Comme ça s'écrit…


Autres considérations sur le prix du livre

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 2 mars, 2010
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Quoi qu’on ait pu en dire, avec passion, violence ou raison, le billet précédent n’a pas heurté tout le monde, au contraire. David Bry, par exemple est d’accord mais trouve les livres trop chers. Il me dit sur FB « est-ce normal de payer un livre 20€ ??!? » Et il ajoute : « cela ne me semble pas normal qu’un livre coûte plus cher qu’un rôti de boeuf. » Même sorti de son contexte (sorry David), c’est parlant.

Sa réflexion m’a rappelé un article qui m’avait scié le jarret, il y a une vingtaine d’années. Je tâche de me souvenir et je vous raconte.

Un agriculteur en avait marre de faire de la viande de boucherie aux antibio et aux hormones. La mode n’était pas encore vraiment au bio, mais il a trouvé un truc au Japon : le bœuf de Kobe. Un truc incroyable : on abreuve la bête à la bière ( !), on la masse quotidiennement au saké (re !), où on la loge dans un box tout confort douillet avec promenade régulière pour ne pas la stresser, attendrir la viande et lui donner un persillé unique… bref, un truc de ouf pour une viande au prix du caviar. Les Japonais riches en raffolent.  Qu’a fait notre agriculteur ? Il est parti au Japon, s’est offert une formation pour traiter ses bœufs comme ils le méritent, est revenu avec quelques têtes et a commencé l’élevage. Il a d’abord vendu en France, auprès de béotiens qu’il a fallu séduire en leur faisant goûter. Puis a recontacté les Japonais, qui ont trouvé son Wagyu suffisamment bon pour l’importer et le vendre à égalité avec leur produit national.

— Quel rapport avec le livre ?
D’abord, s’il n’est pas normal qu’un livre coûte plus cher qu’un rôti de bœuf, c’est parce que le bœuf est bradé sur le dos des éleveurs. Je préfère ne manger de la viande qu’une fois par mois, mais que ce soit du Wagyu . Le reste du temps, le soja fait l’affaire (bio, pas transgénique). Parce que mon bœuf, une fois que je l’ai mangé… vous voyez où il va.
Alors qu’un livre ?

Admettons qu’au lieu de faire du livre jetable pas cher, on fasse du livre durable de luxe, mais pour tout le monde.
— Luxe pour tout le monde ? N’importe quoi !
Bah, ce n’est pas antinomique, parce qu’un livre ne se consomme pas. Il se prête, s’échange, et encore mieux : se partage.

Un livre cher, donc, et un système de librairie se rapprochant du covoiturage.
On achète un livre à plusieurs, sur les conseils d’un libraire qui connaît nos goûts et sait nous surprendre.
On se passe le livre en consultant sa disponibilité sur un site type forum ou simplement en se parlant (ça marche aussi).
On peut même annoter (proprement) si on fait partie d’un groupe de lecteurs qui tolère, voire apprécie ces pratiques.
Bref, on fait vivre le livre au lieu de le mettre sur un meuble ou le refourguer sur e-bay.

— Et pourquoi cher ? On peut déjà faire pareil en pas cher, non ?
Oui. Mais avec un livre cher, d’abord l’échange devient nécessaire, et toute la chaîne de création du livre peut être mieux payée pour un produit de vraie grande qualité (illustrateur, façonnier, relieur, voire papetier). L’auteur on s’en fout, l’éditeur aussi.

— Quoi ?
Ben oui. Parce que, dans un tel modèle, on va dire qu’auteur et éditeur sont de vrais partenaires. Qu’ils partagent les risques, la mise de fond si nécessaire (souscription !), la promotion, et les bénéfices éventuels. 50/50.

— Mais, mais… on pourrait déjà le faire !
Oui !

D’ailleurs, regardez :

Le recueil de luxe, magnifiquement illustré, mis en page, relié et imprimé, que tout le monde pourra bientôt s'acheter, s'échanger, se prêter en promettant de ne pas le jeter !

Et toc !

12 Réponses to 'Autres considérations sur le prix du livre'

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  1. Travis said,

    Oui mais on peut aussi l’emprunter en bibliothèque. Ok faut pas écrire dessus mais bon.

    Et c’est vrai 20€ c’est pas donné, quand on peut trouver de l’occase en état neuf. pour 20€ j’achète entre deux et trois livres d’occasion. Mais je le répète je sors la CB pour certains auteurs, et surtout des auteurs qui ne vendent pas comme les levy, musso et autres noms d’oiseaux.

    • Don Lorenjy said,

      Blaguàparts (version luxe toutes options) sera proposé à 15 euros. Soit un tout petit rôti, mais satisfaisant les plus grands appétits.

      Blaguàparts c’est bon, mangez-en !

  2. Phil said,

    Je n’ai jamais trouvé le livre cher. C’est le prix d’une ou deux places de ciné, et le plaisir dure plus longtemps.

    Et le prix, ça entretien le désir, non ? Quand on téléchargera du livre comme de la musique, ça blasera un peu…

    A part ça, Blàguaparts, je suis curieux, même si j’aime pas le titre (me fait penser à une sitcom.). Tu auras ton neuro.

    • Don Lorenjy said,

      Alors tu seras encore plus content si le livre est plus cher, non ?
      (merci pour les Blaguàparts, pas cher, pas cher !)

  3. Guillaume44 said,

    J’avais pas pensé à l’achat de livres grand format à plusieurs… Faudrait que je rencontre plus de lecteurs de SFFF sur Nantes tout de même (boarf pas trop dur mine de rien). Heu je peux te piquer l’idée dans un recoin de ma tête pour la ressortir impunément un jour sur mon blog ?

    • Don Lorenjy said,

      Vas-y, c’est cadeau (et même flatteur)

      • Guillaume44 said,

        Voilà l’idée sombrant dans les méandres de mon esprit tortueux… Qui sait quand elle en ressortira ^^ A+

  4. Lucie said,

    Chez Rivière Blanche, je touche 50% du prix HT de DA… mais c’est très rare !

  5. Lucie said,

    Bravo à RB ! C’est le contrat pour tous les auteurs, autant que je sache. Et les livres ne me paraissent pas « trop » chers, en comparaison des autres éditeurs.

    Dans l’absolu, oui, c’est toujours trop cher, un livre, et encore plus toujours trop cher, la viande et les fruits, je suis bien d’accord

  6. Lune said,

    Personnellement je trouve le livre en général assez cher pour mon porte-monnaie. Par rapport au travail de l’auteur par exemple, on peut dire que le livre n’est pas trop cher, mais quand on a un petit revenu… Tout est relatif ! On peut en effet les emprunter en bibliothèque, mais encore faut-il que celle-ci ait un budget pour la SF (souvent réduit malheureusement !).
    ça ne m’empêchera pas d’acheter Blaguàparts pour ma médiathèque dès que possible, surtout qu’il n’est pas très… cher 😉

    • Don Lorenjy said,

      Yep ! Blaguàparts, c’est le « Petit Prix de l’Imaginaire ». On ne peut pas tous concourir pour le Grand Prix, hein ?


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