Comme ça s'écrit…


Oups… j’ai encore remis ça

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 17 mars, 2010
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On va finir par croire que je refais le coup de la lettre ouverte aux journalistes dès qu’un de mes livres sort. Mais non, là c’est le hasard. Et même si, ça ne ferait pas beaucoup de courrier, finalement.

Cette fois-ci, j’ai réagi à un long article de Michel Abescat dans Télérama. Quatre pages à la gloire de la littérature policière, qui aurait réussi, comme ça, toute seule, parce qu’elle le vaut bien, à se légitimer auprès des têtes pensantes et autorités de la culture française, ainsi qu’à toucher le grand public qui n’aurait plus honte de lire son polar sans le cacher sous une couverture de Philippe Sollers.

On va passer sur le titre (Le crime paye enfin !) pour survoler les différents points développés par Michel.
En gros, le polar aurait conquis sa légitimité en s’améliorant grâce à des auteurs de talent, en s’ancrant dans les craintes ou attentes de l’époque, et en offrant des voies d’évasion ou de catharsis à des lecteurs lassés de leur quotidien.
Et les journaleux ont marché, ouvrant leurs colonnes à ces auteurs tous forcément super (Michel cite à la fois Ellroy et Dan Brown, il a dû se tromper de Dan…) pour bien dire au public cherchant à se rassurer sur la qualité de ses petits plaisirs solitaires qu’il n’y a pas de mal à lire une bonne Série Noire de temps en temps, puisque c’est de la littérature, mon bon.
Rien de grave, c’est du marronnier de journaliste, comme de nous parler du « renouveau de la série américaine » ou des moyens de se glisser les bourrelets dans le bikini à l’approche de l’été.

Mais quand même, je me suis dis : « Et pourquoi qu’il ne légitimise que le polar, le copain Michel ? » Hein ? Pourquoi n’irait-il pas un peu plus loin et accorder le statut de littérature à d’autre mauvais genre. Alors je le lui ai dit. En lui envoyant cette lettre :

Cher Michel,

Me permettez-vous de vous appeler Michel ? La lecture de votre magazine depuis plus de 30 ans me pousse à cette familiarité. Cher Michel, donc, souffrez que je vous interpelle suite à votre article sur la légitimation du Polar. Il est parfait, enthousiasmant… et j’aurais tant aimé vous voir écrire les mêmes lignes, exactement les mêmes, sur un sujet autre, à la fois si proche et si loin. En effet, toutes vos constatations et justifications sur l’historique de la perception du genre pourraient être transposées aux littératures de l’imaginaire. Toutes, sauf une : les littératures de l’imaginaire ne font pas partie de la culture légitime.

Mais, je sens l’interloquitude vous tenailler… littératures de l’imaginaire ? Toute littérature ne fait-elle pas appel à l’imagination, sinon celle de l’auteur, au moins celle du lecteur ? Ah, oui, mais non : je ne parle ici que des mauvais genres que sont restés la science-fiction, le fantastique et la fantasy, puisque le polar est, lui, devenu légitime avec votre aide. Ces autres mauvais genres, vous persistez à ne pas en parler. Ou alors pour analyser (vous gausser ?) de phénomènes tels Werber ou Stephenie Meyer. Pourtant, leur succès ne vous a pas attendu. Regardez vos chiffres : quand 1 livre vendu sur 4 est un polar, un autre est un livre d’imaginaire. Et rarement du meilleur. Parce que vous n’intervenez pas.

