Comme ça s'écrit…


Mer rouge, terre qui pleure

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 31 mai, 2010

Difficile de revenir sur Terre après les Imaginales. Pourtant…

Dès ce matin, au petit déj de l’hôtel, l’écran CNN annonçait l’assaut Israélien contre la flottille pro palestinienne.
Je ne veux pas prendre parti… et puis si. Je prend le parti des morts, des veuves et des orphelins, des souffrances et du sang versé.
Je ne prend pas parti contre, mais pour.

Pour ceux qui veulent calmer le jeu.
Pour ceux qui baissent les armes.
Pour ceux qui pensent à l’autre en tant qu’humain au lieu de nier leur propre humanité.
Pour ceux qui sont formés à tuer, mais qui savent s’arrêter.
Pour ceux qui pensent qu’un imaginaire commun, sans affrontement, est aussi du ressort des auteurs.

Dénoncez tant que vous voulez, mais tâchez un peu d’imaginer aussi. D’imaginer une voie qui se détourne de la violence pour résoudre certains conflits au lieu de les entretenir et de les aggraver.

Il y a des auteurs ici ? Donnez de la voix, donnez de la voie. Merci.

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Imajournal – Dimanche

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 31 mai, 2010
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Il faut bien finir ce que l’on a commencé. Le dimanche démarre sous la pluie, passe au soleil, retrouve la pluie du soir, et puis c’est la nuit. Une sorte de frénésie s’empare toute la journée des auteurs : faire signer l’anthologie par les présents avant qu’ils ne partent. C’est la course, on se bouscule, on se désigne du doigt d’un bout à l’autre de la bulle livre « Toi, bouge pas, j’arrive avec mon exemplaire ! » Le mien est bien rempli, j’ai performé à mort, avec même un Delval sur mesure.

Et puis il y a les gens bien, venus nous voir, nous écouter, demander, humer les livres. Rarement j’aurai vu un tel public, si intéressé, si intéressant. Alors que l’an dernier et sur d’autres salons on avait pu les sentir frileux, étranglés par la crise, hésitant à prendre des risques – ils ne s’offraient qu’un livre et il fallait que ce soit le bon – j’ai vu ici des gourmands qui se promenaient chargés de 7, 8, voire 10 ouvrages dédicacés, et qui en voulaient encore. Certains me demandaient quel Djeeb acheter en premier (oui, Djeeb l’Encourseur était là) et repartaient avec les deux sans que je n’aie rien dit qui les y incite. Comme s’il était plus important de rêver que d’économiser. Les jours meilleurs sont dans nos cœurs…

A la question posé aux auteurs du dernier café pour la route (Pourquoi écrivez-vous ?), j’aurais sans doute répondu : pourquoi, je ne sais pas, mais pour qui, ça oui, je sais ! Greg Keyes, Jean-Philippe Jaworski, Lionel Davoust et Ayerdhal avaient tous une réponse de l’ordre du « Parce que c’est fun et que je le fais depuis tout petit. » J’adhère sur le fond et la forme, mais il n’y a pas que ça. Et l’argent n’a pas été occulté.

Justement, qu’a dit Ayerdhal ? Plein de choses bien, mais une qui survole, sur sa puissance de travail en cas de besoin : « Je peux passer trois mois à ne rien écrire, mais quand le frigo est vide, je suis d’une efficacité redoutable ! » Lionel Davoust n’a pas renchéri, mais a su trouver aussi le mot juste « Avant, je travaillais et je mangeais beaucoup. Quand j’ai accepté de manger moins, j’ai pu écrire plus. » Jean-Philippe Jaworski a reconnu qu’il ne gardait son emploi de professeur que par goût de la bonne chère. Quant à Greg Keyes, il affirme préférer gagner de l’argent en écrivant plutôt que devoir repasser des journaux 8 heures par jour avec seulement de quoi se payer un sandwich. Les auteurs sont des ventres. Et j’ai encore faim !

Il y a tant de gens à remercier que j’abandonne, ils se reconnaîtront. Pensée spéciale à Camille, fidèle au poste, à Yasmina et Corinne pour les cafés salutaires, à mon papa dont j’ai parfois presque senti la main sur mon épaule.

