ouais, je sais, tant pis) passe par l’anéantissement des forces de l’autre et son éjection pure et simple du monde.
Une fausse note d’espoir montre à la fin le héros devenir Na’vi pour commencer une vie meilleure. Retenez vos larmes de joie : ce n’est qu’une horreur maquillée en conte de fée techno-psychologique. Cela dit : « Je ne peux pas être heureux en étant moi-même au contact de ce qui est différent : soit je meurs, soit je m’identifie à l’autre ». La possibilité d’une évolution convergente n’est même pas évoquée. Les Na’vi ne peuvent changer, les humains non plus, le seul pas vers l’autre possible c’est de se nier, de disparaître, devenir l’autre. S’intégrer.
Et tout cela justifié par l’histoire. Par le fait qu’une histoire doit ménager son taux d’adrénaline, nouer ses conflits, les dénouer dans la violence, jouer de la menace et du soulagement, faire pleurer Margot sur une aventure improbable mais tellement excitante, frissonnante…
En résumé : un thème sournoisement sombre malgré une mise en image de rêve coloré, et une narration fondée sur les ressorts classiques de la peur, de la menace, de la lutte et de la victoire espérée du faible sur le fort. Malgré l’enchantement visuel, Avatar est un voyage vers le côté obscur. Au lieu de nous amener vers la lumière, il nous fait rétrograder dans les grottes de notre inconscient, mais pas pour motiver une réaction : seulement pour nous y complaire.

Voilà ce que ce genre de films nous fait avaler, pas volontairement, simplement parce que le mode narratif le plus efficace fonctionne ainsi.
Si nous voulons sortir un peu de notre préhistoire avant l’extinction, il va peut-être falloir trouver d’autres façons de raconter nos histoires et aussi d’autres raisons de les aimer.

19 Réponses to 'Avatar, passage au noir'

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  1. Lune said,

    Un point de vue intéressant ma foi !

  2. Tigger Lilly said,

    Il ne me semblait pas qu’il y avait grand chose de sournois dans ce film : le scénario est simpliste, les thèmes aussi, mais je ne connaissais pas la fin. C’est plutôt pessimiste en fait comme vision. Bon c’est con, j’aurais dû regarder le film avant de lire ton article, maintenant je ne saurai jamais si je m’en serais rendue compte par moi-même.

    • Don Lorenjy said,

      C’est sûr que si tu l’abordes avec cette grille de lecture, ça va te gâcher un peu le plaisir. Mais vas-y quand même : le cinéma a besoin de tes sous 😉

  3. Laurent said,

    Mmmm, ben justement pas vu non plus et toujours pas d’avis dispo sur atemporel.com 🙂

    • Don Lorenjy said,

      Vas-y avec Tigger Lilly 😉
      Tu peux faire un lien ici, mais il faudrait y ajouter une critique plus cinématographique. Sauf qu’elle est déjà disponible partout ailleurs.


  4. Intéressante lecture, que je partage partiellement dans les arguments mais complètement dans la conclusion lorsque tu dis:

    « il nous fait rétrograder dans les grottes de notre inconscient, mais pas pour motiver une réaction : seulement pour nous y complaire. »

    C’est exactement la conclusion à laquelle je suis arrivé dans ma critique[1], qui reproche une grande passivité (ce qui correspond chez toi à une absence de dialogue entre les peuples) et un réconfort dans une utopie trop naïve pour illuminer.

    Complément intéressant de la critique de Lionel Davoust[2], en effet, qui lui célèbre la recherche de l’émerveillement et l’aspect symbiotique d’un peuple avec son monde qui vient à manquer aux hommes.

