Comme ça s'écrit…


Délit d’opinions

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 24 septembre, 2010

Le point de départ a été un article assez mal fichu de Rue 89 dont un paragraphe avait retenu mon attention : «Visionner régulièrement des films violents à 14 et 21 ans augmente les conduites agressives de l’adulte, indépendamment du QI, de la classe sociale, des pratiques éducatives parentales ou du niveau de tendances agressives.»

Ayant mis le lien sur Facebook, et après avoir affirmé, peut-être un peu hâtivement :
« J’ai l’impression que le goût pour la violence existe, j’ai l’impression aussi qu’il est exploité par une certaine forme de littérature, de cinéma, de jeu…, et j’ai l’impression que l’argument catharsis ou « effet bénéfique sur tel type de comportement » n’est qu’un verni craquelé sur l’exploitation d’une pulsion. »
s’est enclenché une discussion intéressante sur plusieurs plans. Celui que je voudrais développer ici nécessite que je reproduise les échanges à la fin de la discussion, passage où l’argumentation laisse la place à… autre chose.
Je suis Moi, une intervenante que je croise souvent sur des forums s’appelle Elle.

Moi (répondant à un autre intervenant) :

ça me touche ce que tu dis là, surtout le fait que je te fasse peur, parce que en effet les raccourcis transversaux que tu fais sont parlants. Ils dessinent ma façon d’envisager l’action comme recherche d’harmonisation et non comme perpétuation de la lutte. Alors que tu y lis une morale qui te met mal à l’aise.
Quant à l’esthétisation de la violence, je ne te rejoins pas dans ta graduation du problème : la télé réalité n’est pas ce qui doit poser question, mais juste l’expression la plus récente d’une spectacularisation de la violence. La fustiger ou l’interroger sans se poser la question plus vaste de ce qu’on se montre, ce qu’on se raconte, dans une société où la violence réelle est démultipliée par la médiatisation, me conduit à un cul de sac.
En revanche, bien d’accord avec toi sur la nécessaire responsabilisation de l’auteur, de l’artiste, voire de l’humoriste. Cela me rappelle la défense des Guignols, chaque fois qu’ils se rendaient compte qu’ils avaient blessé ou exagéré : c’est juste pour faire rire. Ils savent faire rire, ça plaît, alors ils font. On sait faire des films gore, ça plaît, alors ont fait. Et celui qui se sent heurté n’est qu’un pisse-froid, ou un moraliste dangereux !

Elle :

Comme plus haut, je trouve assez décevant cet article…
Sinon, plus précisément, j’ai vraiment du mal à suivre ton point de vue, Don Lo.
Je vais former une hypothèse osée : nous aimons tous la violence dans les jeux, dans les films, dans les… livres… sinon le Seigneur des Anneaux ne raconterait pas une guerre, mais une marche pour la paix.
La télé-réalité ne peut être comparée à cette violence artistique, tout simplement parce qu’elle n’a rien d’artistique, mais exploite des sentiments mesquins.

Moi :

Je ne vous suis pas sur ce plan, hélas car ça me simplifierait la vie. J’ai l’impression que toute médiatisation de la violence est néfaste (même sous couvert d’information, où je vois une différence entre savoir et voir), que l’on y trouve un plaisir légitime ou pas.

Elle :

Comment fais-tu coexister « néfaste » et « plaisir légitime » ?

Moi :

Facile : la légitimation sociale n’ôte rien à la néfastitude. Quand on voit qu’il est maintenant légitime de « s’éclater avec une bonne grosse daube à la télé »…

Elle :

J’avoue que ta vision du monde me laisse… sans voix.
Je ne veux pas juger hâtivement sans comprendre, peut-être que l’interface de FB ne te permet pas vraiment d’exprimer clairement le concept que tu défends…
Disons que j’espère mal comprendre parce que, là, ça me parait une vision d’une étroitesse inquiétante 😦 (voir plus haut : on aime tous le SdA…)

Moi :

Non, tu as très bien compris.
Je trouve le SdA (surtout le film) aussi néfaste qu’un reportage sur une guerre des gangs mexicains. L’art n’a rien à y voir, et masque même très efficacement le danger.
Mon problème, c’est que j’apprécie un bon whisky tout en sachant que c’est mauvais pour moi, alors qu’il m’est plus difficile de déceler la dangerosité d’une exposition répétée (sinon quasi permanente) à des images ou des idées de violence, surtout s’il y a du plaisir dessous.
Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est que vous y voyiez une vision inquiétante ou un moralisme qui fait peur. Je n’ai rien interdit à personne, que je sache.