This was spinal tap, fermons le robinet.

Imajournal Samedi

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 30 mai, 2010
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Ce matin (dimanche) il pleut sur la ville comme il pleure dans mon… mais alors hier, hier !
La vie telle que je vous la souhaite tous les jours. Réveil petit matin sous un soleil à se gaver les mirettes, ambiance de 14 juillet sur le salon, pique-nique à la franquette qu’elle est bonne, remise des prix à faire passer Cannes pour un pince-fesses élisabéthain (heureusement, les guindés c’est pas nous), et le duo David-Jean-Jacques (oui, duo et pas trio) pour ensourier tout ça et sortir le pain juste quand il le faut.

À titre perso, tous mes Blaguàparts ont trouvé preneur… sur l’argument déjà bien rôdé de « à ma droite, Justine Niogret, Grand Prix de l’Imaginaire… et ici, Blaguàparts, petit prix de l’imaginaire, 15 €, c’est cadeau ». Quand il n’y autour de vous que des ouvrages à plus de 20 €, l’argument – quoiqu’un peu facile – finit par porter. Je suis très content pour Griffe d’Encre, mais je regrette un peu la présence de cette touche de rouge si avenante dans les piles de livre devant moi.

Le café littéraire sur l’anthologie a été pur plaisir, d’abord parce que j’étais assis à côté de Sire Cédric et que Wouaou ! Ensuite parce que j’ai pu entendre Sylvie Miller parler des Basques, Fabien Clavel parler des Hongrois et Erik Wietzel parler très bien, ce qui m’a encore une fois renvoyé à une modestie salutaire. Enfin parce qu’à l’issue de la causerie, je n’avais jamais vu autant de visiteurs se presser devant nos stands de dédicaces avec l’anthologie à la main, suppliant qu’on la leur signe. Bon, d’accord, je suis placé entre Erik et Fabien, mais quand même, ça fait plaisir.

Et puis Bang ! remise des prix. Voyant Greg Keyes tout seul, je me suis fendu pour lui d’une traduction simultanée. Qui se bornait souvent à « Well… she’s happy, she thanks everybody. » Lorsque Justine est montée sur scène je n’ai pas pu m’empêcher de hurler JUSTINE POWEEEERS ! ! ! Elle était très contente, elle a remercié tout le monde, et franchement – je suis en train de lire Chien du Heaume – elle mérite.

La soirée s’est ensuite écoulée avec une rare douceur, en terrasse jusqu’à ce que les étoiles s’allument, et même loin au-delà. On a évoqué entre autres Il était une fois dans l’Ouest, The Thing, Brain Dead, Street Trash et Reanimator, pour vous donner une idée du niveau. Il y avait Cécile de chez Orbit, son Dylan, Julien Delval, David Bry (merci David, pour tout), re-David et Jean-Jacques. Ces deux-là sont des festivaliers selon mon cœur. Ils nous parlent comme à des humains, ne quémandent pas la dédicace mais lisent le début dans la foulée pour vous dire ce qui leur plaît ou moins, ont du pain, du vin et du saucisson pour casser le croûton cutés dans la verte, et peuvent passer de belles minutes à ne rien dire et moi non plus sans que la moindre gêne s’installe.

Et puis hop, retour vers l’hôtel parce qu’il faisait lourd dans les yeux. En chemin, cherchant un raccourci que je n’ai jamais trouvé, je tombe sur l’Irish Pub. Rectif : je tombe DANS l’Irish Pub. Chute amortie par Michel Borderie et quelques-uns des ses amis. Il y avait de la musique et de la Guinness. Le temps a passé à l’irlandaise. Quand je suis ressorti, beaucoup beaucoup plus tard, il pleuvait.