    [1] http://inso.cc/wp/2010/01/08/avatar-or-our-sad-fantasies-of-a-dream-world/
    [2] http://lioneldavoust.com/2010/01/avatar-simone/

    • Don Lorenjy said,

      C’est vrai. Nous divergeons essentiellement sur deux points.
      Le premier tient à ton « it requires all the power of its fantastic visuals to stun the viewers into a wonder-induced stupor so that they can be guided passively through the bump-free narration », que j’inverserais sans vergogne : je pense que la narration a été aplatie pour laisser la place à une féérie visuelle qui ne soit pas perturbée par un quelconque questionnement.
      Le second reste pour moi une critique plus générale des modes de narration classiques dont Avatar n’est que la représentation la plus récente et la plus chère, donc la plus impossible à questionner – on me répond sur FB que toute autre type d’histoire entre Na’vi et humains aurait été « chiant », de même que l’on répond aux écolos qu’il veulent nous faire revenir à la bougie sans imaginer d’alternative – narration qui est devenu tellement présupposée même pour les critiques les plus affûtés que nulle-part je n’ai lu la simple question : et si les Na’vi avaient partagé leur ressource ?
      Une suite est paraît-il en cours de fabrication. C’est évident. Que peut-il arriver, dans cette démarche narrative, aux pauvres Na’vi qui ont éjecté des humains prêts à couvrir 5 années de voyage pour leur piquer leur ressource ? Encore de belles bagarres, violemment admissibles, en perspective…


  5. Je ne trouve pas qu’Avatar nous incite à nous « complaire » dans notre inconscient – ce serait le cas si Pandora était un paradis, or c’est un monde dur dont il faut connaître les règles ou mourir à court terme.

    Effectivement, c’est très intéressant de voir qu’avec des éléments semblables, nous parvenons à une conclusion diamétralement opposée. Tu sembles accorder à l’inconscient, à l’obscur, une valeur intrinsèquement négative; j’aurais tendance à le célébrer, non pas seul, sans l’appui de la raison, mais en tant que processus dont nous nous sommes tristement coupés à l’ère moderne (je n’invente rien là, je ne fais que paraphraser Jung 😉 ). Je pense que c’est pourquoi ce film a tant ému les foules: il les a momentanément remis en contact avec les « grottes de leur inconscient », lesquelles leur manquaient énormément… sans qu’ils s’en aperçoivent. Je pense donc que c’est extrêmement salutaire.

    • Don Lorenjy said,

      Ce que tu dis est vrai, mais en surface, sur les éléments que propose le film, et qui fonctionnent très bien.
      Mon problème ne porte pas sur ces éléments, ni sur le thème. Il vient de la structure narrative qui remonte aux mythes, structure selon laquelle un conflit se résout par la violence, une menace doit être combattue, une histoire a un bon et un méchant, un gagnant et un perdant, une justice punitive. Ce type de structure fonctionne au frisson : on prend parti pour un personnage, on éprouve ses émotions, on est soulagé de sa victoire finale, quels que soient les éléments narratifs de surface qui entrent en jeu.
      Une histoire fondée sur la coopération ou une possible résolution gagnant/gagnant du conflit n’est même pas évoquée. Et quand je dis que cela nous fait nous complaire dans cette partie sombre de notre inconscient, cette partie qui remonte au prédateur/victime que l’homme était avant de pouvoir se penser autrement (Ha Ha !), c’est parce que les émotions éprouvées (colère devant l’injustice, volonté de combattre, satisfaction dans la victoire) ne sont agréables que parce que nous ne sommes pas habitués à éprouver d’autres émotions dans une fiction. Le simple fait de l’évoquer entraîne tout de suite la réaction : « ce serait chiant ! ».
      Nous nous complaisons dans la violence et la victoire, mais c’est autant parce que nous ne sommes pas habitués à d’autres formes d’histoire que parce que, au quotidien, nous ne sommes pas capables d’éprouver d’autres émotions face aux situations que nous vivons (peur, frustration, colère, anxiété, soulagement dans la fuite ou l’opposition). Notre inconscient nous permettrait de faire face avec d’autres moyens, d’autres solutions, mais une certaine tradition renforcée par les mythes et les histoires dans lesquelles nous baignons ne nous aide pas à nous en servir. C’est dans cet inconscient positif que Avatar croit nous faire plonger, alors que c’est l’inverse si on regarde la structure narrative.

  6. Laurent said,

    Voici un avis qui sera bientôt complété 🙂

    http://www.atemporel.com/actus/256-avatar-james-cameron

    • Don Lorenjy said,

      Une affaire qui marche : collaboratude et complétion sont les mamelles de la critique.