Elle :

Non, tu n’interdis effectivement pas.
Mais tu y accoles des étiquettes négatives. Ce qui, dans un pays à peu près civilisé où l’on n’interdit rien, mais où l’on peut juger, revient assez au même.
Un bon alcool est dangereux pour la santé, mais ça n’est pas « grave » si tu n’en abuses pas.
Croire qu’un bon film est dangereux pour la santé… ben… là, tout de suite, j’imagine les sectes américaines qui vivent reculées et interdisent la musique et la télé.
Je trouve ton « monde » effrayant et réducteur et détesterais y vivre…

Moi :

ça tombe bien, tu n’y vis pas. En revanche, je vis dans « ton monde », celui où certes l’on est exposé en permanence à des scènes de violence, mais surtout où le simple fait d’émettre une opinion est considéré comme effrayant, réducteur et sujet à détestation.
Tes conclusions quant à « mon monde » te regardent, mais la façon dont tu les exprimes me semble être en filiation directe avec la façon dont l’affrontement, la peur de l’autre et l’agressivité sont banalisés dans notre société.

Elle :

Heu… Désolée, mais, là, c’est vraiment trop gros.
Je lâche l’affaire.

Moi :

C’est dommage, tu étais tout près de me convaincre qu’une bonne grosse représentation de la violence ne faisait aucun mal 😉

Je m’en voudrais d’analyser ce qui était à l’œuvre, aussi me contenterai-je de livrer mes impressions.

L’impression dominante est que le média Internet tue la discussion si l’on ne lui consacre pas une approche spécifique du discours. Ce n’est pas neuf, vous l’avez constaté depuis longtemps par des échanges de mail ou des discussions de forum, mais j’ai envie de m’y arrêter quand même.
Je me suis retrouvé encore une fois dans une situation où il me faudrait développer une technique de discours permettant d’éviter les incompréhensions et les réactions violentes. Les problèmes à résoudre me paraissent d’ordre lexical – quel poids chacun donne-t-il au mot – mais aussi tenir de l’espace et du temps. L’éloignement entre locuteurs a donné toute une littérature épistolaire de haute tenue : est-ce parce que l’on écrivait en pesant chaque mot dans l’objectif de transmettre une idée mais aussi de ne pas s’aliéner un correspondant que la distance autant que l’attente de réponse nous rendait cher ? Internet réduit la distance et le temps. Il faut répondre vite, frapper fort, mettre en avant son opinion de façon efficace, jusqu’à décider que la discussion est close, chacun ayant rigidifié ses positions et fait un pas de plus dans le rejet de la contradiction ou la négation du contradicteur… ou pas. Cela me semble être une vraie école d’acceptation de l’autre, et je n’ai pas envie de rester au fond de la classe sans rien y apprendre.

Autre impression : tout fait violence dans notre présent. La violence physique directe ayant reculé, nous avons élevé notre niveau de sensibilité jusqu’à nous sentir agressés par des mots simplement discordants, des opinions contraires, des incompréhensions. L’autre fait peur, non par ses actes mais par sa nature même. C’est le délit d’opinion à la portée de tout un chacun. « Tu ne fais rien, tu ne dis pas grand chose, mais ce que j’imagine de ce que tu pense me révulse ! » Encore une fois, Internet réduit distance et temps : le fait qu’un individu pense quelque chose, quelque part, prend une force d’intrusion dans une bulle monde où tout ce qui est extérieur fait peur. Internet, c’est l’invasion de l’autre, vécu comme agressif, dérangeant… trop gros. Nous devrions peut-être redescendre au bistrot et nous frotter aux opinions discordantes sans échappatoire (je ne quitte pas le bar avant d’avoir fini ma bière !).

Chacun, bien sûr, aura des impressions différentes. Ce qui me semble intéressant justement, c’est de faire l’effort de se laisser envahir par une idée ou une impression autre, ne pas lui résister pour mieux l’appréhender et peut-être l’accepter. Il y a un risque, bien sûr : changer soi-même d’opinion au contact de l’autre. Un risque que j’ai envie de prendre.

