Comme ça s'écrit…


Chroniques d’un rêve enclavé

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 13 juillet, 2010
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Pas besoin de faire le malin à trouver un titre de billet qui se la pète : celui du livre d’Ayerdhal est très bon. Le livre aussi, d’ailleurs, mais de cela tout le monde est déjà certain. Pour ceux qui ne le savent pas encore, je vais expliquer ce qui m’a plu.

D’abord, c’est bien écrit. Plus au début qu’à la fin, ou plutôt : c’est plus visible dans les premières pages qu’après. Il y a, dès la première description, une façon de cogner les mots et les idées pour rendre évidentes des images et des sonorités que je n’avais pourtant jamais lues ou entendues :

C’était l’Année des Feux de Pierre, les vignes appelaient l’eau de tous leurs raisins, l’été n’en finissait plus de rogner l’automne.

Je ne sais pas vous, mais ça me parle plus que « C’était un été chaud, sec et long». Mais bon, c’est personnel, j’aime quand ça chante et qu’il y a de la musique en plus des mots. Je ne suis pas certain que Ayerdhal apprécie qu’on s’arrête juste au côté décoratif de sa langue. D’ailleurs il glisse lui-même vers du plus descriptif, plus efficace, quand l’histoire et les idées prennent le dessus.

Donc, un rêve enclavé. Que faut-il pour que toute une communauté se mette à partager le même rêve de vivre mieux, ensemble, sans se fritter dedans ni chercher querelle dehors ? D’après l’auteur, plusieurs choses.
Pour commencer, des conditions bien pourries. Peut-être pas une crise financière internationale ou un dérèglement climatique, mais un hiver bien rude et des réserves qui baissent font l’affaire. S’il y a dehors des pilleurs affamés qui rodent, c’est encore mieux (ils n’avaient pas de terroristes en ce temps-là).
Ensuite, une situation géographique un peu particulière, qui permette de se sentir à part tout en ayant accès au monde, même si ce n’est pas des plus facile. Ça n’a l’air de rien, mais être au bon endroit quand tout merde, ça aide (demandez aux Bengalis ou aux Maldiviens).
Enfin, un bon catalyseur : le mec qui a des idées et qui saisit le bon moment pour les partager, convaincre, enthousiasmer. Un bon Parleur, quoi, pas un petit roquet qui fait bling-bling quand on le secoue.
Après, il suffit d’attendre que ça prenne, et on observe.

C’est ce que fait le livre. Un peu comme un programme politique qui comparerait le modèle et sa réalisation. En prenant les virages au bon moment, et trouvant aussi les bonnes personnes pour relayer le message et mettre les idées en actes, on ne se fabrique peut-être pas la société idéale mais un truc qui donne confort et sécurité à tous et laisse ses chances à chacun. Jusqu’au moment où…

Je ne vais pas vous raconter la fin, juste vous dire ce que j’en pense : même si Ayerdhal ne pouvait pas finir son livre autrement, ce qu’il décrit vaut le coup d’être tenté. Peut-être pas en s’enclavant au sommet d’une colline, mais au moins entre nous, en cherchant à élargir ce « nous » le plus possible. Moi, j’aimerais bien. D’ailleurs, on a déjà commencé, non ?

La réédition de 2009, hélas bien triste couv.

On peut charger le premier chapitre… et le lire.

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15 Réponses to 'Chroniques d’un rêve enclavé'

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  1. silk said,

    « triste couv »… C’est peu de le dire ! Ou même de l’écrire.
    Je sais qu’il n’est pas malin de juger un livre à sa couverture, mais ce genre de désastre pictural fait qu’un livre n’accrochera jamais l’oeil de celui ou celle qui n’a jamais entendu parler de ce tgitre ou de l’auteur (D’autant que là, le nom d’Ayerdhal, il faut avoir envie de le lire pour le déchiffrer). Tout ça, ce n’est bon ni pour l’auteur, ni pour le livre, ni surtout pour le lecteur ou la lectrice qui aurait très bien pu être ravi d’avoir lu ce livre si la couverture lui avait accrocher l’oeil en passant devant…

    • Don Lorenjy said,

      C’est pour ça que j’en parle : faire profiter ce pauvre wannabe inconnu de mon audience planétaire.
      Blague à part (Hu, Hu), il faut voir l’ensemble de la collection Ayerdhal rééditée par le Diable Vauvert : ensemble, sur un rayon de librairie, les 7 titres ont une sacrée gueule. Avec une charte graphique pour lui tout seul, l’auteur peut être content même si une couverture est ratée.
      Le lecteur, surtout celui qui reste rebuté, il ne sait pas ce qu’il manque.