Imajournal vendredi

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 29 mai, 2010
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Après quelques excès de biberon jeudi soir, j’aurais pu me réveiller avec les cheveux qui poussent vers l’intérieur. Presque… mais pas trop. J’étais à l’heure pour la table ronde sur les auteurs et leurs pseudo : Je est un autre.
Une bonne idée de thème, qui aurait dû entre autres être traité par le duo Wayne Barrow. Leur défection m’a laissé seul avec Alain Grousset et Brice Tarvel, deux briscards pas encore vieux mais assez blanchis pour que je me sente bienvenu à dire des âneries. Leurs problèmes de chèques d’éditeur libellés à leur pseudo ou de billets d’avions offerts ne correspondant pas à leur carte d’identité m’ont permis de sonder le fossé creusé entre leur expérience et ma débutantitude.

Le fossé s’est un peu rebouché quand j’ai vu les premiers lecteurs s’arrêter devant mes livres, les commenter s’ils les avaient lus, les acheter si pas. Joie et dédicaces ! Les derniers coups de pelles ont été frappés par Michel Borderie, venu gentiment me chercher pour déjeuner. Ce qui fut fait à 12 ou 13, autour de galettes et d’un cidre sorti tout droit d’une bouteille de Champomy (c’est possible de vendre des trucs comme ça ?) Il y avait aussi Célia Chazel et ça m’a fait chaud.

Après-midi extra, parce que mes voisins de dédicaces ne sont autres que Justine Niogret, Charlotte Bousquet, David Bry et Erik Wietzel. Ambiance blagueuse à souhait, plaisir d’offrir (des âneries), joie de recevoir (des vannes).

J’attendais beaucoup de la conférence sur l’imaginaire positif. Trop peut-être. Le courant me semble être bien passé avec le public, mais quelques auteurs à la table ont élevé un rempart de sarcasme dans lequel ils m’ont ricanement cerné. Comme s’ils se sentaient attaqué dans leurs choix d’écriture. Peut-être me suis-je mal exprimé, peut-être suis-je vraiment un bisounours ridicule sur lequel les vrais durs peuvent sans honte lever la patte. Il va falloir que je peaufine mon approche d’une narration de la troisième voie, cherchant face au conflit l’harmonie des parties plutôt que l’affrontement ou la fuite. Tant pis pour cette fois. Merci en tout cas à Jean-Claude Dunyach pour m’avoir relancé et soutenu un peu.

La soirée à débuté grandiose avec plus de dix personnes qui ont suivi au club d’escrime où Greg Keyes et moi-même avons défié à l’épée tous les membres du club spinalien présents. Lionel Davoust (parapluie katana bien en main) a photographié alors qu’Emanuel Beiramar et M. Lhisbei filmaient. Guettez les images sur les blogs ou sur fantasy.fr. L’opération devrait se pérenniser avec les Imaginales, et j’en remercie Bruno Lallement, vice-président du club, qui a eu l’attitude juste pour amadouer l’organisation du festival (ah, ma doué !).

Le repas de gala a été tout simplement merveilleux. Jacqueline Carey a très élégamment toléré que je transpire encore une bonne demi-heure après ma douche (froide) au club. Nous partagions la table avec son amie Julie, Jonas Lenn (une délicieuse rencontre pour moi), Charlotte Bousquet et Fabien Fernandez, son mari. Tous m’ont gentiment laissé malmener la langue anglaise ou quelque chose qui y ressemblait, pendant que nous faisions un sort au mikado d’asperges et au filet mignon sur polenta. Bernard Visse (organisateur officiel du festival) nous a même honoré d’une longue visite, ce qui nous classe d’emblée parmi les stars du festival (ah bon ? c’était juste à cause de Jacqueline Carey ?).

Comme j’ai eu la chance de ne tomber dans aucun traquenard à boire sur le trajet du retour, je vise un couchage vers les 2 heures du matin. Vive aujourd’hui, et vive demain !

Imajournal – jeudi

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 28 mai, 2010
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La sncf est mon amie. Malgré tout le respect que je dois aux cheminots et à leurs revendications, je suis bien content que leurs trains m’aient fait traverser la France en deux sens et m’aient livré à l’heure à Épinal.

Dès le quai de la gare, on est dans le grand bain, puisque je croise Justine Niogret et Francis Berthelot. Sous la bulle livre, c’est l’hystérie dans mon petit cœur de groupie : Greg Keyes, Ayerdahl, Sara Doke, Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Sire Cédric, Sylvie Lainée… un festival d’émotions.