Edit : suite au dernier échange Facebook mais avant la mise en ligne de ce billet, l’intervenante « elle » m’a éjecté de sa liste d’amis. Une façon de préserver sa « bulle-monde » avant qu’elle n’éclate ? Je ne sais pas. Je regrette seulement d’avoir pu lui paraître si insupportable au point que m’ignorer ne lui suffise plus et qu’elle ait besoin de m’effacer.

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11 Réponses to 'Délit d’opinions'

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  1. Silk said,

    Oulah… beaucoup de choses là-dedans !
    Je vais juste mettre deux grains de mon sel ici :
    1 – « La violence physique directe ayant reculé » as-tu écrit… Pas l’impression que j’ai au quotidien avec le comportement de – malheureusement – beaucoup d’enfants à l’école et certaines agressions qui se font parfois dans la rue juste parce que quelqu’un a regardé un autre dans les yeux pendant un tiers de quart de seconde de trop, entre autres…
    2 – L’Histoire humaine s’est quasi entièrement faite par la violence. C’est sans doute regrettable mais c’est comme ça. Il ne faut donc pas s’étonner que son spectacle soit aussi fascinant pour les humains.
    Si LE PETIT POUCET ou PIERRE ET LE LOUP sont des contes aussi connus et populaires dans nos contrées, au contraire de LA PRINCESSE AU PETIT POIS ou RUMPELSTILSKIN, ce n’est sans doute pas pour rien.
    Je ne crois pas que le spectacle de la violence seul rende le monde plus violent, sinon les millions de spectateur ayant vu le TUEURS NES d’Oliver Stone serait tous devenus des psychopates, et pas seulement les deux ou trois couples de frappadingues qui ont utlisé le film comme « alibi » à leurs agissements à l’époque et ensuite.
    En revanche, il existe peut-être aujourd’hui un manque de recul dû à une certaine lacune éducative face à cette violence autant exposée. Ce n’est pas un argument, c’est juste une question que je me pose.

    Personnellement, j’adore les grandes scènes de bataille au cinéma ou dans un livre. Ca ne m’empêche pas d’être consterné de voir ce qu’on nous montre de l’actualité du monde aux infos : les morts d’Irak ou d’Afghanistan ou d’ailleurs, quels que soient leurs camps, ne m’amusent pas du tout, loin de là.
    Mais à côté de ça, LE SEIGNEUR DES ANNEAUX sur grand écran, c’est le pied total !
    Mais je sais faire la différence entre la violence réelle et sa représentation, parce qu’on me l’a apprise très tôt et qu’on ne m’a pas, en plus abreuvé, enfant, du discours auquel ont droit certains et dont la teneur peut se résumer par « pour se faire respecter, il faut « exploser » les autres ».
    Quand tu vois deux gamins se battrent régulièrement dans la cour parce qu’ils sont chacun originaire d’un pays en plein conflit armé que leurs parents ont fui, on peut quand même se demander ce que ces parents leur collent dans le crâne comme discours pour que deux gamins de même pas 6 ans en soient là à se battre l’un avec l’autre comme leurs aînés dans le pays quitté !
    Mais je m’éloigne un chouïa du sujet là, peut-être.

    Petite question quand même : au final, tu as aimé LE SEIGNEUR DES ANNEAUX (le livre et/.ou le film) ou pas ? 😉

    • Don Lorenjy said,

      Beaucoup de chose là-dedans aussi, et je reviens seulement sur deux points :
      – oui, la violence réelle, quotidienne, a reculé et recule encore, même si la violence perçue a augmenté,
      – quand tu dis prendre ton pied devant certain spectacle violent, demande-toi d’où vient ce plaisir (ce n’est pas une question piège ni provoc, juste une interrogation que je me suis posée et à laquelle chacun aura une réponse différente).

      Et pour ta question : non, je n’ai pas aimé le Seigneur des Anneaux, j’ai trouvé la lecture riche mais vaine et le film écœurant (à part quelques plans d’une beauté sublime qui par contraste rendaient l’écœurement encore plus fort).

