Comme ça s'écrit…


Il faut bien lire…

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 18 mai, 2010

Un des plaisirs les plus doux qui me soit donné (et que je prends sans vergogne), c’est celui d’admirer un auteur.

Il y a des textes que j’aime lire, d’autre moins, mais certains catapultent pour moi leurs auteurs dans un panthéon dont ils ne tomberont plus.

Prenez Jack Vance, par exemple. Malgré sa propension à distiller parfois une tisane à peine infusée, ce mec restera toujours au sommet pour moi. Je lui pardonne tout, et je trouve même dans ces trucs les plus litigieux (Les maîtres des dragons, ou La Machine à tuer) de quoi me dire « Ah, quand même : c’est du Vance ! », au détour d’un dialogue ou d’une situation.

Ces auteurs pour lesquels j’éprouve une admiration définitive ne sont pas si nombreux, d’abord parce que je ne lis sans doute pas assez, mais aussi parce qu’il s’agit d’une sélection très subjective qui tient plus à l’idée que je me fais de la personne qu’à ses seuls écrits. J’y compte John Irving,  Erri De Luca, Tony Hillerman, Agatha Christie (même pas honte), Ed Mc Bain, Arthur C. Clarke, Pierre Pelot, Joseph Kessel, Art Spiegelman, et plu récemment Jérôme Noirez ou Jean-Philippe Jaworski. Pour Noirez, il a suffit d’une nouvelle, L’Apocalypse selon Huxley, pour que Badaboum ! admiration totale et starisé tout droit. Je n’ai pas aimé tout ce que j’ai lu de lui, loin de là, mais rien que pour ce surlecutage huxelapocalyptique, pour la foire aux zygos qui m’agite la face chaque fois que je le relis (et c’est souvent), il lui sera tout pardonné. Pour Jaworski, l’ascension n’est pas encore achevée, mais la montée a de quoi me chibrer l’admiration, et en plus c’est de la musique. Donc c’est en cours, comme d’autres (je suis sûr qu’il me suffira de lire un Ayerdhal pour qu’il s’accroche en haut avec les admirables).

En revanche, de grands artistes comme Frank Herbert, David Lodge ou Philip Roth, voire Pennac, Barjavel et pas mal d’autres, restent pour moi sur le seuil de l’admiration perpétuelle, sans que je sache vraiment pourquoi.

Et puis il y a le cas Paul Auster.
Sur tout ce que j’ai lu de lui, disons que 70% ne m’a pas convaincu. Pas de plaisir, l’impression de rester en surface d’un truc très malin, dont je reconnais les notes sans entendre la musique. Le dernier n’y échappe pas. Cet Invisible est plaisant, bien tourné, aimablement construit, assez intelligent et plutôt sensible, sans que je sois touché. C’est sans doute moi le problème.
Seulement voilà : Auster a écrit le scénario de Smoke, et pour moi cela enfonce tout.
Pourtant, rien d’extraordinaire, des petites peines, des quêtes tout juste existentielles, des dialogues de rien qui font à peine bouger les choses… et pourtant, sans même avoir besoin de le revoir, j’ai l’impression de vivre dans ce film depuis que j’ai quitté la salle de cinéma. Ils tous sont devenus des copains, qui passent me voir les nuits sans lune. Qui me disent de mieux regarder le cliché, parce qu’il peut y avoir dedans quelque chose de différent (impression sidérante le jour où, dans un magazine de montagne, j’ai vu mon père en train de faire le pitre dans un coin de photo). Qui me racontent des histoires sans queue ni tête ni morale, mais qui suintent la bonté, l’humanité pure.
Je me fais certainement des idées, mais j’ai l’impression profonde que l’auteur de ce scénario est forcément un type bien. Un type qui me plaît.

Bref, au panthéon le Paul Auster ! Et tant pis pour Invisible, pour Dans le scriptorium, pour Leviathan… Il reste là-haut avec toute mon admiration, n’en sortira plus et ne le saura jamais : veinard !

Harvey, William, Forest et les autres...

3 Réponses to 'Il faut bien lire…'

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  1. Travis said,

    Pour Paul Auster c’est peut être plus ses idées et ses gestes que ses écrits que tu aimes?

    Mais mais, et Cormac McCarthy et John Steinbeck?

    • Don Lorenjy said,

      Oh, j’aime bien certains de ses écrits (Brookline Follies) et je ne connais rien de ses gestes. Mais Smoke…
      Oui, j’ai oublié Steinbeck. Mc Carthy, je ne connais pas assez. J’admire La Route pour l’effet qu’il m’a fait, mais son auteur, je ne sais pas.

  2. Travis said,

    Moi c’est Clive Barker, mes premiers livres c’est lui et en plus quand j’étais ado je lui ai écrit une lettre et il m’a répondu en personne, j’ai toujours la lettre et j’aime toujours autant cet artiste complet, il a une place à part pour moi et je suis un peu comme toi je pardonne même ses livres les moins aboutis.

    Je lis comme un escargot, mais mes deux chocs littéraires pour ce que j’ai pu ressentir pendant et après lecture c’est Steinbeck et McCarthy, comment avec un minimum de mot faire jaillir autant de chose.


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