Première intervention à 16 heures sur un sujet qui a priori ne me concerne pas : Réécrire le passé pour réanchanter le présent. Manu Beiramar s’en sort comme un chef pour animer ça, relancer Cristina Rodriguez et Jean-Philippe Depotte qui sont de vrais historiens. Jacqueline Carey, excellemment traduite par Lionel Davoust, est tout simplement impériale. Elle répond d’un simple « Non » à des questions que tous les autres ont oubliées depuis longtemps, et sait ensuite développer des idées sur le relation entre écriture romanesque et fait historique. Sa conclusion ? Fuck la réalité, il faut chercher la plausibilité.

Et moi ? J’affirme que je n’écris rien d’historique par respect pour l’histoire, que nos ancêtres de toutes les époques ont dû se débrouiller pour vivre heureux quoique l’on pense aujourd’hui de leurs conditions de vie, et que se réapproprier ce passé humain est une des nécessité pour bien vivre notre présent.

Ensuite j’ai dédicacé mon premier Djeeb l’Encourseur (world première !), bu des bières, des kirs, un rouge pas terrible et un blanc du Languedoc sublime, discuté une heure avec Jacque Baudou sur l’avenir de la critique en imaginaire, et écouté des textes bien sexe en buvant encore autre chose au Bougnat. Après, il était tard puisqu’on était ce matin depuis longtemps : je suis rentré me coucher. Et vous ?

Rien ne nous retiendra !

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 25 mai, 2010
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Dans deux jour, je pars pour Épinal. Monsieur sncf, par ses revendications probablement justifiées, m’empêchera peut-être de m’y rendre en train selon ma conscience (presque 9 heures de trajet et 4 changements, au lieu de 4h20 en tomobile). Mais je m’en fous, j’y vais, j’y serai, j’ai besoin. Rien ne me retiendra !

Pourquoi ? Il va pleuvoir pendant quatre jours là-bas, alors qu’il fera beau chez moi. Si j’y vais, c’est pour me faire bronzer l’émotionnel. Il y aura des gens qui méritent le voyage, même s’il fallait y aller à pied.

Par exemple, je viens de finir Gagner la Guerre, de Jean-Philippe Jaworski. Il avait eu le prix l’an dernier. J’ai envie de lui dire que j’ai passé plus de deux mois de plaisir dans son gros beau livre. Même s’il n’y vas pas de main de manchot sur la tuerie et la rouerie. Comme Jean-Philippe sera à Épinal, j’y vais.

Autre exemple, je suis en plein dans Chien du Heaume, de Justine Niogret, qui a eu le prix cette année. Et j’aime bien la musique âpre de ce livre. Il y a un ton, une approche et des libertés prises avec « ce qui se fait ». Et j’ai envie d’en parler avec l’auteur, ou au moins de l’en remercier. Justine sera à Épinal, alors j’y vais.

Il y a un mois, j’avais rencontré pour la première fois Sara Doke et Ayerdhal. Ils m’ont donné envie de lire des livres, les leurs au moins. Il va me falloir Transparences, et Résurgences aussi. Et puis il va falloir que je vide quelques bières en parlant surtout de rien avec ces deux-là qui font passer même rien pour le sujet le plus passionnant à partager. Ayerdhal et Sara seront à Épinal, donc j’y vais.

Je m’arrête avant le niveau limite qui ferait passer ce billet pour de la pure flagornerie. Mais c’est dommage, parce que j’ai aussi envie de revoir Monsieur Pelot, de rencontrer Erik Wietzel, de faire assaut avec Greg Keyes (vendredi soir, 20h00, salle d’armes d’Épinal), d’être gentil avec Bernard Werber parce qu’il est gentil aussi, et tout et tout.

Bref, quoi qu’il arrive, j’y serai.

Imaginales, du 27 au 30 mai 2010, Epinal city

Il faut bien lire…

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 18 mai, 2010

Un des plaisirs les plus doux qui me soit donné (et que je prends sans vergogne), c’est celui d’admirer un auteur.

Il y a des textes que j’aime lire, d’autre moins, mais certains catapultent pour moi leurs auteurs dans un panthéon dont ils ne tomberont plus.