  2. Marco said,

    Ah oui, beaucoup de choses bien intéressantes. En vitesse et dans le désordre, ma contribution:
    1) Facebook, c’est vraiment une saloperie, dont la logique profonde est de mettre en relation des gens déjà en relation, mais en mode plus speed/light/kikoo, ou alors pouvoir accroître un réseau aussi artificiel qu’éphémère. Bref, beaucoup d’utilisateurs de Facebook, comme « Elle », doivent se sentir affreusement violentés quand ils croisent un mec comme toi, qui veut parler et en plus réfléchir (« oh putain, il veut confronter nos différences de vues, mais il est ouf, celui-là! »).
    2) Y a des trucs bien intéressants dans l’article (enfin, article, des préambules de mini-articles plutôt), parfois involontairement comiques (la comparaison de la masse et de la force musculaires hommes/femmes qui aboutit à la belle formule: « kilo par kilo »?!). Pour ce que tu cites, j’ai un premier réflexe de prudence, il faudrait l’étude complète pour dissiper une possible confusion cause/conséquence: voir de nombreux films violents à 14/21 ans rend-il plus violent, ou alors c’est parce que ces individus avaient une « orientation » violente plus ou moins latente qu’ils regardaient aussi régulièrement ce type de films à 14/21 ans? _ la réponse peut changer quand même pas mal de choses.
    3) Il n’empêche que je suis d’accord avec toi globalement _ et pour répondre brièvement à Silk sur l’argument souvent mentionné (des millions de gens ont vu « Tueurs-nés » et ne sont pourtant pas devenus des serial-killer): ce n’est pas UN film violent qui « rend » violent, mais la vision REGULIERE (l’article est très clair là-dessus) de multiples images (fictionnelles ou informatives) qui contribue à banaliser l’idée de la violence physique comme mode d’action envisageable, voire souhaitable. ça ne veut pas dire que ce type de films est à proscrire de la société ni même de sa videothèque personnelle (perso, je me suis régalé avec « Kill Bill » de Tarantino), mais ça veut dire que le visionnage de ce type de films n’est pas neutre _ ce que beaucoup de gens cherchent à nier farouchement, contre toute évidence.
    4) Je distingue cependant « montrer la violence » _ et ne faire que ça, avec toute la complaisance facile que cela suppose en effet, et « comprendre ce qui se passe dans la violence » _ ce qui suppose, à un moment ou à un autre, la montrer, oui. Evidemment, il n’y a pas de ligne de démarcation nette (genre: bon ok, ça passe si on trouve 40% de spectacle violent/60% de recul sur ce spectacle, en termes d’enjeux, d’explications, de mises en perspectives), et les films/émissions/livres malhonnêtes abondent (l’oeuvre qui, sous couvert de dénoncer/expliquer, exhibe avec bonne conscience). Je reviens sur notre court échange récent, Don Lo: le traitement du sujet plutôt que le sujet lui-même. Exemple tout con (subjectif, of course, discutable à l’infini): deux films de guerre _ « Il faut sauver le soldat Ryan », « La ligne rouge ». Le film de Spielberg présente un discours explicite et implicite pour le moins double (c’est moche, la guerre/ça valait le coup de se faire tuer, et vive l’Amérique!), avec poussées d’adrénaline garanties (ah! le débarquement à Omaha Beach, LA scène à faire, quel pied! etc.) indépendantes du « discours ». Le film de Malick évoque la violence des combats à Guadalcanal mais les images sont, globalement, pudiques (pourtant, il y avait moyen de filmer de sacrées horreurs sur ce terrain) et surtout l’évocation de la guerre entre dans un propos, une vision plus générale sur le mal, le sens de la vie etc. Je reverrai éventuellement le premier, mais il n’y a que le deuxième que je reverrai à l’infini, parce qu’il est infiniment plus nourrissant et honnête.
    5) La question con du soir: c’est quoi, SdA??

    • Don Lorenjy said,

      1)2)3)4) : d’accord sur tout, en particulier sur « spactacularisation de » et « recherche sur » la violence, qui trace pour moi une ligne nette entre Scorsese (spectacle + caution rédemptionnelle) et Michael Haneke (recherche autant sur le fait que sur l’effet, et ciao le glamour sanglant).
      5) Seigneur des Anneaux.

  3. Azarian said,

    Petit aparté sur fesse bouc, on casse volontiers du sucre sur ce dernier et, il faut le dire, son interface m**dique et son directeur le valent bien, pour autant je trouve que l’on dédouane assez facilement l’utilisateur.
    Utilisateur qui tout comme dans sa bagnole se permet d’agresser, insulter autrui sous couvert d’un par-brise (ici une bonne longeur de fil téléphonique bientôt de fibre optique).
    En fait, la discussion par internet quelqu’en soit le moyen (msn, fesse de bouc…) se durcit aisément, et chacun campe plus facilement sur ses positions, oubliant assez vite la courtoisie.
    Mais doit on accuser l’arme ou son utilisateur ?