      • silk said,

        Soit… Mais combien de libraires auront la possibilité de montrer que la collection complète a « de la gueule » sur un rayon et faire ainsi en sorte que l’oeil soit attiré ?
        Parce qu’au final, le lecteur potentiel qui reste rebuté ne sait peut-être pas ce qu’il manque, mais est-ce vraiment pour lui que c’est le plus dommageable ?

        PS. Pour le lynchage aux hormones printanières, il faut apporter des preuves de culpabilité ou des aveux rapides suffisent ? ;-))) Bon été à Tous !

      • kable said,

        moi je l’avais dans cette collection avec la précédente couv qui était plus sympa.
        C’est pour moi un des romans d’ayerdhal que je préfère avec son premier « la bohème et l’ivraie ».

      • Don Lorenjy said,

        La Bohème et l’ivraie : je le note. Ce sera peut-être mon prochain.

  2. Coeurdechene said,

    J’ai adoré cet ouvrage d’Ayerdhal, premier que j’ai lu de lui et qui m’a fait tout de suite plonger dans un univers exceptionnel.
    Je recommande chaudement cet ouvrage qui me semble être un de ses plus « parlants » :p
    Don Lo, tu oublies, dans ta présentation, que le Parleur ne peut exister que parce que quelqu’un l’a « ouvert » avant lui… Victor Hugo disait « En littérature, pour avoir raison, il faut être mort ». Malheureusement, en politique aussi c’est bien souvent le cas. Et cet ouvrage tend à le démontrer, car cette société idéale qui se bâtit avec Parleur se construit essentiellement sur le rêve d’un homme qui a été exécuté pour ses idées. Et c’est justement ça qui est beau. « on ne bâtit rien sur le désespoir fors la haine »… Si tout le monde avait cette conscience aiguë de soi et des autres, alors comme le monde serait plus simple et plus agréable. Et à ce moment là, « nous n’aurons plus besoin que d’un rêve pour nous éveiller »…

    Et je suis d’accord, la couverture est hideuse et n’a aucun rapport avec le texte. D’ailleurs, j’ai les autres rééditions du Diable pour Ayerdhal et je suis pour le lynchage sans procès du coupable (oui oui, j’applique la conscience de soi et des autres à fond, là)…

    • Don Lorenjy said,

      C’est vrai que je n’ai pas tout dit sur le livre : il y a Karel. Et le chat, n’oublions pas le chat ! En fait, il n’y a que Yal qui en a tout dit. Mais il faut le lire pour savoir. Alors allez-y les gens !

      OK pour lyncher le coupable : on le jette tout nu dans une chambre de filles chauffées aux hormones printanières…

      • Coeurdechene said,

        euh… C’est ma faute :p
        Je peux sauter ?

      • Don Lorenjy said,

        Attends, j’te pousse… Ah, zut, j’ai perdu l’équilibre !

  3. Lhisbei said,

    on est pas sur un forum mais je plussoie 🙂 y compris pour le visuel de la couv (néanmoins je trouve le nom de l’auteur lisible et j’aime bien : ça change des maquettes traditionnelles)

  4. Azarian said,

    Plussoyons alors ! Pas la première fois que tu en parles mais je rajoute une voix a la chorale : « faut le lire! »
    Bon et puis moi je viens de finir un certain Encourseur d’un autre wannabe inconnu aux bataillons que je ne saurais que trop recommander ^^


  5. […] cela intéresse-t-il quelqu’un ? Si c’est le clavier (et l’esprit) de Dennis Lehane ou d’Ayerdhal qui fuit, moi je suis pour. Mais s’il s’agit d’un écrivaillon sans grand passé ni grand […]


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