Prenez Jack Vance, par exemple. Malgré sa propension à distiller parfois une tisane à peine infusée, ce mec restera toujours au sommet pour moi. Je lui pardonne tout, et je trouve même dans ces trucs les plus litigieux (Les maîtres des dragons, ou La Machine à tuer) de quoi me dire « Ah, quand même : c’est du Vance ! », au détour d’un dialogue ou d’une situation.

Ces auteurs pour lesquels j’éprouve une admiration définitive ne sont pas si nombreux, d’abord parce que je ne lis sans doute pas assez, mais aussi parce qu’il s’agit d’une sélection très subjective qui tient plus à l’idée que je me fais de la personne qu’à ses seuls écrits. J’y compte John Irving,  Erri De Luca, Tony Hillerman, Agatha Christie (même pas honte), Ed Mc Bain, Arthur C. Clarke, Pierre Pelot, Joseph Kessel, Art Spiegelman, et plu récemment Jérôme Noirez ou Jean-Philippe Jaworski. Pour Noirez, il a suffit d’une nouvelle, L’Apocalypse selon Huxley, pour que Badaboum ! admiration totale et starisé tout droit. Je n’ai pas aimé tout ce que j’ai lu de lui, loin de là, mais rien que pour ce surlecutage huxelapocalyptique, pour la foire aux zygos qui m’agite la face chaque fois que je le relis (et c’est souvent), il lui sera tout pardonné. Pour Jaworski, l’ascension n’est pas encore achevée, mais la montée a de quoi me chibrer l’admiration, et en plus c’est de la musique. Donc c’est en cours, comme d’autres (je suis sûr qu’il me suffira de lire un Ayerdhal pour qu’il s’accroche en haut avec les admirables).

En revanche, de grands artistes comme Frank Herbert, David Lodge ou Philip Roth, voire Pennac, Barjavel et pas mal d’autres, restent pour moi sur le seuil de l’admiration perpétuelle, sans que je sache vraiment pourquoi.

Et puis il y a le cas Paul Auster.
Sur tout ce que j’ai lu de lui, disons que 70% ne m’a pas convaincu. Pas de plaisir, l’impression de rester en surface d’un truc très malin, dont je reconnais les notes sans entendre la musique. Le dernier n’y échappe pas. Cet Invisible est plaisant, bien tourné, aimablement construit, assez intelligent et plutôt sensible, sans que je sois touché. C’est sans doute moi le problème.
Seulement voilà : Auster a écrit le scénario de Smoke, et pour moi cela enfonce tout.
Pourtant, rien d’extraordinaire, des petites peines, des quêtes tout juste existentielles, des dialogues de rien qui font à peine bouger les choses… et pourtant, sans même avoir besoin de le revoir, j’ai l’impression de vivre dans ce film depuis que j’ai quitté la salle de cinéma. Ils tous sont devenus des copains, qui passent me voir les nuits sans lune. Qui me disent de mieux regarder le cliché, parce qu’il peut y avoir dedans quelque chose de différent (impression sidérante le jour où, dans un magazine de montagne, j’ai vu mon père en train de faire le pitre dans un coin de photo). Qui me racontent des histoires sans queue ni tête ni morale, mais qui suintent la bonté, l’humanité pure.
Je me fais certainement des idées, mais j’ai l’impression profonde que l’auteur de ce scénario est forcément un type bien. Un type qui me plaît.

Bref, au panthéon le Paul Auster ! Et tant pis pour Invisible, pour Dans le scriptorium, pour Leviathan… Il reste là-haut avec toute mon admiration, n’en sortira plus et ne le saura jamais : veinard !

Harvey, William, Forest et les autres...

Serial writer repents

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 14 mai, 2010

C’est la loi des séries. Celle qui dit qu’un écriveur de Fantasy un peu respectueux du lecteur ne peut que lui fournir une trilogie. Tout le monde s’y plie, même le Dieu Vance. Pourquoi pas moi ?

