Comme ça s'écrit…


Et vous, ça vous fait mal où ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 11 mai, 2010
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Prenez un pays. Pas un trop riche, ni trop pauvre. Ce pays a forcément besoin d’argent : vous le lui prêtez, surtout si le risque – et donc le taux d’intérêt – est élevé, parce que franchement, un pays finit toujours par rembourser.
Sauf les pays trop riches qui trouveront sans problème quelqu’un d’autre pour leur prêter moins cher.
Quant aux trop pauvres, ils finissent trop souvent par renégocier ou faire annuler leur dette : pas rentables.
Donc un pays moyen ça le fait. Surtout s’il a des pays copains qui sont prêts à le soutenir. Vous êtes sûr de rentrer dans vos billes, et même d’en gagner un max avec des taux qui mirobolent.

Le mieux, c’est encore de dire que ce pays risque de ne plus pouvoir rembourser. Alors là, les taux d’intérêt s’envolent, et les bénéfices aussi, les pays copains font couler le pognon, vos poches craques.
Bien sûr, pour le pays c’est encore pire. Il va devoir emprunter encore plus d’argent pour rembourser, argent que vous lui prêterez à prix d’or. Le pied !

Mais là où ça devient vraiment bonheur, c’est qu’il n’est pas seulement question de pognon : vous allez aussi pouvoir dicter des conditions. Imposer des règles de gestion au pays. Dire ce qu’il doit faire de ses citoyens, comment il doit leur serrer la ceinture, tout ce qu’il doit leur supprimer comme aides, services publiques, investissement, dépenses de fonctionnement, où ils doit se fournir moins cher (chez vous !)… Tout ça pour vous payer vos intérêts. Vous avez le pouvoir sur tout un pays, sans avoir besoin d’être élu : le re-pied !

D’accord, c’est une forme de tyrannie ou d’esclavage moderne. Mais après tout, c’est possible, alors autant le faire.

C’est possible ?
Eh bien oui, parfaitement, et facile même. Depuis que les États ont décidé de vous laisser le pouvoir.
Vous ? Mais qui ça, vous ?
Personne.
La finance, les bourses, les marchés, les banques, les offices de notation, l’économie mondiale. Personne.

Enfin, si. Des tas de gens. Des vrais gens. Qui ont manœuvré pour faire croire que le petit service qu’ils rendaient (prendre l’argent disponible ici pour l’amener là où on en a besoin, et se payer au passage) était suffisamment indispensable pour qu’on les laisse décider de tout. In-dis-pen-sable. Plus que de nourrir le monde ou fabriquer des maisons. D’ailleurs, sans eux on ne peux rien, la préhistoire. À se demander comment nos arrière-grands-parents faisaient.
Et comme ils n’ont pas de visage, on ne les a pas vus venir. Mais ils existent.
Et on leur a filé les clés du monde.
Ce ne sont pas des salauds, la plupart d’entre eux ont une morale et des arguments pour justifier leurs agissements (la morale, ça sert surtout à ça), et en plus ils n’ont presque rien demandé : les grands chefs leur ont tout donné, petit à petit, par pure amitié.

Maintenant, je serais un mec élu ayant envie d’être réélu, je reprendrais les clés. Sans tarder.

Bien sûr, on va me dire que c’est pas possible, que l’économie est trop intriquée, qu’on ne peut pas s’en sortir comme ça.
Si. On peut. Les transferts d’argent, on peut les réguler. On doit, même. Et si on y perd un peu (fuite de capitaux) ou beaucoup (risques de faillite nationale), c’est toujours moins que d’y perdre tout pouvoir chez soi.
D’autant que les citoyens qui ont voté pour vous savent, maintenant, que face aux puissances que l’on a déléguées à la finance, on ne peut plus rien. Chaque fois qu’il y a un problème, ils appellent ça une crise et nous font payer ce qu’ils ont cramé. Face à eux, c’est perdu. Il faut donc leur tourner le dos. C’est tout.

Que croyez-vous que firent tous nos élus, qui viennent pourtant de se prendre une bonne claque électorale, chacun dans son pays ? Montrer à leurs électorats qu’ils avaient assez de roustignoles pour reprendre la main ? Hum… non.
Ah si : ils se sont mis d’accord pour donner d’encore plus grosses clés à la finance. En s’engageant à lui fournir quelques centaines de milliards, rien que pour continuer à jouer aux billes avec l’euro.
La finance est contente. La preuve, les marchés ont immédiatement fait un saut de joie. Les élus en ont profité pour nous expliquer qu’ils avaient eu raison et qu’on était sauvés.

J’appelle ça un peu de vaseline bien placée.

Edit : il y en a au moins qui pense un peu comme moi au sujet de cette tartufferie, c’est un banquier allemand (bon, pour d’autres raisons, on le comprendra)

9 Réponses to 'Et vous, ça vous fait mal où ?'

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  1. silk said,

    Le genre de vaseline qui sent bien le gravier sur la longueur quand même…

  2. silk said,

    Une question que je me pose depuis quelques temps déjà, avec tous ces retournements financiers : quand nous sommes passés à l’Euro, il avait fallu donner 6,55957 de nos « vieux » francs obsolètes pour en obtenir 1…
    Si l’opération devait être faite aujourd’hui, le taux serait de combien ?
    Que personne ne réponde : je suis certain que la réponse ne plaira pas et j’ai déjà la nausée…

    • Don Lorenjy said,

      Pas de réponse alors. Un sac à vomi, plutôt ?

  3. Tigger Lilly said,

    Aux dents.

    Faudrait tous les enfermer dans le coffre et jeter la grosse clé ! Mais d’abord on sort les milliards 😛

    • Don Lorenjy said,

      Mieux : on laisse les milliards dedans, et on trouve autre chose pour faire une économie au service de nous, et pas l’inverse.

      • silk said,

        Oui… C’est peut-être la notion même d’Economie qu’il faut revoir, avec tout ce qu’elle implique dans notre monde. En particulier la course au « plus » dont les résultats sont au final très loin d’être véritablement positifs pour la majorité des petits terriens que nous sommes…

  4. Travis said,

    Tu écris bien mon Don, tes papiers feraient du bien dans la presse.
    En tout cas ne vous en faites pas dans quelques jours il y a plein de gens qui oublieront leur misère ils seront devant leur tv chérie pour soutenir des gens qui courent derrière un ballon et qui gagnent des salaires qui sauveraient le Sierra Leone et autres « pays » qui crèvent de famine, sécheresse, pollution…

    Merci pour le billet.

    Travis toujours en colère contre le monde.

  5. Sara said,

    Euh, ton article il est bien mais tu as oublié un facteur très important… Le grand méchant, il n’est pas si inconnu que ça… Il s’appelle Goldman Sachs
    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/02/goldman-sachs-contre-tout-contre-la-gr%C3%A8ce.html
    Bisous

    • Don Lorenjy said,

      C’est vrai, mais il n’est pas méchant tout seul : on l’a laissé faire. Faut pas s’étonner qu’il use et abuse du pouvoir qu’on lui a donné !


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