Comme ça s'écrit…


Dix-huit mois et un jour…

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 10 septembre, 2010
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Pourquoi les retraites deviennent-elles, pas tout à coup mais cycliquement, le problème urgent qu’il faut absolument régler maintenant parce-qu’il-n’y-a-pas-d’autre-solution ? Pourquoi pas le trou de la sécu ? Il se creuse, on le bouche en râlant, et on en reparle l’an prochain. Les retraites, c’est rien d’autre que pareil. Alors quoi ? Il y aurait une différence ?
Oui !
Les retraites, c’est demain.

En s’attaquant au problème-des-retraites, le gouvernement incapable d’assurer le présent fait tout simplement un hold-up sur l’avenir.
Vous avez peur de perdre votre boulot ? De sortir dans la rue après vingt heures ? De mourir en garde-à-vue (ou simplement de vous y faire élargir les sphincters) ? De manger du poulet à la Dioxine ou du pain aux pesticide OGM-ready ? De voir votre augmentation de salaire partir dans la poche des actionnaires ? Du cancer et du chômage des jeunes ? Oubliez tout : c’est de l’avenir qu’il faut avoir peur ! L’important c’est la retraite !

Nous sommes probablement la première génération depuis trois siècles (ou quatre) qui croit, dur comme fer, que ses enfants n’auront pas de meilleures conditions de vie qu’elle-même. Le progrès a tout gâché, le capitalisme et le communisme aussi, même le climat s’en mêle, no future !
C’est tellement ancré, vissé, imprimé sur nos consciences, que le gouvernement a fini par s’en apercevoir.

Ils ont mis le temps, mais ils ont vu l’angle et déroulent le discours appuyé sur cette angoisse du temps :
« Vous avez peur de l’avenir pour vos enfants ? Vous avez raison ! Mais pour vous aussi, ce sera la merde : pas de retraite ! Tous dans le caca. Bon, pour vos enfants on n’y peut rien, c’est foutu. Pour votre retraite (bande d’égoïstes !) y a encore une chance. Suffit de bosser plus, plus longtemps, et pour moins cher, pour espérer toucher quelque chose, pas grand chose, moins que prévu, mais quelque chose. Y A PAS D’AUTRE SOLUTION ! »

Ben si. Renseignez-vous. Les retraites, il y aura plein de moyens de les payer. Plein. Comme le trou de la sécu, chaque année. Mais ça supposerait d’avoir confiance en l’avenir. Ce qu’on n’a plus.

Bien sûr, je passe sur la stratégie cachée derrière le problème-urgent-des-retraites et qui vise, depuis trente ans, à transférer la valeur ajoutée des salaires vers les actionnaires. C’est le fond de la question (la retraite par répartition, c’est la preuve permanente que notre économie normale peut payer des gens à rien foutre), mais ce n’est pas le levier. Le levier, c’est la peur de l’avenir.

Sauf que j’ai un scoop : l’avenir, c’est ce qu’on en fait !

A part les systèmes écologiques à rétroactions lentes, tout le reste (économie, budget, législation, agriculture…) fonctionne sur des boucles de rafraîchissement qui vont de deux mois à cinq ans.

Ce que l’on fait ou décide maintenant, on pourra le changer, l’ajuster ou l’abandonner dans deux mois, dans un an… Alors, au lieu d’être pétrifiés par la peur au point de nous engouffrer dans ou contre le tunnel du y-a-pas-d’autre-solution, restons souples, mobiles, attentifs, réactifs. Et patients.
Croyons au temps qui vient. C’est la seule réponse valable à ce braquage de l’avenir qui est à l’œuvre.

Le temps est de notre côté. Au lieu de nous arc-bouter au point de tout casser contre les réformes idiotes d’un gouvernement qui n’attend que ça pour passer en force, laissons faire.
Oui, je sais, c’est dur. J’insiste : LAISSONS-LES FAIRE !

Cette réforme, ce n’est que du bruit et du papier. Un clandestin expulsé, ça il faut s’y opposer maintenant, parce que demain il sera dans l’avion. Mais une réforme ? Il sera bien temps de la défaire lorsqu’ils ne seront plus au pouvoir. Il n’y a qu’à voir la réforme annuelle de l’éduc nat : une réforme, ça fait à peine pfuit avant la suivante.
Il ne s’agit pas de renoncer à chercher, discuter, convaincre, rassurer. Juste de ne pas se tromper d’action.
Vouloir tout bloquer maintenant, dans l’affrontement ou la violence, exprime la même peur de l’avenir que celle qu’ils utilisent contre nous. Hurler à la casse, grever, combattre, c’est leur donner raison et ne pas croire qu’on pourra tout refaire dans dix-huit mois.