Parce que.
Je n’aime pas l’idée de proposer dans un livre une histoire qui ne se finit pas. Pour cela, j’aime beaucoup KJ Parker dont la trilogie Loredan est constituée de trois épisodes suffisamment disjoints et bouclant chacun leur histoire pour qu’on les lise sans se sentir obligé d’acheter les trois.

Oui, mais voilà : comment écrire plusieurs histoires avec Djeeb sans que cela devienne une truc-logie obligeant les lecteurs à passer à la caisse pour connaître la fin ?
C’est assez simple en fait. Il suffit de regarder comment font les auteurs de policier. Le héros récurrent est leur fond de commerce, mais ils n’ont jamais été assez mufles pour balancer une énigme non résolue. Le héros revient la fois d’après, prêt à relever le gant d’une nouvelle enquête. Il peut même y avoir une sorte de fil rouge chronologique qui permet de suivre l’évolution des personnages d’un épisode à l’autre, sans que ce soit au centre de l’histoire. On trouve ça aussi bien chez Ed Mc Bain que chez Fred Vargas. C’est agréable de les voir changer, ces personnages, tisser des relations, parfois mourir.

C’est ce que j’ai eu modestement envie de faire avec monsieur Djeeb Scoriolis.
Mais ce n’est pas facile, parce que je me suis mis des bâtons dans les roues.

D’abord, Djeeb le Chanceur ne devait pas avoir de suite. J’y racontais donc des trucs pour étayer le personnage, sans me poser la question de comment les traiter après pour les intégrer dans une histoire plus vaste. Comme dans la scène de fumette avec le vieux Herold, où Djeeb donne quelques éléments sur son passé. Sans le vouloir, j’y ai posé les bases d’épisodes à développer plus tard. Donc je ne peux plus écrire n’importe quoi.

Ensuite, j’ai envie d’écrire les Djeeb dans un ordre qui ne soit pas chronologique. On ferait plutôt une sorte de travelling arrière, aussi bien dans le temps que dans l’espace, pour découvrir un panorama de plus en plus large de l’Arc Côtier et de l’histoire personnelle du héros.
Le mouvement s’amorce dès Djeeb l’Encharmeur, la nouvelle de l’anthologie pour les Imaginales, qui décrit une brève aventure de jeunesse tout en livrant certaines clés des confins.
Ah oui, dira le lecteur un peu exigeant, mais alors pourquoi Djeeb n’utilise-t-il pas les informations glanées dans les landes de Skinia pour mener sa barque ensuite, jusqu’à Ambeliane ?
C’est tout le problème. Il faut faire gaffe. Donner des informations au lecteur, mais pas au personnage. Je m’en sors à peu près sur ce coup, mais c’était juste.

Pour Djeeb l’Encourseur, j’ai fait repartir le chrono en avant. L’histoire commence un ou deux ans après Ambeliane. Djeeb a dans les 35 ans. Mais il fallait éviter de trop verrouiller le passé, pour que d’autres histoires puissent venir y prendre place. Du genre Djeeb l’Estoqueur, où l’on retrouve un Djeeb adolescent en pleine formation. Une nouvelle qui sortira dans une anthologie Rivière Blanche. Plus tard.

Et là, autre problème : je maîtrise à peu près ce que j’écris, mais pas l’ordre des publications.
Que se passe-t-il si un lecteur croise une référence à une histoire qui n’est pas encore parue ? Rien.
Rien de grave en tout cas. Il me suffit de l’évoquer sans détails, mais en précisant la conclusion (sans spoiler la chute, si chute il y a) ou l’enseignement que le personnage a pu en tirer. Le lecteur pourra vérifier le reste plus tard, ou pas.

Là, j’entame la rédaction d’un troisième roman. Djeeb a dans les 25 ans, donc marche arrière par rapport à l’Encourseur, mais légère avancée sur l’Encharmeur. Il a déjà fait le coup de pointe à Saarminia et croisé la belle sorcière Angemine Sagamore. Encore plein de sève et d’illusions, il va sans doute les perdre entre Armane et Ragore. Comment vais-je m’y prendre pour expliquer certains points en suspend de l’Encourseur et du Chanceur sans perturber le lecteur qui découvrirait Djeeb dans ce volume ni lasser celui qui a tout lu ? Pas à la façon d’un Christian Jacq qui surcharge ses volumes de résumés et ses pages de « voire tome x » dont l’effet est des plus lourds, non : par petites touches prudentes, qui précisent le tableau ou seulement une zone. On les voit ou pas, ça n’enlève rien. On peut lire les autres histoire, mais rien n’empêche de s’en passer. On peut attendre que tout soit paru pour se les faire dans l’ordre, ou pas. Le lecteur est roi, il est chez lui, il fait comme il veut.