En juin dernier, j’avais écrit une lettre ouverte à Nathalie Crom ainsi qu’à d’autres faiseurs d’opinions littéraires, les suppliant de remplir leur mission critique pour ne pas laisser les lecteurs d’imaginaire livrés aux seules lois du marché et du succès reproductible. Hélas, cette lettre, peut-être pas si ouverte, n’a reçu aucune réponse.
Pourquoi un tel silence ? Avez-vous peur de vous salir en ouvrant des livres de SF ? Craignez-vous le retour d’acné ? Pourtant, vous avez lu La Route de McCarthy, et comme tout le monde vous en pensez du bien, sans admettre que vous avez apprécié un livre de SF. Ou alors, vous avez peur de perdre votre temps avec ces romans pour adolescents boutonneux ?
C’est vrai, il y en a. Mais il y a aussi de pures merveilles qui, à l’inverse du polar, n’ont pas besoin de sang et de violence pour donner envie d’avenir au lieu de faire désespérer du présent. Certes, il faut savoir les repérer dans toute cette production (plus de 30 titres par mois)…
Mais, j’y pense : il vous manque peut-être une revue ou un magazine qui ferait le tri, chercherait ce qui mérite d’être lu, analyserait l’insertion d’une œuvre dans son genre ou son caractère novateur… qui ferait en gros ce que vous ne vous abaissez pas à faire, alors que vous le devriez à vos lecteurs.

Tenez, je vais vous aider à commencer. Offrez-vous Gagner la Guerre de Jean-Philippe Jaworski, Le Déchronologue de Stéphane Beauverger, Velum de Hal Duncan (tiens, il n’est pas Français, mais Écossais), ou mieux : cherchez-les dans les piles de SP reçus au journal.
Faites juste attention à une chose : ces livres racontent des histoires, ne sont pas nombrilistes, sont écrits par de véritables artistes de la langue, parlent du présent autant que du passé et du futur, et risquent de vous plaire. Ensuite, je suis sûr que vous aurez envie de partager ce plaisir avec vos lecteurs, pour les aider à sortir des produits Levy/Brown/Werber/Meyer/Musso/Chattam. Ils n’attendent que vous pour aller voir plus loin que les têtes de gondole.

Ceci dit en toute amitié, bien sûr. Nous ne nous connaissons pas, mais je soupçonne en vous le journaliste intègre, comme dans votre équipe. Continuez de donner envie à vos lecteurs, mais donnez-leur envie de tout. Même s’il vous faut pour cela légitimer des gugus comme Pierre Pelot ou Iain M. Banks.
Quant à moi, je continuerai de vous lire chaque semaine, en attendant avec émotion de voir un jour la critique d’un roman sf, fantastique, ou fantasy.

Bien à vous,

Don Lo soi-même

Voilà. C’était dit sans acrimonie aucune, d’abord parce que je ne suis pas sûr de savoir ce qu’acrimonie veut dire.

Le croirez-vous, amis des landes imaginaires et des espaces étoilés ? Michel Abescat ne m’a pas répondu. Et n’a pas ajouté une rubrique SFFF aux pages littératures de Télérama.

J’hésite à lui envoyer un exemplaire des Blaguàparts : une légitimation surprise ne risque-t-elle pas de vous en détourner ?

16 blagues définitivement illégitimes quoique reconnues par leur papa

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9 Réponses to 'Oups… j’ai encore remis ça'

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  1. Phil said,

    Mais que fait la Ligue Deu ?

  2. Tigger Lilly said,

    Haha !

    Ellroy et Brown cités l’un à côté de l’autre, ça fait mal aux yeux tout de même …

    Mais quand as-tu envoyé cette lettre, peut-être Michel n’a pas encore eu le temps de te répondre ? Ou alors il préfère potasser Jaworski et Beauverger avant avant de s’y coller.

    Envoyer un exemplaire de Blaguàparts peut être une idée, rien que la couverture peut avoir un effet post-traumatique salutaire pour le monsieur.

