Comme ça s'écrit…


Lectures d’été

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 16 août, 2010
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C’était les vacances, la Normandie, la pluie, du vent et des vagues… bien fatiguant tout ça ! On part avec des envies d’écriture et, la flemme aidant, c’est la lecture qui gagne. D’où ce petit point de vue personnel sur peu de livres, mais des longs.

J’étais parti avec Vision Aveugle, Perdido Street Station (1 et 2), mais je ne les ai pas ouverts. Enfin si, un peu, mais refermés pour cause de début bof. Je deviens feignant côté lecture autant qu’en écrivure. Il faut que ça m’accroche tout de suite, ou au moins que je ne sente pas l’effort quand l’auteur s’échine à me rendre hermétique l’univers dans lequel il m’invite. C’est perso, je ne critique pas, et d’ailleurs je reprendrai ces livres plus tard, puisqu’on me dit qu’ils le méritent. Mais là, c’était vacances, alors hein ? Bon.
D’autant que je suis tombé sur Le Club des incorrigibles optimistes, Bifrost n°59 spécial Ballard et l’omnibus des trois premiers tomes de l’Assassin Royal, ce qui m’a bien occupé.

Réglons d’abord l’affaire du Bifrost : comme toujours une lecture de bonne tenue, surtout dans les articles qui m’ont fait découvrir Ballard –  j’étais resté en froid depuis La Forêt de Cristal – avec des nouvelles que j’ai trouvées inégales parce que je ne connais pas assez l’œuvre ballardienne alors qu’elles y font implicitement référence. J’en retiens un intéressant sentiment d’étrangeté, un désenchantement du sexe et une certaine volonté de sacrifier la narration à l’effet. Si le but était celui recherché par les auteurs, carton plein !

Je m’arrête un instant sur L’Assassin Royal, rebaptisé La Citadelle des ombres pour l’occasion. Mon premier Hobb, parfait roman d’été pas prise de tête, avec personnages intéressants, univers accessible et écriture (+ traduction) sans aspérité proposant même de beaux moments bien balancés. Je suis dedans depuis plus d’un mois, je le prends avec plaisir, le repose sans regret, le retrouve avec facilité tant il est facile de se replonger dans cette succession d’aventures, même après une bonne semaine de désaffection. De la belle ouvrage, mais je n’apprends rien à personne.

Quant au Prix Goncourt des Lycéens, il mérite, c’est sûr, mais sans plus. Le Club des incorrigibles optimistes m’a fait la même impression que le Robin Hobb : lecture facile et agréable, personnages attachants et bien calibrés, donc sans grandes surprises, situations rondement menées pour ménager une série de suspenses qui trouvent leurs conclusions… parfois un peu forcée. Ou n’en trouvent pas (qui peut me dire ce qu’il advient de Cécile et de son étrange opération ?) Les 100 dernières pages, censées nous dévoiler le mystérieux secret promis en quatrième de couverture, sont d’une lourdeur et d’un attendu sidérant au regard du reste du roman. Je les ai descendues dré dans l’pentu, autant parce qu’elles me débecquetaient qu’à cause du départ imminent qui m’obligeait à rendre le livre à sa propriétaire. Une impression mitigée au final, comme si j’avais lu un croisement de Gavalda, Pennac et d’Ormesson, fini à la cognée par Sulitzer. Heureusement que le roman était gros et que les proportions jouaient en faveur des meilleures plumes.

Un petit dernier pour la route : Hyperion. C’est la troisième fois que j’essaie d’entrer dans ce qu’on m’a toujours présenté comme un chef d’œuvre. Les deux premiers essais s’étaient soldés par un échec dès le prologue. Depuis une semaine, j’insiste. Il m’a fallu 150 pages épuisantes pour commencer à m’intéresser à ce qui se passe. En cause ? Peut-être la lourdeur du procédé qui nous inflige d’interminables descriptions de personnages (à la réflexion, pas plus d’une page, mais ils sont 7 et ça m’a paru d’un long !) dont on se fout puisqu’ils n’ont encore aucune valeur dans l’histoire. Aussi la façon de traiter l’univers proposé, tout en jargon et rapprochements pénibles – cette agaçante habitude de mélanger trois références actuelles à une censée venir du futur – dans une longue pérégrination sans autre intérêt que de faire du tourisme planétaire. Et c’est dommage, parce que l’étrange naît enfin avec naturel de la rencontre avec des personnages attendus et dont l’altérité me semble bien rendue.