Je sais, ça fait un peu writer en série repenti. Mais c’est une forme de respect pour vous, lecteurs chéris d’amour. Je suis un saint, quoi. Une chance.

A lire avant ? Après ? Bah... comme on veut, c'est du Djeeb !

Et vous, ça vous fait mal où ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 11 mai, 2010
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Prenez un pays. Pas un trop riche, ni trop pauvre. Ce pays a forcément besoin d’argent : vous le lui prêtez, surtout si le risque – et donc le taux d’intérêt – est élevé, parce que franchement, un pays finit toujours par rembourser.
Sauf les pays trop riches qui trouveront sans problème quelqu’un d’autre pour leur prêter moins cher.
Quant aux trop pauvres, ils finissent trop souvent par renégocier ou faire annuler leur dette : pas rentables.
Donc un pays moyen ça le fait. Surtout s’il a des pays copains qui sont prêts à le soutenir. Vous êtes sûr de rentrer dans vos billes, et même d’en gagner un max avec des taux qui mirobolent.

Le mieux, c’est encore de dire que ce pays risque de ne plus pouvoir rembourser. Alors là, les taux d’intérêt s’envolent, et les bénéfices aussi, les pays copains font couler le pognon, vos poches craques.
Bien sûr, pour le pays c’est encore pire. Il va devoir emprunter encore plus d’argent pour rembourser, argent que vous lui prêterez à prix d’or. Le pied !

Mais là où ça devient vraiment bonheur, c’est qu’il n’est pas seulement question de pognon : vous allez aussi pouvoir dicter des conditions. Imposer des règles de gestion au pays. Dire ce qu’il doit faire de ses citoyens, comment il doit leur serrer la ceinture, tout ce qu’il doit leur supprimer comme aides, services publiques, investissement, dépenses de fonctionnement, où ils doit se fournir moins cher (chez vous !)… Tout ça pour vous payer vos intérêts. Vous avez le pouvoir sur tout un pays, sans avoir besoin d’être élu : le re-pied !

D’accord, c’est une forme de tyrannie ou d’esclavage moderne. Mais après tout, c’est possible, alors autant le faire.

C’est possible ?
Eh bien oui, parfaitement, et facile même. Depuis que les États ont décidé de vous laisser le pouvoir.
Vous ? Mais qui ça, vous ?
Personne.
La finance, les bourses, les marchés, les banques, les offices de notation, l’économie mondiale. Personne.

Enfin, si. Des tas de gens. Des vrais gens. Qui ont manœuvré pour faire croire que le petit service qu’ils rendaient (prendre l’argent disponible ici pour l’amener là où on en a besoin, et se payer au passage) était suffisamment indispensable pour qu’on les laisse décider de tout. In-dis-pen-sable. Plus que de nourrir le monde ou fabriquer des maisons. D’ailleurs, sans eux on ne peux rien, la préhistoire. À se demander comment nos arrière-grands-parents faisaient.
Et comme ils n’ont pas de visage, on ne les a pas vus venir. Mais ils existent.
Et on leur a filé les clés du monde.
Ce ne sont pas des salauds, la plupart d’entre eux ont une morale et des arguments pour justifier leurs agissements (la morale, ça sert surtout à ça), et en plus ils n’ont presque rien demandé : les grands chefs leur ont tout donné, petit à petit, par pure amitié.

Maintenant, je serais un mec élu ayant envie d’être réélu, je reprendrais les clés. Sans tarder.