Dix-huit mois de patience.
Dix-huit mois pour réfléchir, parler et rassurer, au lieu de nuire.
Dix-huit mois pour rassembler, au lieu de diviser par des actions qui vont forcément faire des râleurs, des victimes, des perdants, des agacés.
Dix-huit mois, et puis un jour… vous verrez, ce sera en mai.

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11 Réponses to 'Dix-huit mois et un jour…'

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  1. Silk said,

    Pourquoi s’inquiéter de nos retraites à venir ?
    Avec la bouffe douteuse qu’on est forcé d’avaler régulièrement, l’essence au benzène cancérigène qu’on respire partout désormais, les vaccinations urgentes contre des pandémies imaginaires à base de produits non vérifiés qui finiront par en créer qui ne le seront pas, les catastrophes « naturelles » aux victimes principalement dûes à la bêtise et l’avidité présidant à la gestion du territoire, les pressions psychologiques continuelles qui engendrent des vagues de suicides dans certains entreprises et ailleurs, les services hospitaliers qui voient leurs portes fermer les unes à la suite des autres et j’en passe et de pires, sans parler de ce que j’oublie au passage, restera-t-il autant de retraite que ça à payer dans quelques années ?
    La majorité d’entre nous aura passé l’arme à gauche bien avant d’en voir la couleur à ce rythme-là.
    J’exagère ?
    Peut-être à peine un brin…
    On en reparle dans quelques années… Si on le peut encore… :-\

    • Don Lorenjy said,

      Voilà, t’as tout compris : t’es dans le mood !
      Améliorons le présent, l’avenir suivra !

      • Silk said,

        « Améliorer » est le mot, et non juste « changer » comme malheureusement trop le pensent.

  2. Phil said,

    Pas trop d’accord sur le laisser-faire. La réforme de l’éduc nat, comme tu dis, n’as pas fait pfuit, et ce sont les élèves d’aujourd’hui qui en pâtissent et qui en souffriront jusqu’en 2012.
    Attendre deux ans pour qu’un gouvernement hypothétique défasse éventuellement les conneries établies, ce ne serait pas faire confiance à des promesses pré-électorales et prendre le risque de voir un passif se pérenniser ?
    Pour prendre un exemple con, qui va décrocher les caméras de surveillance, quand il y en aura partout, même à la campagne, ou bien quand on aura compris que la criminalité n’a jamais augmenté dans ce pays ? Les socialistes ?

    • Don Lorenjy said,

      Yep, les cocialistes, ou les cologistes, ou les communistes, m’en fiche !
      Mais tu mélanges et amalgames : la réforme des retraites peut attendre, pas les caméras ou les reconductions aux frontières. En mettant le boxon sur ce qui peut attendre, on les laisse faire sur ce qui ne peut pas. Et en plus on fait croire à ceux qui hésitent, que oui, il faut mettre des caméras et ficher ces dangereux activistes qui empêchent les gens sérieux d’aller à leur travail.
      Faut pas foncer dans le chiffon rouge, sinon on pousse des cornes.

      • Phil said,

        J’entends ce que tu dis, et le détournement d’attention médiatique est évident. Mais j’ai le sentiment que ceux qui grognent pour un sujet (on m’a dit « moutons gauchistes »… Faut que je m’habitue à bosser pour l’éduc nat ^^ ) sont capables de s’offusquer du reste également. Enfin j’espère, hein. On a quand même eu une chouette déclaration des syndicats et associations, le 4 août, contre les reconduites et la déchéance, à peu près aussi inefficace que les grèves actuelles. Mais toute grogne est bonne à répandre tant que 2012 n’est pas joué, non ? J’en connais qui hésitent encore à reconduire le nabot. (pardon de politiser ton blog, je me lâche c’est le week end).

      • Don Lorenjy said,

        Là, je te suis à fond : répandre la grogne, oui, mais pas contre les grogneurs, contre le gouvernement.
        Sur FB, on a un peu la même discussion avec Erik Wietzel, et je bute sur le même problème : comment s’exprimer efficacement, en convainquant ceux qui pourraient l’être au lieu de les faire basculer dans le camp d’un gouvernement qui saute sur toutes les atteintes à l’ordre public pour justifier ses actions les moins justifiables ?
        C’est une lutte de communication, pas de pavés.