    • Don Lorenjy said,

      L’utilisateur, les utilisateurs, et même les non-utilisateurs (la société entière, quoi), et aussi FB !

      Le parallèle avec une arme me paraît bien trouvé, parce qu’il montre les trois problèmes généraux que FB rend visibles :
      – dans notre société policée mais ultra-compétitive chacun est en guerre perpétuelle contre tous les autres, guerre larvée qui se déclenche à la moindre incompréhension vécue comme une agression,
      – la vie réelle ne permet pas l’expression de cette agressivité latente et nombreux sont ceux qui, tendus comme des ressort par la frustration guerrière, utilisent Internet et les réseaux sociaux pour se « détendre » en lâchant sans retenue tout ce qu’ils n’oseraient pas lâcher en vrai,
      – FB offre un espace sans modération (en vrai on dirait « police ») où cette « détente » (Ha, Ha, parallèle avec la gâchette du flingue) n’a aucun frein (lire pour cela Un pays à l’aube, et la scène de carnage qui suit la simple annonce de la grève de la police),
      – bien que le réseau de chacun s’articule autour d’amis choisis par affinité, un ami n’en est plus un dès qu’on est surpris par un écart par rapport à l’image « d’accord parfait » que FB laisse présager.
      Le slogan qui va avec : Tous d’accord, et les autres dehors !
      Tiens… c’est d’actualité, non ? (loi sur l’immigration).

  4. Marco said,

    D’acc. avec Azarian. Du coup, perso, stop à Facebook (mais enfin, ça m’est facile, je n’y suis jamais vraiment entré). Parfois les solutions sont toutes simples.

    • Don Lorenjy said,

      C’est vrai que pour améliorer le monde, faut commencer par s’améliorer soi-même. Cependant, une fois l’amélioration engagée, on peut se reconnecter au monde et finir le boulot à plusieurs.

  5. Marco said,

    Ah mais tout à fait! Simplement, je pense que Facebook est une fausse connection au monde. Quels que soient les utilisateurs. Parce que toutes les petites fonctionalités vicieuses (« amis »/ »j’aime ça »/ etc.) poussent à l’agrégat, même l’utilisateur de bonne volonté. N’importe quel autre « collectif », sur internet ou ailleurs, vaut mieux.

  6. Ek said,

    Juste pour contribuer à l’échange…

    Alors là c’est marrant, Ryan et La Ligne Rouge m’ont fait l’effet exactement inverse ! C’est à dire que la Ligne Rouge, je l’ai vécu comme une évocation maniérée de la violence guerrière, de l’esthétique vaine soutenue par quelques belles gueules hollywoodiennes. Ryan m’a fait une toute autre impression, bien plus durable et pas forcément agréable. Les scènes les plus choquantes étant pour moi plutôt les plus intimes, celles de moments où un homme décide d’en tuer un autre et tente de lui faire accepter tout l’inéluctable de sa soumission. C’est vrai, j’ai à peu près tout oublié du scénario gnangnan. Simplement, j’y ai trouvé une efficace dénonciation de la guerre, des absurdités à laquelle elle peut conduire – je serais d’accord pour dire que je trouve un peu »limites » certaines idées. Il ne me reste rien de La Ligne Rouge sinon le sentiment que j’en ai eu à son unique vision.

    Au cinéma, j’ai du mal avec une certain violence. Celle de Tarantino, je la supporte mal. Elle est complaisante, c’est vrai, comme peut l’être celle du cinéma d’horreur. Ce goût particulier, il s’en est expliqué dans une préface à Reservoir Dogs. Celle de Scorcese me pose aussi souvent problème. Pourtant, il m’arrive de regarder – et d’apprécier – certains de ces films. Bon pas trop Tarantino, c’est beaucoup trop bavard pour moi. En revanche, je refuse de regarder le « zapping » de Canal+. Je ne clique jamais sur les vidéos choquantes de telle ou telle « mort en direct ». Je connais l’effet de ces images sur moi alors je les évite et c’est assez simple. Et j’ai aussi beaucoup de mal avec la téléréalité, laquelle non seulement manipule le spectateur mais aussi et surtout, manipule ses « acteurs » avec un voyeurisme dont ils sont les 1ères victimes – et argumenter qu’ils savaient avant de s’engager ne me satisfait pas.

