Comme ça s'écrit…


L’e-Bélial, ou comment faire confiance au lecteur

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 24 août, 2010
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Il y a une révolution en marche. Celle de la lecture numérique. Nouveaux supports et arrivée permanente de nouveaux contenus font bouger les frontières entre le papier et l’écran, entre auteur, éditeur, publieur, diffuseur et libraire, entre écriveur et lecteur. Une révolution mondiale qui se répand à la vitesse de Ternet, et Ternet ça va super vachement vite.

Mais pas chez nous.
Déjà que les nuages atomiques contournent le pays, ce n’est quand même pas une vulgaire révolution numérique qui va nous atteindre. En tout cas, pas tant qu’Hadopi (pi au lit) n’est pas suffisamment en place pour chasser le contrevenant de base.
Donc, en France, rien, à part quelques essais suffisamment plombés dès la conception pour être annoncés morts nés et servir d’excuse à leurs promoteurs aussi réticents que faussement enthousiastes : « Vous voyez bien que le numérique ça marche pas, la preuve, on a essayé, et c’est tout foireux ! »

Sauf que…

Disons qu’un éditeur se sente les couilles de s’y mettre pour de vrai, en prenant le problème à l’envers.
Disons qu’au lieu de bétonner l’offre côté libraires, plateforme, supports et toutim, l’éditeur pense d’abord au lecteur.
Disons encore qu’au lieu d’y penser comme un simple client, il lui fasse aussi confiance, un peu comme à un partenaire, quoi.
Disons enfin qu’au lieu de se disperser dans la sauvegarde d’intermédiaires dispendieux, l’éditeur joue plus simplement et directement le passeur entre l’auteur et le lecteur, et laisse à l’intermédiaire la possibilité de se greffer dessus si ça lui chante, mais pas plus…
Serait-ce révolutionnaire ? Serait-ce même possible ? En France ?

Non, bien sûr, ce serait de la pure science-fiction.

C’est pourquoi, sachant que ce serait impossible, Le Bélial l’a fait.

Le Bélial ?
Ben oui, un éditeur de SF. Un éditeur d’imaginaire qui ne fait pas qu’imaginer et passe aux actes, en se donnant pour de vrai les moyens que ça marche. Un éditeur, surtout, qui ne prend pas ses auteurs et ses lecteurs pour les cinquièmes pis de la vache à traire.
Le 1er septembre, le Bélial lance e-Bélial, une plateforme d’achat de livres en numériques, à des prix minimum qui laissent la possibilité au lecteur fortuné de donner plus pour soutenir l’opération, en laissant jusqu’à 30 % des revenus à l’auteur (contre moins de 10 % en papier) et sous tous les formats qu’on veut et qu’on voudra plus tard, sans DRM (ces saletés de gestionnaires des droits numériques qui foutent la zone d’un lecteur à l’autre).
Parce que chez e-Bélial, on achète bien un livre – et non un simple fichier – ce qui s’apparente plus à un « droit à lire », permettant de récupérer le fichier qu’on aurait perdu, écrasé ou abîmé, voire de le recevoir plus tard sous un autre format parce qu’on change de liseuse, voire de le prêter pour faire découvrir l’auteur… bref, un vrai livre.
Et une vraie confiance dans le lecteur, lequel pourra toujours pourrir le truc si le cœur lui en dit, mais je ne vois pas pourquoi, et le Bélial non plus.

Comme la question du prix n’est pas neutre, e-Bélial a décidé de ne pas trancher (ce qui n’est pas révolutionnaire, vous l’admettrez, mais bien sympa quand même). Quitte à faire confiance au lecteur, autant aller jusqu’au bout et lui demander son avis. D’où l’idée de proposer deux livres à prix libre. Chacun paye ce qu’il veut. On peut même télécharger gratuitement : prix de base, 0 €.

Ce sera l’occasion de voir combien les lecteurs sont prêts à mettre, librement, pour un livre numérique. Un sondage en actes, un peu comme un vote. D’ailleurs, je vous recommande d’aller faire entendre votre voix et de donner votre prix. La confiance à ce point-là, c’est proprement suicidaire… ou révolutionnaire.

Pour ceux qui voudraient donner leur avis sans payer, il suffit d’aller s’exprimer sur le forum du Bélial.

Vous voyez, Monsieur le Président, la France a plus besoin de confiance que de gendarmes. Même pas peur !

cliquez, et fixez votre prix

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4 Réponses to 'L’e-Bélial, ou comment faire confiance au lecteur'

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  1. Hello,

    bon, voilà, tu as tout dit. En plus, j’ai trouvé ce que tu disais tellement juste que je me suis dit que c’était idiot d’écrire un autre article, forcément moins bon (non, ce n’est pas de la flagornerie, c’est juste une évidence : c’est un sujet qui m’intéresse vraiment mais je ne suis pas sûr de savoir bien en parler…) Je me suis donc permis de faire un lien vers ici…
    Merci d’avoir éclairé mes zones d’ombre (notamment les DRM).
    Tu m’as (presque) donné envie d’acheter une liseuse !

    A.C. de Haenne

    • Don Lorenjy said,

      Ah, mais moi aussi je me suis donné envie d’une liseuse !
      J’attends juste un modèle qui permette de prendre des notes sur l’écran pour pas trop cher (ça existe déjà, mais il y a au moins deux technologies d’écran tactile, alors ça va se stabiliser et sans doute baisser un peu), et après : Yazooooo !

      Mais j’achète les livres maintenant, pour donner mon avis en chiffres et pas qu’en lettres.


      • Alors on est exactement du même avis (c’est beau, non ?). Quand tu auras trouvé ta liseuse, je suis intéressé de savoir quel modèle tu choisis…
        Merci pour le message sur le blog (ça le fait !)

        A.C.

  2. Marco said,

    Ah oui! belle initiative, que j’ignorais. Merci pour l’info, camarade.


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