Comme ça s'écrit…


Foutez-nous la paix !

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 30 mars, 2010
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30 fois moins grand que le Texas, pour 30 fois plus d'emmerdes

Ce matin, j’écoute à la radio Igal Sarna parler de son livre (un peu) et de son pays (beaucoup). C’est un tout petit pays, qui selon un des chroniqueurs de France Culture est trente fois plus petit que le Texas. C’est un pays qui se construit un mur pour laisser ses problèmes se résoudre tout seuls derrière, un pays dont le chef de la diplomatie se demande s’il ne faudrait pas tout simplement envoyer l’armée tuer chacun des activistes ennemis bien planqués derrière ce mur, un pays dont Igal Sarna semble désespérer.

Je serais à sa place, j’aurais assez peu d’espoir aussi.
Mais Igal Sarna est un écrivain, il sait faire passer des idées et des sentiments.

Par exemple, il m’arrivaient de penser que les Israéliens exagéraient un peu en répondant à coup de chars et de missiles dès qu’une roquette franchissait leur mur.
Sarna, lui, parle de sa mère, pour qui Israël était le seul pays, la seule terre au monde, où elle pouvait se sentir à l’abri. Là, dans ce bout de désert dont il avait fallu chasser les habitants et leurs chèvres mais tant pis, elle pouvait enfin poser ses valises et être chez elle, de la même façon que nous somme chez nous. Et enfin, pour la première fois grâce à ces mots tout simples, je me suis senti à la place d’un Israélien. Je suis chez moi, à l’abri, je peux enfin dormir dans un lit sans me faire réveiller par la peur, je peux respirer au calme dans mon jardin et oublier les hordes qui m’ont couru après, ont tué ma mère, mon père, mon frère et voulaient me tuer aussi simplement parce que j’existais, je peux donc enfin exister sur un bout de monde sans qu’on veuille me faire disparaître (même si ce bout de monde a été acquis de façon discutable, je sais), et au milieu de cette petite béatitude de rien du tout à laquelle tant d’autres ont droit, on vient me jeter un pétard dans le jardin juste pour me rappeler que non, même là je ne peux pas exister et qu’on peut me le rappeler quand on veut.

C’est une phrase longue et un peu schématique, mais elle résume (rendez-vous compte, si j’avais développé) l’impression qui m’est tombée dessus. L’impression d’être un Palestinien, je la connaissais déjà, je l’éprouvais et elle se renforçait à chaque missile reçu à Gaza, à chaque olivier arraché en Cisjordanie… Mais se mettre à la place d’un Israélien, ça me semblait plus difficile et – bêtement, je l’admets – inutile : ils sont les méchants, les agresseurs, les forts, affaire réglée. Là, j’ai l’impression d’avoir un peu équilibré les choses en moi-même.

La seconde impression que je retire de cette écoute matinale, c’est que l’espoir est mort, là-bas, dans ce bout de désert trente fois plus petit que le Texas. Plus personne ne veut vraiment de solution, malgré les mots, l’inutilité des mots.
Sarna raconte comment, lorsqu’il parle avec des Palestiniens, il se sent comme un invité mal élevé parce qu’il leur dit que non, ça ne va pas s’arranger, en tout cas pas tout seul. L’espoir est tellement mort que c’est malpoli de le dire. On ne peut que chanter sa mémoire comme une incantation.
Sarna est lucide. Il dit que son pays est un pays high tech lancé dans une guerre tribale d’il y a 500 ans, un pays qui ne veut pas choisir entre iPode et high God. Sous la formule, il y a du vrai. Mais je ne limiterais pas à « son pays ». Sauf que le dire, ça ne suffit pas. Sarna est un des plus anciens militants de la paix, et j’ai le sentiment qu’il ne milite plus. Qu’il a décidé de leur foutre la paix, pour qu’ils puissent continuer la guerre jusqu’à disparition des combattants.

D’accord, lucidité, désenchantement, obsèques de l’espoir, tout ça… maintenant, foutez-nous aussi la paix ! Grandissez un peu, faites un geste, je ne sais pas, juste un sourire, et arrêtez de mettre la responsabilité sur le dos d’un autre. Ce n’est pas aux Etats-Unis ou à l’Europe de siffler la fin de la partie. Ce n’est pas l’Iran, ce n’est pas la Syrie ou l’Arabie Saoudite. Arrêtez d’attendre que l’espoir, non content d’être mort, soit froid et oublié. J’en ai un peu marre.

Et dans le cadre d’une opération « rendons le sourire à nos contemporains sans trop leur faire les poches » je me contente de rappeler que Blaguàparts ne coûte que 15 euros pour 16 nouvelles, ce qui fait 1 euros la nouvelle avec une nouvelle offerte.

Quelques grammes de blague dans un monde de merde

2 Réponses to 'Foutez-nous la paix !'

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  1. Travis said,

    Y a du vrai mais je crois que cette histoire, guerre, haine, dure depuis trop longtemps et finalement ils ( Palestiniens, Israéliens) ne veulent pas la paix. Cette histoire mêle tellement de choses, Histoire, Religions, politique, j’en passe et des meilleurs, finalement tout ça me lasse véritablement, alors oui Blaguàparts c’est plus intéressant (pour moi).

    HS: j’aime bien l’idée du point PW. (je sais ça n’a rien à foutre là mais bon…)

    • Don Lorenjy said,

      C’est ce qui me désole : ce constat, même chez les plus engagés pour la paix, qu’on n’en sortira plus, qu’il n’y a pas de solution, qu’il faut laisser les vivants s’entretuer de part et d’autre du mur jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne. Désespérant, mais je refuse !


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