    Heureusement Laurent, le monde dans lequel nous vivons, la France en l’occurrence, nous permet d’éviter de regarder ce que nous ne voulons pas voir. Par contre, il est beaucoup plus difficile d’échapper à la violence de ses contemporains, qu’elle soit verbale ou physique, surtout dans une grande ville. Franchement, il n’y a pas que sur le web ou les réseaux sociaux qu’une forme de violence verbale s’exprime. Et s’affranchit très vite de tout respect de l’autre. Circulation, files d’attente, échanges à un guichet… Je suis toujours sidéré de voir le peu d’autocensure, de civilité en somme dont font preuve nombre de personnes excédées – qu’elles le soient à juste titre ou non. Je ne vais pas proposer sur ta page les causes d’une telle impatience généralisée. J’ai quelques pistes mais ce sera pour une autre fois.
    A mon sens, Les medias ne sont sans doute que le reflet de l’état d’une société. Ils offrent un effet de loupe, sans conteste, qui peut déranger et on peut préférer ne pas ajouter le spectacle à un vécu déjà pénible. Aujourd’hui, j’ai plus d’estime pour un interlocuteur qui s’extrait de la conversation que pour celui qui poursuit dans la quête assez vaine du « dernier mot ». Sur FB, la violence est un peu plus assumée malgré l’absence physique par l’affichage de l’identité des interlocuteurs. Sur les forums, le relatif anonymat autorise en effet toutes les agressions. Mais alors, autant choisir de ne pas les fréquenter ou, mieux encore, de ne pas répondre à l’agression dès qu’elle se manifeste.

    Dans tous les cas, il faut garder à l’esprit que le cinéma ne cherche pas forcément à édifier, à porter un message, à illustrer la liberté de penser ou celle d’agir. Loin s’en faut. Il cherche avant tout, du moins le cinéma hollywoodien et sans doute une bonne partie du cinéma populaire indien et asiatique, il cherche à émouvoir, à susciter des émotions fortes. Romance, drame, violence… Il semble qu’il y parvient assez bien.

    Enfin un mot sur l’influence étudiée, supposée du spectacle de la violence sur le comportement de nos contemporains : comment alors soutenir que la violence recule malgré le nombre de spectacles/jeux violents augmente, avec une complaisance de plus en plus grande ?
    Je n’en sais rien. Une fois encore, il existe un autre courant de pensée qui propose que les medias – mettons les arts de côté, a fortiori l’avant-gardisme – ne sont que le reflet de la société.

    Quant à s’améliorer soi-même et améliorer le monde, je trouve cela d’une ambition qui, dit ainsi, confine à la prétention ou à l’orgueil. Mes mots sont un peu durs et fleurent bon la provocation à deux balles mais s’améliorer en quoi, selon quelles valeurs, dans quel but ? Comme je ne suis pas le dernier des prétentieux je dirai : éduquer, informer et diminuer autant que possible la souffrance, la violence faite aux personnes. Ce qui n’est pas évident alors autant s’y mettre de suite : dans dix ans, c’est la guerre mes amis.


    • Assez d’accord avec ce que tu dis sur la violence quotidienne sous forme d’incivilité, au volant comme dans la cour de récré. Est-ce parce qu’on ne respecte pas l’autre ? Parce qu’on n’a plus peur des sanctions ? Parce que les soumis relèvent enfin la tête ? Parce que c’est devenu « normal », vu ce qu’on voit partout ? peut-être un peu tout cela, dans un cercle où chaque explication nourrit la suivante.

      Après, « médias reflets de la société » c’est sans doute juste, mais partiel. Certains médias reflètent alors que d’autres exploitent. Ces derniers à mon sens ne sont pas dans le reflet mais dans une sorte de test permanent de ce qui est « acceptable », cherchant la limite pour capter l’audience, quitte à se justifier ensuite en disant que « c’est ce que les gens veulent voir ». par leur quête presque avant-gardiste ils me donnent l’impression de faire sans cesse reculer cette limite.

      Enfin, sur « s’améliorer et améliorer le monde », nous divergeons totalement. Là où tu vois de l’arrogance, je ne lis que le préalable à toute évolution. Si l’on ne cherche pas ce que l’on est vraiment, si ensuite on ne choisit pas de se comporter en accord avec ce que l’on est vraiment (soit pour moi les deux phases d’une démarche d’amélioration), on ne pourra rien faire de sincère pour quiconque, même pas pour soi-même.


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