  3. cathleen30 said,

    bonsoir
    je viens de tomber sur cet article. je suis tout à fait d’accord sur presque tout, mais pas sur 2012 !
    qui croit encore aux élections ici ? les règles sont faites par les futurs gagnants, elles nous sont cachées, changées en cours de route quand les résultats ne conviennent pas, cf le 29/05/2005 : NON au referendum sur le prolet de constituion européene, dont tous les articles ont été (ou sont en passe de l’etre), via le traité de lisbonne.
    quel (futur) président nous parlera franchement, un jour, des accords de l’omc (agcs), de l’ocde, de la françafrique, dans leurs détails ?
    réponse : aucun, jamais. tout se fait en secret, meme le site de l’ocde n’est plus accessible !
    ils ne font rien dans notre intérêt, nos vies ne les intéressent que tant que nous pouvons leur faire gagner de l’argent.
    la démocratie, c’est nous, pas les élus, c’est à nous de faire les règles qui nous concernent, pas à eux.
    en 2012, tous dans la rue… lol

    • silk said,

      Le truc c’est que si on devait connaître tous les vrais secrets de l’Histoire, on découvrirait peut-être que la démocratie n’a jamais été autre chose qu’une idée utilisée en paravent… Quel que soient les évènements qui arrivent dans le monde, il y a toujours quelqu’un pour en tirer profit d’une façon ou d’une autre. Et si une conscience tente de s’en mêler, il y aura toujours l’argument de frappe « Si ce n’est pas moi, c’est un autre qui en profitera ».
      Et certains ne se privent pas pour en profiter et réécrire l’Histoire si ça les chantent. Le référendum pour l’Europe ? Il nous a été annoncé que l’Espagne avait répondu OUI à 60%. Mais les médias se sont bien gardés, ou ont été convaincus, de ne pas mettre à côté de ce chiffre celui de la participation… Et oui ! Parce qu’avec seulement 40% de participation sur la totalité des Inscrits, 60% de 40%, ça ne fait plus grand monde à être aller voter OUI, n’est-ce pas ?
      Mais que faisaient les 60% qui ne sont pas aller voter ce jour-là ? Qu’auraient été les résultats avec leus votes ? On ne le saura jamais.
      Alors, c’est vrai, on nous change les règles sans rien dire, ou en nous le disant mais de façon à ce que la majorité n’y comprenne rien ou laisse courir… Et au final, on a la « démocratie » qu’on mérite.
      Alors oui, même si je sais que les résultats des élections peuvent être biaisés via les médias et leur bouffage de cerveau, je continuerai à aller voter. Parce que je crois sincèrement qu’il leur est plus facile de faire leurs petits traffics avec peu de gens visiblement concernés qu’avec une population qui s’exprime en nombre, et ce, même si je suis bien conscient que la majorité exprimée n’a pas toujours forcément raison au final (N’est-ce pas Monsieur Galilée…?).

      Bon…
      Ca a l’air un brin décousu, mais pas tant que ça finalement… 😉

    • Don Lorenjy said,

      La démocratie, ce n’est pas que le droit de vote.
      Ni le pouvoir du vote, d’ailleurs : dire « j’ai été élu, je suis légitime » n’autorise aucune ânerie.
      Certes, on nous manipule sous couvert d’une démocratie sans nerf. A nous de lui en redonner (du nerf), en ne se limitant pas à aller voter. Réfléchir, échanger, parler, convaincre, c’est un début. Piétiner dans une manif aussi. Mais s’engager au quotidien, s’informer sur la réalité de la démocratie de proximité en assistant à tous les conseils municipaux, voir ce qui est vraiment en jeu dans les discussions, se faire une idée sur les objectifs ou les capacités de chaque élu, ça me semble plus intéressant que de rester devant sa télé.
      Bref, c’est en confiant la démocratie à ceux qui veulent la prendre de force qu’on en fait ce qu’elle est devenue.

      • silk said,

        Le droit de vote n’est pas la démocratie, je suis d’accord. mais ça en fait parti et c’est quand même un bon début que beaucoup sur la planète n’ont même pas « la chance » de connaître. Et abandonner ce droit, c’est laisser aux autres encore plus la possibilité de choisir et de « parler » pour soi. C’est pourquoi je prenais l’exemple flagrant de ce vote espagnol qui a entériné une décision « majoritaire » avec une participation qui était loin de l’être.
        Et au final, je pense que cela ne fait pas que montrer la désaffection d’une population pour la vie politique de son pays mais aussi et surtout l’impression de plus en plus inquiétante que cette population pense que peu importe ce qu’elle tente de montrer de ce qu’elle souhaite par les voies légales, les choix sont déjà faits pour elle « plus haut » et ce « plus haut » n’a en fait rien à cirer de ce qu’elle pense vraiment.
        D’où les manifs qui s’étiolent chez nous aussi vite que la nouvelle des lois votées est diffusées, d’où les taux de participation misérables….
        D’où beaucoup d’autres choses encore plus désagréables qui se passent un peu partout mais dont on ne nous parle surtout que quand elles ont lieu en région parisienne….
        Tu écris “j’ai été élu, je suis légitime” n’autorise aucune ânerie ». Je suis d’accord, mais le fait est qu’entre deux élections, certains pensent tout autrement.


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