Comme ça s'écrit…


Colère et sacrifice

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 22 octobre, 2010

Quelques idées des jours de rue.

Manifester, c’est plus faire acte de présence physique que crier ou brandir (encore moins casser). Face aux corps libres des manifestants la force publique n’oppose qu’une barrière de corps embrigadés, caparaçonnés, mais finalement très peu évolués techniquement, guère mieux qu’une phalange grecque. Ces corps de CRS ne sont donc pas là pour maintenir l’ordre mais pour ajouter de la masse jusqu’au seuil critique, avancer sur un fil d’où il basculeront forcément, du côté victime ou du côté agresseur. Des corps outils, déclencheurs, viande justificative d’action ou répression, dont la présence n’a rien à voir avec la protection de quoi ou qui que ce soit.

Faut-il voir une sorte de vanité de classe très proche de l’orgueil ouvrier dans l’obéissance des forces de l’ordres ? Ouvrier et CRS se plient l’un comme l’autre à des ordres qui vont à l’encontre de la mission affichée et servent des objectifs très éloignés. Disposés en ordre de bataille, ils luttent ironiquement avec la même abnégation pour le maintien des deux faces d’un système qui les exploite entièrement, du corps à la fierté.

Je regarde autour de moi : qu’est-ce qui est produit en France ? Rien. Même mon agenda est imprimé en Chine. Nous vivons aux crochets du monde. Qui produit quelque chose, aujourd’hui ? Qui a une vraie production, matérielle ou de service en France ? Le gouvernement a bon dos de fustiger une minorité qui bloque la majorité : il n’y a que cette minorité qui produise quoi que ce soit d’utile ! Le jour où on verra une grève des assureurs ou des financiers, seuls l’argent en pâtira.

Les avantages acquis l’ont été sur une chaîne maintenant séculaire de sacrifices, partant des colonies (même décolonisées) jusqu’aux actuels pays de mains d’œuvre à bon marché, et ce toujours pour le profit supérieur des décideurs qui voudraient que nous devenions les futurs pays à bon marché. Plutôt que de refuser le retour de sacrifice qu’ils exigent aujourd’hui sous couvert de réforme, il faudrait leur refuser les profits qui ne font que rallonger la chaîne des sacrifices.

La colère contre une retraite qui exigerait de travailler plus pour gagner moins est une prise de conscience bouillonnante de ce qui est volé à ceux qui travaillent pour enrichir l’argent. Bouillonner ne suffit pas, exiger par la colère le maintien de ce qui spolie non plus.

Les casseurs font peur à cause de ce qu’ils détruisent, et le pouvoir instrumentalise cette peur : votre vitrine, votre voiture, votre abribus sont des cibles de voyous contre lesquels nous sommes le seul rempart, soumettez-vous. Pour ma part, et sans justifier la casse, j’ai peur d’un état d’esprit de plus en plus répandu qui clame : « la société est morte et j’attends la moindre occasion pour venir jouir sur le cadavre de la bête ».

L’argent est le seul étalon reconnu. On juge un homme à ce qu’il rapporte. On juge l’efficacité d’une grève à ce qu’elle coûte. Comment évaluer ce qui fait changer les choses et sourire les êtres ?

 

Reconduisons, ce sera autant de temps pour réfléchir au pourquoi

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