D’où suis-je pour rendre de tels jugements ? De nulle part. Je me positionne juste en lecteur banal qui se demande quelle science-fiction saura happer l’intérêt du grand public, comme savent le faire certains auteurs d’autres genres, pour l’emmener plus loin, vers des univers où l’humain d’aujourd’hui peut regarder son avenir sans honte ni crainte. La SF n’a aucun devoir, sauf peut-être celui d’exister. Mais est-ce suffisant, quand il y a tant à dire et à espérer ?

Ah, autre chose : le très actif site SciFi-Universe m’a gentiment posé quelques questions. Vous me connaissez, je suis bien élevé, je n’ai pas pu m’empêcher de répondre. Allez faire un tour, et si vous avez encore des interrogations existentielles, n’hésitez pas à m’en faire part.

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10 Réponses to 'Lectures d’été'

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  1. Julien d'Hem said,

    J’ai eu beaucoup de mal avec Hypérion. Même si je reconnais que c’est vraiment bien, j’ai, et de loin, préféré la suite (Endymion), beaucoup pus riche en émotions. J’y ai plus trouvé mon compte en tout cas.

    • Don Lorenjy said,

      Ouf, je ne serai pas crucifié tout seul alors. Merci.
      Je vais quand même le finir, mais sans grand plaisir.


  2. Je suis en plein dans le Bifrost n°59, et j’ai lu les quatre premiers romans de la Citadelle des Ombres. Autant te dire que ton papier a un certain écho en moi.
    En ce qui concerne Ballard, j’ai lu un roman et deux nouvelles de lui. Très bien écrit, mais pas très passionnant.
    Pour le Hobb, j’aime son style fluide (même si je ne le trouve pas aussi passe-partout que tu veux bien le dire…). Je trouvais les aventures de FitzChevalier assez passionnantes, et, d’un coup, au début du cinquième, je ne sais pas pourquoi, j’ai complètement décroché ! Peut-être parce que, au final, ça tourne un peu en boucle…
    Alors, par contre, je te conseille fortement de réessayer le Miéville car son Perdido Street Station est proprement hallucinant. C’est un univers à part, une écriture extraordinaire (un peu trop baroque parfois, mais quand même), un livre-monde ahurissant. C’était ma lecture de vacances d’il y a trois ans maintenant, et je suis resté totalement scotché.
    C’est marrant parce que c’est justement le thème du dernier article que j’ai écrit sur mon blog. Si tu veux te faire une plus ample impression, vas-y faire un tour… C’est par ici que ça se passe : http://a-c-de-haenne.eklablog.com/china-mieville-a1537828

    En tout cas, Laurent, je suis très content de te retrouver aussi en forme au retour de tes vacances !

    A.C. de Haenne

    • Don Lorenjy said,

      Oh, le Mieville je sais bien que je vais m’y remettre. Mais il ne tenait pas face à Hobb en termes de facilité de lecture.
      Vite, jetons un coup d’oeil à ton avis !


      • J’espère que la dithyrambe ne t’empêchera pas de t’y plonger un jour…

        A.C.

  3. Oph said,

    Feignant en écrivure ? Quelle indescrivible flemme ! 😉
    Gné ? Retourner bosser au lieu de traîner sur des blogs ? Bon, bon.

    • Don Lorenjy said,

      On ne traîne pas sur ce blog. A la limite, on se ressource, mais traîner, non !

      • Oph said,

        Et pas un mot sur la coquille que j’ai si audacieusement tournée en dérision ? Aurais-je foiré mon effet ?
        J’ai l’impression d’être Djeeb face aux Caldérians, pour le coup.

      • Don Lorenjy said,

        C’était pas une coquille : je suis écriveur, je fais de l’écrivure. Parce que je n’aime ni « écrivain » ni « auteur », alors j’écrive.

      • Oph said,

        Aaah, d’accord !
        C’est comme quand je bafouille, en fait. 🙂


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