  7. Lucie said,

    Je crois qu’on peut lire beaucoup de choses, dans Avatar, et surtout ce qu’on y amène, nous. Moi j’ai vu une réécriture de Danse avec les loups, une critique des guerres américaines du Golfe, par exemple. Et je ne me suis pas particulièrement complue dans les scènes de violence, par contre, les courses dans la canopée, les décors, les animaux…. wow !

    J’y ai aimé ce que j’aime en général !

    • Don Lorenjy said,

      Et c’est aussi pour ça que je t’aime. 😉

      • Lucie said,

        Et tu m’as aimée dans Avatar ? Tu as vu comment je sautais sur l’oiseau pour m’envoler dans les airs ? Pas mal, hein 😉

  8. erik said,

    Je suis bien d’accord avec toi. J’aurais voulu répondre à Lionel, mais il a « fermé » les commentaires.

    Je vois aussi d’autres aspects à critiquer, beaucoup plus terre à terre si je puis dire, parce que je ne suis pas un philosophe ou un intellectuel, hélas 😦

    A propos de la prétendue violence de Pandora, de nombreux spectateurs ont témoigné vouloir connaître ce monde et y habiter. Si Cameron avait voulu terrifier, c’est loupé. En effet, on est bien loin de LV-426, la planète d’Alien. En fait, les spectateurs s’y sont vus y séjourner en tant que Na’vi, pas comme humains. En gros, dotés de super-pouvoirs. Pourquoi pas, le cinéma sert aussi à ça, faire rêver tout bêtement.

    Lionel parle de modernité en ce que Cameron fait du complexe militaro-industriel le méchant du film. D’une part, le même Cameron l’avait déjà fait avec Aliens, en 86 je crois, dans Abyss aussi – les militaires sont les méchants. On pourrait aussi causer de Robocop et du vilain conglomérat OCP, en 87. Mais c’est surtout une constante d’une certaine culture américaine: on ne pourrait pas faire confiance à l’armée et à la rigidité de sa hiérarchie, de son commandement et des intérêts qu’elle sert, lesquels ne sont pas ceux du pékin moyen. sans parler des impôts qu’elle induit. Même les films de Bruckheimer/Bay ne disent pas autre chose.
    Bien que Canadien, Cameron est une sorte de red neck, fondu d’armes à feu, (il a confié lui-même avoir écrit les dernières scènes du film pour le plaisir de mettre en scène des hélicoptères contre des dragons et l’un de ses loisirs préférés était d’aller tirer sur cible dans le désert en compagnie de son épouse). Il est le prototype de l’anti gouvernement fédéral, anti corporation, qui défend l’individu et sa liberté inconditionnelle à n’importe quel prix, méfiant à l’encontre de toute forme de législation qui ne serait pas d’origine divine.

    Le sauveur du peuple bleu est un… Américain. Un ancien Marine. A lui seul il entraîne toute une espèce à l’insurrection – avant lui, c’était impossible, apparemment. Moderne l’idée de l’homme providentiel, capable à lui-seul de renverser le pouvoir en place pour instaurer celui du peuple contre les élus ? Ce genre de maverick transgressant toutes les règles et les lois, toujours injustes, est une constante du block-buster ras du front.
    D’autre part, les guerres en Irak et en Afghanistan n’ont rapidement plus été populaire – elles ne l’étaient plus depuis longtemps lorsque le film est sorti, dès que les soldats ont commencé à rentrer au pays à l’horizontale, ce que l’on peut aisément comprendre. Le Vietnam ne l’a pas été longtemps non plus, populaire. Toute une frange des réactionnaires américains (les électeurs, pas les élus hormis sans doute le Tea Party) sont des adeptes du repli sur soi, pas de l’interventionnisme. En effet, comme le dit Lucie on est en plein Danse avec les loups – le sauveur blanc issu de l’armée – un reproche de copie-conforme qui a d’ailleurs été fait à Cameron. C’est étonnant cette volonté des spectateurs européens de lire une critique de l’armée dans les films hollywoodiens, une critique qui serait anti-américaine, proche de notre sensibilité ; à Cannes, les journalistes en parlaient à Lucas lors de la sortie de la Guerre des clones ou du suivant je ne sais plus,avec des étoiles (ah ah !) dans les yeux. Il devait bien se marrer, Georges.