Bien sûr, on va me dire que c’est pas possible, que l’économie est trop intriquée, qu’on ne peut pas s’en sortir comme ça.
Si. On peut. Les transferts d’argent, on peut les réguler. On doit, même. Et si on y perd un peu (fuite de capitaux) ou beaucoup (risques de faillite nationale), c’est toujours moins que d’y perdre tout pouvoir chez soi.
D’autant que les citoyens qui ont voté pour vous savent, maintenant, que face aux puissances que l’on a déléguées à la finance, on ne peut plus rien. Chaque fois qu’il y a un problème, ils appellent ça une crise et nous font payer ce qu’ils ont cramé. Face à eux, c’est perdu. Il faut donc leur tourner le dos. C’est tout.

Que croyez-vous que firent tous nos élus, qui viennent pourtant de se prendre une bonne claque électorale, chacun dans son pays ? Montrer à leurs électorats qu’ils avaient assez de roustignoles pour reprendre la main ? Hum… non.
Ah si : ils se sont mis d’accord pour donner d’encore plus grosses clés à la finance. En s’engageant à lui fournir quelques centaines de milliards, rien que pour continuer à jouer aux billes avec l’euro.
La finance est contente. La preuve, les marchés ont immédiatement fait un saut de joie. Les élus en ont profité pour nous expliquer qu’ils avaient eu raison et qu’on était sauvés.

J’appelle ça un peu de vaseline bien placée.

Edit : il y en a au moins qui pense un peu comme moi au sujet de cette tartufferie, c’est un banquier allemand (bon, pour d’autres raisons, on le comprendra)

Les 16 nominées sont…

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 6 mai, 2010
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Revenons un peu à ce qui nous occupe : littérature et poilade.
Les Blaguàparts commencent à être lues, avec des retours plutôt positifs. Vous pouvez le vérifier sur certains sites, comme , ou , et encore . De toute façon, je vous rappelle que Yap lui-même collecte tous les avis et les rassemble ici. Si c’est trop loin, vous pouvez encore les trouver sur cette page.

Mais quid des quidam qui m’arrêtent dans la rue et se jettent à mes pieds pour me dire combien la lecture de ces 16 blagues leur à retroussé les zygos, hein ? Là, il va falloir que vous me croyiez sur parole.

Pour l’instant, personne ne m’a retourné le volume avec une baffe, mais promis, dès que j’ai une grosse critique bien méchante, je vous la transmets.
Pour ceux qui ont aimé, je me suis permis de leur demander quel était leur texte préféré. C’est rigolo, parce que ce n’est que rarement le même, normal, mais aussi parce que des lecteurs ont rigolé à des histoires que je croyais aussi drôles que, disons se coincer les doigts dans une porte.

Donc, sachant qu’il y avait 16 nominées, voici le palmarès :
Dans la catégorie « secrétaire de mon épouse », la gagnante est Ne le dites pas aux enfants, sombre histoire d’instinct maternel bafoué par une administration tatillonne.
Dans la catégorie « copain électricien et aïkidoka », la gagnante est Ceci est ma chair, où le narrateur s’exploserait la rate de rire s’il l’avait encore sur lui.
Dans la catégorie « belle-mère outrageusement tolérante », la distinction revient à Et puis Bang !, peut-être pour le bruit que ça fait.
Dans la catégorie « voisin informaticien », on a voté pour La dernière marche… encore un que la disparition de l’espèce humaine fait marrer.
Enfin, dans la catégorie « Farfadet de forum prêt à payer plus cher pour recevoir son exemplaire dédicacé chez lui », les gagnantes sont Ne le dites pas aux enfants et Et puis Bang ! ex æquo, ce qui permet à la tétralogie des zozos de l’espace d’accèder au podium (j’ai cité Blaster Pride, Storm Riders, Play-Back et Jungle Session).

Chez les professionnels de la profession, Tigger Lilly (Dragon Galactique) a sélectionné Ceci est ma chair, Suzanne on line, Disapparitions et Star Trash, on note un certain engouement de Garion (Chronique de l’Imaginaire) pour la tétralogie des space punks, alors que Tiphaine (L’autre Monde) tire son chapeau à Star Trash, tout comme Orque Fou (Fantastinet).

Et vous, pour qui votez-vous ?

Votez pour elles (sans blague !)

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