    • Don Lorenjy said,

      J’ai quand même envoyé ma lettre il y a trois semaines.
      Mais je les connaît, ces loustics : comme tout journaliste, ils sont détenteurs d’une vérité qui ne peut être remise en cause par des non-journalistes.
      Ma lettre est au manier, avec les SP d’imaginaire. Je vais économiser un Blaguàparts…

  3. Travis said,

    Mais non envoie le moi. 🙂

    Comme Tigger Lilly voir James Ellroy à côté de cette *###**## de brown c’est dure et de plus agaçant de voir constamment les mêmes noms cités quand on parle de polar, j’aime énormément James Ellroy mais il n’a pas besoin d’être cité à tour de bras. On ne parle pas de la sf, imaginaire etc dans les revues comme téléramalité mais on ne parle jamais d’auteurs de polar comme Jean-Hugues Oppel, Lalie Walker, Hervé Claude, Francis Mizio, Don Winslow, David Peace, Harry Crews, Jack O’Connell, j’en passe et des meilleurs. Et ce qui m’énerve le plus c’est que ces journaleux reçoivent des SP à tir larigot, et putain oui Jaworski, Beauverger, Duncan, Gidon, Mauméjean, Dufour, Wagner, Di Rollo, Noon, Priest, Egan, Damasio…

    Bon j’arrête on ne va pas s’énerver dès le matin.

    • Don Lorenjy said,

      Tu as raison sur les citations d’auteurs polar. La ligitimation d’un genre scinde forcément ses tenants en deux sous-genres : les légitimes dont on peut critiquer les oeuvres (surtout depuis que la critique n’est qu’un relais de la promo, on ne va pas dire du mal de ceux qui pourtant les mériteraient), et les illégitimes dont on ne parle pas parce qu’ils « n’apportent rien au genre », ou alors sous forme « d’analyse du phénomène *nom de n’importe quel auteur qui vend sans que la presse ait lu son livre* ».

      Le problème de l’imaginaire, c’est que les genres eux-mêmes sont hors champ de l’analyse. Donc les auteurs n’ont même pas la joie de faire partie des légitimes ou des ostracisés : ils ne sont que des « phénomènes » citables en termes marketing et non littéraires (Werber, Meyer, Brown)… ou rien.

  4. Travis said,

    Oui et c’est d’autant plus énervant de voir les journaleux se mettre à genoux devant La Route de McCarthy alors qu’ils ne parleront jamais des livres de Thierry Di Rollo par exemple. Pour McCarthy parce que prix Pulitzer, parce que grand auteur américain etc…

    ET il serait bien que le public arrête d’être un gros mouton débile qui ne suive qu’une ligne (bien droite) celle du 4 par 3 placardé dans le métro ou dans les magasines. Le média Internet est une chose incroyable et heureusement qu’il est là, après il suffit juste de se donner la peine de chercher. C’est ce que je disais à RCW, j’adore chercher des infos sur les auteurs fouiner, déblayer, puis lire leurs bouquins, pourquoi pas les rencontrer, et pour ma part Actu Sf m’a fait découvrir un paquet d’auteurs, français pour une grande partie, et d’auteur en auteur j’ai découvert des éditeurs comme le Bélial d’Olivier Girard qui fait un super boulot, je rebondis sur d’autres auteurs, de lien en lien, je le répète il suffit de chercher, fouiner, et ne pas se contenter de la soupe qui nous est servie chaque jour. Évidemment tout le monde n’a pas Internet, mais il y a les bibliothèques, il faut questionner, pour parler vulgairement, remuer la merde au dessus pour découvrir les perles en dessous. La métaphore vaut ce qu’elle vaut mais c’est ma vision des choses.

    • Don Lorenjy said,

      Travis, tu t’énerves là. C’est mauvais pour ton pacemaker.
      On va se contenter de souhaiter – non pas la légitimité, faut pas charrier – mais juste que les journalistes fassent leur boulot de critique pour aider le lecteur lambda à situer la qualité de ce qu’il lit au regard du niveau d’ensemble dans le genre.
      Après, le lecteur lambda continuera de s’offrir des têtes de gondoles, mais en connaissance de cause et du reste.

  5. Travis said,

    Oui, il serait temps d’arrêter de catégoriser et de montrer du doigt en disant beuhaa c’est de la SF, et de se dire c’est de la littérature point. Qu’est ce que La Route sinon un roman de SF vendu en littérature générale.
    Bon je vais recharger ma pile avant de tomber.


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