    Donc Cameron caresse dans le sens du poil, ne faisant là preuve d’aucune modernité, d’aucun engagement progressiste. Si on devait chercher, on pourrait même dire qu’il prône une sorte de décroissance, un projet qui ne me séduit pas du tout et encore moins dans sa proposition qui met la virilité brute au centre de tout.

    De toute façon, je ne pense pas que Cameron ait voulu sincèrement, profondément dire quoi que soit avec son film, à en croire les nombreuses interviews que j’ai lues. Voilà un créateur branché défi physique, défi technologique et qui rêve depuis StarWars de créer son propre univers de SF – une planet fantasy bien manichéenne à mon goût.

    Je suis étonné que personne – ou si peu – n’évoque la servitude à laquelle les Na’vi condamnent leurs animaux. Tu parles d’un échange… En fait, c’est tout pareil que sur Terre : ce qui est sur mon sol m’appartient, faune, flore, minéral. Tout. Et je ne le partagerai qu’avec mes semblables- au départ, les Na’vi étaient plus généreux mais ils étaient cons, en fait, semble nous dire le scénario.

    Les Na’vi sont confondants de gnangnatitude et éprouvent le besoin de prier pour les proies qu’ils abattent, une façon de laver leur mauvaise conscience de chasseur à petit prix.

    La société formidable des Na’vi n’autorise pas les femmes à choisir leur époux. Rites violents d’initiation, prêtresse voudouesque qui raconte n’importe quoi, culte permanent de la testostérone, youhou, c’est la fête de la modernité et de l’amour de son prochain dans le respect des différences, ça fait vraiment envie.

    Tout ça ne serait pas si désolant si le film n’avait été vendu, vanté ici et là comme l’étendard d’une certaine modernité, du progrès sinon à venir, du moins à souhaiter. La nature c’est le bien, la techno c’est le mal et ce sera l’un ou l’autre, les uns contre les autres. Chouette, vivement demain 🙂

    Par ailleurs, Cameron a toute mon admiration en tant que créateur indépendant. Comme j’aurais aimé avoir sa volonté et son endurance – il suffit de regarder le making-off d’Abyss pour comprendre à quel point ce type est exceptionnel.

    Finalement, j’ai plus répondu à Lionel qu’à toi, toutes mes confuses. Un avis que je partage et qui est très bien troussé est à lire ici :
    http://www.robbymovies.com/2009/12/avatar.html


    • « c’est tout pareil que sur Terre : ce qui est sur mon sol m’appartient, faune, flore, minéral. Tout. Et je ne le partagerai qu’avec mes semblables- au départ, les Na’vi étaient plus généreux mais ils étaient cons, en fait, semble nous dire le scénario. »
      C’est vrai, encore que sur Terre la notion de « mon sol », qui semble maintenant partagée par presque tous, n’a pas toujours été aussi indiscutable (ce qui nous rappelle ainsi que les gentils Na’vi n’ont rien avoir avec les amérindiens d’avant la colonisation).

      « La nature c’est le bien, la techno c’est le mal et ce sera l’un ou l’autre, les uns contre les autres. Chouette, vivement demain  »
      Encore plus vrai ! Apprenons à refuser toute rhétorique binaire conflictuelle et à la dépister dans ce que les films tentent de nous forcer à croire. J’en viens à me demander si la « suspension of disbelief » ne concernerait pas notre propension à tout voir en bon/méchant, avec nous/contre nous… Bagage dont il faudrait se débarrasser avant de lire certaines histoires… voire avant de les écrire 😉

  9. erik said,

    Je suis gâteux : je reviens du site de Robby et vous aviez déjà échangé sur le sujet. Je vais me recoucher avec une bouillotte, tiens.


    • Ah ben non, Erik, reviens. Et merci d’avoir partagé un avis intéressant, ça fait chaud (tu es une excellente bouillotte).


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